‹ Tresor Des Feves Et Fleur Des PoisChapitre 6 sur 8 · CHIEN DE BRISQUE · texte numérisé non relu

CHIEN DE BRISQUE

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En notie

foret de Lions, vers le hameau de la Goupillière , tout près d'un g-rand puits - fontaine \\ qui appartient à la chapelle Saint-Mathurin,

il y a voit un bonhomme, bûcheron de son état, qui s'appe-

loit Brisquet, ou autrement le fentleur à la bonne hache, et qui vivoit pauvrement du produit de ses fag'ots, avec sa femme qui s'appeloit Brisquette.

HISTOIRE DU CHIEN DE I^HISQUET. lil

Le bon Dieu leur avoit donné deux jolis jietits cnfîints,

n garçon de se])! ans qui étoit brun, et qui s'apjieloit Bis-

cotin, et une blondine de six ans qui s'appeloit Biscotine.

Outre cela, ils avoient un cbien bâtard à poil frisé, noir

])ar tout le rorps, si ce n'est au museau qu'il avoit couleur (le feu ; et c'étoit bien le meilleur chien du pays, pour son attachement à ses maîtres.

On Tappeloit la Bichonne, parce que c'étoit peut-être une chienne.

Vous vous souvenez du temps où il vint tant de loups

dans la foret de Lions. C'étoit dans l'année des grandes neiges, que les pauvres gens eurent si grand'peine à vivre. Ce fut une terrible désolation dans le pays.

HISTOmE DU CHIEN DE BIJISQUET. 11.3

Brisquet, qui alloit toujours à sa Ijesog'ue, et qui uv rrai-

g'noit pas les loups à cause de sa bonne hache, dit un matin à Brisquette : « Femme, je vous prie de ne laisser cou- » rir ni Biscotin ni Biscotine,tant que M. le grand louvetier )^ ne sera pas venu. Il y auroit du danger pour eux. Ils ont » assez de quoi marcher entre la butte et l'étang , depuis » que j'ai planté des piquets le long de l'étang: pour les » préserver d'accident. Je vous prie aussi, Brisquette , de » ne pas laisser sortir la Bichonne , qui ne demande qu'à » trotter. »

114 HIF^TOIRE DU CHIEN DE BRISQUET.

r5i'i?^([net disoit tous les matins la même chose h Bris- (jiiette. Fil soir il n'arriva ])r.s h l'iieure ordinaire. Brisquette venoit snr le pas de la porte, rentroit, ressortoit, et disoit en se r-roisant les mains : « Mon Dieu , qu'il est attardé !... »

Et puis elle sortit encore, en criant : « Eh! Brisquetl »

Et la Bichonne lui sautait jusqu'aux épaules, comme )oui' lui dire : — N'irai-je pas?

HISTOIRE DU CHIEN DE BIMS(,)rE'r. HT)

« Paix! lui dit lîris(|uet,t(\ — l^^coutc, Biscnliiic, \ ;i jus- « que (levers la hutte pour s.-noir si ton ])ère ne revient ]);is. » — Et toi, I3isc()tin, suis le oheniiu au lon<^- de l'étang", en » prenant hien «^'arde s'il n'y a pas de piciuets (pii ni;m- « quent. — l^^t cri(^ fort : Hrisfpiet! Briscpu^t!... >> « Paix! la Biclionni^ 1 »

Les enfants allèrent, allèrent, et quand ils se fui-ent re

116 Hlr^TOIRE DU CHIEN DE B RISQUE T.

joints à l'endroit où le sentier de l'étang- vient conper celui de la butte : « Mordienne ! dit Biscotin, je retrouverai n(itre « ])nnvr(^ ])ère, ou les loups m'y mangreroiit. »

« Pardienne , dit Biscotine , ils m'y mang'eront bien » aussi. »

Pendant ce temps-là, Brisquet était revenu par le g'rand chemin de Pucliay, en passant à la croix aux Anes sur l'ab-

baye de Mortemer, parce qu'il avoit une bottée de cotrets

à fournir chez Jean Paquier, — a As-tu vu nos enfants y lui dit Brisquette.

«Nos enfants? dit B risque t. Nos enfanta! mon Dieu!

sont-ils sortis? »

« Je les ai envoyés à ta rencontre jusqu'à la butte et à

l'étang", mais tu as pris par un autre chemin. >^

Brisqiiet ne posa pas sa bonne hache. Il se mit à courir (lu côté de la hutte.

^:2'ts

« Si tu menois la Bichonne;' » lui cria Brisquette. La Bichonne étoit déjà hien loin.

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Elle étoit si loin que Brisquet la perdit bientôt de; vue. Et il avoitbeau crier : «Biscotin ! Biscotine ! » on n(^ lui répondoit pas.

Alors il se prit à pleurer , parce qu'il s'imag-ina que ses enfants étoient perdus.

Après avoir couru long-temps, long-temps, il lui sembla reconnoître la voix de la Bichonne. Il marcha droit dans le fourré, à l'endroit où il l'avoit entendue , et il y entra, sa bonne hache levée.

La Bichonne étoit arrivée là au moment où Biscotin et

Biscotine alloient être dévorés par un g-ros loup. Elle s etoit jetée devant en aboyant , pour que ses abois avertissent

Brisquet, Brisqnet d'un cou]) de s;i Ijoihkî IiîicJk; l'envers.-i

le loup roide mort, mais il étoit trop tard pour la Bichonue. Elle ne vivoit déjà plus.

Brisquet, Biscotin et Biscotine rejoig-nirent Brisquette. C etoit une g'raiide joie, et cependant tout le monde pleura. Il n'y avoit pas un reg'ard qui ne cliercliat la Bichonne.

Brisquet enterra la Bichonne au fond de son petit courtil

HISTOIRE DU CHIEN DE BIUSQUET. \'>:i

sous une gTosse pierre sur laquelle le uiaîtn; (Técole ^H:nvit en latin

c'est ici qu'est la bichonne,

le pauvre chien de brisquet.

Et c'est depuis ce temps-là qu'on dit en commun proverbe : Malhetirenx comme le chien à Brisquet, qui n'allit qu'imefois an dois, et que le loîij) mangit.

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