LES HOLLANDAIS
Rembrandt et son école.
Nous entrons ici dans ïa plus riche partie dé TExhlbition.
Quelles que soient les curiosités des écoles primitives, l'abondance et la magnificence des Velasquez et des Murillo, des Rubens et des van Dyck, quels que soient les trésors des autres écoles, l'école hollandaise est cependant celle qui brille le plus à Manchester.
On y pourrait compter plusieurs maîtres dont aucun musée de l'Europe ne possède autant de chefsd'œuvre : Hobbema, Ruysdael, Albert Cuyp, Paul Potter, Rembrandt. D'autres, et des plus rares, PhUips et Salomon Koninck , Nicolas Maes, Pieter de Hooeh ; d'autres, et des premiers, Philips Wouwerman, Willem et Adriaan van de Velde, Adriaan et Isack van Ostade, Jan Steen, Karel du Jardin, etc., y sont représentés par des tableaux hors ligne et de qualité supérieure.
Les tableaux de cent mille francs et plus s'y rencontrent quelquefois presque à la file. Rembrandt tout seul
aRpr.oebemt f}^ pUlipn; Hobbema et j^y^ael auss^^ et Paul Potter, et Albept Cqyp, et Philips Wouwerraafï aussi, Les taWpaux de yipgt-cjriq à ciflquante iniile francs y sont en quai^tité. Qr, il y ^ environ dpuî fi^x^t cmquapte pef^fures l^ollandaises. Si Ton voufait jUidUÎQnnejT les c)iiffrps ^e leur ya}isur approxifnatiye» on froijvprpU flpe ^opiipp pflf ayaxjtp, pour cette seule p^ie d^ J'HIxbibitiqn:
V^ïi Q'^st donp pas, même au poipf de vue de ce qu'on apppUe }*écopûmie ppUtlgue, jiji^ superfluité in^r productive, puisqu'il crée de telles valeurs. Rembrandt est mort p^uvfc, mais il ^ )^is$^ au mon4e yn hiêntage qu^on ppmrait estiiper, tableaux , dessips et e^uxr ^rtes, k UPP YWgtefne de pailliops.
fl »'y il pa§ bea^çopp de fray^illeiff s iïjdpstqelSy §i ce, n^est les grands inventeur^ , qui aipnt cQntrifiué dans c^te proportion à la fortune des pejjples» sanç parlisr de la valeur poétique, intelle/ctuelle et pivjlisar iricp d^s qpuvjres d'artr
li'école intermédiaire entre celle du xy« siècle et celle du xvfi* n'offre qu'un mfiître dont le génie soit bollanfiais, tous les autres à peu près ayant, copinie les Flamands, subi, durant cette période, l'influence italienne. Ce maître, qui ne s'égara point dans le fpysticisme et recl^ercba surtout l'expression de l'humanité, c'est Luc Jacobsz. (fils de Jacob), dit Lucas de Leyde. On doit le considérer comuie la tête de l'école hollandaise.
C'était un grand houime dès son enfance que ce petit Lupas, qui mourut si jeune après avoir tant souffert. Qn dit çyj'il slmagiua que JauQoss^prt (Mabuse) l'avajf empiùspnni ppr jalousie, daos le voyage (|u*}ls fifent
ensemble à travers les Pays-Bas. Le poison n'est guère dans les mœurs du Nord. Mais la vérité est que le terrible Mabuse, avec ses orgies, avait tué le frêle artiste, si facile aux entraînements de la vie.
Les peintures authentiques de Lucas de Leyde sont presque introuvables. Dans le nouveau catalogue du Louvre, on a eu raison de lui retirer trois tableaux — rien que cela ! — que lui attribuaient les anciens catalogues ; et sans doute bien d'autres tableaux qui portent son nom dans diverses galeries de l'Europe ne sont pas de lui.
Nous en avons un incontestable à Manchester, la Partie de cartes, appartenant au comte de Pembroke; neuf petites figures, à mi-corps , hommes et femmes, autour d'une table, tenant leurs cartes à l'allemande, échelonnées en hauteur et non pas étalées en large comme un éventail. Ces personnages ont un grand caractère, et leur tournure fait penser au fier Garavaggio, si ce n'est que chez Lucas le dessin est plus serré et plus anguleux que chez le maître lombard. Panneau de 15 pouces sur 1 pied.
Je crois qu'on attribue aussi à Lucas deux portraits, le sien et celui de l'empereur Maximilien, et un Saint Jérôme à barbe blanche , montrant la tête de mort ; figure à mi-corps , un peu plus petite que nature, sur un panneau haut de 2 pieds environ. Ce doit être le vrai original, dont il y a tant de répétitions, et je suppose qu'il a même sa signature et sa date parnai beaucoup d'inscriptions qui entourent le savant père de l'Église. Ces trois tableaux n'étant pas portas sur le catalogue provisoire, je ne saurais indiquer le nom de
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leurs propriétaires ni leurs provenances*. Il y avait un Saint Jérôme assez analogue à celui-ci , dans la collection de Charles !•', à qui l'ambassadeur hollandais en avait fait présent en 1635*.
Près de Lucas de Leyde sont Lucas Comelisz. ', qui , chez son père Comelis Engelbrechtsen , doit avoir été le condisciple du grand Luc Jacobsz. ; et un sectateur de celui-ci : Lucas Krug. Le prince Albert a aussi envoyé , de Kensington Palace , une Madone , d'un autre Hollandais, leur contemporain, élève de Schoreel, et qui fut très-célèbre, JeanSwart, dit Vredeman. Mais j'ai hâte d'arriver au xvir siècle.
Au moment où Rembrandt allait paraître et formuler glorieusement l'école de son pays , il y avait en Hollande plusieurs maîtres justement renommés *, Miereveld entre autres, né en 1667 ou 68. Houbraken dit
1. La nouvelle édition du catalogue enregistre , en effet, le portrait de Lucas par lui-même , appartenant à la Liverpool Institution ; le portrait de l'empereur Maximilien , au duc de Newcastle ; et deui Saint Jérôme; Tunà M. D. Hodgson, Vautre à Mrs Layard. Je suppose que celui dont je parle doit être le premier.
2. Le Saint Jérôme de la collection de Charles I^ est porté au catalogue de cette galerie comme n'ayant que 1 pied 1 pouce de haut sur 1 pied 3 pouces de loog.
n y avait encore dans la collection du roi Charles d'Angleterre un tableau très-important (M. Michiels l'a cité dans son Histoire) de Lucas : des Joueurs d'échecs , quinze figures mi-nature.
3. Deux petits portraits, de forme ronde, à M. Henry Farrer, de New Bond Street, grand connaisseur de ces écoles primitives. Le tableau de Lucas Krug est une Nativité , à la Liverpool Institution.
4. Outre Miereveld et Frans Hais que je cite , de cette génération un peu antérieure à Rembrandt , on trouve encore à Manchester Gérard Honthorst, appelé en Italie Gerardo délia Notte, et Comelis Janssens ^hdibiie peintre de portraits, qui résida en Angleterre, de 1618 à 1648, «t dont la Galerie de portraits historiqtes montre
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que Miereveld a fait 6000 portraits. Descaiïips, le plus fabuleux des biographes, va jusqu'à 10 000. Ce serait un portrait par jour pendant environ trente ans ! Toujours est-il que les portraits de Miereveld sont trèscommuns en Hollande : le musée d'Amsterdam en a une dizaine ; ïe musée van der Hoop, de la même ville, deux; le musée de La ïtayè, un; le musée de Rotterdam, trois ; ie musée du Louvre eh a trois aussi. Manchester en a un : portrait de femme , à lord Ward*.
Frans Hais, qui fut un portraitiste bien supérieur à- Miereveid , et un des plus libres et des plus hardis praticiens de toutes les écoles, a laissé également beaucoup de portraits, et beaucoup de grands morceaux représentant des arquebusiers ( Schuttersstuks , en Hollandais) ou des régents (Regentenstuks) de corporations hollandaises; on en voit de superbes à l'hôtel
plusieurs: peintures excellentes , dans la manière de van Dyck. Ce Cornelis Janssens, du catalogue de Manchester, nommé Jansen par le même catalogue dabs la catégorie des portraits , est nommé par le catalogue du Louvre Cornelis-/an«oïi van Ceulen ou van Keulen , et par le catalogue du musée de Rotterdam, qui possède de lui quelques bons portraits, Cornelis Jonson van Ceulen. Le nom de van Ceulen , ou van Keulen , doit indiquer qu'il est de Cologne. La notule qui lui est consacrée dans le catalogue de Manchester (!"> édition) avance qu'il est né à Amsterdam en 1590. Le catalogue du Louvre et les catalogues hollandais ne savent ni où , ni quand il est né. Le catalogue du Louvre dit qu'il est mort à La Haye, mais le catalogue de Manchester et celui de Rotterdam (très savanunent rédigé par le conservateur, M. Lamme, beau-frère de M. Ary Scheffer) disent : à Amsterdam, et s'accordent à fixer la date 1665, tandis que Nagler fixe 1656. Quoi qu'il en soit, Cornelis van Ceulen a fait d'excellents portraits. (Voir page 351.)
1. Bridgewater Gallery possède un des beaux Miereveld que je connaisse : portrait d'homme , vêtu de noir ; gravé dans la Gaierie Stafford.
