‹ Trésors d'art en AngleterreChapitre 18 sur 52 · LES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LES ALLEMANDS

Meister Stephan, Martin Schôn, Wohlgemûth, Le Maître de la Passion Lyversberg, Grûnewald d'Asschaffenburg.

II faut reprendre maintenant la lignée du Nord.

H n'y a véritablement qu'une seule école du Nord : Allemands, Flamands, HoUandais, jusqu'au xvi* siècle, époque où Tinfluence italienne a modifié en même temps l'art de* ces trpis peuples.

C'est le même génie au fond, avec seulement ces différences climatériques et physiologiques, si l'on peut ainsi dire, qui se remarquent aussi dans les nombreuses familles de Técole italienne.

L'histoire de ces anciennes écoles du Nord n'a été éclaircie que très-récemment, et, bien que quelques critiques français y aient contribué, elle n'est pas encore trè&-familière à la France.

Chose singulière l c'est pendant que leurs peintres

allaient se replonger dans Timitation étrangère à la source italienne, Overbeck chez les Ombriens, Cornélius chez les Florentins, c'est à ce moment-là que les érudits germaniques ressuscitaient l'histoire de leur art indigène, qui en vaut la peine.

Cette histoire, ou du moins la demi-lumière dont on l'a éclairée, ne commence qu'avec le xv* siècle, et, quoi qu'on ait fait, les van Eyck demeurent toujours, dans le double sens du mot, les premiers maîtres du Nord.

Logiquement e*e6t donc par eux qu'il faudrait commencer; mais, comme ils ont dans les Pays-Bas une postérité nombreuse et ininterrompue jusque vers le milieu du xvi* siècle, comme les écoles flamande et boUandaise se perpétuent ensuite, à travers des fortunes diverses, jusqu'à la fin du xvti*, nous prendrons d'abord l'école allemande, qui tombe au xvi% et qui, hélas I ne s'est plus jamais relevée depuis.

Le prince Albert possède à Kensington Palace la plus bdle eollection privée qui existe de ces maîtres prio^tiff des écoles da Nord, de même que la collection ap« partenant en propre à la reine Vittoria, et provciiant de George lY (à Bockîi^fbam Palace), est une des plus bdles du monde, comme choix des maîtres hollandais et flamands.

C'est donc le prinee Albert qui a envoyé presque tons les Alkmands, et la plupart et les meilleurs des Flamands priraitife.

Le plus ancien maître allemand dont on ait ou dont on croit avoir le nom avec les csuvres, exceptant la vieille écok de IMième, est Meistcr Wittielffi, apppelé

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quelquafûis Guillaume de Herle (entre 1360 et 138a), i qui ou attribue de^ tableaux de la cathédrale et du musée de Golc^ne. Peut être est-ce à côté de lui que s'était formé Hubert van Eyck.

Meister Stephan, Stephan (Etienne) Lothener, Tauteur du fameux triptyque de la cathédrale de Cologne, où est représentée au centre l'Adoration des mages, passe pour avoir été élève de ce maître Wilhelm* Il florissaitj comme disent les érudits, à Cologne dans les premières années du xv" siècle.

Nous avons de lui^ à Manchester/ un tableau, un chef-d'œuvre.

Trois figures en pied et debout : sainte Catherine d'Alexandrie, saint Mathieu et saint Jean l'évangéliste. Catherine est au milieu^ la main droite sur une grande épée ; elle porte une riche couronne d'or et un manteau rouge, presque sans plis. A gauche, Mathieu tient un livre ; derrière lui est un petit ange en manteau vert clair. A droite , Jean , de face , tout en blanc , un calice d'or à la main ; son aigle, en avant, par terre; cet aigle , qui a une large auréole d'or , est étonnant. Je n'ai jamais rien vu de plus réel et en même temps de plus énergique dans aucune école. Le tout, très->tiA de galbe, de modelé, de ton, est d'une tournure très» simple et très-fière.

Les figures ont plus de 1 pied de proportion: le ta- Ueau, environ 1 pied 8 pouces de haut et 15 à 18 pou* ces de large.

Martin Schôn* est de la même époque à peu près. C'est , relativement à Cologne , l'école du haut Rhin. Mais le style est peu différent. Les deux écoles ne s'é-

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cartent guère, au fond , de Jan van Eyck. On prétend même que le gracieux Martin Schôn, comme le gracieux Memling, a reçu des leçons de Rogier van der Weyden, l'élève de Jan. On le croirait, à son œuvre gravé, si ce n*est qu'il a encore plus d'élégance et de sentiment.

