‹ Trésors d'art en AngleterreChapitre 15 sur 52 · Peut-être encore l' infent Balthazar · texte numérisé non relu

Peut-être encore l' infent Balthazar

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regard et lant de volupté dans les traits! ph! qu'elle est attrayante, quoiqu'elle ne soit Jiréritablement pas jolie 1 Mais elle a la beauté esps^oole : le dé^r et la pasftioa.

11 ii> a g9ère de peinlare qui représente mieux à la fois TEspagne et Yelasquez.

Le portrait est de grandeur naturelle» à mi-corps, et toiumé à gaucbe de trois quarts. Le fond est d'un gris verdàtre qui s'harmonise supérieurement avec les gris et les bruns qui courent dans tout rajustement. Je crois que cette rare peinture n'a été payée que six à huit mille francs à la vente Aguado, <5e qui semblait alors un très-haut pnn ; elle se vendrait bien plus cher aujourd'hui.

Après ce trésor^ nous passerons rapidement sur les autres portraits : l'Alcade Rouquilla, un peu foncé; — le buste de la reine Mariana d'Autriche, un peu rouge; ^ uu Nobkman^ à raincorps, vigoureusement peint ; — un Cardinal, assea fûMe; — une Jeune fQle, debout, eu pied; de la collection du roi de Hollande ; la tèie a beaucoup de la manière de Rubens; serait-ce un sour venir du temps où les deux grands artistes, devenus amis, s'mfluencèrent passagèrement?

Nous avons maintenant des tableaux de divers genres: un Saint Jean, de la galerie Standish, qui n'a «at!Bn caractère du mattre, outre que Yelasquez n'a guère fait de sujets religieux ; c'est le seul tableau qui ne mérite pas son attribution; — des Bergers couronnés, condnsanliiiitaiireaQ. Ce tableau paratt bien audientique, mais il est exposé si liaut, qu'on ne saurait en parler. — Une Vue des environs de Madrid» avec

TEscurial au fond; certifié parM, Waagen. JTai cherché en vain cette peinture : peut-être n'a-t-elle point été envoyée à l'Exhibition. Les paysages de Velasquez sont pourtant bien intéressants. Mais, pour se dédommager, on peut aller contempler celui de la National Gallery de Londres, qui dispenserait presque de voir les autres, si Ton n'avait pas toujours plaisir à admirer des chefs-d'œuvre. Ce paysage de la National Gallery a plus de 10 pieds de large sur 6 de haut; il représente une Chasse à Tours, avec des centaines de. figures et toute la cour de Philippe IV, et des carrosses à six chevaux, et des cavahers, et des meutes, et une foule de spectateurs de toutes les classes sociales. C'est bien curieux et bien beau.

Restent trois exemplaires du maître, assez rares dans son œuvre comme sujets et aussi comme style d'exécution : une Vénus, — une Paysannerie (ne disaiton pas ce mot-là en France au xvm* siècle? ), — et deux petites pochades se faisant pendant.

La Vénus aussi est bien haut perchée. Peut-être estce la pruderie anglaise qui a joué ce mauvais tour à une peinture qu'on devrait étudier de près* L'Antiope du Corrége, parce qu'elle est nue, on n'a jamais eu l'idée, au musée de Paris, de la cacher dans les nuages. La Vénus de Milo, non plus, on ne l'a pas mise en un coin ; au contraire, on Ta isolée dans sa chaste nudité, pour que l'œil des artistes pût faire le tour de son torse incomparable. Avec ces affectations hypocrites, il faudrait voiler — pourquoi pas détruire? — presque tous les chefs-d'œuvre de l'art antique et de la Renaissance,

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La Bible ne devrait pas être si scrupuleuse; elle a sa mythologie assez décolletée. Quand on lit le Cantique du bon roi Saloinon, on peut regarder le dos d'une femme sans (comment dire cela aux ladies anglaises? le mot est proscrit) sans la draperie de lin blanc, qui s'emprisonne d'habitude entre la peau et le corset.

La Yénus de Velasquez n'a rien de tout cela, et il ne paraît pas qu'elle se soit déformé la taille par les inventions civilisées. Elle est étendue, en travers d'une toile de 6 pieds, couchée sur le côté droit, dans l'attitude de la rêverie, la tête appuyée sur un bras replié. On ne voit rien de son visage, à peine un indice de profil perdu ; mats la nuque, surmontée d'une abondante chevelure brune, dans laquelle les doigts de la main sont noyés ; mais le dos cambré, dont une raie serpentine indique la souplesse; mais les hanches, et ce qui suit, jusqu'au fin bout du pied, qui touche la bordure. Il est impossible d'imaginer une ligne plus gracieuse que celle qui, partant du cou, s'arrondit à l'épaule, se creuse à une taille délicate, rebondit en montagne, et glisse ensuite tout d'un jet le long d'une jambe effilée. Il y a quelque chose de Watteau dans la forme élégante et introuvable de cette belle nonchalante, — si Watteau avait fait des baigneuses de grandeur naturelle; peut-être en a-t-il fait.

La draperie sur laquelle repose' cette femme est d'un gris comme on n'en voit pas, si ce n'est dans Velasquez. Cette draperie grise a été inventée pour séparer du linge blanc, qui recouvre le Ht, les tons de chair en pleine lumière ; le fond du tableau, à droite, derrière la tète, est aussi d'un gris vague, qui fait res-

iSft LES MAITRES ANCIENS.

aortir te sujei principal; mais, à gauche» se àxaft à larges plis.un rideaurouge somkreyderrière rAinaur..». car il y a un petit Amour aiJé> et agenouillé, présent tent un miroir dans lequel se réfléchit de face un charmant visage. Et c'est ce diable de dieu CupidoD (il s'introduit partout) qui a fait nonuiMr Yéiius cette d(Mineuse» cette réyeuse, — cette femme couchée.