ÉCOLES pu NORD. 243
de YÏjie d'Amsterdam , à Delft et à Haarlem , où jl s'était établi, fijjoique né à Malines.
Les collections particulières en Hollande conservent aussi beaucoup de ses portraits, même (Je petite proportion et en pied, qui sont admirables.
Frans Hais est à Rembrandt ce qu'est le Tintpret au Titien.
L'Angleterre, à ce qu'il paraît , n'a pas beaucoup recherché cç maître excentrique et fougueux. Dans son premier ouvrage, en allemand, sur les galeries anglaises , M. Waagen ne citait qu'un seul portrait de Hais, chez le duc de Devonshire ; il y en a bien d'autres , notajmment chez \ot^ Ellesmere , un très-beau portrait de femme, gravé dans la Stçifford Gallery. Manchester en montre deux.
Un portrait d'homme (à M. Henry Farrer), de trois quarts à droite , ujje main sur la hanche et tenant des gants longs, couleur chamois; l'autre raaiij tenant en avant un graad chapeau ^oir. Fpnd gris , sur leqjuel i^ne date , 16.6*; je n'iiii pas bien disjingué le troisième chijffre, (ji^i paraît être ^^n 3 ou un 5. Frans Hais, qui .était né ei^ 1584 , ne mourut qu'en 1666 , trois ans seulement avant Renab/^andt, plus jeune que lui de vipgt-quatre ^s.
Un portrait , désigné au catalogue comme celui de l'amiral de Ruyter, et comipe n'étant qu'une esquisse (au .con^te Spencer). Cette indication doit sans doute
1. La nouvelle édition du catalogue ajoute à l'indication de ce portrait : adatei.... » Ilparaît gue le rédacteur du catalogue, M. Scharf junior, et le propriétaire du tableau n'ont pas été plus heureux que moi , pour lire exactement la date.
être fautive*, car je n'ai trouvé qu'un second Prans Hais, bien authentique et superbe, mais qui n'est pas plus une esquisse que ses peintures ordinaires , trèsbrusquement sabrées à la vérité , et qui ne ressemble guère à de Ruyter, du moins à son portrait par Ferdinand Bol au musée d'Amsterdam. L'homme est vu jusqu'aux genoux , de trois quarts à gauche , tête nue, longs cheveux; col rabattu, uni; crevés de manches blancs et grandes manchettes blanches; le reste du costume , noir. La main gauche tient aussi des gants jaunâtres. Hauteur environ 4 pieds sur 2 pieds et demi.
Rembrandt. L'Exhibition de Manchester en réunit vingt-huit !
Neuf compositions, seize portraits, deux paysages, une petite esquisse.
Trois à la reine : deux de Buckingham Palace, un de Windsor Castle.
Quatre au marquis de Hertford; deux à lord Ward; deux à lord Overstone; deux à M. Henry T. Hope; les autres au comte Derby, à lord Yarborough, à lord Scarsdale, au comte de Warwick, au duc de Buccleuch, au comte de Craven, au vicomte Dillon, au docteur Lee, au docteur Barton, à M. Charles Maud, à M?John W. Brett, et à sir Antony Rothschild ; je n'ai pas vu ce dernier tableau, représentant, selon le catalogue, une Femme et des enfants avec un bouc (Smith, n^ 175), et provenant de la collection Nieuwenhuys; est-ce qu'on aurait
1. La nouvelle édition écrit toujours : « Portrait Sketch* » Le portrait est bien celui que je décris; seulement le catalogue a tort de l'appeler une esquisse.
ÉCOLES DtJ NÔUD. iko
demandé le serment légal à ce tableau de sir Antony Rothschild, comme on l'exige pour l'entrée d'un député au parlement? A moins pourtant que la description du catalogue ne soit erronée, et qu'il ne s'agisse d'un superbe Rembrandt, égaré sans numéro dans la Clock Gallery, et représentant le Renvoi d'Agar (Smith, n® 5), avec un fond de paysage où il y a, en effet, des chèvres*. En tous cas, nous avons toujours notre nombre de vingt-huit.
Il faudrait en conscience tout ce volume pour donner quelque idée de ces vingt-huit Rembrandt, comprenant tant de différents sujets dans ses différents styles, assez peu connus en France ; car, sur ces vingt-huit peintures, il y a une douzaine de chefs-d'œuvre , une douzaine d'excellents tableaux, et trois ou quatre seulement qui soient insignifiants, inférieurs ou contestables. Mais, comme l'auteur de ce livre publiera bientôt une Histoire complète de Rembrandt et de ses œuvres , dans laquelle les Rembrandt de Manchester seront décrits à leur date parmi les autres, il se contentera' de consigner ici divers renseignements.
Les deux tableaux de Buckingham Palace sont la célèbre Entrée du sépulcre, de la galerie de Joséphine à
1. Le second tirage da catalogue ne porte plus , en effet , le tableau de sir Antony Rothschild, et il ajoute à la liste des Rembrandt le Renvoi d'Agar {Dismissal of Hagar), appartenant au comte de Benbigh.
2. Quelques pages, en effet, ne signifieraient rien sur une pareiUe coUection de Rembrandt. Si ron connaît bien en France , et partout , rœuvre gravé de ce grand artiste , son œuvre peint n*est pas bien connu; son génie n'est point apprécié comme il faut, dans son vrai caractère. La plupart des critiques français en ont parlé sans avoir même vu les tableaux conservés en Hollande , en Angleterre et ail^T^
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la Malmaison; premier ordre, 100000 fr.; — et un portrait du maître à Tâge d'environ trente-six ans.
Le tableau de Windsor Castle est un portrait de Jeune homme, avec la date 1631. Rembrandt avait vingttrois ans, ou, si Ton veut, vingt-cinq, en adoptant 1606 comme date de sa naissance. On n'a jamais retrouvé de lui aucun tableau avec une dajte antérieure à 1631 *, et le seul de cette année-là, qui ait une date authentique, est la Présentation au temple, du musée de La Haye. Voilà maintenant un second tableau pour consacrer sa manière et ses essais avant la fameuse Leçon d'anatomie , qui est de 1632.
Les quatre tableaux de lord Hertford sont les portraits de M. Pellicorn et son fils, de Mme Pellicorn et sa fille , pendants payés, à la vente du roi de PoUande, 30aQ0 florins, une soixantaine (Je mille francs; — un portrait de Rembrandt jeune , payé 3700 florins à Ja même vente ; — et un grand chef-d'œuvre, le Serviteur impitoyable (Smith, 114), traduction d'une parabole du Christ; provenant de Ja galerie du duc de Buckingham; gravé sous le titre : le .Centurion. Je ne sais pas ce qu'il a coûté, mais je suppose qu'il vaut bien 100 000 fr.
leurs Rembrandt est à faire pour la France, et aussi pour les artistes et les amateurs de tous les pays. Ce qu'il faudrait sur Rembrandt, outre l'éclaircissement de l'art nouveau , dont il fut un des initiateurs, c'est une étude chronologique de ses œuvres, qui n'a jamais été faite. L'auteur de ce livre a entrepris de la faire selon ses forces. Son travail sera publié prochainement.
1. Smith signale cependant comme datés de 1631 ,.outre la Présentation au temple , un portrait de femme et le portrait de Sobieski (né en 1629 !) , du musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Mais ces dates n'ont jamais été authentiquées.
Les deux tableaux de lord Ward sont un portrait d'honnne et la Prédication de saint Jean- Baptiste dans le déserts sorte de grisaille, que le catalogue appelle même une ébauche {unfinished) , et qui contient des centaines de petites figures, sur une toile large de 3 pieds (anglais) et haute de 2 pieds 4 pouces, pas davantage. Celte petite ébauche n'a été payée' que 14000 écus romains à la vente du cardinal Fesch, soit environ 80 000 francs ! Elle dépasserait aujourd'hui les 100 000. C'est peint avec je ne sais quelle mixture d'or, d'argent et de pierres fines.
Un grand connaisseur de mes amis prétend que Rembrandt peignait ses petits tableaux sur fond d'or pur, et que c'est ce qui leur donne un ton indescriptible ; on a même trouvé ce fond d'or sous une gerçure du beau petit Tobie, de la galerie d'Arenberg.
Ce qu'il y a de certain , c'est que Rembrandt a mis de l'or sur sa peinture, sinon dessous.
Les deMX tableaux de lord Overstone sont un portrait de vieillefem;ne7-et un paysage (provenant de la collection du marquis de Vence) , large de près de six pieds ! Celui-là, si on le mettait aux enchères, irait bien au delà de IjOOOOQ francs. Pour moi, c'est la peinture de paysage la plus extraordinaire et la plus belle que j'aie jamais vue, de n'importe quelle école et dans n'importe quel pays. Je la classe, dans l'œuvre de
1. La Douvelle édition du catalogue substitue au nom de lord Ward, comme propriétaire de ce tableau, le nom de M. Peter Norton. Je suppose que c'est une erreur. Lord Ward, qui a tant de belles peintures , doit avoir conservé ce chef-d'œuvre. A moins que M. Peter Norton ne s'en soit affolé à l'Exhibition de Manchester et n'ait fait une offre considérable pour l'acquérir.
Rembrandt, à côté de ses deux chefs-d'œuvre du musée d'Amsterdam, la Ronde de nuit et les Syndics.
Hobbema et Ruysdael pouvaient venir au monde : Rembrandt avait inventé le paysage qu'ils allaient peindre.