Ses deux tableaux de Manchester sont sur panneau: une petite Madone en manteau rouge, assise sous un arbre, dans un beau jardin; œuvre très-délicate et trèspoétique. 11 pouces seulement sur 8 pouces trois quarts. Au prince Albert,— Pilate et les Juifs, à M. J. H. Green; le Christ de profil à droite, un manteau gris jeté sur ses épaules, est présenté au peuple. La figure a presque 2 pieds de proportion ; le tableau 3 pieds de haut sur 1 pied 4 pouces ; c'est un volet de triptyque probablement. Il provient de la collection Aders. M. Waageu le cite , quoiqu'il ait déclaré ailleurs, je crois, que les seuls tableaux bien authentiques de Martin Schôn étaient ceux de Colmar.

L'authenticité de ces deux peintures peut être contestée, en effet, malgré leur charme et leur perfection ; la Madone au prince Albert se rapproche cependant du type si bien marqué dans les douces et fines gravures du maître.

C'est là un des avantages de l'Exhibition de Manchester, de pouvoir comparer les peintures et les gravures des maîtres qui ont pratiqué ces deux arts, et de pouvoir aussi consulter leur œuvre gravé par d'autres d'après eux. Il n'y a qu'à monter sur la galerie du transept, où sont classées les productions de la gravure , depuis les nielles jusqu'à ce jour.

Martin Schôn y est très-complet et en superbes épreuves ; Albert Durer aussi, et toute son école, et Crapach, et Lucas de Leyde, et les autres de tous pays.

Bien souvent, après avoir contemplé les Raphaël et les Italiens du xvr siècle , nous nous sommes donné le plaisir d'aller admirer les Marc-Antoine, les Augustin Vénitien, les Marc de Ravenne, les Bonasone. Mais cela est en dehors de notre sujet pour le moment.

On a beaucoup discuté pour savoir si Martin Schôn > qui fut probablement le maître de Holbein le vieux, n'avait pas été aussi un des maîtres de Durer. Cela se peut et les dates ne s*y opposent point, puisque le beau Martin (Martin Schôn) ne serait mort qu'en 1488, selon le document- découvert par M. Passavant, et même, selon M. Wauters, de Bruxelles, qu'en 1499. Pour ma part, je suppose ce lien entre les deux maîtres de Golmar et de Nuremberg, à voir certaines analogies dans leur travail comme graveurs, quoique leurs caractères soient si différents ; l'un si tendre et si naïf, l'autre si ferme, si grandiose, et souvent étrange jusqu'à la sauvagerie.

En tout cas, voici le vrai maître de Dixrer, celui à qui il ressemble et à qui certainement il a dû plusieurs de ses énergiques qualités. En étudiant les trois tableaux de Wohlgemttth à l'Exhibition de Manchester, on est encore frappé de l'idée que nous avons déjà exprimée à propos de Raphaël et de Michel- Ange : — Les plus grands hommes ont toujours des préparateurs. Wohlgemûth a été le Ghirlandajo d'Albert Durer. Deux de ces peintures de WohlgemOIh sont extrêmement curieuses : une Descente de Croix et Pilate se lavant les piains; pendants qui paraissent être des vo-r

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lets et dont les panaeauxt ont -3 pi^ds4 pouces sur I pied 8 pouces. La composition est très^dramatique, le dessin accusé avec une vigueur exagérée ; les mouvements et les expressions ont une violence qui va jusqu'au ftmtastique. Durer a eu cela aussi quelquefois dans ses conceptions et dans son exécution.

Ces Nurenfbergebis sont les Florentins de l'Allema*gne, et Durer en est le Dante et le Micbel-Ange,

Llnstitution de Liverpool, propriétaire de ces deux raretés, contrôlées par M. Waagen, a envoyé, de plus, un troisième Wohlgemûïb , Madone avec l'Enfant , qui reçoit une coupe du donateur ; figures de 1 pied et demi de haut; — et un tableau de l'école, représentant à peu près le même sujet.

Avant d'accoster le glorieux disciple de Wohlgemflth, nous trouvons deux grands artistes absolument incon* nus en France, le Mattre de la Passion Lyversberg et Grttnewald d'Asschaflfenburg.