Gomme quahté de couleur, et comme harmonie, on ne esterait pas beaucoup de Yelasquez plus distingués, autant qu'on en peut juger à la distimce oii il est per-. mis de contempler cette image scandaleuse ^

La Scène de paysans est un grand tableau de 7 pieds de large sur environ 4 pieds de haut Première manière de Yelasquez, si l'on peut appel» des manières ces transitions du talent des maîtres dans leur jeunesse; ce sont plutôt des préparations, une série d'initiations successives, où le peintre se forme en. se cherchant dans les autres, et dont il conserve toujours certains éléments précieux quand il est arrivé à se formuler soi-m^e dans son projm style.

Ainsi, c'est à Renseignement du savant Pacheco, son ami et son beau-père, que Velasquez a dû d'acquérir la finesse et la eovrection de son dessin, si précis dans les mouvements, si ferme dans les attaches, si expressif dans sa liberté. On voit au musée de

1. Ce chef-d'beuvre , qu'on s'est pla à dissimuler, pourrait bien éeht^per à la finile des amateurs vulgairBr>; mais je suis heureux de trouver dans. Tarticle de M. Waagen {Revue universelle des Arts) , q.u'il place la Vénus de Velasquez « au premier rang. » M. Waagen dtstîBgtie aussi àops^ }igne le portrait de Fareja et le petit portrait é(|ue6tte d'Oiivarez.

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Madrrd quelques portrait peints sons eette primitive influence du Pacheco, laquelle ne dora guère et ne compte point.

Ce qu'on intitule la première manière €e Yelasquez est celle où il paraît ^inspirer des maîtres rudes et heurtés, de Luiz Tristan, de Tolède, sans doute ausM de Ribera, son aîné de onze ans, et dont les œuwes, dès lors célèbres en Italie, devaient éjre bien commes et admirées enEspagfie. Il y a aussi à Madrid plusieurs Velasquez* de cette période, par exempte le Porteur d'eau (Àguador),

La Scène de paysans montre une femme assise par terre et tenant sur ses genoux un enfant qui joue avec une grappe de raisin. Près de la femme est couché à la renverse, la main appuyée sur le sol, un vieux paysan ît barbe brune, qui rit de franc cœur en regardant le bambino. À droite, un autre paysan, tout jeune, allonge sa main vers la grappe. Ne dirait-on pas une Sainte Famille avec les • personnages obligés, la Madone, l'Enfant, saint Joseph et saint Jean ? Il est vrai que, d'ordinaire, le petit Jésus et le petit Jean -s'amusent avec une fleurette ou un oisillon, et non pas avec la grappe maudite, cueillie par Silène et Bacchus. Là seulement est la différence.

Cette joviale et réjouissante peinture est exécutée avec une vive pratique, mais un peu grossière dans la touche et dans le ton, relativement à la délicatesse ultérieure du peintre de Philippe IV, même dans les sujets analogues, qu'il a toujours affectionnés, et dont le chef-d'œuvre est la Réunion de buveurs couronnés de pampres, du musée de Madrid. Les Paysans de

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124 LES MAtTRES ANCIENS.

TExhibition de Manchester, approuvés par M. Waagen, appartiennent au comte de Listowel.

Les deux petites pochades importées par le général Meade, qui fut longtemps consul à Madrid, appartiennent à M. William Stirling, dont le nom revient souvent au catalogue, à Tarticle des maîtres espagnols ; M. William Slirling est sans doute le fils ou rhéritier de Thomonyme qui a écrit sur celte école.

Rareté exquise que ces petites ébauches, hautes de 6 pouces. La foule ne les apercevra jms môme; mais elles feront les délices des raffinés. Dans Tune, au milieu d'un paysage féerique, on voit un homme et une femme assis; on ne voit pas l'Amour, mais il 7 est. Dans l'autre, les mêmes personnages à peu près ; mais, à l'écart du couple, est assise une seconde femme qui tourne le dos. Est-ce que la Jalousie aurait suivi l'Amour ?

Je ne connais aucun caprice des plus grands coloristes, qui, pour la puissance du ton, surpasse ces deux babioles. Elles donnent l'impression d'un bopquet de fleurs des tropiques, et, en les regardant, chose singulière ! on éprouve je ne sais quelle sensation de parfum, mêlée à la sensation de la couleur. Ce n'est rien pourtant qu'un peu de pâte qui fait émail sur un petit chiffon.

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Hurillo. Fin de VÉeole espagnole.

Les tableaux de Murillo, plus nombreux encore à Manchester que ceux de Yelasquez, sont également presque tous d'excellente qualité. Il y en a trente et un! dont cinq envoyés par le marquis de Hertford : une Adoration des bergers et Joseph porté par ses frères à la bouche de la fontaine ; pendants ; — une Sainte FamîTle; — une Annonciation, cataloguée TAssomption*; — et Saint Thomas de Villa-Nueva, faisant Tauraône.

Les figures de l'Adoration des bergers sont un peu plus petites que nature , quoique la toile ait environ S pieds de large sur 5 de haut. La Vierge et les bergers sont agenouillés autour de l'Enfant, couché dans un linge blanc, sur la paille. A droite, dans l'ombre, le bœuf et l'âne; en avant, un mouton, offrande des bergers. Deux petits anges planent en Tair. Tableau de la manière vigoureuse , un peu assombri , mais de premier rang.

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