LES CABRIOLETS
AIR I Uoce d«f boii, tte.
U est un char adopté par la mode, Indispensable à rhomme comme il faut, Fragile, *étroit, périlleux, incommode, A cela près n'ayant point de défaut.
Le sage à pied vainement s'en irrite ; La mode parle ; et cet esprit follet Veut que Ton juge un homme de mérite A la couleur de son cabriolet.
Eclaboussé du Parnasse à la Bourse, L'humble piéton marche entouré d'écueils.
Malheur à lui ! Tout s'attrape à la course , Emplois, faveurs, suffrages et fauteuils.
Un tilbury qu'à grand peine on évite Roule au Pactole un moderne Rollet ; Et nos auteurs, afin d'aller plus vite , Ont mis Pégase à leur cabriolet.
Hier encor, dans sa frêle gondole.
L'encens des sots enivrait un richard ; Autel fragile, aussi bien que l'idole, Le premier cboc a renversé soTi daat •
Chez nos aïeux^ le riche de la veille
A rhdpilal pédestrement allait;
Mais aujourd'hui tout s'arrange à merveille;
On y descend de son cabriolet.
J'entends souvent redire avec Horace, Que nos aïeux valaient bien mieux que nous* C'est une erreur ; voit-on chez notre race Devant un grand le génie à genoux?
Yoit-on l'auteur de vingt pièces courues Aller à pied, ainsi qu'un prestolet !
On voit encore l'esprit courir les rues ; Mais, grâce à Dieu, c'est en cabriolet.