Ce Mattre de la Passion Lyversberg (on désigne ainsi le peintre anonyme d'un tableau représentant la Paç-sion, conservé dans la colleclion du conseiller Lyversberg, à Cologne) est présumé le même que le Maître de Werden, dont la National Gallery a réuni quatre pan* neaux trouvés dans une vieille abbaye de Werdwi, près Dusseldorf. C'est donc encore Técole de Cologne*

Le prince Albert a envoyé trois tableaux du Mattre de la Passion Lyversberg, peints pràbablement entre 1466 et 1470: une Présentation au temple, sur fit^nd d'or , avec six figures à droite et six à gauche ; peinture claire, fine et ferme ; 3 pieds 7 pouces sur 2 pieds 9 pouces; —une petite Sainte Famille, — et un

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portrait de femjue, mî^ualure, en buste, avec les deox mains; elle a une coiffure blanche empesée et un fêtement noir ; le caractère sérieux de la tète et la correction du dessin font songer à Holbein dans sa manière sèche*

Le Grûnewald, appartenant aussi à la galerie du prince Albert, et provenant de la collection Orford, est un grand tableau d'autel, triptyque haut de 6 pieds, dont le panneau centraj a environ 4 pieds de large et les volets environ 1 pied et demi. A Tintérieur des volets, saint Philippe, saint Jacques et saint Érasme ; à Texté-r rieur, que nous n'avons pas vu, le triptyque étant ouvert, saint Nicolas et saint George.

Mais c'est la composition principale qui est belle ! On conçoit que ce Grûnev^rald ait été dans son temps une sorte de rival d'Albert Dtirer. Au milieu, la Vierge tenant l'Enfant est couronnée par deux anges ailés ; son pied nu repose sur le croissant. A ses côtés, sainte Catherine et sainte Barbara. Ces trois figures de femmes, debout, presque de grandeur naturelle, sur fond d'or, sont exquises ; les têtes ont un charme, les costumes une élégance, le coloris une richesse, une vigueur, une harmonie, que Memling n'a point surpassés.

A propos de ce Griïnewald, le catalogue a fait une plaisante mistake: dans les notices biographiques S par ordre alphabétique, qui suivent la nomenclature des tableaux, on trouve à la lettre G: « Grûnewald, Mathias, né à Asschaffenburg vers 1450, mort en 1510; »

1. Ces notices ont disparu de la deuxième édition du catalogue.

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et & la lettre A : « Asschaffenburg, Mathias, né à Grûnewald, 1450, mort en 1610. » Asschaffenburg est, comme on sait, sur le Mein, pas loin de Francfort. Mais, par malheur, il y a, je crois, sur les bords du Rhin, un village qui s'appelle Grtinewald (forêt verte). Griinewald d 'Asschaffenburg ou Asschaffenburg de Grûnewald, qu'importe? Son tableau est là. Le nom ne fait rien à l'œuvre.

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Albert Durer , Cranach , Holbein.

Albert Durer. Combien en avez-vous en France? Point; si ce n'est, à ce que je crois, un qui est au musée de Lyon, et où môme se trouve le portrait du maître avec ses longs cheveux d'or. Quant au tableau de l'église Saint-Gervaîs et Saint-Protais , rue Saint- Antoine, ]e suppose qu'on a renoncé depuis longtemps & le prendre pour un Dtirer.

A Manchester, nous avons un portrait et une Madone d'Albert Durer.

Le portrait, appartenant au duc de Northumberland, offre un grand intérêt, car c'est le portrait, signé et daté 1497 , du père de l'artiste , du vieil orfèvre hongrois. Albert, alors âgé de vingt- six ans, n'avait pas encore vu l'Italie, où il n'alla que neuf ans après , en 1506. Ce portrait a été gravé par HoUar. Je crois qu'il y a, à la galerie de Florence, un aulre portrait qti'Albert avait fait de son père, quelques années auparavant.

Le père Durer est en buste , moins grand que nature, dans cette proportion mixte qu'affectionnaient

us LES MAITRES ANCIENS.

les Allemands de cette époque-là, et que Holbein aussi a souvent donnée à ses portraits, par exemple S celui d'Érasme (n** 208 du Louvre). Il est tourné de trois quarts à gauche ; ses deux mains croisées sont presque cachées dans les grandes manches de sa houppelande jaunâtre, doublée de fourrure noire. Sa toque est noire aussi. Le fond sur lequel il se détache est un simple frottis, très-léger, à la manière de certains fonds de Rubens. L'exécution est large, facile, point du tout sèche, très-onctueuse au contraire, la touche mêlant les couleurs avec une harmonie tout à fait juste. La tête a un franc caractère, beaucoup de pensée et beau* coup de force. On dirait que cette peinture est une ébauche très-avancée, jetée là de première impres* sion d'après la nature , et sur laquelle le célèbre graveur n'a pas encore eu le temps de ciseler les contours, ce qui donne quelquefois à ses tableaux un peu de dureté et de froideur. Le beau portrait de Sénateur (daté 1614), que possède la National Gallery, est bien plus arrêté et semblerait sec à côté de celui'Ci.

