‹ Trésors d'art en AngleterreChapitre 37 sur 52 · DE VAN DYGK A LAWRENCE · texte numérisé non relu

DE VAN DYGK A LAWRENCE

notre temps? Le héros de l'Angleterre, la grande figure qu'on voit partout sur les places publiques , dans les parcs, dans les édifices, et aussi dans les demeures privées, lord Arthur Wellington, Nous finirons à lui la galerie historique.

Inutile maintenant d'aller revoir en miniature tous les nobles personnages que nous avons admirés de grandeur naturelle. Dans la série des miniaturistes, qui a d'ailleurs beaucoup d'attrait, les figures sont les mêmes. A la vérité, les peintres de ces petits chefsd'œuvre ne sont plus, en général, des artistes étrangers; car, à défaut de grands peintres indigènes pendant deux siècles, l'Angleterre, du moins, a eu depuis Holbein une succession d'habiles miniaturistes, tels que HiUiard, déjà cité, Isaac et Peter Oliver, Hoskins, Cooper, Flatman, Gibson, Bernard Lens, Zincke, etc. Je ne crois pas que, nulle part ailleurs en Europe, on puisse réunir une série de fines miniatures, comparable à celle que les collections du duc de Porfiand, du duc de Buccleuch, du duc de Richmond, de lord Stanhope, du colonel Meyrick, de M. Henri Labouchere et autres ont fournie à l'Exhibition de Manchester.

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Matiru â» xvui* siècle : Hogarth , Reyoolds.

L'école anglaise n'existe pas encore dans Thistoire de Tart sur le continent. Sen histoire est à faire pour les autres peuples. Elle est faite, à la vérité, pour le peuple anglais ; du moins, on a publié en Angleterre bien des livres, bien des brochures, bien des articles de revue ou de journal sur les peintres qui ont illustré le pays depuis Hogarth jusqu'aujourd'hui. Malheureusement ces excellents travaux, biographie, critique, catalogues, n'ont guère passé le détroit. La réputation des artistes anglais n'est, on pourrait dire, qu'insulaire. Sauf quelques noms un peu connus, Hogarth, Reynolds, Lawrence, Wilkie, on ne sait rien de la filiation de cette école, de ses tendances et de son génie. C'est à p^ne si l'on a vu, par hasard, des œuvres égarées, et toujours très-inférieures, des grands peintres anglais, qui ont conquis par leur talent le droit de naturalisation dans la république universelle des arts. Le Louvre ne possède pas un seul de leurs tableaux!

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Il 7 a pourtant une école anglaise, depuis plus d'un siècle , et qui se distingue de toutes les autres par des caractères particuliers, style et pratique; à ce point qu'on peut dire d'abord de ses productions : Ecole anglaise I avant de (fire le nom de l'artiste; comme on dit tout de suite d'un tableau des peintres du continent : École italienne, ou espagnole, ou flamande, ou hollandaise, etc. N'est-ce pas là ce qui constitue l'existence d'un art original et véritablement indigène?

Il serait donc bien intéressant d'étudier l'école anglaise à l'Exhibition de Manchester, en cette occasion unique, où tous ses maîtres sont réunis, comme ils ne le sont nulle part ailleurs, pas même à Vernon Gallerf (Marlborough House), qui possède cependant une sém assez complète des peintres britanniques.

L'Angleterre elle-mtoae comprend bien que l'origiifâKté de s<m école ne date que du xvm* stède ^ ne commence qu'à Hogarth ^ à Reynolds, quoique, auic nvf* et xni* sîèctes, elle ait donné naissance à quelques artistes distingués, mais adhérant tous à «m style éArmger, même le peintre de Gromwell!

Il n*y a rien à dire d'une demi-douzaine de peintres qui ouvrent le xvttr siècle dans les salons angteis : de Micinel Dafal, dont on voit un portmH daté 1717 et appartenant au duc de Pbrtland, Miss Margaret Ga* vendteh Sariey; — de GSiartes Jervas, l'auteur d'un polirait de ht même miss, ^ qtti eut l'bonneur d'être iMé par Pope en 1716 ; -- ni des autres. Leur pdnicre ressmfible à la mauvaise école française de ce temps<«là.

Hégainh wm plas n'^t pas (»empt d'imitatioii

ÉCOLE AfietAISS. S7I

fRand il Teut fimre • de la grande peintere^ » et ses tableaux à figures de grandeur naturelle sont extrt* mement volgaires. Reyncdds Ta trèe-bîeii jugé éms un Discours {Nronoacé à rAcadémie : « Notre eicellMt Hogartb, malgré tout son talmt extraordinaife» n*a pas possédé la connaîssanee des bornes où il deratt se renfermer. Après que cet admirable artiste entconsar cré la plus grande partie de sa "vie active à étudier arec succès ce que la société offre de ridîeale, après qoll eut créé un nouTeau genre de peinture dramatique, après qu'il eut rempli son esprit d'une infinité de matériaux propres à représenter et à eipliqiier les scènes domestiques et familières de la Tie commune.. ., il voulut imprudemment..., essayer le grand style de l'histoire.... etc. »

Hogartb n'est guère p^tre, en sAM, quoique ses productions, comme l'éeriTMl le seulptsor Fakonnet, pétillent des plus ingénieux traits d^e6(mt. » Il a pour* tant fait quelques tableaux dont l'expédition se rapproche beaucoup de celle de Chardin. Dans la st^e du Mariage à la mode, son cteM^wrrte (à Vemon 6allery), il 7 a quelques figures très-grassement et trèsadroitement pantes, sur un foloid où le clair«obseur est souTcnt bien entendu. Son portrait aussi (Baème galerie), en buste et de grandeur naturelle, tMe à tète aiec un rienx cariin, est très4iarmonieux de couleur et enlevé par des teuebes amples et dffîbérées, M. Mérimée a été trop sé¥èrequand M a dit, dansle JIMUnr fpmfais^ que « Hogarth ne sut jamais m peindre ai des^er. » Hais il a raison quand 11 Teslime « plutdt poète comique que peintre. » Les earieatures gra? ées

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pft Hogarth valent mieux certainement que ses tableaux. N'esi-il pas singulier que cet iMUQoriste caustique ait ëcrii aa livre intitulé Analyse de la BeauUy qui a même, je crois, été traduit en français !

Seize tableaux de Hogarth sont rassemblés à Manchester. Ce n'est pas à Manchester néanmoins qu'il faut le voir, quoique plusieurs de ces ouvrages aient de la célébrité, par exemple la Scène de l'opéra des Beggarsy qui se jouait alors, je pense, au théâtre de Govent Garden. Taos les^ personnages dans la composition de Hogarth sont des portraits ou plutôt des charges. Il en fit d'abord une esquisse pour le fameux Arlequin etdkwteur dejthéàtre John Rich;puis, en 1729, un tableau tesoajiié pour sir Ârchibald Grant. E'ésquisBe,' après avoir appartenu à Horace Walpole, fut achetée 4 la vente de la collection de Strawberry- HiU, 57 livres ni shillings r par le propriétaire actuel , M* .Willett. Le 1ableaQ,*dont le cadre offre à son sommet un portrait du poëte Gay, appartient à M. J. Murray. Le comte de Garlisle possède le pendant : le Comité de la Chambre des communes interrogeant Bambridge. M. Waagen fait un éloge un peu exagéré de cette Scène de l'opéra des Beggars^ qui est très-spirituelle assurément, mais assez faible comme peinture.

M. WiUett a envoyé -quatre, autres tableaux de Hogarth : un petit portrâitde l'arttete lui-mteie, en pied, et occupé à peindre, sous Tins^ation de la muse comique; il a une veste verte, une culotte brune, des bas gris, une toque vi^tte; le fond est d'un gris mmi Chardin ; cette petite pochade n'a pas plus d'^m pied carré; provenMt de la collection du marquis Gamden ;

peint en 1749 et gravé en 1758 ; — un portrait à mi-corps de Mrs Hogarth, qui était fille de sir James Thornhill ; — Florizel et sPerdita ; — et une Vue de la pièce d'eau de Rosamond dans le parc Saint James. Car Uogarth a peint aussi le paysage, et Manchester montre encore une Vue de Spencer House, appartenant m. comte Spencer.

