M. de Saint-Victor, dans la Presse du 26 juin
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Poussin, Claude, Wattéau, Greuze, etc.
L'ancienne école française ne brille -pas à Hanchesler, dans ce solennel meeting où se sont rassemblés tous les illustres de la tradition. La vérité est qu'il n'y a guère nulle part d'ancienne école française, en France pas même. Il faut en prendre son parti.
Au XYi'' Mècle, la France a pour maîtres les Italiens Leonardo da Yinci, Rosso del Rosso, Francesco Prima* ticcio, et leurs disciples. C'est i'école Qoreatine qui règne et gouverne absolument dans l'écold dite de Fontain^leau. En dehors d'elle, il n'y a que les Gloef, qui sont Flamands d'origine et Allemands par le Myle, à ce point que leurs portraits sont souvent confondus avec ceux de Holbein.
Au commencement du xvu* siècle, nouvelle généra* tion de Français italianisés : Freminet, qui resta seize ans en Italie; — Youet, quinze ans» s'y marie, y est reconnu prince de l'Académie de Saint-Luc; — Stella^ vingt ans ; — Yalentin et puis Jacques Courtois. (ôiocamo Cortese ou ilpadre i<mfù Caréesi), qui y vivent et qui y meurent; -^Blanehard, dk Ja Titimfrançaisi —
Baugin, dit lepetit Guide; — Mignard, dit le Romain;
— un des Lenain môme, Louis , surnommé le Romain ;
— Charles Le Brun, Tarchi-romain, etc.; tous ayant pour seule ambition de suivre une école et un style étrangers ; tous, dénationalisés, débaptisés, latinisés.
On ne trouverait peut-être en ce temps-là qu'un seul artiste qui soit Français d'esprit, quoiqu'il ait aussi été entraîné par le courant vers l'Italie, le graveur et peintre Callot. Il n'est pas même nommé dans le catalogue du musée de Paris. Et qui a vu des peintures de Gallot? Je n'en connais qu'une seule authentique, et très-belle, — chez un Anglais, M. Thomas Baring. Il faut aller à Venise pour voir une douzaine de Gallot,
Il y avait aussi en ce temps-là deux grands hommes, nés en France, et qui comptent parmi la véritable noblesse de l'Europe moderne, j'entends parmi les hommes d'art et de pensée. Tous deux ont constamment vécu à Rome, et ils y sont enterrés.
L'un s'est formé en Italie, d'après l'antiquité païenne, d'après Raphaël et l'école romaine, d'après Zampieri, il Domenichino, et l'école bolonaise ; il a peint — en Italie — des sujets antiques, grecs, juifs et romains, exclusivement. Ses amis intimes furent un artiste flamand, Franz Duquesnoy, et un artiste italien, Alessandro Algardi. Il portait le costume romain, et il signe son nom en latin, dans l'inscription autographe de son portrait (au Louvre, n** 447) : Nicolaus Pous^ sinus. Aussi le nomme4-on en Italie, et quelquefois en Angleterre, il Pussino.
L'autre s'est formé en Italie, d'après le ciel et le paysage italiens, sous le paysagiste allemand Godfried
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Walls, et sous le paysagiste italien Agostiiio Tassi; il a peint — en Italie— des vues antiques, grecques ou italiennes, exclusivement ; avec la collaboration des peintres italiens Filippo Lauri, Prancesco Allegrini, Salvi da Sassoferrato, ou du Flamand Jan Miel, d'Anvers. Le recueil de ses dessins, composé par lui-môme en Italie, et appartenant à un Anglais, est intitulé : Lihro di Verità .
Il n'y a rien de français dans tout cela, pas même la langue : Poussin et Claude sont de l'école française, comme M. Overbeck, aujourd'hui, est de l'école allemande.
Le rédacteur du catalogue du Louvre a classé Bonington dans l'école française, sous prétexte que Boninglon « a étudié y travaillé et vécu en France. *» Encore Bonington est-il mort dans son pays, à Londres. Mais Poussin et Claude sont morts à Rome, où ils avaient étudié, travaillé et vécu.
