LIBRAIRIE V J. RENOUARD, 6, RUE DE TOURNON
nétrer à la cour de François !•» ; la vie de Titien ou celle d'Albert Durer, sans faire revivre les grandes figures de Luther et de Charles-Quint? Il y a un moment où l'histoire de Fart, soulevant des tapisseries auxquelles on n*a pas encore touché, nous introduit par une porte secrète auprès de la grande histoire, et nous y fait rencontrer Holbein entre Anne de Boulen et Henri VIII, Velazquez à côté de son ami Philippe IV , Rubans en compagnie de Marie de Mé<licis^ et Philippe de Champagne dans les appartements de Richelieu.
Les livres d*art ont été jusqu'à ce jour des livres sans aucun charme, et par conséquent sans aucun art. Ëcrits pour la plupart d'un style sec et décoloré,* ils ont résolu ce singulier problème de nous ennuyer en nous parlant de ce qui doit nous ravir, la beauté. Qu'est-ce donc que la peinture, si ce n'est le monde vu par son côté le plus charmant, par le côté qui intéresse l'esprit et plaît aux regards? Considérée d'ailleurs en elle-même, I'Histoire des Peintres, si on la suit pas à pas dans chacune des personnalités qui la composent, depuis la Renaissance jusqu'à Prud'hon ou Léopold Robert, jusqu'à Reynolds ou Goya, et, si l'on veut, jusqu'à M. Ingres ; cette histoire, disons-nous, a un attrait particulier, indépendant de l'affinité des tableaux avec les temps et les modèles, et cela parce que la plupart des peintres eurent une existence pleine d'intérêt, et furent, comme les héros de toute sorte de romans, tantôt gracieux, tantôt pathétiques et terribles. Qu'on prenne au hasard la vie de Ribera, celles de Rembrandt, de Watteau, de Berghem,onyverra, soit un drame domestique aussi émouvant que les Martyres du peintre espagnol, soit le développement d'un caractère fantasque, rêveur et personnel, soit les mobiles émotions d'un poète amoureux, soit un modèle de tranquille et riante philosophie. De sorte que, en dehors même de leurs sujets favoris, les peintres ont presque tous une vie intéressv^nte, colorée, pleine d'accidents comme cela doit natutellement arriver aux hommes faits pour sentir.
Écrire dins la langue française, la plus parlée aujourd'hui de toutes les langues de TEurope, l'Histoire des Sept grandes Écoles de peinture ; reunir ainsi en un livre d'un format élégant et facile tant de cfocuments ignorés, non traduits, épars dans les ouvrages hollandais, italiens, flamands, espagnols, anglais... n'est-ce pas rendre un service aux amateurs de tous les pays, saluer dans chaque nation ce qui l'honore, et faire admirer à chacune d'elles ce qui fait la gloire des autres?
Combien d'ouvrages, coûteux, incomplets, écrits d'un style bar-
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