Une composition bien connue et très-plaisante est la Marche des Gardes allant à Finchley; peint en 1750 et appartenant à l'hôpital des Enfants Trouvés de Londres. Le même hôpital a prêté un excellent portrait du capitaine Thomas Goram, peint en 1743 et gravé par Mac Ardell. C'est, suivant moi, le meilleur portrait de grandeur naturelle que Hogarth ait etécaU. Aussi le vante-t-il beaucoup lui-même dans un passage de ses écrits dté par lâ catalogue.

Le petit portrait d'homme mm de face et vu jusqu'aux genoux est cependant encore préférable. Il appartient au comte d'EUesmere(BridgewaterGallery).

Nous- avons, de plus, quatre autres portraits : les deux Enfants du comte Stamford , de grandeur naturelle, en pied, habillés de blanc; — Martin Ffolkes, peint en 1741 ;— une Vieille femme; — et fiàirick dans le rôle de Richard III; grandeur natuff^e; la toile a 8 pieds de large sur 5 de haut ; peint en 1746 pour un lord Feversham et appartenant au lord Feversham actuel. U fut payé à Hogarth 200 livres sterling, c prix qu'aucun autre artiste anglais n'avsût jamais obt^u pour un simple portrait. » La remarque est encore de Hogarth. Un peu plus tard, ce fut le prix habituel des portraits en pied» de Reynolds. 200 livres sterling sem-

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blaient atonr une somme excessive peur un portrait. Un siècle auparavant, le portrait en pied de Charles ¥* nV Tait été payé au grand van D jck que 25 Hvres sterling, et le tableau avec tous les portraits de la femille royale, que 100 livres sterling. Il est vrai qu'il faut tenir compte de la (ËS&rence des valeurs monétaires.

Enfin, une Sigismunda appartient à M. J. H. Anderdon, et la Foire de Southwark, peinte ^i î73S, au duc de Neweasâe»

Hogarth, né en 1698, ne mourut qu'en 1764. Il put donc voir dans tout leur éclat les deux grands peintres de son pays : JFoshua Reynolds, né en 1723, et Thomas Gainsborough, né en 1727.

Reynolds et Gainsborough sont, à mon avis, deux peintres de premier ordre, quoique très-inëgauiï, tous les deux, dans leurs productions. L'un et Faufre, tâtonnant, avec des préoccupations très-différenles, des styles étrangers et des procédés nouveaux, ont Mî parfois des tableaux assez faibles ; mais ils ont fait aussi quelques chefs-d'œuvre , et cela suffit pour les dasser hors ligne, aurdessus de tous les artistes leurs compatriotes, et dans la glorieuse pléiade des maîtres consacrés de PEurope moderne.

Le cheM^euvre de Reynolds est le portrait de T<e% O'Brien, appartenant au marquis de Hertford. Elle est assisede face, au m9î6u d'un paysage largement brossé et chaudement coloré comme le paysage de rAnliope en GorrégB. Elle a un corsage de soie à raies Menés sur blanc, que recouvre une mantiNe de dentdDe noire ; les pans de sa robe, de même étoffe, tombent de chaque c6té ; jupon de satin, d'un rose Adieux, transpa-

raîssint sons du tulle ; mandies oomiles, d'iâ soitent asÉFedes ûcâs de de&idle deux bras channanÉs qui se crobent sur le giron et «nserrent qn petit grififon cauleor de neige. La figure, de grandeur naturelle, est coupée à mi-jambes.

€e qui séduit dans cette peinture, outre l'élégance da costume «t rharmonie de ces tons frak, c'est ht douce dani-teinteque le bord d'un grand diapeau de paille verdâtre, orné de nœuds bleus, produit ear tout le visage de la beUe jeune fille, sur une partie du cou et de la poitrine. La clarté de cette ombre, si Ton peiil dire ainsi, est une menreille très-difficile à obtesiir en peinture. Gorrége, Giorgione et Titien en ofirent des exemples, ftembrandt aussi ; mais il exagère souvent 006 afiets par des contrastes trop rapprochés. Ici, point de noir. Tout est lumineux, même sous l'ombre du chapeau.

L'expression du visage est d'une distinction lexquise, très^-naïre et très-spirituelle eu même temps, avec un mélaogie de tendresse et de poésie. L'aimable fille que cette Nelly, qui a de la grande dame et de la bei^ère ! fteyaolds, qui connaissait toutes les anciennes écoles, a dû être •extrêmement heureux le jour où il s'est ^learçu qu'il avait créé une œuvre digne des plus éton* oanis magiciens de la couleur. Oui, ce portrait de Ifelly O'Brien est aussi beau que les portraits de Titien, de^Vdasqaez, de Rembrandt, de Rubens ei de van Dyek. Et c'est précisément parce qu'il ne leur ressemble point, pas plus que les portraits pdnts par ces maîtres supérieurs ne se ressemblent entre teux.

Lord Hcrtiord, qui est à moitié Parisien, devrait don-

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nm: Miss O'Brien au nmsée du Louvre , pour y installer enfin glorieusement l'école de son pays. Nelly aurait un succès fou parmi les artistes et leur inspirerait dans leurs propres œuvres des combinaisons toutes nouvelles.

Deux antres Reynolds appartenant à lord Hertford ont aussi lieaucoup de charme : la Fillette aux Fraises (the Strawberry Girl}, et Miss Bov^ler caressant un *pf tit épagneul.

La Girl aux Fraises est vue de face, jusqu'aux genoux; eUe a les deux mains croisées contre la taille, son panier en jonc au bras droit; tout de blanc vêtue; un mouchoir jaunâtre sur la tête. Derrière elle, des rochers sombres, et seulement une percée de ciel à droite.

La profondeur de son regard est intraduisible; la physionomie très-expressive et très-étrange. Miss NeJIy, c'est la beauté civilisée, avec toutes ses délicatesses; la Girl -aux Fraises, c'est la nature même, un peu sauvage, et prenant son caractère dans les instincts mystérieux de ces types incultes, mais superbes, que George Sand aime à peindre et qu'elle peint si bien.

Pour harmoniser l'ensemble de cette figure en blanc sur des ombres, Reynolds, à la façon de Rembrandt dans quelques-uns de ses tableaux, a glacé de bitume toute sa peinture, ce qui a produit sur les chairs une teinte bistrée à l'excès. On y sent trop cet artifice, qui est insaisissable dans le tableau de Miss Nelly, où la douceur de la lumière et la transparence des ombres sont dues également à de légers glacis sur une p&te ferme et abondante.

Le portrait de Miss Bowler est à peu près de même

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dimension que la Girl aux Fraises : 2 pieds de large sur plus de 3 pieds de haut. Miss Bowler n'a pas les seize ans de Nelly; il s'en faut de la moitié. Miss Bowler n'est qu'une gentille enfant, aux yeux bleus, accroupie dans un paysage et serrant entre ses deux bras nus un petit épagneul blanc et noir.

Reynolds peint supérieurement les enfants, aussi bien qu'il sait faire les ladies de haute volée. Un autre de ses plus excellents tableaux, que M. Waagen met arec raison en première ligne, est le jeune Écolier (Schoolboy), appartenant au comte de Warwick. Il est debout, de face, vu jusqu'aux genoux; il tient sous son bras droit un grand livre. Sa veste est d'un ton savoyard, très-vigoureux. Cette peinture est une de celles de Reynolds qui se rapprochent le plus de Rembrandt.

La Jeune fille dessinant, à Miss Burdett Goutts, vient aussi, à mon avis, presque tout de suite après Miss O'Brien. Elle est à mi-corps, en robe rouge, les épaules, le sein, les bras nus. Sa tète, splendidement couronnée d'une abondante chevelure à reflets roux, se penche de profil sur le carton où elle dessine. Fond de ciel, avec une ligne d'horizon perdu.