Ces deux hommes de génie ne sauraient donc constituer une école française, puisque, d'ailleurs, ils adhèrent, fond et forme, à l'art italien.
Il y avait de plus, à la môme époque, un artiste distingué, qui, lui, n'alla point en Italie; mais, dit le catalogue du Louvre, il se forma « en étudiant les meilleurs ouvrages qui en venaient... sous la direction du prince de l* Académie de Saint-Luc ^ de Simon Vouet, et sous l'influence du Poussin et du Sanzio. » Le Sueur également tient donc à l'école romaine, et, en effet, les dieux de l'Olympe qu'il a célébrés, ses Jupiter et ses Phaeton, ses Cupidon et ses Ganymède, n'ont nen de très-gaulois.
Quels sont les autres peintres du xvn* siècleî Sébas-
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tien Bourdoi]., ^par exemple. Il se forme en Italie par Timitation de Lodovico Cacracci, id' Andréa Sacchi, de Benedetto Gastiglione , de Pleler van I^aar, il fianih l)occio, etc.; il passe en Suède» et.il est peintre ofiQcial 4e la reine Christine, etc., etc.
iTous les artistes qui ont produit en France, idurant lies XYi^ et xm* sièdes, aussi bien que ceux qui ont Yiëcu et qui sont morts en Italie* ont été tour à tour Florentins, Jlomains,iBolonais; mais Français, point
A la fin du xvu*' siècle,, on trouve quelques portraitistes qui sont assez Louis XIY, sinon Français : Rigaud et Largillière; .encoce celui-^d s'estril formé à Anvers sous le peiolre flamand Antoine «Goubeau, ot à Londres sous le .peintre allemand, sectateur de van DycJiL^t devenu anglais, sir Peter Lely-
II. est vrai., les teillants {portraits de LargilUène et de Rigaud ne ressemblent paint.à0eux.d^ Raphaël m de litien.
Ah.! pcoirtant,, yoici que^cûmnoienoe au .xvur siècle une école française : WaJUeau, c'est un Français par la tournure et J'eqpriX, .par le style ; .encore >est?il 4e la frontière flamande, el, iCOtoime ipraticien et coloriste, sectaleur de Ruhen&— Hn'j a{)as loin de Yalenciea* nesàAnvers.
Chardin» il est Français aussi* jnai^ vaus$i oin peu Flamand par la touche et la couleur.^
Ace moment-là., et jusqu'à la an dn.siéde, — quoi* qu'il y eAtlonjours des Dumont./ie^iioam'n, •— x)ui, il y a une école française, dont on, peut, avoir une opinion quelconque, mais qui eut même le privilège^ en l'ahcenoe tde loute peinture 4an8 les autres p^s^ 4e
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rayonner srar FEorope» et» d^y insinuer goa style. Nnttier, François Bbueher, ¥ragonaM^ eH dtmûresiaent dn moins; des Piraiïçafe-Pbmpadour. 6rFen2e, wilà tn. Prançais-Loms XTI.
Ptiis il se* Mt une' ncfmeWe éeUpse *e la manière nationale^ r Louis D&vf* redierrient Romain, et Pnidfhon, Parmesan; tous te» antk»c9, Bolonais* Maisi, aprèsla chute' de Fempife, nenveiie réaction, firos amtdéjà qnelqire envie A'ëftre Français , Gàicault Test tout è feit.
Aujourd^hurcHlSn, il y a» une* école flnançaise^ qui est la première* de* l-Europe, et presque k seulir« Elle' s'est fait reconnaître universellement à l'Exposition de 1^.