L^s deux tableaux de M. Henry T. Hope sont un Intérieur d'appartement, avec deux portraits en pied, plus petits que nature, l'homme debout et la femme assise ; et un petit paysage ovale : deux morceaux de rare qualité dans leur genre.
Le tableau de lord Derby est le Festin de Balthazar, avec figures de grandeur naturelle, exposé à la British Institution en 1821 et 1856. — Celui du vicomle Dillon est le Rêve de Jacob, figures de grandeur naturelle. — Celui d^ lord Scarsdale est Daniel devant Nabuchodonosor, étrange et superbe composition, qui pourrait bien être de Salomon Konihck, ainsi que Ta jugé M. Waagen, mais qui est de la force de Rembrandt lui-même , comme entente de la lumière et comme expression, si les types s'écartent un peu de son style en l'exagérant.
Le tableau de lord Warwick est le Porte-étendard, de la collection Reynolds, dans laquelle on l'appelait van Tromp. Cette figure, vue jusqu'à mi-jambe, est fort différente du beau Porte-drapeau que possède, je crois, M. Rothschild, de Paris.
Les autres Rembrandt.... Mais c'est assez sur ce maître, dont le talent ne s'arrange pas d'une simple nomenclature, et soulève toutes les questions qui intéressent à la fois la poésie humaine et la technique de l'art. ^ T
Nous avons devant nous son rival, van der Helst, son ami Lievens et la foule de ses élèves : les deux Roninck, Ferdinand Bol, Gérard Dov, Gerbrandt van den Eeckhout, Nicolas Maes, et Arnold de Gelder; il ne nous manque guère que Govert Flinck , Jan Victor, Samuel van Hoogstraten, et quelques autres moins connus.
Non-seulement van der Helst fut, à son époque, une sorte d'émulé de Rembrandt, mais leur glorieuse rivalité se perpétue depuis deux siècles par le rapprochement de leurs deux chefs-d'œuvre, la Ronde de nuit et le Repas des Arquebusiers, qui, au musée maintenant, comme autrefois à l'hôtel de ville, se font toujours pendant à Amsterdam ; et, depuis deux siècles, l'opinion des amateurs et des artistes a toujours ballotté ces deux peintures, sans jamais s'accorder sur une élection décisive.
Le savant archiviste d'Amsterdam, M. Scheltema, dans l'étude que vient de publier la Revue universelle des Arts, a rappelé le jugement de sir Joshua Reynolds sacrifiant, avec une cruauté enthousiaste, Rembrandt à van der Helst, quoique le célèbre peintre anglais ail eu lui-même bien plus d'adhérences avec l'un qu'avec l'autre.
Pour ma part, ma passion est du côté de Rembrandt, mais je suis d'avis que l'amour qu'on a pour un maître ne saurait nuire à l'estime qu'on doit avoir pour un autre maître qui a cherché et réalisé une perfection différente. Je dirais volontiers que van der Helst fut le Delaroche de ce temps-là, et que M. Delacroix est le Rembrandt de ce temps-ci, toutes proportions gardées
Car Jp Tiom de M. Paul Delaroche sera bientôt un peu efï^ci'^ t,and,is que, au contraire, le nom de van der Helst semble avoir grandi à travers les générations.
Le portrait d'homme que M. Hepry Farder a envoyé à TExJjibili^on p.eut compter pour un des plus excellents (pie van der Helst ait peints; œuvre trèç-sérieuse, trèsferme, très-correcte, étudiée à fond, et représentant le modèle comme si on l'avait devant les yeux ; beaucoup de caractère ; un effet juste et franc ; une couleur sobre et vigoureuse. Ce portrait, sans avoir la fierté de ceux d'Ajitonio Moro, ferait bien à côté d'eux; mais il fait bien aussi à côté des portraits de Rembrandt.
L'homme est à mi-corps, assis de trois quarts à gauche, une main nue sur le bras du fauteuil; la main droite gantée et tenant l'autre gant s'allonge sur la cuisse. Il a la barbe rousse, et sur la tête un chapeau noir à larges bords. Grande fraise tuyautée, pourpoint et manteau noirs. Le fond est d'un gris neutre, très-harmonieux.
Le catalogue enregistre encore un autre portrait que je n'ai pas découvert : Marie de Modène, mariée au duc d'York en 1673.
Mais l'œuvre capitale de van der Helst à Manchester est un tableau de 3 pieds de haut sur 4 pieds 8 pouces de large, appartenant à la riche collection de M. Henry T. Hope, et intitulé : Paysage avec huit figures. Le sujet paraît être (ce tableau précieux a été pendu à une rangée supérieure) l'arrestation d'une voiture, qu'on dévalise sur le grand chemin. Car, en avant d'une charrette à cheval rouge, on voit plusieurs hom-
mes, dont l'un, accroupi, fouille dans des objets étalés par terre; un autre homme, le chef sans doute, en costume jaune amande, longue épée au côté, tourne le dos; un autre également debout, mais de face, porte un costume gris. Près de la charrette, trois ou quatre figures. A droite, de grands arbres; à gauche, terrains découverts, très-simples et très-lumineux, comme Cuyp aurait pu les faire.
Ce qui rend cette ceuvre si rare, ce n'est pas encore tant les figures en petit, 1 pied de proportion à peu près, — le Louvre n'a-t-iî pas ses petits directeurs du tir des Arbalétriers? — que le plein air, les arbres, tout ce paysage digne des plus habiles interprètes de la nature agreste.
De Jan Lievens, il y a un bon portrait de van Tromp jeuhe; appartenant au comte de Derby; •— « et un Job, grande figure nue, très-savante.
Lievens, qui sans doute avait connu Rembrandt chez Lastman, un de leurs maîtres à tous deux, était allé, dès l'âge de 23 ans (1630), à Londres, où il peignit les portraits de la famille royale et d'autres (peul-être quelques inconnus de la Galerie historique sont-ils de lui?), et où il resta trois aùs. Le Job, daté de 1631 , doit donc avoir été peint en Angleterre.
Rembrandt estimait beaucoup le talent de son ami Lievens, dont il possédait chez lui plusieurs tableaux, des paysages entre autres.
Le Ferdinand Bol de Manchester est assurément un de ses chefs-d'œuvre. Il est signé F. Bol fecit, 1649. il appartient à M. Thomas Baring, qui n'a pas beaucoup de peintures médiocres. La toile a 6 pieds ^ de large ,
sur 6 pieds de haut. Les figures, de grandeur na.turelle, sont vues jusqu'aux genoux. Une jeune femme, debout et de face, se regarde dans un miroir dressé sur une table à tapis rouge. Sa main gauche est appuyée sur la table , et, de sa main droite , relevée près du cou , elle s'ajuste un nœud de ruban ; elle a un voile noir, retombant en arrière de sa tète, des colliers de perles, une toilette toute en soie jaune, sauf un jupon de satin blanc qui se trahit par une ouverture. A gauche est assis, la canne à la main, le chapeau sur la tète , un gentleman en manteau noir, de qui pourraient bien venir les perles et les dentelles.
Il n'y a rien à dire contre cette belle peinture, si ce n'est qu'elle imite par trop un des célèbres Rembrandt de Buckingham Palace, la Femme du bourgmestre Paneras (on la nomme ainsi), laquelle est en train d'admirer devant une glace les boucles d'oreilles que lui a sans doute données son mari, assis près d'elle, comme le galant dans le tableau de Ferdinand Bol.
J'intercalerai ici l'Allemand Kneller, qui se forma sous Ferdinand Bol, passa en Angleterre à l'âge de 26 ans, et devint peintre des rois Charles II, Jacques II et Guillaume III.
• Manchester a fait à Kneller l'honneur de placer un portrait, peint par lui, à la droite du Charles I" de van Dyck, et tout près du Philippe IV de Velasquez. U est vrai que ce portrait est celui de Pierre le Grand, toile de 7 pieds de haut sur 4 de large, et venant de Hampton Court. Le czar est debout, assez mouvementé, comme il convient à cet homme actif et infati-
gable. Il porte cuirasse et armures. Le fond a été peint par Willem van de Velde. Gravé par Smith, dté par Jamcsou, Waagen, etc. Signé et daté 1698.
Il y a encore, parmi les tableaux des maîtres anciens, une esquisse de Kneller pour le portrait de Louis XrV, que Charles II l'avait chargé d'exécuter. On lit sur cette esquisse Tinscription suivante : « Louis XIIII, peint d'après nature, à Versailles, en l'année 1684, par G. Kneller. » Nous retrouverons quantité de Kneller dans la Galerie des portraits. Reprenons la série des élèves directs de Rembrandt.
On attribue à Salômon Koninck un Judas dans le temple, tableau peu remarquable. Tenons*nous-en au Nabuchodonosor qui porte le nom de Rembrandt. Salômon Koninck, tel qu'on le voit en Hollande, où il est d'ailleurs très-rare, est toujours un artiste au-dessus du vulgaire. La galerie de lord EUesmere, à Londres, possède de lui un petit chef-d'œuvre : Intérieur d'atelier, au miUeu duquel un jeune homme assis feuillette un livre. Chez M. Thomas Baring on voit aussi un portrait d'homme, en buste et de grandeur naturelle, peinture magistrale et digne de Rembrandt.