Le profil est d'une finesse et d'une grtce adorables. Les chairs, la poitrine surtout, peintes à pleine pâte et par grands plans, sont surglacées d'une lumière d'or, absolument comme dans la belle donna du Titien, m 460 du Louvre, qu'on appelle sa maîtresse.

LaRc^inetta, à M. P. ToUemache,' encore une charmante enfant, en robe blanche, sur un fond de feuillages vaguement indiqués ; elle tient dans sa main

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droite un petit <»seau. £Ue a pour peadani un je garçon sentimental (thecotUempiaiwe ¥mth)^ qniocsH temple la luoe entre de grands arbres. Le peintre a «a le caprice de le f Mtr de rouge. Le rouge a été ioagtemps la passion de Reynolds ««qui dïerchait toujoors des tons francs et avait raoïbitioa de pekidre avec le moii^ de couleurs possible. Il n'y a souYonl dans ses tableaux cpie trots ou cpiaire couleurs « queicpefois même que deux : dans la Girl aux Fraises par exemple, 4u brun et da Manc ; ici il y en a trots : ihi rouge, du brun, et du gris argenté dans les tayons de la lune.

S(m prqnre poitrait, en costume de docteur en droit, et appartenait à rAcadèmie royale, n'est aussi qu'une musique à deux notes : du rouge et du bnm, avec leurs dièses et leurs bémols. Il est vu jusqu'aux ge« nottx, dans une pose assez emphatique, la main droite sur la hanche, la main gauche tenaut un papier, a|>puyée sur une console qui porte un buste ^en marbre. La robe ée docteur est plein rouge, tout le reste brunâtre, jouant du blanc au noir.

Ces tours d'adresse ne réussirent pas tougoors à Reynolds, dans ce portrait entre autres. C'est ^rs cette ëpoque4à sanss doute, qu'il avait en horreur k bleu, e^uiemi du rotige ; et ce fut, dit-^on, pour conli«dîffe sa manie de proscrire le bleu, que son rival Gainsb(H*ough, bien [dus naïf que lui et bien plus sîneèiement audadeux, peignit un cfaef**d'oBuiTe, iie èiue Bop^ le j^me gaiçon tout en bleu, dont nous parlerons à son tour.

Les portraiU d'JMOinies sciit en «inéral les ftes iû-

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Mes deReyiu)Id$. Noufiiiç ferons que }es iodiipier rapiâeioent

Sir William Ghambers; il est ausn tout en rouf^e et sert, je crois, de p^uJant au portrait de iley nolds dans les salles de rÂeadémie royale.

Frank Haymaa , le peintre , et fiiuseppe Marchi^ le peîttkre, en buste et arec nn turban; tous deux à TAcadénie royale.

Encore deux habits rouges : sir Ricbard Worsley, en pied ; fond de paysage assez TÎde ; au comte de Yarborougb; — et le duc de Portland, ji«»qu*aux genoux ; peinture douce et haimonieusey dans le senti* iKot de van Dyck; au duc de Porûand actueL

L'arehe^èque Robinson, peint en 1774, et Tarcbe* vêque MarkbaiB, peint en 1778 ; appartenant tow deux à Christ Church, d'Oxford.

Samuel Foote , Tadeur ; au duc de Newcastie«

Le comte de Sbeffîeld, Tami de Gibbon; buste presque de ppofii à droite ; un peu dans le sentiment de Rîgdud ; au comte de Shefiield actuel.

Le révér^d l. Reynolds; au Collège d'Bton.

John , vicomte Mount-Stuart ; à lord Wbarncliffe.

£t George John, vicomte Althorp, en pied, de trois qaarts & g andie , debout et appuyé contre un piédestal au-dessus duquel est un rideau rouge. De la main dix^ke, atMindonnée le long du corps^, il tient un livre. Fond de pftfsage avec de grands arbres; mais la tète se AsMine siffle ciel. Ce portrait est peut-^tre celui où fb^BoUs a le plus imité van fiyck. Si <m le mettait psufim les van Dfck, dans la Gakrie des portraits, biw des aiantairs pourraient s'y tcomyer.

n va sans dire que tous ces portraits et tous ceux qui suivent, et toutes les figures peintes par Reynolds, sont toujours de grandeur naturelle.

Dans les portraits de fennne , Reynolds se retrouve grand peintre , et souvent très-original. L'Exhibition de Manchester en compte plus d'une douziiine.

Lord Spencer, à qui appartient le portrait du vicomte Althorp, dans le style de van Dyck, a envoyé aussi deux des beaux portraits de femme, de la même £aimille, la sienne sans doute :

Lavinia, vicomtesse Althorp, à mi-corps, cheveux poudrés et relevés à la Pompadour ; bonnet de négligé, en dentelle, avec un nœud rose ; fichu blanc et foun*ure blanche autour des épaules; manches rouges. — La tète est de face, avec une expression rieuse et très-spirituelle. Excellente peinture.

Georgiana, comtesse Althorp, tenant un enfant en blanc, debout sûr une table, avec un petit griffon.

Un des plus ravissants, physionomie, couleur, exécution , est le portrait de lady Hamilton , au comte de Durham. Elle est en buste seulement , de trois quarts à droite , avec une draperie blanche. Ses petits doigts jouent près de sa bouche, comme pour envoyer un bai* ser. Fond vague qui contribue beaucoup à l'effet de 1a figure.

Parmi les portraits en pied, on remarque: Mrs Andersen Pelham, donnant A manger à des poulets dans une cour de ferme ; appartenant au comte de Taiiiorough; — lady Jane Halliday, en robe jaune, fouettée paille vent; grande tournure ; très-beau ciel d'orage; à M. John Tollemacfce ;— au même : Miss Enrily Bertie,

en Thaïs, dit le catalogue; elle aune robe blanche jQottante, les jambes nues, les bras étendus , et de la main gauche elle porte une torche ; cette figure, pehite vers 1776, a beaucoup d'élan, et le fond de ciel est superbe; — au même : lady Louisa Manners, en pied , debout, accoudée à un piédestal; robe blanche, bras nus ; fond d*arbres avec une draperie rouge ; — au même : Mrs ToUemache , en Miranda.

Le marquis de Westminster a envoyé un portrait de Mrs Hartley, l'actrice; — le comte de Dartmouth, le portrait d'une comtesse de son nom; — le comte de Darnley , une lady Prances Cole ; — et M. Abraham Darby, Miss Farren, symbolisant la Comédie; de sa main droite eUe tient un masque; elle est en buste, de face, assise dans un fauteuil rouge; elle a une robe bleue! c'est le premier bleu que nous rencontrons dans l'œuvre de Reynolds ; car, pour ses femmes et ses fillettes, il affectionne presque exclusivement le blanc, comme pour ses gentlemen le rouge.

Voici pourtant du bleu dans un autre tableau avec les portraits réunis de la famille Braddyl; mais ce bleu est combattu par du blanc et du rouge , et même par du jaune ! ce qui rend cette peinture assez cruelle de couleur. Lady Braddyl est assise à gauche, enrobe blanche; à droite, son jeune fils, debout, en habit bleu , en gilet et culotte jaunes ; entre la mère et l'enfant, un peu en arrière, l'homme , debout et de face , est en habit rouge. Tableau surprenant, que Reynolds a dû faire dans un des moments où ses manies dominaient son instinct d'artiste. Appartenant à M. T. P. Smyth.

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la» sajets plus mi moins rdigîeux ne oonvîaaneiit gnère à Reynolds. SaSainte Cécile , à su: W. W. Wyim, est de la fon^e de quelque élève de Itigoard. Cette grande tnachiiie vide a environ 10 pieds de haut II y a an ange dans les nnages, nmis fl n'y en a phis dans FesiU'Ude Reyncdds, TAnglais émancipé des superstîtkms catholiques. C'est la foi seule qui sauve en peinture , comme dans tous les actes de ia vie. Ne demandons plus œs sujets mystiques aux artistes , même à ceux qui peignent dans les pays romains. On n*a rien fait de bon en mythologie religieuse depuis Voltaire, et même depuis Rabelais.