On pardonnera ce coup d'oeil historique à uni étranger qui aime la France comme une patrie; Mais cela seul explique^ pourquoi la< France* a foumii si peu de trésors k Manchester. On pourra»! étudier huit jours l'Exhibition sans y apercevoir Charles Le Brun et ses acalytes. Aassi, qiïelteperfitiie britannique de lesr avoir classes entre les Flamands : ïhihcns' Snyders,-— Charles Le Brun , — van Dyck , Jôrdaensy etc. ! Que* ne les a4-ow mis du côté des Bolbnais-, on* eût? pu les prendre pour diss^ (Sarracoi.
t'Angteterre a accaparé^ d^aillemis, t^îu* ce qu'elle ai pu des raattrespqui t=raniehe»it sur Fart teinçais v Pbussin, GlaudiEr eî WafWeau. EBe a dte ceatrois^ maîtres, surtout de Clfertide efl (fe Watteaui, di»ft»6 plua que' n'en, a la Franee elle-même.
Avec ces trois grands artistes, on pouvait faire mieux qu'on n^à'f&it à Manchester. Mais it parait que les Angteis^ n'y ont- pas mis^ de' bonne rol^Hilé. Le marquis» de
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Westminster, qui a neuf ou dix Claude de première beauté, n'en a envoyé qu'un seul; lordEllesmere, qui a les Sept Sacrements du Poussin, ceux qui furent peints pour M. de Chanteloup, et qui ont été gravés dans la Galerie d'Orléans^ les a gardés à Bridge water Gallery ; M. Baring, qui a trois ou quatre Watteau exquis, entre autres une incomparable Fêle de village, provenant de la vente de M. Saint, le miniaturiste, n'en a point envoyé du tout; c'est un Anglais habitant de Paris, lord Hertford, qui, outre un chef-d'œuvre de Poussin , la Danse des Saisons , a songé à montrer un chef-d'œuvre de Watteau, les Amusements champêtres, et le chef-d'œuvre de Greuze, la Prière à l'Amour.
Poussin et Claude néanmoins tiennent à Manchester un rang supérieur. De chacun d'eux on y compte une quinzaine de tableaux, plusieurs de haute importance.
Poussin : la Danse des Saisons, d'abord. Quatre femmes qui dai\sent en se donnant les mains, dos à dos. Ce chœur, dans le style de l'art antique, est un des beaux groupes qu'aient peints les modernes, y compris Raphaél. A gauche, un Hermès aux deux têtes de Janus, orné de guirlandes, aux pieds duquel un enfant nu fait des bulles de savon. A droite, le Temps, vieillard chauve, tout nu, avec des ailes ; il est assis, jouant du théorbe pour faire danser la vie; près de lui, un enfant tient un sablier. Dans le ciel, Phaéton passe cruellement vite, sur son char entouré des Heures.
Mais tous les amateurs connaissent cette composition, gravée par Raphaël Morghen, Volpato, B, Picart
le Romain et Jean Dughet. La gravure en traduit jusqu'à un certain point la correction, la grandeur, le style *. Il faut ajouter que la peinture est dans la manière claire; aussi n*a-t-elle point poussé au noir, comme font la plupart des tableaux du maître.
La danse des Saisons a environ 4 pieds de large sur 2 pieds et demi de haut. Elle a été payée par lord Hertford, à la vente du cardinal Fesch, 6268 écus romains (près de 3ô 000 fr.) , sans les frais.
Un des Poussin les plus extraordinaires est le Testament d'Eudamidas, appartenant au révérend T. Mawkes. Le grand tableau du m0me sujet, qui a été gravé, fut porté en Angleterre, où il s'est perdu ; personne ne sait plus où il est. Celui-ci, qui est censé en être une petite répétition, et qui, à mon avis, en est l'esquisse terminée dans un premier jet de sublime inspiration, a été trouvé récemment dans le Dorsetshire. Il n'a que 1 pied 11 pouces de large sur 1 pied 6 pouces. Il est peint sur gros coutil vénitien, — d'une brosse, d'une pâte, d'un ton furieux. Ribera n'a jamais fait une pochade plus énergique. Mais quelle précision savante dans le dessin des figures, qui ont presque un pied de proportion! quel caractère dans les tournures ! que de pensée dans les tètes !
La lumière, fantasque comme chez Rembrandt, vient de gauche par une lucarne. Eudamidas est couché, le torue nu, d'une anatomie qui rappelle Michel-Ange.
