‹ Trésor de Saint-Etienne ...: église collégiale de TroyesChapitre 2 sur 10 · LIBRAIRIE ARCHÉOLOGIQUE DE VICTOR DIDRON · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE ARCHÉOLOGIQUE DE VICTOR DIDRON

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TRÉSOR

Le palais habité ordinairement par les comtes de Champagne était situé à rendrait qu'occupe aujourd'hui, h Troyes, le bassin du canal de navigation. Là existait une petite église consacrée k Jésus crucifié, sous Pinvocalion de saipt André, et desservie par deux chapelains.

En 1157, Henri le Libéral changea cette modeste chapelle en une église vaste et splendide, et la dédia au premier martyr, saint Etienne. It y fonda soixante-douxe canonicats et y créa neuf dignités.

Aux titulaires de ces prébendes, qu'il appelait « ses enfants, ses chapelains »> {« filios meos, capellanos mecs »>), il donna des biens considérables, en les

1. Daîî8 rinventair© qu'on va lire, ei qu'a bien voulu transcrire et annoler pour les n Annaies Archéologiqiieiï li M. Tabbé Coffinet, chanoine de Troyes, il est question de pïuiîieurs tkxtks, d*or, d'argent, de pierreries, d^ëmaux ùi de filigranes. Ces textes sont des couvertures de livres liturgiques, tniasels, psautiers, évangéliaires; la couverture est destinée à protéger le texte el à lui faire honneur^ comme Tbabit bonore et gamntil ('homme. Mais de même que Thabit ne Tait pas l'homme, de même aussi on n'aurait pas dû appeler leste ce qui en est seulement renveloppc- Quoi qu'il en soit, Tusags a prévalu et, pendant tout le moyen âge, on a confondu le debûrs avec le dedans, l'onvelofpe avec C6 qu'elle contient, et l'on a donné le nom de texte à la couverture comme au texte m&me.

Ces textes ou couvertures de livres liturgiques abondent encore dans les anciens tr^rs qui n*ont pas t^é dilapidés, ou, comme en France, dans les bibliothèques publiques et dans les collections particutiëres. La gravure que nous donnons en tête du travail de M. le chanoine CoSinei

invitant à « prier pour le remède et le sahit de son âme », ainsi que de celle de son père, le comte Thibault, et de ses prédécesseurs.

Animé envers la sainte Vierge d'une dévotion tendre qui lui avait été inspirée par saint Bernard, abbé de Claîrvaux, le pieux comte fonda en outre quatre chanoines, dits de « Notre-Dame ». Chaque jour ces chanoines devaient chanter une messe haute à la Vierge dans une chapelle spéciale de Téglise de Saint-Ètienne et y entretenir une lampe ardente.

Les neuf dignités de la collégiale étaient celles de Doyen, Sous-Doyen, Prévôt, Chantre, Sous- Chantre,* Trésorier, Chévecier, Écolâtre et Cellérier. — Ces diverses fonctions furent, de tout temps, remplies par des ecclésiastiques éminents en science et en vertu.

Le trésor de la collégiale était digne de la magnificence de son fondateur, qui l'avait enrichi d'un grand nombre de châsses toutes couvertes d'or, d'argent, de pierreries et d'émaux; ces châsses renfermaient une quantité considérable de reliques infiniment précieuses.

représente la couverture d'un manuscrit que Pempcreur d'Allemagne, Henri II (4002-4024), rurait donné à la cathédrale d'Aix-la-Chapelle. Cette couverture serait donc des premières années du XI* siècle; rien ne s'y oppose absolument.

La tablette carrée qui en occupe le centre est en ivoire, et cet ivoire est célèbre dans toute rAliemagne. On Ta moulé en plâtre, et j'en ai reçu le moulage en môme temps de Francfort-surie-Mein, de Nurenberg et d'Aix-la-Chapelle, On s'explique cette célébrité par sa provenance; car cesl probablement un ivoire byzantin : l'enfant Jésus y bénit à la grecque et la Vierge y est coiffée comme les Panaghias byzantines. Cependant les sandales découvertes, attachées aux pieds de Jésus, pourraient être un caractère de romain ancien tout aussi bien que de byzantin.

