Scène en avant d'une étable * : un enfant se sauve
1. 11 s'en faut de beaucoup que , dans ce travail d'abord publié en partie par un journal, le Siècle^ l'auteur ait utilisé toutes les notes qu'il a prises devant les tableaux à Manchester. Pour Paul Potter spécialement, dont il a étudié les œuvres conservées en Hollande dans les collections publiques et privées , il n'a pas manqué à écrire , comme souvenir, une description succincte de chaque tableau exposé à Manchester. Ces descriptions, pouvant avoir quelque intérêt pour les collectionneurs , nous les donnerons ici , en note aux principales peintures mentionnées par le texte. On pardonnera la forme brusque et trop elliptique de ces espèces de croquis griffonnés sous la première impression.
Le Paul Potter de Buckingham Palace : — A gauche . écurie couverte de chaume, dans laquelle un cheval pommelé et uu cheval rouge. La lice attrape aux mollets le hoy (en veste bleue) , qui se sauve et crie, effarouchant un coq qui s'envole devant lui. Au milieu, femme en caraco rouge, occupée à traire une vache jaune, vue de profil; vache bai, couchée; un mouton, un bélier. I/écurie est ombragée d'arbres. A droite, prés unis. Ces lointains sont excellents. Au second plan, une vache noire; puis, un gentil cavalier (un chefd'œuvre); puis, vaches et moutons microscopiques, à perte de vue.
poursuivi par une lice dont il emporte un petit. 2 pieds 6 pouces et demi de large sur 1 pied 9 pouces et demi. Noté par Descamps comme étant, en 1754, dans la collection Lormier, Vendu en 1771, vente Braamcamp, 4666 florins; en 1777, vente Randon de Boisset, 9300 francs; en 1800, vente Geldermeester, 10 450 florins. Exposé à la British Institution en 1815, 1826, 1827. Appartenant à la reine (Buckingham Palace).
Deux vaches et un taureau K Signé et daté 1647. 1 pied 6 pouces de haut sur 1 pied 3 pouces. Vigueur extraordinaire. Vente Braamcamp, 2070 florins; vente Smeth van Alpen, 3600 florins; vente Mme Hogguer, 7926 florins; vente G. W. Taylor, 1823, 1210 guinées; vente Nieuwenhuys, 1835, 1105 guinées. Appartenant à M. John Walter, du Times.
Un homme dans une grange ^, avec un cheval gris ; à la porte, une femme tenant son enfant à la mamelle et un homme qui aide un garçon à monter sur un cheval brun. Signé et daté 1647. Hauteur 1 pied
1. Une vaclie jaune et blanche, couchée de profil; à gauche, une vache noire, vue de croupe; le taureau apparaissant de face, audessus de la vache jaune. A gauche, un tronc d'arbre dépouillé et une barrière, sur laquelle la signature en toutes lettres et la date. C'est tout. Le ciel à gros nuages blancs. A gauche seulement, petite échappée de pâturages. De la plus vaillante exécution.
2. A droite, écurie à toit de chaume; un arbre clair. Porte ouverte à deux battants. Un cheval blanc grisâtre et un homme derrière le cheval sont frappés d'un coup de belle lumière. Un chien brun se gratte à la porte, et, en avant, trois poules et un coq. Une femme, tenant un hahy au sein, accotée près de la porte, parle à un homme qui hisse un hoy sur un cheval brun foncé. A gauche , petite barrière et petit arbre. Fond de pâturages avec de petites vaches extraordinaires. Premier ordre.
6 pouces, largeur 1 pied 3 pouces. Exposé à la British Institution en 1815. Appartenant à M. T. Hope.
Au même : Vaches, taureau, moutons*; ciel orageux. Hauteur 1 pied et demi sur 1 pied.