C'est aussi k sir Wynn qu'appartient le portrait d'un jeune homme de sa famille , peint en saint Jean, reee^ vantde r«au dans une coquille, en compagnie d'un mouton. Mauvais souvenir de Murilio.

Reyndds n'est pas beaucoup plus inspiré dans râiq Tèles de chérulMns, jetées sur un troiih de cîèl clair. Ces têtes d'enfants, à cheveux d'or, sont cependant d'un ton très^fin et trè&4euri, dans la couleur de Bnbens. Eiks appartiennent à lord Overstone. On en voil à Vemon <jtaUery un autre assemblage , de la même qualité à peu près.

Mais voici Puek , le gentil Puck de Shakespeare dans le SiMçe d'tiue mtÊài d'M. Ah ! c'est Reynolds, non |m» toutefois si poète que le poète , mais excettent peintre. Ce fenta PudL, assis sur on champignon, au bord d'une fontaine , respieadit comme im petit «atyre de Jopdaens , sur un fend de paysage fentastique , daa» une gamme rousse et flamboyante , oà la main du grand maître a semé sa magie. LeMaster PodL de Rey-

BOlds n*esl pas si t^oreux que celtd de Shakespeare ; il a de petites oreiUtô apoioties» des ehefeux eréfHds», te sang à la peau, et une physionomie trèsrpttîeoiic. On dirak le fruU d'une bacchante , plulM que le sylpkie ëclos dadis le génie shakespearien. Ge polissoik --- « ee jeune gentleman, dil un journal anglais , est le portrait de Master Puck avant qu'il fût arrivé à la d^ilé de la jacquette et des culottes. » Peut-être bien que aa nodité com{dète scandalise im peu les Anglais.

Piick n'en a pas mcmis eu toujours un grand soo«ès dans son pays. 11 a été peîut pour l'édition iUusUréede Shakespeare (édition Boydell), et payé à Reyndds 500 guinées; Allan Cunningham, dans ses Vi£$ des pemires atèglais » lui accorde une haïUe estime ; Samuel Rogers lui avait donné une hospitalité lu)iiaraMe; et, l'année dernière , à la vente de Rogers, lord Fitzwikham a eouveH Master Pu^ de dâo guinées en or de Californie , soit environ 2â OCO fr.

Il y a dans ce Puck de Reynolds unpeju de Gorrége, un peu de Rembrandt, uapende Rubens ^ de Jerdaens; œuvre .irèsH)rigin^le néanmoins, et tout a^ glaise par la conception et k style.

Je trouve encore dans mes iM>tes quelques Reynolds qna je ne saurais raccorder avec le eatalogue : luie Jeune âUe en robe blanche et jupon gm^ dehoi^ de faeei dans un paysage; un épagneuL près d'elle,;-^ une Rkme volant l'aorc de l'Amour endoi^ni; poctraits d'Élisa, diichesse de Manchestef et de son fil&; trèftbeau paysage, dans» la manière corrégesque; — w Jeune garçon, en costume likfô, avec un chien noir; load de petysage» etc.

Restent deux études d*après nature , qui sont des chefs-d'œuvre en leur genre : Tune, le Nègre, Frank Barber, domestique du, docteur Johnson; tète peinte de premier coup, sur une toile ovale ; le reste à peine ébauché ; on voit là toute la pratique du maître, quand H y allait franchement, sans inquiétude des écoles étrangères; — l'autre, son modèle favori, profondëmOTt étudié sous une belle lumière et dans une attitune expressive; aussi a-t-on imaginé de baptiser ce buste : le Captif. La tète est de trois quarts à droite, levée en l'air; cheveux blancs, éboûrifEte; bMrbe courte, blanche; draperie rouge foncé, autour du Qorps. Les yeux sont extraordinaires. Peinture de première force, et qui se tiendrait près d'un Rembrandt.

Mais hélas! cette analyse rapide ne donne point ridée de Reynolds, qui est non-seulan^st un grand peintre, mais un grand homme par l'intelligence et le caractère* Il faudrait feire connaître sa vie, expliquer son talent, vulgariser ses préceptes* sur les arts. Peu de critiques, dans quelque pays que ce soit, ont mieux compris que lui l'essence et les moyens de Tart. Outre sa fécondité comme petetore fde 1769 à 1790, il a exposé 240 tableaux), il exerça une immense influence sur les artistes anglais par ses Discours {prononcés à r Académie royale dont il fut un des fondateurs et le président, par sa conversation instructive et originale. Personne n'a fait plus d'expériences que lui, en vue de perfectionner les procédés de la peinture; il a sacrifié des tableaux vénitiens pour en décomposer les couleurs, en apprécier les couches, en découvrir toutes les pratiques plus ou moins secrètes. Ses ensei-

g^emenfs étaient les meilleurs du monde, et très-sîmpies. Il avait coutume de dire que « Tètude consiste véritablement dans l'art d'apprendre à voir la nature ; » après quoi il> recommandait c de peindre les études au lieu de les dessiner. » Avec ces deux seuls principes on peut former des peintres. C'était aussi le sentiment de Diderot, qui s'y connaissait.

L'art fut la passion exclusive de Reynolds. D y gagna la fortune, sa peinture lui rapportant par année 6000 livres sterling (plus de 150 000 francs), dont il dépensait une partie en acquisition d'objets d'art; ses collections vendues en 1795 produisirent plus de 10 000 livres sterling. Il y gagna, ce qui vaut mieux encore, d'être un homme parfaitement heureux, malgré ses infirmités : il était sourd dès sa jeunesse, à son retour d'Italie, et, quelques années avant sa mort, il avait presque perdu la vue.

Son exécuteur testamentaire et son ami intime, qui a écrit sa biographie , dit que « Reynolds fut l'homme le plus heureux qu'il eût connu. »

Sir Josbua Reynolds mourut en février 1792, et, pour dernière chance, il fut enterré à Saint-Paul, près de van Dyck.

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JMtreê du xnii* siècte : Gainsborongh , Wîlson, Loatherbour^, Zoffany , Romney, Stothard ,. etc.

Gâinsborongh est, selon moi, le ptas f raoc peintre ie l'école anglaise, véritalile artiste, sains cesse tounnaÉLé de. k naturej&t des mo^yens de l'exprimer sincèrement. Partout où il se trouvait, il étudiait les paiiicularités^ les combinaisons accidentelles de la %ure faumaine, ks effets de lumière et d'ombre dans le ciel et stir la terre. Lorsque, se promeoant, il rencontrait quelque individu qui le frappait, il inventait n'importe quoi pour l'attirer dans son atelier. Aussi, dit Reynolds qui l'estin^tit profondément, bien que leur rivalité les aR écartés de relations amicales, aussi « son talent n'a rien qui tienne de l'académie ou* de l'antique; il l'avait puisé de son propre chef dans la grande école de la nature. »

Gainsborough n'a jamais été en Italie, et je crois même qu'il n'est jamais sorti de son lie. Les maîtres qu'il affectionnait le plus étaient Rubens et Rembrandt ; pour se former conune praticien, il en a fait beaucoup de copies, d'une rare perfection. Le Rabbin,

.y,u..,uy^OOgIe

ÉCGO: ÂKGLAISË. ^7

d'après Rembrandt, qu'on voit de lui à Hamplon Court, est prodigieux*

Portraits., paysages, tableaux de fan^sie, en grand et en petit, tiainsborough s'est essayé à lout, excepté aux sujets héroïqueé et mythologiques, et il a été supérieur en toiït. Sur sss dix-sept tableaux exposés à MaDchester, îi y a quatre pcwtraite et plusieBrs paysages, extrêmement distingués.

