DE HOLBEIN A VAN DYCK
Mais voici le trésor de la Galerie des portraits, et assurément un des «bjets inestimables de l'Exhibition : le fameux Chandos Shakespeare, qu'on appelle toujours ainsi parce qu'il a appartenu au duc de Chandos. C'est le seul portrait authentique du grand William ; on présume qu'il a été peint d'après nature par le camarade du poète, l'acteur Burbadge, qui jouait dans Richard III, et qui est connu pour avoir fait aussi de la peinture.
Shakespeare est en buste, de grandeur naturelle et vu de trois quarts. Son front chauve paraît démesurément haut. Sa tète est fine et mélancolique, sans beaucoup d'expression d'ailleurs, dans cette peinture malheureusement très-ordinaire comme exécution. Je crois bien qu'elle a été un peu retouchée, surtout dans les fonds, ce qui lui donne de* la rondeur, et de la mollesse. Mais, telle qu'elle est, sa valeur est inappréciable.
Ce noble portrait, qui a servi de type à tous les autres et notamment à la statue en marbre de l'abbaye de Westminster, a été gravé par J. Houbraken, dans sa Galerie de portraits d'hommes illustres, Amsterdam 1743, et récemment par Samuel Cousins. Sa tradition paraît exactement établie comme suit : de Burbadge il passa à Joseph Taylor, que Shakespeare avait pris pour modèle de son Hî^mlet. A sa mort, en 1663, Joseph Taylor le laissa par testament à sir W. d*Avenant. Dix ans après , à la mort de sir William, il fut acheté par l'acteur Betterlon, et, après la mort de Betterton, M. Robert Keck, de Inner Temple, en donna quarante guinées à mistress Barry, l'actrice, qui
— ^0 gl^
350 SALERIS DBS PORTRAITS.
le tenait de Bettertoa. De la collection de H. Keck, il passa aux lïiaiiiâ de M. NicoU, de Mincheden House, Southgate ; la fiUe de M. NicoU et son héritière épousa James, marquis de Gamavon, ptiis duc de Ghandos. Par héritage de la femme du duc dé Chandos, Amia Slisa, la dernière duchesse, il passa au due de Buckisgham, et,, à la Tente du duc de Bud^ingham, à Slowe V ^T^ septembre 1^48 , il fut acheté par k comte d'Ellesmere, qui en a fait présent à la nation. Ce sont donc les administrateurs {trustées) de la fialerie natîoaale de portraits, qui l'ont prêté à FExhibition de Mandiester ^
Autour de Shakespeare sont trois de ses compagnons de tbéÂtre, les acteurs Burbadge, Nat FieM et John Lowen; les deux premiers appartenant à Dolwich Collège, le troisième au musée dit Ashmoleean; — Ben Jonson, au duc de Portland; — Jbhn Fletcfaer, Vauteur dramatique; au comte de Clarendon; —deux autres poètes, James l^irky et John Taylor, à la Bodléian Gallery ; — le poêle écossais, sir David Murray; tous par des peintres inconnus ; — et le premier admirateur dédaré de Shakespeare, sir John Sitckling, en pied, et tenant mate édition in-folio de son poète chéri. On attribue trop hardiœeni ce portrait à \an Djck.
Je n'ai pas eu le bonheur de rencontrer le comtem-
1. Le catalogue de l'Kïhibition de Manchester aurait bien dA donner cette tradition du portrait de Shakespeare et las autres documents qui s'y rapportent. Car ce portrait, quoique d'un peintre iocomiu, est assurément aussi précieux que celui de Charles !«* par «anDpk.
IVE HOLBSIN A VAN DYU. ^ 351
porain du grand poète, le grand philosopha François Bacon, dont le calalogue* enregistre «ependa»t on portrait, appartenant au comte de Vendam, desoeodant du chancelier.
Après la période des Tudor, nouveik génération de peintres étrangers, sous le règne de Jacques ï*' :
Paul van Somer', neuf portraits, dont {dusieurs re*uiarquables, par exemple lady lllaiidevHlie, en toilette de noces ; au duc de Manchester; — lord Falkland» le -père du célèbre lord Faikland (Ludluis Gary ); portrait qui inspira à Walpole, dans le Château d'OùmniCy l'épisode de la %]^re sortant de 9on <^dre pour se promener ;— trois portmits de Henry, prince deGaBcs, fils atné de Jacques ?»; au duc de Portland, au comte Craven et au colonel North.
Daniel Mytens te vieux et Oomehs lans^i (ou Janson van Geulen), tous deux nés en IS90, Tua à La i|aye^ Tautre à Amsterdam ^ tous deux peintres de Jacques îy et ensuite de Charles I**, excellents peintres tous éeax et se rapprochant de Rufeens et de van Dyck«
Six Daniel Mytens : sir Gbarles GavencMsb, père de William, comte, marquis et duc de Newcastle ; et sa femme, lady C%le d'Ogle ; — la comtesse de Newcastle, première femme de William Cavendish ; signé eio or :
1. J€ De retrouye plus ce portrait de Bacon dans le second tirag« du catalogue.