Un cheval gris et un cheval bai dans un pâturage ^ ; un paysan s'avance tout doucement pour prendre le cheval bai. Signé et daté 1653. Largeur 1 pied, hauteur 10 pouces. Provenant des collections Baring, Buchanan et Vernon. Appartenant à M. R. Sanderson.
Un âne et deux boucs. Signé P. P., et daté 1647. Hauteur 15 pouces sur 1 pied. Appartenant à M. R. S. Holford.
Tous ces Paul Potter sont excellents; celui de la reine et celui de M. Walter ne valent pas loin de 100 000 francs.
Jan Steen n'est pas si cher, quoiqu'il ait bien plus d*esprit que Paul Potter, L'Exhibition de Manchester a rassemblé onze Jan Steen.
L'École de village. 3 pieds 6 pouces de large sur 2 pieds 8 pouces. Collections Lormier, Braamcamp et marquis Camden. Appartenant au comte d'Ellesmere
1. Ce tableau, faussement numéroté dans le catalogue primitif, est le n° 1006 de la nouvelle édition : — Sur une petite éminence , vache noire, couchée de profil à droite. A gauche arrive de face le taureau. C'est un peu la contre-partie du tableau à M. Walter. Au second plan, à droite, deux moutons couchés, une vache jaune, qui paît entre deux saules fouettés par le vent. Ciel tout noir à Fhorizon, et, en haut, des nuages qui courent. Superbe.
2. Le cheval rouge au milieu ; le gris , un peu en arrière à gauche , vu de croupe, près d'un arbre. A droite, un homme qui, en avançant de la main gauche son chapeau, appelle le cheval gris, pendant que , de la main droite , il cache la bride derrière son dos. Un petit épagneul aboie derrière le cheval rouge.
(Bridgewater Gallery). Gravé par V. Green. Première qualité. Aussi beau de couleur et d'exécution que les plus beaux Adriaan van Ostade.
Autre École, où les boys font mille niches au maître endormi. 1 pied 3 pouces sur 1 pied 8 pouces. Daté 1672. Provenant de la collection Verstolk van Zoelen, de la Haye, et appartenant à M. Thomas Baring.
Une Compagnie joyeuse : on boit, on fume, on chante. A lord Overstone.
Une autre; signée et datée 1663; à M. Hope.
Une Bande d'artistes à un balcon. Appartenant à M. Edw^ard Loyd.
Les Effets de l'intempérance ; à M. A. J. Munro.
Une Place de village, avec beaucoup de petites figures, joueurs de boule, buveurs, cavaliers, etc. Très-rare dans l'œuvre du maître. Genre Teniers et Ostade. A M. Francis Edwards.
Maraudeurs attaquant et pillant des villageois; peint dans la manière libre et un peu trop abandonnée. A M. P. Norton.
Groupe de figures en plein air, entourant un musicien; au rév. T. Staniforth. Pour moi, c'est un tableau de l'école de Cuyp, plutôt que de Jan Steen.
Une Femme endormie; de grandeur naturelle, en buste. Très-belle exécution; à M. Abraham Darby.
Le onzième, non catalogué ^ représente les Noces de Gana, en petit. Tableau de la meilleure qualité. On sait que Jan Steen a fait différentes compositions de ce
1 . La nouvelle édition du catalogue indique que ce tableau appartient à M. John Walter (du Times) , qui possède tant d'autres chefsd'œuvre.
sujet, qui lui plaisait sans doute à cause du miracle, le changement de Teau en yin! Le grand et célèbre tableau de Fancienne collection de la duchesse de Berri est aujourd'hui dans la galerie du duc d'Arenberg, à Bruxelles.
Lequel prendre le premier, de Ruysdael ou d'Hobbema? L'un a une vingtaine de tableaux et l'autre huit ! Vingt Ruysdael, huit Hobbema ! tous d'importance, à peu près, et la plupart tenant la tête dans l'œuvre de ces deux grands maîtres.