De même que Reynolds a sa Nelly O'Brien, de même Gainsborough a son chef-d'œuvre hors ligne, et qui seul suffirait à le classer parmi les grands maîtres. Ce chef-d'œuvre de Gainsborough est, à mon goût, le portrait de Mrs Siddons, l'actrice, dont la majestueuse beauté a aussi inspiré Reynolds dans le portrait en pied, de Duiwich Gallery (gravé par Haward), et, plus tard, Lawrence, dans le portrait en pied, de Veraon Gallery.

La Mrs Siddons de Gainsborough n'est vue que jusqu'aux genoux, sur une toile haute d'environ 5 pieds, large de 4. Elle est assise dans un fauteuil à dossier ronge, presque de profil à gauche, iine main simplement abandonnée contre sa taille, le feras droit étendu sur soa manchon* Grand chapeau de forme ronde, noir, à longues plumes imres, nœud de ruban noir Bur le côté; cheveux poudrés et crêpés k la mode du temps, et, par-dessous ces enroulements capricieux, de longmes bcwides qui s'étalent sur les épaules. Corsage ooiltaiit, ouvert en cœur, manches justes, d'wie étoffe de soie blanche à raies bleues ; le jupon de même couleur. Sur le sein, un fichu de gaze et un fidiu de s^e Meue, qui se croiseirt et se nouant à la taille,

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d'où tombe un nœud de ruban bleu. Au bras gauche est entortillée une sprte d'écharpe safran, bordée de fourrures pareilles au manchon. Pour fond, un rideau cramoisi sombre, comme dans quelques portraits de Rubens et de van Dyck.

Le profil, dessiné avec la plus fière assurance, a quelque chose de sibyllin, de fatalement passionné. La grande tragédienne, qui traduisait les passions avec tant d*énergie et de sensibiUlé, et qui les éprouvait si vivement pour son compte, est mieux rendue dans ce simple portrait à mi-corps et en négligé, que dans ses portraits allégoriques en Muse tragique ou sous les déguisements de ses rôles d'actrice. Ce portrait est si original, si individuel, comme expression de caractère poétique, comme parti pris de tournure, comme audace de couleur, comme liberté de touche, qu'il ne ressemble à la peinture d'aucun maître. On a beau lui chercher des analogues, on n'en trouve point : Véronèse, un peu. Mais non, c'est une création toute singulière. Voilà du génie!

Il faudrait aii Louvre cette Mrs Siddons, avec Miss O'Brien.

A cause de son incomparable originalité, le portrait de Mrs Siddons vient certainement dans l'œuvre de Gainsborough, même avaiît son fameux blue Boy , au marquis de Westminster.

Master Buttall, c'est le nom de ce gentil garçon habillé couleur de ciel, est debout, de face, la main gauche contre la hanche , la droite tenant un chapeau à plumes, pendant le long de la jambe. Son costume de soie bleue est le plus coquet du monde , avec rubans

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pareils et menus enjolivements. Son visage est frais et éveillé comme celui des plus charmantes fillettes de Watteau, et l'on dirait qu'il s'en va rejoindre les groupes de Watteau dans les Amusements champêtres au marquis de Hertford. La santé, la bonne humeur, l'élégance et la beauté, il a tout ce qui convient pour aller jouer avec les jeunes bergères Pompadour.

Master Buttall, Dieu merci, est un autre gaillard que Master Lambton le mélancolique, qui eut tant de succès au Salon de 1824, à Paris, si je ne me trompe, et qui valut à sir Thomas Lawrrence la décoration française. Le blue Boy est de plus haute et de plus fine qualité ; enfant de Rubens et de van Dyck, de Velasquez et de Watteau, s'il n'était le fils légitime de Gainsborough ; tandis que le Boy rouge ^ de Lawrence, tient plutôt par alliance à M. Delaroche et à M. Dubufe.

Gainsborough a gagné sa gageure contre Reynolds. Le bleu }ui a mieux réussi qu'à Reynolds les plaques rouges. Il est vrai que cette espèce de colibri chatoyant, que G^Bnsborough a su peindre , est comme enveloppé d'une atmosphère harmonieuse qui éteint ses trop vives couleurs. C'est à l'artifice d'un fond de paysage et de nuages, neutralisant par une heureuse combinaison de reflets et de clair-obsoar les tons de la figure, que l'habile coloriste a dû de vaincre la difficulté.

Les vrais peintres n'ont d'ailleurs jamais craint les couleurs franches, et Gainsborough, sans prendre la peine de faire ce chef-d'œuvre, aurait pu se contenter de montrer à son rival un des beaux portraits de van Dyck, qui est précisément à l'Exhibition de Man-

cheflter, âans la Oakrie des {KïrtraîtSi, W" 108, et qui app^tieat au comte FUz^illiam : la reûne Senriette, tout enUeuM

Le Boy bkm oceufie dans les sak^ àe récoie aiiglaise la même place d'honneur que le portrait équestre de Charles I^ daus les sakms des maîtres aiici^i&s. Il a pour YOîsiQes deux belles dasnes : d'ua côté, la Mfs Anderson Pelham, de Reynolds; de l'autre, Mrs Gcaham, femme àeloM Lynedôcb; troisième cfaef-d'<BU¥re de GainsboFOugh, appartenaul à M, Robert Grâham.

Je croîs Men qu'après Miss NeUy, Mrs Grahaoi est la plus séduisante de toutes les la^s at^laisee en pdnture. Elle a , comme Nelly , Mne jape rose bouillonnée, sous une mbe ée satin Manc, ouv^^te à la sultaiae. Elle est deb<mt et de face, apipuyée contre «uie colonie au milieu d'un parc. Goi^ire poudi^ée di des ptames; le eou nu. Jde la main droite elle lîeal. uae plume blanche, La tète se dessine sur le ciel« la itaille sur le paysage. Fleur d'aristocratie et IL^r de colmis. On dirait volontiers de eetle perinlure, «{u'elk sent bmu

La Jeune lady anonyme, appartenant au maisfaiB 4e HâPtf(»*d, pourrait faire pendant à kdy Grabam. lUte esl assise dans la campagne, le €c»*ps de trois ^ar4fi^ la tète de face. La coiShace et la poudre du xvm* siècle yobI; bien à sa tète gracieuse. £Ue e^t très^l^remeAt vêtue à'vne robe de monsselifiie blanche, avec des gaj^ nitures comme des flocons de neige , et à la taille 4es rubans lilas tendre. £tte a de petite misons s(Miliecs , y^és à GendrMIon. Mais ^'dtteest déjcoUetée» et qae

ÉCOLE AKCLAfSE. 381

ses bras soi^ beaux jusqu'à l'épaule ! Slle fait sa bergère Marie-Antoiiietite dans les b(icag«s5 de Tnancm. Il ne lui maiique ^'mne hcmlette à n(sad% roses, cai* elle a déjà le gardien du troupeau, un ehien Manc immacnlé, familsèrem^Tt 9sm tout contre son épaute. Le paysage est ébaudhé dansées tons bleu céleste, habituels arux peintres de l'école de Watleara et de i'éoote de BoBcber. '

On pense que ces deux attrayants portrails de femme, par Gainsboroogh, ont une grande vogue, bien méritée, dans la faskion anglaise, dont ils se partagerait l'admiration arec le bine Bû§, Mais cepe^ant, maigre le naturel des âgutes, malgré l'ampleur du dessin et de re%éetftion, ils tournent «n pesu à la manière qu'on appelle «n France : style Pompadour. J'aime toujours mieux l'étramge Mrs Siddons, q«i ne rémlle aucune comparaison avec aucune école. Pai vu quantité de poitraits de GainsbOTough, et des plus importants et des plus célèbres, par exempte queftre portraits en pied de la *a«mlle royale d'Angleterre, dans les appartemeofe de Bucklngham Palace , par exemple, à h galerie de Ihdwidi GoMege, le délicieux poi4îrait de Mrs Sheridan et ée Mrs Tickle sur ta même toSe , et bien d'autres. Pour moi, Mrs Siddons demeure le titre fondameniat de GainsNk)rougb à llunnortalité.