C'est dans un grand, paysage provenant des galeries Pourtalès et Orford qu'il faut voir Philips Koninck. M. C. P. Grenfell a payé ce tableau 9750 fr. à la vente Orford, l'année dernière. Ce n'est pas cher pour « une œuvre de premier rang, » suivant l'opinion de M. Waagen. Ce beau paysage, en effet, a de l'analogie avec ceux de Rembrandt, et sa grasse, exécution le rapproche un peu des vaillantes peintures de van der Meer de Delft, grand artiste presque inconnu. Il a, de plus,
le mérite de fixer le nom de baptême de l'auteur, sur
lequel nom hésitent les biographes.
Konînek, le paysagiste, élève de Rembrandt, s'appdait-il Philips, David ou Jacob? on Fa souvent nommé Jacques de Koning. Tout en prétendant «qu'il n'a jamais signé son nom de baptême, » Smith adopte cependant Philips, et le catalogue du Louvre, après ceux d'ibnsterdam,d6 La Haye et de Rotterdam, a fait de même; Ils ont bien fait : le tableau de Manchester est signé authentiquement P. Koninck, et daté 1655. C'est sans doute le seul qui porte l'initiale du prénom.
Mais voici une autre affaire : il 7 a encore à Manchester deux paysages attribués à Philips Roniock, et l'un des deux, -^ je ne sais si c'est celui à lord Derby ou celui au docteur Barton, les numéros se trouvent embrouillés, —est daté 1696. Or, généralement on fixe à 1689 la date de la mort de ce peintre, dont la biographie est d'ailleurs très-K)bscure. Le tableau serait-il apocryphe? ou bien la date aurait-elle été ajoutée?
Van den Eeckhout n'a qu'un portrait d'homme, mais Nicolas Macs offre six tableaux, dont trois sont remarquables dans son œuvre. Les vrais tableaux de Nicolas Maes sont extrêmement rares, comme on saît^ et Smith n'a pas pu arriver à en cataloguer plus de vingt-cinq. Il est vrai qu'il n'a pas connu tous ceux qui sont restés en Hollande.
Le i^us capital de ceux de Manchester vient de la célèbre collection de Mlle Hoflitnan, à Haariem, collection que les Anglais ont raflée en grande partie, à la mort de la propriétaire. H est intitulé l'Écouteuse.
ËCOLES DU NORD. 255
Une jeune servmite descend un escalier, en haut duquel est une porte ouverte, par où on aperçoit un homme et une femme à table. Elle est arrêtée sur un des degrés, sa main appuyée à la rampe, et, sans faire semblant de rîen^ le dos tourné à la porte ouverte, elle écoute ce ^e peut dire à sa maîtresse ce beau cavalier en partie fine ; car il n'est pas de la maison ; car sa cape rouge et sa longue épée sont là dans Fantichambre où aboutit Tescalier, et où il les a déposées en entrant. Mais que se passe-t-il en bas, âans la cui-^ sine, précisément au-dessous du salon? Grands dieux! c'est un homme qui embrasse une fille ! Ds ne savent pas non plus qu'on les voit ; mais pourquoi n'ont-ils pas poussé la petite porte qui donne sur l'escalier ? — » Elle est entre deux feux, la gentille soubrette!
Cette intention comique est un peu dans l'esprit des moralités de Molière, et Jan Steen aussi l'a souvent exprimée par de malignes peintures : — Quand les maîtres s'amusent, les serviteurs ne perdent pas leur temps. Dis-moi ce qu'on fait au salon, je te dirai ce qu'on fait dans toute la maison.
La figure principale, l'Écouteuse, en beau caraco, — de ces tons rouges particuliers à l'école de Rembrandt, et surtout àMaes, — en tablier blanc, de ce ton mat que Metsu attrapait si bien, a presque 1 pied et demi de proportion. Le tableaux environ 3 pieds de haut sur 2 et demi de large. II appartient à M. H. Labouchère, ainsi que le tableau suivant, qui est également d'une qualité très-distinguée, la Dentellière.
La jeune ouvrière en dentelle est assise à l'ouvrage, contre une fenêtre d'où vient la lumière. Elle porte les
— ^le
mêmes couleurs que TÉcouteuse, rouge corsage et blanc tablier frappés de vifs rayons. Près d'elle, un baby en bourrelet, robe jaune, joue sur une petite chaise de bois. A droite, une table, couverte d'un tapis rouge uni ; sur la table, un pot en grès, d'un ton ferrugineux. Ces accessoires eussent fait le désespoir ou le bonheur de Chardin^ qui d'ailleurs a imité Maes et en approche quelquefois.
Il Ta sans dire que ces deux tableaux sont signés en grosses lettres romaines, selon l'habitude du maître, mais sans date. Ils ont tous les deux beaucoup de Pieter de Hooch et un peu de Metsu.
Le troisième excellent tableau de Maes est une Gouseusc, peinture très-claire et très-grassement modelée, mais un peu plus froide de ton que les précédentes; elle appartient au comte d'EUesmere.
Les trois autres Maes ont été envoyés par M. Howard Galton : deux Femmes et un enfant, à mi-corps, de grandeur naturelle ; là on trouve l'élève de Rembrandt; — un portrait de femme, daté 1682, aussi de gran-* deur naturelle, et jusqu'aux genoux ; très-belles mains; 4 pieds et demi de haut sur 3 de large; — et Sahite Anne montrant à lire à la petite Vierge.
Arnold de Gelder n'a peut-être guère eu le temps d*èlre élève de Rembrandt, puisqu'il ne naquit qu'en IG45, à Dort, mais il en a imité le style et la pratique, aussi bien que les disciples plus rapprochés du maître. La Synagogue exposée à Manchester pourrait être prise, au premier coup d'oeil, pour une pochade de Rembrandt. M. Decamps doit en avoir fait quelquefois d'analogues. C'est d'une touche large et facile, d'une
pâte abondante et d'un effet très-lumineux, à cause de ia franchise des partis pris d'ombre.
On doit noter en passant, que le Louvre n'a rien dés Koninck, rien de Nicolas Macs, rien d'Arnold de Gelder.
L'Angleterre possède des trésors de Gérard Dov. Il s'en faut bien cependant que ce mattre précieux marque à l'Exhibition de Manchester comme Paul Potter, Cuyp, Hobbema, Ruysdael et tant d'autres. Gomment, à défaut de la galerie Robert Peel, qui s'est abstenue, la galerie Bridgewater n'a-t-elle pas- envoyé, du moins, le bijou qui représente l'artiste lui-même, assis près d'une table .et jouant du violon, dans son atelier? Cette fine peinture, souvent gravée, et provenant, je crois, de la galerie d'Orléans, eût tenu son rang parmi les chefs-d'œuvre.
Attendez : il y a pourtant deux Gérard Dov de qualité, mais pas de première importance : l'un, connu sous le nom de la Ménagère , vient de Buckingham Palace; l'autre, Jeune fille à une fenêtre, appartient à la collection de M. Henry T. Hope.
La Ménagère (Smith, n" 43) est un tout petit tableau, de 8 pouces et demi sur 5 pouces. Il a été gravé par Wille, et exposé en 1826 et 18â7 à la British Institution. Le sujet est fort simple et peu poétique : une jeune fille nettoie sa casserole; mais il y a beaucoup d'héromes en peinture qui ne valent pas cette ménagère.
La Jeune fille à la fenêtre (Smith, n° 7) a été exposée aussi à la British Institution, en 1815. Le panneau "est plus grand (1 pied 8 pouces sur 1 pied 3 pouces) et la composition plus riche. Cette fillette a la
258 LES MAtTRËS ANGIËI9S.
main droite appuyée sur un panier, et de l'autre main elle va prendre près d'une cage un lapin mort. A gauche, un petit garçon ^ui parle. Sur l'appui de la fenêtre, un pot de cuivre, un coq mort, des légumes. En haut, un rideau de tapisserie. C'est, sauf la différence des détails, un arrangement stéréotypé dans l'œuvre du maître. Cet exemplaire-ci est bien venu, très-clair, et minutieusement travaillé.
J'ai tainement cherché un troisième Gérard Dov, porté au* catalogue, et qui offrirait beaucoup d'intérêt: la Femme de Rembrandt, en mariée juive. Cette femme de Rembrandt, en mariée juive ou autrement, n'est pas à Manchester *. Je la connais bien et nous nous serions accointés ensemble.
Un quatrième Gérard Dov : dans un petit paysage bleuté comme un Breughel, un bouc couché, et dans le lointain un berger et une bergère microscopique*. Mais ce n'est pas la peine d'en parler à Paris, qui possède au Louvre onze morceaux très-distingués (te ce maître, et particulièrement la Femme hydropique, dont, selon moi, on lit mal la date, ou peut-être les caractères qui accompagnent la date et la signature : 1663, G. Dov. out*e6jaer,
Gérard Dov ne pouvait pas être âgé (vieux) de soixante-cinq ans, en 1663, et il ne peut pas être né en 1698, conclusion qui ressortirait de cet âge sup-
1. Je crois que ce tableau a disparu du catalogue n» 2; du moins Je ne l'y ai pas trouvé.
2. Ce out n'est même pas hollandais , oq ce serait une faute d'orthographe, car le mot hollandais, pour dire vieux, est oud^ qui, la vcFité , se prononce out.
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posé, et qu'en a très-naturellement tirée le rédacteur du catalogue de Paris.