La Madone (non cataloguée) * est un panneau découpé en ogive, et haut d'environ 2 pieds. La Vierge, assise sur un trône , se presse de la main gauche le sein, et de la main droite porte l'enfant Jésus. Elle a une couronne et de longs cheveux crêpés, couleur d'or. Robe bleue, manteau rouge. Au pied du trône

1. Je suis très-heureux de trcMiver mon attribution confirma par la nouvelle édition du catalogue , où est enregistrée cette Madone d'Albert Durer, comme provenant de Windsor Castle. C'est une garantie de plus ; car à Windsor Castle, comme à Buckingham Palace, tout est bon.

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sont agenoiiBlé», à droite , tm érrëqtre en noir, et tenant tin livre; à g'aaehe, un autre évéqne, en blanc, les mains jointes sur sa crosse. Entre eux, et tout à CbîI au premier plan, un va«e de terre bleue, avec des Ikr dedans. Derrière le trtoe , échappée de paysage : d'un côté, descoUinesfertes; de l'autre, on distingue une grande flèche de cathédrale; est'-ce la cathédrale de Hureinberg?

Gène peinture est extrêmement ferme, d'un dessin savant et grandiose. La tête de la Vierge rappelle les Madones de l'œuvre gravé.

Pi*s éa portrait peint par Durer est un portrait peint dans la même proportion par un de ses élèves, Hans Scbeuflelein , et qui représente un autre peintre et graveur de leurs amis, Hans Sebald Beham, une puissante tête. Ces Allemands du uv siècle étaient de fameux hommes. Vous n*avez plus des têtes comme ça au XIX* siècle.

Ge vieox Beham, aux traits énergiques, a les nmiiis croisées, comme le père de Durer. Mais ils ne restaient guère ainsi, les bras croisés, que pour poser devant les grands peintres, en causant après le travail. Il porte une toque noire et un pourpoint noir, sur lequel ressort sa large barbe blanche, taillée carrément, sans monstadies. Pour fond, de l'ean et du ciel. Au milieu de l'eau (serait-ce le Rhin?) on voit une île et un rocher. €e portrait de Beham appartient aussi au due de Northumberland.

Un second portrait, par Scheuffelein, Jeune Fille en buste, mi-nature^ parait également très-bon. Mais il est trop haut placé pour qu'on paisse l'examiner.

De Hans van Kulrabach , autre sectateur de Durer, un portrait de jeune homme , appartenant au prince Albert ; — de George Pencz, qui étudia en Italie après s'être formé à Nuremberg, un portrait d'Érasme, copié sur une peinture de Holbein. On lit au bas : « D. Eras« mus Roterodamus, etc., 15 G. P. 37. » Sans ce monogramme de George Pencz avec sa date 1537, cette excellente copie aurait toujours passé très-probablement pour un original. A Sa Majesté , du château de Windsor. Cité par Jameson et Waagen.

De Hans Burgkmair, ami de DiU*er, une Adoration des bergers, au prince Albert, ainsi qu'un enfant Jésus apprenant à marcher, par un Allemand, qui a peint à Ulm, au commencement du xvi* siècle, Martin Schaffner.

Lucas Cranach est le principal maître d'une autre branche de l'école allemande , de la branche saxonne qui représente si bien le mouvement de la Réformation. Il se trouvait justement à Wittetnberg, où Luther était professeur de l'université. Il fut à Luther ce que Raphaël fut à Léon X. Il le peignit , lui et les siens, signant ces têtes de révoltés avec un petit dragon de feu.

Luther, le gros électeur de Saxe (le Louvre, n*» 99, en a un superbe petit portrait par Cranach) et une bande de réformés , nous les avons à Manchester en très-belle qualité, tous en noir, réunis sur un panneau appartenant au comte Craven. Les têtes sont lières et vivantes; l'ensemble est d'un ton vénitien.

Nous avons aussi une femme qui dort près d'une fontaine (à la Liverpool royal Institution). Cranach»

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comme on doit bien le penser, n'a pas fait de sujets catholiques, apostoliques et romains ; il n'a guère fait que des femmes nues, après ses amis les protestants : des Èves ou des Vénus, des baigneuses ou des dormeuses; ceDé-ci, qui est supérieurement modelée presque sans ombre, comme d'habitude, a environ 1 pied et demi de haut. Elle porte la date 1534 avec le dragon ailé. Ces deux Cranach sont cités par M. Waagen.