Il y a encore à Msmchester deux autres portraits par Gainsborough : un lord Mendip, assez nïau=wiis, au Ghri«t4aiurch Gt*k^, d'OxfodPd, et un portrait quekonq^ édtft je n'ai amcœi sou^einr, à M. Adam Lodge.

GoiiH»e pay^agi^e, GaMAarougli «st smtout trèsv^(ftAmve et très^neuf. Sans ses portraite, sauf 4aBS

— gk

392 ËGOLE ANGLAISE.

celui de Mrs Siddons, il a des accointances avec son émule Reynolds, avec van Dyck, et même avec Fécole française du xvm'' siècle. Dans ses paysages, il est le pur disciple de la nature. Tout au plus, pour l'exécution, voit-on qu'il a étudié Rubens, et, pour les effets, qu'il connaît son Rembrandt. Mais l'amour qu'il avait certainement pour ces deux maîtres ne lui a fait contracter aucune habitude d'imitation. It a conservé son impression propre 4evant la nature , et il l'a traduite en un style d'une éloquence abrupte et primesautière qui n'est à personne. Il a été en paysage un initiateur véritable , et Constable presque tout entier sort de lui. Or, c'est de Constable que sortent un peu les excellents paysagistes de l'école française actuelle, ainsi que l'a remarqué très-judicieusement le conservateur des tableaux du Louvre , M. Villot, dans un article sur la Vie de Constable^ publiée par M. Leslie de l'Académie royale de Londres. M. ViUot s'est seulement trompé en appelant Constable le « messie » du paysage moderne. Constable ne fut que l'apôtre et le continuateur de Gainsborough.

C'est là un titre de Gainsborough à la sympathie des artistes français, et il est Men regrettable que le musée de Paris n'ait pas encore su captumr sur l'Angleterre, honnêtement et par la simple vertu des livres sterling, quelque exemplaire du grand paysagiste d'outre-Manche.

L'Angleterre, il est vrai, qui accapare si prestement les chefe-d'œuvre du monde civilisé et même du monde barbare , ne lâche pas facilement ses chefs-d'œuvre indigènes; mais il serait cependant de l'intérêt de sa

ÉCOLE ANGLÂISB. 393

gloire qu'efle laissât exporter un choix de ses productions, presque inconnues ou méconnues, et introuvables sur le continent.

Si Reynolds et Gainsborough n'ont pas la réputation universelle qu'ils méritent , c'est qu'on ne voit point de leurs tableaux, parmi ceux des maîtres, dans les musées et les collections hors de l'Angleterre.

11 faut sacrifier quelque chose à la bonne renommée et à la notoriété publique. Les adroites gravures anglaises ne suffiront jamais à la vulgarisation de l'art anglais, qui doit prendre désormais son rang en Euroge , grâce à Reynolds et à Gainsborough principalement, et aussi à Hogarth et à Wilkie, à Gonstable et à Turner, etc. Nous ne parlons pas des arts autres que la peinture, dans lesquels l'Angleterre serait très-empêchée de montrer des maîtres.

L'Exhibition de Manchester offre trois beaux paysages de Gainsborough : un à M. Thomas Todd ; un autre au duc de Newcastle ; un troisième à M. J. ToUemache.

Le paysage à M. Todd peut avoir 5 pieds carrés. A droite, entre de grands arbres, chemin ombreux par où descend un troupeau de moutons. Vers la gauche , au premier plan , dans l'ombre , au bas d'une cascade, un cavalier fait boire son cheval. Au-dessus de la cascade , un ruisseau avec un pont de bois, sur lequel va passer une petite figure de femme. Le second plan dç ce côté est en pleine lumière et se dégrade sur un fond de montagnes bleues. Grand effet; exécution très -magistrale. ,

Le paysage au duc de New^castie est à peu près de la même dimension , un peu moins haut. Les minimaux y

ont beaucoup d'importance et sont peints comme par un maUre hollandais.

Sur un carrefour, au milieu d'une forêt, s'arrête un troupeau : six moutons, deux chèvres, deux vadies rouges, deux jaunes, une blanche. Xl petit berger est là, et, en avant, une jeune paysanne debout, de face, porte sur la tête un seau; cette figure, très4ûen tournée,^ 8 pouces de proportion. Aux pieds de la paysanne, deux enfants couchés, et deux chiens qui jouent. Grands arbres dextrement brossés , bruns sur le devant, bleus dans les fonds.

Ce tableau a de la manière de Kubens. Il est peint un peu trop en décoration. Mais c'est cette brusquerie de touche qui donne tant d'effet aux paysages de Gainsborough. La spontanéité de son impression y est tout entière et se communique au spectateur. Gainsborough avait d'ailleurs une méthode parïaite pour assurer l'ensemble de ses compositions. Il ébauchait tout d'un trait son tableau et le poussait harmonieusement du haut en bas , sans isoler son attention sur de petits fragments, sans s'obstiner aux détails ;cai: il cherchait Teifet général , et il le trouvait presque toujours, grâce à cette large vue sur. sa toile, qu'il regardait comme on regarde la nature , d'un seul coup d'oeâl.

, Le troisième paysage, à M. Tollemache, est inti- . tulé : la Charrette de marché. Cette charrette , tranquillement traînée par un cheval blanc , passe un gué. A droite , un grand arbre. Toute la gauche dans l'ombre. C'est très-franc et très-beau.

M. Tollemache a aussi envoyé à Manchester un ta-

bleau assez singulier, mais (ïe première force, qui n'a guère d'analogues que dans l'école de Rembramdt et un peu dans celle de Snyders : des Ghiiens qui se battent, et deux jeunes garçons qui les excitent* Figures et animaux de grandeur nalurelle. Dessin mouvementé , couleur chaleureuse , clair-obscur admirable.

Encore un Gainsborough à M. Toflemache : Paysage avec des enfants. Iteux femmes sont à la port« (Twne chaumière ; une petite fflle est assise en ba«, pires de quelques animaux de la ferm^;* à droite, une vache notre et une vache rouge ; pliis loin , un berger. Le peintre aristocratique de Mrs Graham fait à merveille ces scènes rustiques. Le paysage et le ciel rappellent Murillo.

Autre petit paysage , haut de 2^ pi<eds mr 1 pied et demi seulement. H est intitulé la Porte du cottage et il appartient à M. J. Bentley. Trois enfants sortent de la maison : une petite fille portant un baby et accompagnée d'un jeune garçon. Les terrains roux an premier plan sont superbes. Le paysage et le ciel rappellent Rembrandt. Mais si Gainsborough a souvent de ces rapports avec certains maîtres, il conserve cependant son originalité dans le style général de l'œuvre , et devant chacun de ses tableaux on n'hésite jamais à prononcer son nom.

H a fait aussi des espèces de marines vraiment : une' Scène de côte, avec des troupeaux; à M. J. Dillon; Ttirner n'est pas sans avoir imité cela. Il a fait encore de petites grisailles très-spirituellement touchées, un peu dans la manière de Boucher. CeDe qu'on voit à Manchester appartient, je crois, à M. Golnaighi^ou

396 ËGOLE ANGLAISE.

peut-être au duc de Newcastle : car le catalogue deTécole anglaise n'est pas beaucoup plus exact que celui des maîtres anciens.

Enfin, deux autres paysages de Gainsborough appartiennent, l'un à M. J. W. Russell , l'autre à M. Samuel Barton.