1. Pour moi, je préfère la gravure de Raphaël Morgben à la peinture originale du Poussin. Le Poussin est de ceux qui gagnent souvent à être gravés , comme les maîtres qui sont surtout compositeurs.
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Eir dfrière dirlits (ieboiit, drapé danstune Fobe eilroH foncé, te iiïédecin pose) sa? maki sur le eorps duguerlier mourant. En avant, de profil, k: ssrttie, eii dcaperie- ronge à reflets de cottlenr oapadfie. Aui pied du lit, à droite, deux fenonfi^éplDrèés^et un gnérjdou antique; Fond' mii. «ft sombre ; vea boucMcir seotaifeent accroché au* mur.
Le' Triomphe de Baccbus, aui comte de €arlisle. Belia compositioQv dans la manière daicev que Poussin em.-' ployaiit de pt ^évence** ponr* sesî Bacehanaicsr« Superluss figixres de baediaiitesv lapretmère.suilkïttl. ô'pieda sus 4 pieds $ ponces* Pn^ovenaat de: k galisne; da lomL Ashbucnhain.
ILe comte de Berby a enToy& deux gmads^tàbkaux, une compositi^xiiallé^rique et la Fëmmé deMégare.
L'allégorie représente, sur im fond de fâufsaga héfrolqué, en ftauteor (7' pieds sur 5- de lai^), lefi Âirts venast defflander à Bome pourquoi: ils ne: flocissBnt plus dans les temps modernes. Au premieit plan>, Riome caequée est couchée tristement ; debout;, deyant elle, trois femmes drapées à; Fantique symbaltoent les trois Arts plustirqaes^ Ces figures ont entiromilO pouees. A gauehe, de grands* pans d^édittees assombris; à* droite, un groupe ootossaf è*tan» homm& tenant uni coursier.
C'est OU' ne peut^ plus théâtral; et trës^noir. Le mj^t n'est pas'fhcflte à^ ddvmfer. Le pemtre aurait dû mettre quelque banderole au-dessus de ces figures symboliques , et surtbuf y inscrire la réponse qu'on va demander à Rome. Peut-être Rome répond-elle que les Arts languissent parce qu'elle porte un casque.
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La» Pèimne dfe Ifégare est connue', je crois?, par k* gravure. E'agenceïneHt en est trës-dranaaiique (te conception. An (fel8 du' premier plan, où* c»t accroupie* la* Mégarienne, beaucoup d'exceilentes petites figures, le long d'une rivière ; puis , des temples et des rocfrers. Grandis ariSres S dt»oite et ié gauche;
Nous avons eaH?ore' un autre tableau avec des Mégariens : le' Jeune Pyrrhus sauvéf, répétttîon du tableau du Louvre (n*^ 437)*, mais de dimension raoinAre : 3 pieds 4 pouces? et demi sur' 2 pieds 5 pou«es. Cette replica, bien plus faible que l'original, appartient à lord Damley.
En sujets mythologiques, le calulogue mentionine deux tableaux que jerfai pas découvert» rJbpitiBr ei Aniîope', provenant destcollfectfons de sir' Simon Glarke* ef de M. G. Hibbert, grave par Picardie jjeMfe; appartenant au comte de Eistbwel, — et Venus et Adonfev à' M. G. Wilbraham. J'ai vu seulement une petite Venu» avec r Amour, appartenant à M. W. W. Bardons au qui appartient aussi un petite PHntemps; j'aivu^ de phii», Orphée ef Eurydice, dans un> magnifique paysagB' tout enflefuiUé, mais devenu un peu sombre; ée la ooltectiem du général Craig; aujourd'hui» à lady Ihmmore.
Le plus beau des paysages cependant est, selon moi, celui' qui provient des coUectîom Ghaoïpermmne et Rogers, et qui' appartient à Miss Bardett Goutti^, ddnt nous rfavions- phis? retrouvé* le nom» e» tm^csrsant les 'écoles duNord. Au^mflieu, premier plan, sonfasaiis^ua homme qu'on voit de dos, une femme de face. A