Si Gérard Dov avait eu dix ans (le catalogue de Paris adopte 1608 comme Tannée de la naissance de Rembrandt) de plus que Rembrandt, il n'eût pas été, à trente ans, en 1628, chercher un rapin de vingt ans dans un moulin de Leyde. Je crois bien qu'lmmerzeel se trompe en fixant à 1628 l'entrée de Gérard Dov chez Rembrandt, et que celui-ci n'a eu d'élèves que lors de son établissement à Amsterdam en 1630; dans ce cas, c'est un homme d'au mains trente-deux ans qui aurait encore été à l'écôle^i et ctez un petite de vingt-deux ans, dont la célébrité ne fut d'ailleurs établie que deux ans auprès, ait moment de la Leçon d'anatomie!
C'est impossible.
L'înscripti<m de la Femme hydropique doit être déchiffrée autrement, ou elle est feusse; ce qui ne ferait rien à l'authenticité et à la beauté du tableau.
Il faut absolument en revenir, pour la naissance de Gérard Dov, à la date de 1613, consacrée par toutes les traditions et universellement acceptée en Hollande.
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Brouwer, Cuyp, Terburg, Netscher, Metsu, Schalken, Mieris, etc.
De Rembrandt sont issus k plupart des maîtres hollandais.
Du côté des Komnek et de Nicolas Macs : — Pieter de Hooch, Théodore de Ke^fier, les Ostade, les Ruysdael, Hobbema, etc. ; qu'ils aient^tudié dans son école ou ailleurs, c'est la y^iritiifala^tige rembranesque qui perpétue la sève du lôaître.
Du côté de Géri^td Ute' : —les Mieris, Schalken, etc.; c'est une greffe dont la pousse s'écarte et donne des fleurs dififérentes.
II n'y ^a peut-être pas un artiste hollandais du xvn« siècle, qui ne doive quelque chose à Rembrandt, même ceux qui étaient de son âge, Albert Cuyp, Terburg et autres.
Dans cette famille nombreuse, à laquelle sont encore alliés, de près ou de loin, Metsu, les van de Yelde, les Wouwerman, plusieurs individualités tranchent vivement par des facultés originales. Quelques-uns même, ayant apporté des éléments nouveaux, peuvent ètrç considérés comme des types à paçt.
Tel Paul PoUer, qu'on a surnommé assez burles«queinent le Raphaël des animaux, et qui cherchait en effet l'âme des bêtes, et qui l'a trouvée souvent, surtout chez la gent bovine et suiUienne; le seul presque qui n'ait rien de Rembrandt, sauf dans quelques ébauches de ses derniers temps.
Tel Jan Steen, humoriste profond et spirituel, qui a peint la Comédie humaine, à la façon de Rabelais, de Molière et de Balzac.
Tel Adriaan Brouwer, qui fut un des initiateurs non-seulement de l'école de son pays, mais de l'école vraiment flamande , où il forma deux des meilleurs maîtres, Tenicrs et Craesbeek.
Prenons tout de suite ce Brouwer, puisque aussi bien il est né la même année que Rembrandt et qu'il est mort la même année que Rubens, au moment où la plupart des artistes hollandais ne faisaient que de commencer.
Il faut que les tableaux de Brouwer soient bien rares pour que nous n'en ayons à Manchester qu'un seul; encore n'est-il pas très-bon.
Brouwer est excessivement rare, en effet; il serait peut-être plus difficile de trouver en circulation un Brouwer qu'un Corrége ou qu'un Raphaël. M. Waagen, dans ses Kunstwerke in England^ n'en cite que trois : deux à Luton House (marquis de Bute), et un à Bridgewater Gallery, où il y en a deux ; il a oublié la Compagnie de paysans qui chantent^ Les musées d'Amster-
1. ExceUent petit tableau, de 10 pouces sur 7 seulement. Trois hommes, assis devant le feu, braillent; un quatrième , debout derrière eux, les accompagne , en se serrant avec le doigt une des narines.
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dam , de la Haye et de Rotterdam n'en ont point* Les musées de Belgique ', point. Que sont donc devenus les tableaux de ce bohémien étrange, qui, à la vérité, est 'mort fort jeune (32 ans), mais qui peignait atsssi vite qu'il peignait bien?
Pour ma part, je n'ai pas vu dans toute ma vie dix Brouwer, et je n'en connais que dent d'excdlents', sur lesquels on puisse juger ce grand artiste, si estimé de Rubens et de Rembrandt. Rembrandt n'avait-il pas chez lui sept Brouwer et un gros volume de dessins de Brouwer î Chez Rubens aussi on retrouva , à sa mort, dix-sept tableaux du pauvre artiste qu'il venait de faire enterrer, et à qui il voulait élever un monu* ment magnifique.
Ces deux excellents tableaux d'Adriaan Brouwer sont, l'un dans la précieuse collection du baron Steingracht, à La Haye, et c'est le type du maître ; l'autre au Louvre, qui, suivant moi, en possède deux, quoiqu'il ne s'en reconnaisse qu'un seul. Le petit Intérieur de tabagie, catalogué n*» 47, est parfaitement authentique et bien bon, mais cependant il est loin de l'Intérieur d'atelier, catalogué Craesbeek, n° 97, et qui est aussi de Brouwer, à mon avis. Voici mes raisons :
Premièrement, l'homme à grand chapeau, dont on fait le portrait, et qui tient de la main droite un pinceau, est Prans Hais. On peut le comparer au portrait
1. Le curieux catalogue du musée de Bruxelles enregistre, n« 14 , une «Dispute grotesque de joueurs de cartes, par Adrien Brauwer, né à Audenardev (Flandre orientale, sur TEacaut). Le tableau est aussi vrai , qu'il est vrai que Brouwer est né à Àudenarde.
2. Viendrait après ces denx-là celui de la galerie d'Arenberg.
tCOLES DU NORD. 263
authentique de Hais, peint par lui-même, de grandeur naturelle et en pied, près de sa femme; musée d'Amsterdam (n*" 97). Ce sont les mêmes traits, c'est la même tournure cavalière. Immerzeel donne, en tête de la biographie de Hais, un petit portrait gravé je ne sais d'après quelle peinture, et qui rappelle encore l'homme du tableau de Paris. Van Dyck aussi n'a-t-il pas laissé de Hais un portrait gravé par D. Goster? Je n'ai pas cette gravure sous la main ni dans le souvenir, mais on peut également la consulter.
S'il était établi que l'homme dont on fait le portrait est Frans Hais, le tableau ne pourrait pas être de Graesbeke, qui sans doute n'a jamais quitté Anvers pour aller chercher Frans Hais à Haarlem.
Secondement, et pour moi c'est la raison décisivei plusieurs parties de la peinture du Louvre, exprès* sien, touche, combinaison du coloris, accusent le style et la pratique de Brouwer, notamment « l'homme debout, qui chante en s'accompagnant de la guitare, » et presque tous les fonds. Cet homme qui braille ressemble tout à fait à une des figures du tableau de la collection Steingracht, et beaucoup à une des figures de la Compagnie de paysans, de Bridgewater Gallery. Je demanderai, en outre, qui a jamais vu de Craesbeek une peinture aussi distinguée , aussi spirituelle, aussi légère, aussi harmonieuse que la peinture du Louvre. Craesbeek, même dans ses meilleures productions, est toujours un peu lourd et un peu comniun. Il b&uktnge sa pâte grossièrement, par plaques, et son atrii Brou- Vrer ne lui a jamais communiqué le secret qu'il avait, de fondre les tons et de dégrader les ombres avec une
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délicatesse exquise, car Brouwer est aussi fin coloriste qu'Adriaan van Ostade, et il entend le clairobscur aussi bien que Pieter de Hooch.
Troisièmement, il faudrait voir si l'homme « assis devant le chevalet et qui regarde de côté un verre de vin » peut être* Graesbeek. Il ne ressemble guère au seul portr^t de Graesbeek que je connaisse -.galerie d'Arenberg, à Bruxelles. Il y avait, en 1840, dans la galerie Schamp de Gand (n** 168), sous le titre : Rubens à table, autrement le Petit chaudron, un tableau de Rubens, où rillustre maître J'Anvers, s'amusant à imiter son ami Teniers, avait réuni précisément avec son propre portrait les portraits de Graesbeek et de Brouwer. Si Ton savait maintenant où est ce précieux tableau , on pourrait vérifier h qui de Brouvwr ou de Graesbeek ressemble rhomme assis devant le chevalet, dans le tableau du Louvre.
Enfin, toutes les traditions relatives à cette prétendue pemture de Graesbeek concordent à Tattribuer à Brouvyrer. Elle fut achetée, dit le catalogue de Paris, «comme une œuvre de Brouwer, » par M. d'Angeviller, qui s'y connaissait, et inscrite, au premier catalogue, en 1793, sous le titre de : «Atelier de Brouîver peignant un portrait. * On a prétendu ensuite qu'elle représentait « Graesbeek peignant Brouwer, son maître et son ami. » En combinant ces deux titres, on trouverait, suivant moi, le véritable : Brouwer peignant son maître, Frans Hais.
