PRÉFACE. XI
Parmi ])Oc'iurou]) (Vautres j)r(\jii^'"(''s, il y a cri France nu préjug'é fatal à la jeunesse : ce pr(''jn^'-é eonsiste à croire que, pour convenir aux enfants, un livre doit être fait daiis des conditions telles, que ra<j:e nu'ir n'y ])uisse trouver son compte.
Ceci conduirait tout simplement à dire qu'un homme de talent ne saurait se faire comprendre des enfants sans cesser d'être un homme de talent, sans se rapetisser, et (jue les livres qui se font aimer des enfants ne sauraient être que des livres médiocres.
C'est calomnier à la fois et les enfants et les livres (pi'ils groùtent. Leur esprit est une terre féconde dans laquelle pas une semence ne se perd; ce qui importe, c'est ipril n y soit semé que de bon gTain. Et dans ce qui est du ressort de l'imagination, on pourrait écrire un livre que les plus forts esprits pussent reg-arder comme un chef-d'œuvre, et qui pourtant, par la seule vertu de sa pureté, pût mériter d'être mis surtout entre les mains de la jeunesse.
Bernardin de Saint-Pierre , Goldsmith , Hoffmann , Perrault, et à côté d'eux Nodier et quelques autres en petit nombre, l'ont prouvé de reste dans quelques-unes de leurs œuvres. Ces vérités seront surtout incontestables pour tous ceux qui ont vécu dans la familiarité, dans l'intimité des enfants, qui les ont vus de près et souvent, (pii les ont connus enfin parce qu'ils les ont aimés, et qui ont pu juger de l'extraordinaire bonheur avec lequel ces petits hommes et ces petites femmes qu'on appelle des enfants perçoivent des vérités en apparence au-dessus de leur âge, pourvu