Il y avait, au même temps que Gaînsborough, un autre paysagiste, de l'Académie royale, comme lui et comme Reynolds , lorsque l'Académie eut été fondée en 1768 , — et que les Anglais , à tort selon moi, estiment un très-grand peintre. Ils le mettent tout simplement sur la même ligne que Claude , le Lorrain de Rome, et qu'Albert Cuyp. Us l'appellent même le Claude anglais. Ils feront bien de le garder pour eux. Il aurait peu de chance sur le continent. Les amateurs de Claude et de Guyp n'apprécieraient guère ce Wîlson , qui est tout au plus de la force de Joseph Vemet ; ce n'est pas beaucoup dire. Richard Wilson était né presque au commencement du siècle , entre Hogarth et Reynolds, en 1714, ^t il ne mourut qu'en 1782, six ans avant Gainsborough , dix ans avant Reynolds. Il avait habité longtemps l'Italie, où il s'était formé d'après la tradition de l'école du Poussin et du Guaspre,. et de Claude aussi, puisqu'on le veut. Il y connut sans doute Joseph Vernet, qui était juste de son âge, et qu'il a imité souvent. C'est un talent aussi étranger dans l'école anglaise que le fiirent, au xvi" siècle, les disciples de Holbein , et, au xvii% les disciples de van Dyck. Homme habile cependant , et, très-exercé , mais sans originalité aucune. Son inspiration n'est pas en lui-même ni dans la nature ; elle est dans une certaine

ÉCOtE ANGLAISE. 397

manière traditionnelle , qui commande un certain arrangement, un style arrêté d'avance, une exécution deponsif.

Il y a de lui une douzaine de paysages à Manchester, et aussi , je crois, son portrait par lui-même, en petit, et appartenant à TAcadémie royale. Ce petit portrait , naïvement peint et à peine terminé, est Irôs-bon et prouve que c'est le système qui a nui à l'artiste.

Un de ses tableaux célèbres est la Niobé , à M. Wynn Ellis, peinte en 1760, exposée en 1770, et achetée alors par le duc de Cumberland, le héros de Culloden. Il existe quatre répétitions de cette Niobé , dont une à la National Gallery et l'autre à Bridgewater Gallery.

La plupart de ses autres paysages sont également composés à l'antique sur des vues d'Italie. Une Villa Cîcero , exposée en 1770, a eu l'honneur d'être gravée en 1778 par WooUelt. Un autre paysage a été peint pour le grand chirurgien John Hunter, et payé seulement 12guinées, note le catalogue. C'est beaucoup; il ne se vendrait pas cela si on le mettait en vente publique à Paris , sans nom d'auteur et sans amateurs anglais. D'autres appartiennent au marquis de Westminster, au comte de Darmouth, au duc de Newcastle, à M. Edw^ard Loyd , etc. Ces noms-là montrent combien Wilson est admiré par ses compatriotes. Mais il n'en ressemble pas davantage à Claude.

On apprécie encore beaucoup en Angleterre deux peintres de la même époque à peu près , étrangers de naissance , mais presque naturalisés Anglais : l'un tui dtf VAldàdéitiie rOfJale'de Lotldrîes; P. H. de LouthèrboUfg,'rié à Strasbourg en 17^4, l'autre:, l'Allemand

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ZoJBfany , né à Francfort en 1735 , imita Hogarth et fat souvent gravé. L'un ne mourut qu'en 1812, l'autre qu'en 1810. Nous n'avons rien à en dire puisqu'ils ne sont pas Anglais et qu'ils n'offrent d'ailleurs qu'un médiocre intérêt comme peintres.

Un excellent peintre de ce temps-là, George Romney, qui paraît s'être inspiré de Reynolds, a son chefd'œuvre à Manchester : une Liseuse en bonnet de nuit , baptisée Serena , et appartenant au révérend chancelier Thurlow.

Elle est bien sereine, en effet, et bien naïve, et bien charmante , cette jeune fille absorbée dans sa lecture du soir; car une chandelle brûle à son côté, dans un bougeoir, sur une table. Il faut que ce soit la Bible, ou un roman, qui l'empêche ainsi d'aller se coucher.

Elle est de grandeur naturelle, vue de pleine fece, assise, les deux petits bouts de pieds posés sur un tabouret hlas , les deux mains tenant le livre sur les genoux, la tête baissée sur le sein. Elle a une robe blaïa^cbe, à la vierge, taille et manches collantes; on n'aperçoit qu'une échappée de sa ceinture bleue. Son bonnet blanc, à fond très-haut , est serré par i^ne fontange de ruban bleu, avec un nœud sur le front. Derrière elle , un lambris nu, grisâtre. Rien autre da^s le tableau.

C'est un tour d'adresse que la peinture de cette femme assise et vue d'en bas, en raccourci, ses genoux montant jusqu'à son sein, — que cette simplicité d'une toilette blanche sur un mur gris. La tête est délicieuse , l'çxéç^jtiap de prepiière qualité.

|1 y a encqifç df cç ]^piijij|By, inepwu m çç»ttn^tt^, içfH^.^(^|t portraits U^i^n, çle Jflï:^ ÇlftRlçy^freiai^flw

comte de Derby, avec sa sœur; appartenant au comte de Derby actuel; — l'autre, lady Hamllton en bacchante, appartenant à lord de Tabley ; lady Hamilton, en robe blanche, cheveux épars, est couronnée de pampre ; portrait en buste, de trois quarts, sur fond de ciel vague. Ovale.

Thomas Stothard est plus connu de nom, grâce à la célèbre gravure de son Pèlerinage à Canterbury. La gravure vaut mieux que l'original, qui est à Manchester et qui appartient à M. 5. Towgood.

Un autre Stothard, le Pic -nie, appartient à la délicate Miss Burdett Goutts ; ce n'est pourfemt qu'une faible imitation de Watteau. D'autres tableaux de cet artiste représentent encore des espèces de paysanneries coquettes, dans le genre des Frânçaisdu xvui* siècle* C'est peu de chose. Stothard, qui était né en i755, qui fut de l'Académie et eut grande réputation, a vécu jusqu'en 1834.

Durant la dernière moitié du xviu* siècle, l'influence de Reynolds et de Gainsborough contribua sans doute à formel- quelques peintres chez lesquels on remarque de la force et de la science , comme Northcote, Morland, Owen, Opie, etc. Ces artistes et bien d'autres encore tiendraient une place honorable, quoique secondaire, dans une histoire de l'école anglaise; mais ici nous analysons brièvement et nous devons passer à la génération nouvelle qui naissait vers la fin du xvui* siècle et qui a illustré le commencement du xix" : Benjamin West, John Constable, David Wilkie, Thomas Lawrence, William Turner„ Richard Bonington, etc.

Benjamin West , Thomas Lawrence , David Wilkie.

Benjamin West, comme Wilson, qui du moins était plus fort que lui, a passé et passe peut-être encore en Angleterre pour un grand peintre. Il a eu tous les honneurs et toutes les faveurs : il a été président de l'Académie royale et peintre royal ; il a joui de la plus haute estime dans l'aristocratie et d'une réputation en quelque sorte nationale; il a été gravé par des graveurs éminents; il a vendu ses tableaux des prix fous : le Christ guérissant les malades dans le temple ^ (aujourd'hui à la galerie Vernon) a été payé par la. British Institution, qui l'a offert à la National Gallery, 3000 guinées, près de 80 000 francs. '

Eh bien, ce président West, qui d'ailleurs donnait

1 . M. Viardot, dans ses Musées d'Angleterre, dit de Benjamin West : «c Sa réputation me semble tout à fait inexplicable ; c*est un héritier collatéral de Técole de David , à laquelle il se rattache seulement par de communs défauts. Son Gléombrote banni par Léonidas (Yernon Gallery) semble l'œuvre empesée de quelque rapin de 1810; et quant à son tableau du Christ guérissant les malades (c'est ce fameux tableau de 3000 guinées), j'afQrme sérieusement que nos jurys d'exposition l'excluraient , et en toute justice. »

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autour de lui les meilleurs conseils aux artistes» et qui aida Conslable à se produire, il faut le rayer de la liste des peintres anglais. Il n'existe pas dans l'école; il n'existe pas même comme peintre, à côté des plus mauvais barbouilleurs des écoles quelconques. Je ne crois pas qu'il y ait de lui le moindre fragment qui puisse s'appeler de la peinture.