Ge qui embarrasse le rédacteur du catalogue de Paris, c'est que « le personnage qui pose a, seul, le chapeau sur la tôle, qu'il est habillé avec élégance, que
le petit page te&ant Fépée, et les autres personnages sont dans une attitude respectueuse, etc. » Mais tout cela convient à merveille au mattre de Brouwer, gentilhomme qui savait se faire respecter à Testaminet et à Fatelier, où il ne se gênait pas pour battre ses élèves, qui portait galamment, un peu de travers, chapeau à plume et longue épée. On peut voir dans le tableau d'Amsterdam comme lui et sa femme sont costumés avec élégance! je crois même qu'il y a, dans les fonds du paysage, des pages qui tiennent ses chevaux.
Le Brouwer de Manchester est peu de chose à côté du chef-d'œuvre, et même à côté du petit Intérieur de tabagie, conservés au Louvre. Il représente deux paysans qui se querellent, et il appartient au comte de Garlisle. Il peut être authentique ; mais les fonds sont alourdis par des repeints, et c'est sans doute ce qui lui ôte son caractère. Brouwer savait si bien, comme tous les Hollandais, que «'est le fond qui fait le tableau!
Le catalogue de Manchester (le catalogue du Louvre a aussi copié la même faute de quelque biographe antérieur) suppose élève de Brouwer un peintre de Haarlem, Egbert Heemskerk'le jeune, dont l'Exhibition montre une bonne esquisse, intitulée une Scène de procès. Heemskerk le jeune est né en 1645 , cinq ans après la mort de Brouwer; ce qui ne l'a pas empêché, il est vrai, de pasticher spirituellement la manière de Brouwer et de Teniers. Passons.
Guyp appartient également à la génération qui ouvre le xvu* siècle.
Dans sa première manière, dont les tableaux sont
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266 LES MAtTRES ANCIENS.
d'habitude signés seulement des deux initiales A. G«, tandis que plus tard il signe A. cuyp, il adhère au style de son père, habile artiste d'ailleurs; il tAtonne encore sa vocation, quoique déjà grand praticien. C'est alors surtout qu'il a peint, dans un ton vigoureux mais un peu foncé, beaucoup de miure morte 9 des fruits, des oiseaux, des intérieurs d'écurie, et quelques portraits.
Puis il a maîtrisé la lumière, et il est devenu l'égal de Claude pour peindre le ciel radieux, avec une infinie profondeur. On pourrait l'appeler le Claude hollandais.
Plusieurs de ses portraits de la seconde manière se rapprochent aussi beaucoup de ceux de Rembrandt.
L'Angleterre a accaparé presque tout l'œuvre magnifique de cet amoureux du soleil.
La Hollande n'a presque plus de Cuyp : quelques échantillons dans bertaines riches galeries particulières, comme celles de MM. Six van Hillegom, vanLoon, van Brienen, etc.; mais, dans les musées, rien qui compte hors ligne; à Rotterdam cinq morceaux curieux, de la première manière. Le Louvre aussi a quatre ou cinq Cuyp, dont un, le paysage n« 104, est trèsbeau, pas si beau cependant que celui de la National Gallery, gravé par P. Mazell, J. C. Benlly et E. Goodall.
Mais qu'est-ce que cela, comparé aux Cuyp de Manchester? « L'Allemagne et la France réunies , dit M. Waagen dans la Kevue universelle des ArtSy ne pourraient pas rivaliser avec Manchester pour Cuyp. » Et cependant ce n'est pas le vingtième de ce que possède l'Angleterre. Le marquis de Westminster, le marquis de Bute, le marquis de Hertford, le comte de Carlisle,
la collection Robert Peel et une foule d'autres ont des Cuyp superbes, Le catalogue de Dulwich Gallery, à lui seul, en enregistre seize ; Bridgewater Gallery, sur ses six ou huit, en a deux de premier ordre; M. Thomas Baring, quatre ou cmq, dont un extraordinaire; Buckingham Palace dix, presque tous de qualité supérieure et de grande importance. Je crois que, sur les deux* cent soixante-dix-sept Cuyp catalogués par Smith, Taristocratie anglaise en possède plus de deux cents. L'excellence de ce grand maître n'est appréciable qu'en Angleterre.
Nous avons à Manchester un des dix Cuyp de Buckingham Palace. Il porte le n« 106 dans la galerie royale. n a 4 pieds 10 pouces et demi de large sur 3 pieds 10 pouces de haut. Il a été exposé en 1826, 1827 et 1835, à la British Institution.
Au premier plan, gros cheval (charger^ comme disent les Anglais) gris pommelé, arrêté de profil à gauche ; selle noire, pistolets à l'arçon. Un homme debout, de profil à droite, —figure de 1 pied et demi de haut! — arrange de ses deux mains la bride, qu'il orne d'un ruban bleu, au sommet. Il a de longs cheveux et un grand chapeau gris, une cuirasse sur un pourpoint jaune, une ceinture rouge, des bottes à chaudron. Un gros chien brun-enflammé est couché à ses pieds. En arrière, au second plan, un camp, des tentes, des cavaliers. A droite, sur un chemin qui zigzague contre les collines, un homme à cheval, dans Tombre. A gauche, paysage découvert et lumineux. Signé A. cuyp. Production très-magistrale, dit Smith.
Le eue de Bedford, qui a beaucoup d'autres Cuyp, a
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envoyé une Vue de Nimègue sur le Rhin. Même largeur à peu près que le tableau de Buckingham Palace, mais un peu moins haut.
• Parallèlement au bas du cadre s'allonge une mince bande de terrain brun , au delà duquel coule le Rhin entravers; à droite, sur une éminence,la ville de Nimègue, avec son château fort, ses groupes de maisons, et des murs qui plongent dans Feau; àgaiiche,un bateau avec trois petites figures , et quelques autres barquettes; au delà du Rhin, campagne simple et unie, sous un beau ciel gris tendre; matinée d'été. Voilà le paysage. Mais voici le stoffaadje {Yétoffage^ la garmiure\ selon l'expression hollandaise : sur la bande de terrain sont deux cavaliers tournés à droite, un pâtre et une bergère, et cinq vaches qui boivent dans le Rhin; figures et animaux se découpent en couleurs vigoureuses sur l'eau limpide. Tout le tableau est dans cet effet.
A M. Frederick Perkins appartient un paysage, toujours à peu près de la même proportion, environ 5 pieds de large sur plus de 3 pieds de haut.
A droite, grands arbres derrière lesquels un chemin conduisant entre des rochers à la base de collines. Passe sur ce chemin un troupeau : deux vaches rousses, deux noirefe, une blanche. Le soleil qui glisse entre les ramures s'abandonne à tous ses caprices sur ces animaux et sur les terrains. Un peu plus loin, au pied du rocher, des moutons avec un petit pâtre et une petite fille.
Toute la moitié gauche est en plein soleil, éblouissant ! plus extraordinaire que le soleil de Claude. Sur
cette lumière d'or, sur de Teau et des fonds blondissants, se dessine un cavalier vu de dos et causant avec un homme à pied. Le cheval est alezan brûlé; le cavalier, vêtu de gris, porte un large chapeau noir. Près d'eux, un chien. Ce premier plan des terrains forme une bande plate et sombre.
Ce tableau vient du fameux nid des Cuyp, où, après cent ans d'oubli, on en retrouva quantité, qui commencèrent à prendre une valeur honorable, — de la collection van der Linden van Slingelandt, d'où viennent aussi la Promenade et le Départ pour la prome* nade, du Louvre (n~ 106 et 105).
Le rédacteur du catalogue de Paris a copié dans Immerzeel que, depuis cette vente célèbre, qui eut lieu en 1786, les Cuyp ont « au moins quadruplé de valeur. » A ce compte-là, chaque tableau du Louvre, t|ui a coûté 602 florins, et qui, déjà en 1816, était évalué 20000 francs par les experts officiels, ne vaudrait qu'environ 5000 francs. C'est trop modeste. Il aurait fallo dire presque quarantuplé.
Exemple : le tableau de M. Frederick Perkins fut payé 656 florins à cette vente van Slingelandt ; douze ans après, à la vente de Bruyn , il monta à 2900 florins, soit près de 6000 francs ; huit ans après, à la vente Grawford, à Londres, il fut payé 370 guinées, soit près de 10000 francs; en 1828, à la vente Zachary, il fut acheté, parle propriétaire actuel, 1300 guinées, soit près de 34000 francs. Combien a-t-il encore gagné depuis 1828 ? On peut croire .hardiment qu'il dépasserait 2000 guinées.
Telle est la proportion des prix de Cuyp depuis
soixante-dix ans. Le Louvre ne court aucun risque en comptant pour environ 100000 francs les deux tableaux qui lui ont coûté 1204 florins, 2500 francs. N'est-ce pas le quarantuple?
Un grand amateur de Cuyp, M. Edward Loyd, qui est, je crois, de Manchester, en a envoyé trois :
Le prince d'Orange partant pour là chasse; le prince d'Orange, soit; lequel? peu importe. Smith, qui décrit très-bien le tableau, l'intitule simplement Halte de chasseurs.
Le prince "donc, ou un gentleman quelconque, vêla de rouge, est assis à gauche et arrange ses bottes molles, pendant que son cheval noir est tenu par un nègre qui tient aussi en laisse un grand lévrier jaune, buvant à une mare en avant. Un autre chasseur est descendu de son gros cheval pommelé, arrêté de profil à droite; un troisième, sur un cheval bai, vient de face, entre des arbres, derrière le prince d'Orange. Quelques chiens de chasse au premier plan. Beau paysage, effet de matin. On aperçoit dans le lointain un château. A superlative picture^ dit Smith.