Je commence par Hobbema, et je veux consigner ici du moins une description succincte de ses paysages aujourd'hui rassemblés à Manchester, et qui bientôt vont rentrer, chacun de son côté, à l'écart, dans des collections où il faudrait se donner bien de la peine pour les revoir, un à un.
Smith, il y a environ vingt ans, cataloguait cent vingt-sept Hobbema : c'est beaucoup, et je crois qu'encore aujourd'hui il serait difficile d'en trouver cent bien authentiques; il ne s'en est pourtant point perdu depuis Smith, et, au contraire, il s'en est retrouvé. Cent tableaux, à 40 ou 50 000 francs! prix moyen, — il y en a qui valent trois fois davantage, — cela ferait 4 à 5 milhons que cet artiste inconnu aurait produits dans sa vie ! et l'on ne sait pas même où il a vécu ! Quelle bizarrerie du destin !
M. Waagen, dans ses Kunstwerke in England^ ne mentionnait en tout que dix-sept Hobbema en Angleterre, dont quatre, et des plus beaux, chez Robert Peel seulement. Mais je crois bien que l'Angleterre, sur le nombre de ceux qu'on connaît, en a plus de la
moitié; car la Hollande n'en a guère conservé qu'une douzaine ; la Belgique n'en a peut-être pas trois ; un chez le roi Léopold, un chez le duc d'Arenberg. La France en a-t-elle six? En Allemagne, combien? la moitié des musées publics n'en ont point. En Russie, combien?
Sur les huit de Manchester, quatre ou cinq sont de premier ordre.
D'abord, le paysage à lord Hatherton , qui l'a payé 3000 liv. st., et qui en refuse 5000 livres, soit environ 130 000 francs; lord Hatherton a bien raison de ne pas le donner pour si peu. « Ce chef-d'œuvre {Meisterstûck\ dit M. Waagen, vaut à lui seul une galerie entière. y> Avec le Paysage de Rembrandt et l'Arc en ciel de Rubens, quelle admirable trinité ! Ce sont, en effet, comme paysages, les trois Meisterstûcks de l'Exhibition.
Le tableau de lord Hatherton (Smith, n° 1) est signé et daté de 1663; il a 4 pieds 2 pouces et demi de large et 3 pieds 4 pouces et demi de haut; sur toile.
A droite, au premier plan, grand chemin tournant sur la gauche, entre des arbres, et passant devant un cottage; sur le chemin, deux belles vaches , bai clair, longues d'au moins 3 pouces , et peintes par Adriaan van de Velde (suivant moi). Un peu en arrière deux paysans, debout, causant avec la bergère assise; près d'elle, son chien couché, et des moutons. Le milieu de la toile est occupé par un bouquet de grands arbres sur un petit tertre; au-dessous, dans la demi-teinte, un sentier sur lequel viennent un homme et une femme; en arrière, une chaumière grise.
A gauche, au premier plan, une mare où un homme pêche à l'autre hord; puis des saules, puis un lointain plat. On aperçoit à Thorizon sur le ciel une pointe de clocher et les ailes d'un moulin à vent.
A mon goût, un des deux Hohbema appartenant au marquis de Hertford est d'une qualité au moins égale à celui de lord Hatherton, quoiqu'il soit beaucoup moins important : c'est le Moulin à eau, acheté 27 000 florins à la vente du roi de Hollande. Il n'a que 3 pieds de large sur 2 pieds 3 pouces de haut. Mais quelle lumière partout , quelle profondeur de l'air , quelle gamme originale de couleur dans des tons olive, quelle légèreté de touche! L'exécution en est aussi vive et aussi spirituelle que chez Watteau ou Teniers. Sa clarté surtout est un grand mérite, car Hohbema, comme Ruysdael, est souvent un peu sombre, ce qui tient au caractère généralement mélancolique et un peu sauvage de la nature qu'ils affectionnent. Tous deux se plaisent dans les retraites où la civilisation ne vient point déranger de la rêverie.