Oui aurait des Holbein si l'Angleterre n'en avait pas? L'Angleterre en a, je crois, par centaines : à Hampton Court, à Windsor Castle, à Kensîngton Palace, dans toutes les résidences royales, dans tous les châteaux de la vieille aristocratie. Durant un quart de siècle, Holbein est à lui seul toute la peinture en Angleterre. L'Angleterre n'a que lui et ses continuateurs obscurs, et quelques autres étrangers venus après lui, pour occuper tout le xvi* siècle.

Dans la Galerie des portraits, nous trouverons une douzaine de Holbein, sans compter les miniatures, qui sont des merveilles. Ici , dans la Galerie des anciennes écoles, nous en avons six ou huit pour échantillon.

D'abord, un des plus précieux qui existent, le ^enri VIII, à mi- corps, appartenant au comte de Warwîck ; c'est roriginal typique que le maître a reproduit plusieurs fois. Une de ces excellentes, répétitions, appartenant au duc de Manchester, a été classée dans la série des portraits historiques.

Ce Henri VIII est effrayant à voir ainsi , de pleine face et de grandeur naturelle, tel que Holbein a osé le faire avec une sincérité prodigieuse. Il est modelé

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en vive lumière, avec des demi-teintes si claires et si fines, qu'on ne perd aucun détail de ce visage monstrueux, démesurément étalé aux tempes et autour des oreilles, où siègent tous lès instincts brutaux, gloutoiis et sanguinaires, aux mâchoires, que Rabelais eût appelées des badigoinces ^ autour du menton et aux lourdes attaches de son fanon de buffle. Nous verrons à la Galerie des portraits ses femmes qu'il a tuées, et les hommes qu'il a tués.

Cette page d'histoire, peinte par Holbein, en apprend plus sur le pape de l'Angleterre que tous lefe livres et toutes les chroniques.

L'art est un témoin impitoyable quand il traduit ce qu'il voit et comme il le voit.

Aussi , en général , les souverains du monde ont-ils toujours eu plus de précaution que ce bon et imprudent Henri VIII, et ils se sont arrangés avec leurs peintres pour se faire présenter à la postérité dans toute leur gentillesse. François I", qui avait aussi une tète assez phénoménale, n'est-il pas tout à fait aimable dans le portrait du Titien (n« 469 du Louvre), lequel, à la vérité, n'a pas été peint d'après nature? Ce rustre de Jean Cousin ne fut pas si flatteur dans le buste en bronze, qu'il a laissé du roi chevalier. Et le petit Charles IX, de Jehannet(n* 1Ô7 du Louvre), si raignonnement pomponné, qui s'imaginerait qu'un jour, — une nuit ! — il ait eu l'idée de chiffonner sa collerette avec une arquebuse? Il faut lui regarder dans le jaune des yeux pour deviner cela.

Ce n'est pas sans raison qu'on appelait autrefois si naïvement les peintres royaux des v»lets de chambre^

fonclion trop honorable pour tomber en désuétude, et qui s'est toujours perpétuée depuis.

Nous avons aussi à Manchester deux portraits de François I" précisément, très-beaux tous les deux, et attribués à Holbein. Il me parait que ni Tun ni Fautre ne sont de kii.

L'un de grandeur naturelle, à mi-corps, appartient à Sa Majesté (château de Hampton Court); le catalogue dit lui-même que ce pourrait être un Glouet; mais ce n'est pas de Glouet non plus, à mon avis, du moins du Jehannet qui a fait le petit Charles IX. Jehannet et son école ont la finesse du modelé, la délicatesse du dessin, un esprit très-subtil dans la tournure de leurs portraits, toutes qualités assez étrangères au François I" de Hampton Court, qui est très-savant et trèsferme, mais un peu lourd.

L'autre François ?% aussi en buste, mais de petite proportion (le panneau a 1 pied 8 pouces sur } pied 2 pouces), a bien plus d'analogie avec Holbein, et, sauf à se demander où et quand Holbein aurait foit ce portrait du roi de France, on l'accepterait volontiers. Mais il 7 a une difficulté, si ce n'est point une faute typographique : le catalogue mentionne une signature avec la date : Anno D,nA. 1509. Je n'ai pas pu découvrir et vérifier moi-même cette date malencontreuse.

En 1509, Holbein avait onze ans, et le prince qui devait être le roi François I" en avait quinze !

Cette excellente peintpre vient poyrtant de la galerie du prince Albert S qui ne laisse guère passer de ces

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