Tous ces Cuyp sont, en effet, de premier ordre, et c'est pourquoi je m'abstiens de répéter à chacun les mêmes éloges. Dans tous, les figures sont à peu près de la proportion des cavaliers de la Promenade, du Louvre. Ce Départ pour la chasse fut payé, en 1813, 250 guinées; en 1829, 440; en 1830, 650 guinées. Il est entendu qu'il vaut bien plus du double aujourd'hui.
Second Cuyp à M. Edward Loyd : un Marchand hollandais et son domestique, sur lés bords d'une rivière.
Tout le premier plan est dans l'ombre. Les deux figures se dessinent sur le ciel et sur un fond de marine en lumière, avec beaucoup de voiles* Ces vifs contrastes sont une des ficelles de Cuyp, qu'on nous passe le mot.
Troisième Cuyp à M. Loyd : deux Canards, de grandeur naturelle, sur un tlot de terrain marécageux, avec leurs cannetons qui s'ébattent parmi les joncs et les plantes aquatiques; partout les marais et Peau à perte de vue. Ton brunâtre, large exécution ; ce doit être de la première manière. C'est superbe, et plus fort que Hondekoeter, qui fait pourtant bien les cannetons et les poussins.
' Les tableaux de ce genre sont de beaucoup moins chers que les paysages avec figures.
Au révérend F. Leicester appartient une espèce de marine, de plus petite proportion que les tableaux cidessus, mais d'égale qualité; 2 pieds 4 pouces de large sur 1 pied 10 pouces et demi. Vente Slingelandt, 860 florins. C'est une Vue sur la Meuse, avec beaucoup de navires et de bateaux ; en avant , un bac de passage, chargé d'une foule de personnages.
De même proportion à peu près, un paysage, avec berger et troupeau, à miss Bredel; — au comte Howe, des Bestiaux sur le bord d'une rivière ; belle vache noire, pâtre, etc.; — des Vaches, encore à M. F. Perkins; — et enfin, un EfTet d'hiver, non catalogué*, patineurs et personnages de toute sorte, qui s'amusent
1. La nouvelle édition enregistre ce Cuyp : Scène 4'hiver, appartenant au comte de Yarborough.
sur la glace, près d'une vieille tour qu'on retrouve souvent dans les tableaux de Cuyp. Ce doit être un site voisin de sa maison de campagne, Dortwyck, près de Dort. Ce tableau, dans son genre, mérite d'être classé au premier rang.
Albert Cuyp a encore fait les figures et les animaux dans un superbe paysage. Coucher de soleil, par Aart van der Neèr, tableau qui rappelle celui de la National Gallery (n* 152), peint également en collaboration par ces deux artistes , et qui porte leurs deux signatures, le nom de Cuyp en toutes lettres et le double monogramme d'Aart van der Neer. Le Coucher de soleil, exposé à Manchester, appartient à M. Francis Edwards.
C'est un maître très-éminent que Aart van der Neer. Comme ses effets de soir et ses effets de lune ont été beaucoup imités de son temps et après lui, on lui attribue souvent des œuvres qui ne sont pas de lui et qui font tort à sa réputation. Mais, quand on l'étudié dans ses tableaux vrais et soignés, on s'explique bien que maître Cuyp lui ait fait l'honneur de s'accoler à lui.
Manchester montre quatre excellentes peintures d'Aart van der Neer : un Coucher de soleil sur un canal et un Effet de lune, à M. George Pield; — une Vue entre Amsterdam et Utrecht, au comte de Shaftesbury ; — et un paysage boisé, au duc de Newcastle.
Emmanuel de Witte, qui, pour ses vues architecteniques, s'est formé sur la manière d'Albert Cuyp, n'est pas même cité dans le catalogue du Louvre. On voit de lui à Manchester un Intérieur d'église, appartenant à M. Matthew Andersen.
Il n'en est pas pour Terburg comme pour Guyp , a Manchester. L'Exhibition n'a qu'un seul Terburg ; je ne compte pas une mauvaise peinture qu'on lui attribue sous le titre : Concile de Trente ; c'est assez qu'il ait fait le Congrès de Munster, un de ses chefs-d'œuvre.
L'unique Terburg de Manchester est même une répétition du célèbre tableau qu'on appelle quelquefois la Robe de satin, et qui orne, non pas le musée de la Haye, comme le dit le catalogue, mais le musée d'Amsterdam (n* 277) , Jeune dame habillée en satin blanc, conversamt avec un seigneur et une dame. Cette répétition, incontestablement de Terburg, offre des variantes, et eUe a 2 pouces de moins en hauteur que l'original; elle a été supérieurement gravée par Wille, sous le titre : l'Instruction maternelle ; pour constater les variantes, on peut comparer la gravure de Wille à celle de Vaillant, qui reproduit le tableau d'Amsterdam.
Le tableau de Manchester provient de la collection de lord Wharncliffe, et appartient à lord EUesmere (Bridgewater Gallery). Il a passé plusieurs fois en vente : Beaujon, 1782, 4600 fr. ; Proley , 1787, 6500 fr.; en 1819 et 1820, le même prix h peu près. Il faut noter qu'il a noirci et qu'il est fatigué. Celui d'Amsterdam est probablement la peinture qui fut payée 825 florins à la vente Lormier, en 1763. Aujourd'hui, 825 guinées n'approcheraient pas de sa valeur.
De l'Allemand Gaspar Netscher, qui est censé élève de Terburg, un seul tableau également, mais de qualité exquise pour le maître : Jeune femme, en satin blanc, à une fenêtre cintrée, donnant à manger à un perroquet; près d'elle, un homme offre une noix à un
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singe. Ce petit tableau, qui n*a pas 1 pied de large, est daté 1664. Il est noté par Descamps comme étant en 1760 chez M. Bischop; il appartient maintenant à M. H. T, Hope.
Ce n*est pas non plus à Manchester qu'on peut étu-* dier Metsu. Il est inconcevable que Terburg et Metsu aient été ainsi négligés par le comité directeur de l'Exhibition, Les ouvrages de ces deux charmants maîtres ne manquent pourtant pas dans les collections anglaises.
Ces perles d'art, comme dit le docteur Waagen, abondent chez lord Ashburton et lady Peel, qui, à la vérité, n'ont pas contribué à l'Exposition; ches; le mar* quis de Bute, chez lord EUesmere, chez le marquis de Hartford et surtout chez M. Hope et à Buckingham Palace; sans qu'il y ait eu néanmoins accaparement complet comme pour Albert Guyp. Car le Louvre a quelques beaux Metsu» et la Hollande en a conservé d'incomparables, dans les collections particulières de M. Six, de M. van Loon, et même dans ses musées.
Le musée de La Haye en possède un bien précieux, à cause de sa date authentique, que les rédacteurs de biographies et de catalogues ne connaissent point sans doute, puisqu'ils font toujours mourir Metsu en 1658, à la suite d'une opération de gravelle.
Je ne sais pas qui est le premier inventeur de cette opération, ni si elle eut lieu, mais, par bonheur, on n'enterra point Metsu tout vif au sortir des mains du chirurgien, car le délicieux petit Chasseur qui tient un verre de vin à la' main, n» 88 du mujée de la Haye, est daté 1661.
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Voilà déjà trois ans de gagnés pour notre adorable peintre.
Bien plus, Smith, quoiqu'il enregistre la date de mort 16589 cite dans la collection de sir Charles Bagot un portrait de Metsu à l'âge d'environ cinquante ans, soit 1665, et l'iir^ Journal^ de Londres, prétend même qu'il 7 a au musée de Tienne* des Metsu authentique* ment datés de 1667. Je ne connais point les Metsu de 1667, mais je garantis le Metsu de 1661.
Il faudra donc que le catalogue du Louvre change sa date 1658, conmie aussi qu'il modifie la phrase où Metsu « vint de bonne heure à Amsterdam. » Le registre de la confrérie des peintres de Leyde, aux archives de Leyde, constate que, le 13 mars 1648, GabrtelMetzu(9i(?}aencore payé sa cotisation de membre de la gilde : 1 gubkn 10 stuivers. Ce n'est qu'entre 1648 et 1650 que Metsu quitta Leyde pour Amsterdam.
Le seul Metsu de Manchester est très-beau. Smith l'appelle un chef-d'œuvre; il est vrai que c'est lui qui le vendit, en 1830, 500 guînées, à M. G. J. Vemon. Le tableau a passé depuis dans la collection de sir Charles Bagot, et il appartient aujourd'hui à M. Thomas Baring. II a S pieds 3 pouces de haut sur 3 pieds de large. Il est signé, sans date : €f. Metsu. On l'intitule l'Intrus {the Mruder), ou, si l'on veut, l'Importun.
C'est un chef-d'œuvre, en effet, et une composition importante, avec quatre figures.
1. Le catalogue du musée de Vienne (1853) n'enregistre qu'un seul Mezu (sic) , n*9 du cabinet Vort , sans aucune mention de date. Ce catalogue de Vienne , comme celui de Berlin fpar M. Waagen) , coittiiie celui de Dresde , etOf , font aussi mourir Metsu en 1658.