Autour de cette tablette, en petites lames d*or repoussé, sont disposés les attributs des évangélistes tenant chacun une banderole et occupant la place régulière qui leur est dévolue. Puis, en plus larges plaques d'or repoussé, la Nativité, le Cruci6ement, le « Surrexit non est hic », l'Ascension. La Vierge de la Nativité est âgée et a les pieds nus; Jésus est cruciûé, les bras horizontaux et les pieds séparés, sur une croix dont le titre est marqué de lettres grecques et s'allonge en double croisillon; le vase à parfums de Id première royrrophore est un encensoir sans couvercle et à chaînes courtes plutôt que longues; le sépulcre est en forme de lanterne à toits écailleux; le Christ de l'Ascension, redevenu jeune et imberbe, monte au ciel à l'aide du bras de son Père. Ces caractères et bien d'autres, que l'on constatera en regardant notre planche, attestent une époque ancienne d'un coté ; de l'autre, une influence, si ce n'est une origine byzantine.

Entre les petites et les grandes plaques d'or, des pierres précieuses alternent avec des rondelles d'émail translucide et cloisonné d'or. La bordure de pierreries séparées par des bâtons d'or, en forme d'X, que fixe au centre un bouton de filigrane, me parait moderne et d'invention toute récente, comme le fermoir du livre.

Je dois la communication du dessin de cette couverture à M. l'abbé Fr. Bock, chapelain de Cologne, qui, né à Aix-la-Chapelle, songe à publier Tinestimable trésor du monument de Charlemagne. L'artiste qui a exécuté ce dessin, et que je ne connais pas, est un habile homme et d'une précision qui approche de la photographie.

{Noté de M, Didron, directeur des cr Annales Archéologiques ».)

Parmi les objets les plus riches de ce trésor, on admirait une table d^or, chargée de bas-reliefs et décorée de diamants. — Elle servait de parement au maître-autel dans les grandes solennités. Plus tard, le sire de Piennes, connétable de France, Tenleva aux chanoines, pour contribuer au paiement d'une partie de la rançon du roi Jean. On y remarquait aussi une croix d'or d'une très-grande dimension, tout étincelante d'émaux et de pierreries, et qui était exposée sur l'autel aux principales fêles. Le roi Charles V, passant à Troyes en 1367, fut frappé de la hauteur et de la beauté de cette croix, et manifesta le désir de la posséder. Le chapitre chargea deux de ses membres de lui offrir ce précieux objet qui, depuis, figura au trésor de la Sainte Chapelle de Paris.

Les savants auteurs du u Voyage littéraire )) * et du « Recueil des Archevêchez et Évêchez » * disent : a II y a peu de trésors en France qui égalent celui de la collégiale de Saint- Etienne de Troyes, ou qui en approchent, tant pour la richesse de la matière, que sous le rapport de l'art. On n'y voit qu'or et que pierreries, qu'agathes, rubis, topases, d'une grosseur merveilleuse, et taillés avec tant d'adresse, qu'il est difficile de l'exprimer. On y voit aussi plusieurs textes couverts d'or et enrichis de pierres précieuses de diverses couleurs, mais si bien placées, qu'on dirait que ces couleurs ont été mises exprès pour l'ornement de l'ouvrage. On doit encore à la munificence du fondateur de la collégiale de rares manuscrits, des pierres gravées, des croix processionnelles d'un travail admirable, ainsi qu'une foule de reliquaires, remarquables par les émaux et les figures en relief, d'or, d'argent et d'ivoire, dont ils sont décorés. Rien n'a été négligé pour en assurer la conservation... »

Le mémoire suivant, rédigé sous forme d'inventaire par un chanoine de la collégiale de Saint-Étienne, peu d'années avant la destruction de cette église, nous fera connaître quelle était encore à cette époque la splendeur de son trésor. Ce catalogue renferme 88 articles descriptifs de chaque objet. L'or, l'argent, les émaux, les perles fines y brillaient avec profusion. Mais, aujourd'hui, tant de richesses religieuses et artistiques ont disparu; et les restes, s'il en existe maintenant quelques-uns, sont disséminés çà et là, comme tant d'autres monuments précieux, que la piété et l'opulence avaient réunis dans nos vieilles églises!

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