DU MATIN
AIR de la contredanM de la Rosière.
L'ombre s'évapore; Et déjà l'aurore De ses rayons dore Les toits d'alentour.
Les lampes pâlissent.
Les maisons blanchissent.
Les marchés s'emplissent; 'On a vu le jour.
De la Villette Dans sa charrette
Suzon brouette Ses fleurs sur le quai ; Et de Vincenne Gros-Pierre amène Ses fruits que traîne Un &ne efflanqué.
Déjà répicière, Déjà la fruitière, Déjà récaillère, Saute à bas du lit.
L'ouvrier travaille, L'écrivain rimaille, Le fainéant bâille Et le savant' lit.
Gentille, accortc, Devant ma porte Perretie apporte
Son lait encore chaud ; Et la portière Sous la gouttière Pend la volière
De dame Margot.
Le joueur avide , La mine livide
Et la bourse vide, Rentre en fulminant ; Et sur son passage L'ivrogne , plus sage, Rêvant son breuvage, Ronfle en fredonnant.
J'entends Javotte ,
Portant sa hotte,
Crier: Garrotte!
Panais et chou-fleur !
Perçant et grêle,
Son cri se mêle
A la voix frêle Du noir ramonneur.
« Adieu donc, mon père !
» Adieu donc, mon frère !
» Adieu donc^ ma mère !
» Adieu, mes petits I »
Les chevaux hennissent , Les fouets retentissent , Les vitres frémissent.
Les voilà partis.
Dans chaque rue Plus parcourue, La fouie, accrue,
Grossit toat-à-coup.
Grands, valetaille, Vieillards, marmaille, Bourgeois, canaille^
Abondent partout.
▲h ! quelle cohue !
Ma tête est perdue.
Moulue et fendue ; Où donc me cacher ?
Jamais mon oreille N'eut frayeur pareille; ' Tout Paris s'éveille.
Allons nous coucher.
DÉSAUGIERS