276 LES MAtTRES ANCIENS.
Une jeune femme, mi-déshabillée, est en train de monter sur un grand lit à baldaquin vert, au milieu de sa chambre à coucher; elle a laissé sur un fauteuil, à droite au premier plan, son beau caraco rose, bordé d'hermine ; elle n'a plus qu'un corsage, du même ton fleur de laurier, et sa jupe de satin ; cornette blanche de négligé, gentils pieds nus; ses petites mules de velours rose sont abandonnées sur le parquet, près d'un vase en métal ciselé et d'un bougeoir. A gauche, contre la fenêtre, est assise une autre femme, en caraco de velours vert, bordé d'hermine; dans sa main, posée sur une toilette couverte d'un tapis de Perse, elle tient un peigne ; sans doute elle se prépare aussi pour la nuit. Mais pourquoi s'interrompt-elle, et pourquoi ritelle? Ah! c'est que par une porte à droite s'introduit, les bras en avant, xm joli garçon qu'une jeune servante s'efforce de repousser en riant. — Le fond de la pièce est un lambris de cuir de Russie, brun d'or.
De plusieurs sectateurs de Metsu, nous avons aussi des exemplaires excellents.
Uchterveldt : Jeune fille chatouillant avec te barbe d'une plume un jeune homme endormi. Appartenant à M. John Walter, principal propriétaire du Times. Cette peinture se rapproche beaucoup de Metsu, si ce n'est que la gamme générale du ton est plus rouge. Uchterveldt mériterait d'être connu en France.
Michel van Musscher : portrait de l'artiste et de âa femme, dans un atelier; à sir Humphrey de Traflford *•
1. Il y a encore un autre tableau, assez vulgaire, attribué àvaa Musscher : une Marchande de légumes, dans une rue; appartenant à M. Robert Napier. M. R. Napler, quMl ne faut pas confondre avec
Les jBgures sont un peu plus grandes que les figures habituelles à Metsu.
Le chef-d'œuvre de van Musscber, gui d'ailleurs n'a jamais la légèreté, la délicatesse, l'esprit de Metsu, est le précieux portrait de Willem van de Velde, occupé à peindre dans son atelier. Autrefois, dans la collection du baron Yerstolk van Zoelen de la Haye ; aujourd'hui chez M. Thomas Baring, à Londres.
Eglon van der Neer étudia chez son père, mais il a imité très-heureusement Metsu. On voit à Manchester deux de ses plus fixis tableaux : Gentleman et lady, à table; de la collection Hope; — et une Jeune fille assise, un livre ouvert devant elle sur une table ; provenant de la collection de lord Gwydir et appartenant à miss Bredel; daté 1665. Exquisitely painted, dit Smith.
Cet Eglon van der Neer eut bien des malheurs dans sa vie. Il se maria trois fois ; sa première femme lui donna seize enfants, et la seconde neuf; on ne dit pas combien il eut d'enfants de la troisième; mais son phis grand malheur est d'avoir été le maître du chevalier Adrien van der Werff.
Les mauvais peintres ont généralement plus de succès que les bons — pendant un certain temps. — Les tableaux de ce détestable chevalier se vendaient trois mille florins, quand on avait à trente florins des Albert Cuyp. Van der Werfif a été, au xvm* siècle, le plus cher de tous les peintres, bien plus cher que Rem-
rexcentrique amiral , Charles Napier , ne paraît pas avoir en peinture un goût très-pur; c'est à lui qu'appartiennent plusieurs des faibles tableaux de l'Exhibition.
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278 LES HAtTRKS ANCIENS.
brandt, Ostade et les aatres Trais artistes. Cinq de ses petites porcelaines du Louvre (n»' 659, 560, 561, 562, 563) ont été achetées 33000 francs par Louis XVI! Je ne m'étonne plus qu'on ait fait une espèce de révolution en France vers ce temps-là. M. Necker avait raison : Tanden régime dQapidait les finances publiques.
Nous avons cependant à Mandiester un petit van der Werff qui est presque de la peinture; oui, un bijou à . enchAsser sur une vaste tabatière ou sur une boite de jour de Tan. C'est assurément une miniature travaillée avec délicatesse, comme qui dirait un émail un peu fipoîd, mais habile et correct Van der Werflf est support table, du moins, dans ces petites mignonnerîes. Gelle^ ci, datée et signée, représente un petit garçon et une petite fille jouant avec un petit chat et un cochon dinde. Elle vient de la collection Barmg, et appartient à la reine. Ce n'est pas le meiHeur tableau de Buckingham Palace.
De Buckingham Palace vient ausâ un taMean d'un autre peintre pour lequel les artistes ne sont pas non * plus très-passionnés, de Schalken, que Louis XVI affectionnait sans doute à l'égal de van der Werff, puis* que c'est à ce prince que le Louvre doit ses quatre Schalken (n«» 478, 479, 480, 481), et que le Schalken de Mandiester a fait partie de la colleetion de Louis XVI.
Notre tableau est intitulé le Roi détroussé. Cest la fin d'un jeu de société, qui s'appelle sans doute le jeu de pénitence. Trois jeunes femmes tourmentent un jeune homme assis par terre, à moitié déshabillé et
les jambes nues. Son baudrier doré, son pourpoint et ses chausses sont épars çà et là. U rit, les femmes aussi; on s'amuse. Dans un coin du salon, un autre gentleman cause avec une lady. Sur la droite^ un grand rideau de tapisserie, drapé du haut en bas.
On peut tenir cette peinture pour le chef-d'œuvre de Schalken; elle se rapproche beaucoup de Gérard DoY. Payée 390 guinées en 1803, à la vente de M. Walsh Porter. Exposée en 1826 et 1827 à la British Institution.
Gérard Dov a fait un meilleur élève que Schalken : Frans van Miens le vieux, qui tient une place distinguée entre son maître et Gabriel Metsu. Deux des Frans Mierîs exposés à Manchester sont de premier choix; aussi viennent-ils, l'un de chez M. H. T. Hope, l'autre de chez M. R. S. Holford.
Celui de M. Hope est daté 1660. Il n'a que 8 pouces de large sur moins de 1 pied de haut. En 1765, à la vente Gauwerwen, à Leyde, il fut payé 1100 florins; en 1780, à la vente Nogaret, 2102 francs. C'était beaucoup , en ce temps-là. Il représente un homme, en toque brune à plumes bleues, pourpoint de soie olive et manches de velours , assis près d'une table, sur laquelle sont un verre et des crevettes; près de lui, le dos tourné, une petite fille écrit sur une ardoise.
Celui de M. Holford a fait partie de la collection de Mlle Hoffman de Haarlem. .
Miss Bredel a envoyé un troisième Mieris, signé et daté 1659.
L'indigne fils de Mieris le vieux, — Willem van Mieris
— gi
présente à Tadmlration des AngLais et du monde deux de ses chefs-d'œuvre , misérablement pointillés :
Les portraits de sa femme et de sa mère, sous forme d'épicières à leur boutique. Signé et daté 4731, provenant de la collection Saltemarsh, et appartenant au révérend F. Leicester, qui a pourtant de bonnes peintures dans sa collection.
Une Boutique de poissonnier et marchand de volailles; à M. Robert Napier.
Ce sont là , sans contredit , les plus tristes tableaux de l'Exhibition, avec sans doute un Denner, porté au catalogue, mais que je me suis bien gardé d'apercevoir.
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Paul Potter, Jan Steen, Hobbema.
Jan Steen n'est point du tout connu en France. On ne sait rien de sa biographie \ pas grand'chose de ses œuvres, et Ton ne soupçonne aucunement sa valeur dans l'école hollandaise, la profondeur de son génie caustique, l'esprit de ses compositions, la supériorité de son talent comme peintre^
Paul Potter n'est guère connu non plus. C'est en Hollande, et aussi en Angleterre, qu'il faut étudier
1. Dans le catalogue du Louvre (1855), compilation d'ailleurs trës-intéressante , la Dotice sur Jan Steen est fautive de tout point : Jan steen ne s'est jamais appelé van Steen. Il n'est pas né en 1636; car il s'est marié en 1649 ! on a l'acte authentique de son mariage, n ne peut avoir été élève de Brouwer , puisque Brouwer est mort en 1640, hors de la Hollande; c'est Fiorillo, Nagler et Immerzeel, qui, là"dessus, ont induit en erreur le catalogue du Louvre; mais la comparaison des dates aurait dû garantir de cette inexactitude, d'autant que le catalogue du Louvre fait naître Steen en 1636. Jan steen n'est pas mort en 1689, mais le 3 février 1679, etc. , etc.
Le catalogue de Manchester reproduit ces erreurs de date ; 1636-1689.
Un jeune savant hollandais, M. van Westrheene, a publié à la Haye U856) une excellente Étude, où ces faits et bien d'autres sont rectifiés , d'après des dQCuments authfutiques,
282 LES MAITRES A-NCIENS.
ces deux raaltres. Tous deux sont glorieusement représentés à Manchester, et l'examen de leurs œuvres nécessiterait un certain développement.
Je ferai cependant pour eux comme j'ai fait pour . Rembrandt : je ne donnerai ici qu'une simple nomenclature de leurs tableaux, et je prendrai, tout de suite après, les deux paysagistes dont Manchester a réuni tant de merveilles, Ruysdael et Hobbema.
N'aurons-nous pas encore les Ostade, les van de Velde, Pieter de Hooch, Wouwerman, etc.? Sur tant de maîtres précieux, il me faudra aussi, bien à regret, passer lestement, car Poussin et Claude nous attendent, car Reynolds et Gainsborough s'impatientent de leur côté.
Six Paul Potter :