Les six tabeaux de Benjamin West à Manchester, inqualifiables imageries, ressemblent aux toiles servant d'enseigne à la porte des baraques de foire. Ce sont pourtant ses tableaux les plus célèbres, avec le Christ de 3000 guinées ; il y a même son chef-éCœavre^ la Mort du général Wolfe, tableau universellement vulgarisé par la belle gravure de Woollett, et qui appartient à la reine. Le marquis de Westminster en possède une répétition.

A la reine appartient aussi le Départ de Régulus, triste imitation de la triste école de l'Empire ; —au marquis de Westminster , deux horribles batailles , dont l'une, la Bataille de la Hogue, eut encore l'avantage d'être gravée par Woollett ; — à l'Académie royale de Londres, le Christ bénissant les petits enfants ; — et à M. John Hick, Psyché et l'Amour.

Heureureusement vers la même époque l'Angleterre fut assez féconde en artistes. Wilkie et Lawrence ressuscitaient Hogarth et Reynolds; Constable allait continuer Gainsborough; ^Bonington, dans sa trop courte vie, allait créer de petites merveilles; Turner, dans sa longue vie, allait tenter tous les styles, encourager ses compatriotes à toutes les recherches et à ioûs les perfectionnements, et laisser lui-même une

immense série d'oeuvres, dans laquelle il y a des oeuvres de peintre et de poëte.

Sir Tiiomas Lawrence est un peu dans l'école anglaise ce qu'est son contemporain h baron Gérard dans l'école française , mais il est bien plus peintre que Oérard; cependant. Il y a des morceaux de Lavirrence, principalement des études de têtes de femmes, qui sont délicieux, bien plus frais et bien plus fins que les têtes de Greuze. Praticien très-inégal, comme la plupart des peintres anglais; ce qui tient, selon moi, à ce que le caractère anglais n'est pas foncièrement artiste : sauf Gainsborough et ConstaWe, le peintre anglais est toujours préoccupé de mille choses qui atténuent la spontanéité de son impression; les uns, comme Hogarth et Wilkie , songent à faire de l'esprit; les autres, comme Reynolds et surtout Lawrence, songent à un idéal aristocratique en rapport avec les mœurs de la nobility britannique ; d'autres, comme Turner, malgré son génie, connue aujourd'hui MM. Millais et Hunt, qui sont des hommes très-distingués, s'enfilent dans des systèmes baroques, sans issue et sans résultat* Ce n'est point là le naturel du véritable artiste qui obéit subitement à un sentiment intime et à une vue extérieure. L'esprit, la noblesse, l'originalité y sont, quand l'homme en a.

On compte à Manchester neuf tableaux de Lawrence, presque tous bons. Les meilleurs, à mon avis, ne sont pas ceux qu'on pense : par exemple, le portrait en pied de Kemble dans le rôle de Goriolan, grand tableau de 9 pieds de haut, au comte de Yarborough, est lourd, noir, et surtout faussement dramatique,

corame Tautrc Kemble en Hamlet, de la galerie Vernon (n* 142); par exemple, le très-honorable John WHson Croker est une peinture faible et yulgaire ; par exemple, le femeux Master Lambton, gravé par Samuel Cousins et apparteriant au comte de Durham, n'a pas toutes les qualités qu'on croyait y voir lorsqu'il eut tant de succès à Paris en 1824; sans doute il possède un certain charme qui vient du gentil modèle ; mais c'est une peinture ronde et molle, sans effet de lumière et sans caractère particulier. Quelle dislance de ce Boy rouge au Boy bleu deGainsborough!

Ce qu'il faut à Lawrence, ce sont les femmes. La comtesse de Wilton , lady Leicester, Miss Farren , Miss Groker, la jeune Bohémienne {Gipsy Girl), voilà de charmants tableaux et qui peuvent être mis à côté de ceux de Reynolds *.

La comtesse de Wilton, que M. Waagen préfère à tous les autres portraits de Lawrence, est vue jusqu'aux genoux, assise de face sur un fauteuil de velours vert. La robe est en velours violet. Singuher et difficile rapprochement de couleurs. En haut, deux bouts de draperie rouge. Pond de ciel. Appartenant au comte de Wilton.

Lady Leicester est représentée en Espérance {asHope), avec trois petits génies, voltigeant sur un fond vaporeux; elle a les épaules et les bras nus; une simple

1. M. Viardot a jugé trop lestement Lawrence, quand il dit : a Nous avons en France des peintres qu'on ne prend au sérieux que dans le monde des dames , qui égalent assurément Lawrence pour la correction , pour la sévérité et môme pour Teffet. » [Musiez d'Angleterre^ etc.) Oui, quand Lawrence est mauvais, il ressemble à M. Dubufe. Mais quand il est bon , il est excellent. j

robe jaune. Toile de 8 pieds de haut. Appartenant à lord de Tabley.

Miss Farren, comtesse dé Derby, est debout, de profil à droite, en robe blanche. Elle serre sur ses épaules une pelisse de satin blanc, et de sa main gauche gantée elle tient son manchon.

Miss Croker, maintenant lady Barrow, est à micorps, de face, en blanc, épaules nues ; sa main droite tient un lorgnon pendu à une chaîne d'or. Fond de ^ ciel.

Ces quatre portraits de femmes sont ravissants. Mais je préfère encore la Gipsy,^ la jeune Bohémienne serrant de ses deux mains contre sa gorge nue un coq blanc ; les yeux, la bouche, le ton flambant des joues sont tout imprégnés d'une volupté mystérieuse. La moitié de la tête est dans l'ombre sur un fond de paysage vague, mais très-vigoureux. Ce tableau poétique appartient à l'Académie royale.

Le neuvième Lawrence est un assez bon portrait de sir Sidney Smith, en buste, à M. John Anderson.

Wilkie a deux fois plus de tableaux que Lawrence à Manchester : dix-huit! parmi lesquels plusieurs trèscélèbres, le Golin-maiUard, le Jour du payement des loyers, la Lettre d'introduction, et, en fait de grands tableaux, Christophe Colomb au couvent de la Rabida, et Napoléon avec son ami le pape Pie VII. Ces œuvres, de genre et de dimension si différents, depuis de petites esquisses larges de quelques pouces jusqu'à des compositions d'apparat avec des figures de grandeur naturelle, permettent de juger très-bien, à l'Exhibition de Manchester, le talent de Wilkie, esprit ingénieux

et perspicace, mais moins original et moins hardi que Hogarth; en revanche, Wilkie est plus adroit, plus savant et plu$ fin, comme peintre. On s'aperçoit qu'il a beaucoup étudié les Hollandais^ Adriaan van Ostade particulièrement *; il leur a emprunté, dans ses fonds, ces frottis légers qui donnent au clair-obscur tant de transparence.

Le Colin-maillard d'abord {BlindmarCs Buff)y appartenant à la reine; il fut peint en 18] 3, sur la demande du prince régent, et pajé 600 guinées. Véritables qualités de peinture, et autant de grâce que d'esprit. La composition est très-^connue parla gravure. L'esquisse, qu'on voit aussi à Manchester et qui appartient aux demoiselles Bredell, est un petit bijou que les amateurs les plus difficiles accepteraient dans une collection de maîtres hollandais. Pour moi,i si j'avais à choisir dans tout l'œuvre de Wilkie, je 4)rendrais cette esquisse du Blindman's Buff,

Wilkie, quoiqu'il n'eût encore que vingt-huit ans lorsqu'il peignit le Colin-maillard, était déjà apprécié comme un artiste éminent, car il avait fait déjà plusieurs tableaux très-remarques : les Politiques de village, dès 1805; l'Aveugle joueur de violon, 4807, qui lui fut payé seulement 60 livres sterling par sir George Beaumont et qui est aujourd'hui à la collection nationale (Vernon Gallery); les Joueurs de cartes, en 1808; le Jour du payement des loyers, en 1809*;

1. a Wilkie est une sorte d' Ostade enluminé, » dit spirituellement M. Viardot , après avoir rappelé l'abus que Wilkie faisait souvent de tons trop rosés.

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