Albert Cuyp aime les paysages où passent des routes fréquentées, avec des câvahers et leur suite ; les rives de fleuves le long desquelles circule une vie active. Claude imagine des contrées arcadiques, où se déroulent des guirlandes de nymphes dansant; des ports splendides, où des reines débarquent sur des dalles de marbre , au pied d'édifices à colonnes , magnifiquement décorés de sculptures. Salvator s^égare dans des ravins terribles, à peine sortis du chaos, où, derrière des roches aiguës, s'embusquent des aventuriers dont les yeux et les armes éîincellent dans Tombre. Mais
Hobbema aime le petit moulin isolé, ombragé par un bouquet d'arbres, le petit étang tranquille où un pêcbeur, assis sur Thcrbc, n'est distrait que par les canards qui nagent entre les joncs.
C'est celui-là qui adore la campagne pour ellemême et comme elle s'est faite, et qui n'a point l'idée d'abattre un chêne pour planter un tombeau grec! Dans les autres écoles, les paysagistes dissimulent la nature sous les accessoires hétéroclites qu'ils lui imposent. Avec Hobbema, on est au cœur môme de la nature. Il vous fait partager l'impression qu'il en éprouve. Et voilà pourquoi on aime ce peintre, quand on aime véritablement la nature.
Que nous sommes loin, grands dieux! de l'école latine, du paysage héroujue, du sublime paysage à la bolonaise, avec la Découvei le de la grossesse de Calisto (n° 149 du Louvre), ou avec Hercule tuant Cacus (n. 496) ! Mais que ces Hollandais sont donc naturalistes et immoraux! On n'a jamais pu leur faire comprendre qu'en paysage l'idéal et la vertu consistent à dresser sur une éminence un petit temple païen, à déshabiller, au premier plan, quelques noÈles personnages, ou à les draper à l'antique.
n n'y a que Rembrandt qui, une fois, sans doute pour se moquer des mythologiades, a mis dans un paysage on ne peut plus fantasque (National Gallery, n. 72) un petit bonhomme avec des ailes, censé l'ange qui emmène le jeune Tobie à la pèche du miractdeux poisson. Encore, du moins, s'agit-il ici d'aller pécher.
Dieu merci, le moindre moulin en bois vaut plus aujourd'hui que de magnifiques temples à fronton. Le
moindre fagoteux qui revient à sa chaumière vaut un Apollon qui remonte à l'Olympe. Les héros ne se payent pas si cher que les magots. Cela console un peu de certaines autres tendances des mœurs du temps.
L'Hobhema provenant de la galerie du roi de Hollande n'est pas très-riche de composition. Le mouhn^ en planches grises, avec ses troncs d'arbres creusés en rigoles d'où Feau tombe, s'étale au milieu. A droite est la maison couverte en tuiles rouges; sur la porte, une femme, et dans un sentier un homme qui vient. L'eau occupe tout le premier plan, continue jusqu'à la gauche du cadre, et est coupée par un pont de planches grises, sur lequel sont deux hommes, l'un en veste rouge. Au delà, sur le chemin ombré par un groupe \ d'arbres, un homme et une femme debout, causant avec un homme assis. Au bout du chemin, la lumière et des lointains finement dégradés; on y découvre une petite figure d'homme. Tous ces personnages sont, je crois, de Lingelbach.
A droite en bas, belle signature (sans date) en pleine pâte, d'un ton d'aigue-marine, qui s'harmonise bien avec le ton verdâtre des terrains ^
L'autre Hobbema au marquis de Hertford vient de la galerie du cardinal Fesch, où il a été payé 8000 écus romains (44 000 fr.), et où il était intitulé : Vue de Hollande à l'entrée d'un bois. Ce n'est pas une vue d'Italie assurément. H a environ 5 pieds de large sur 3
1. Hobbema a peint plusieurs fois ce même moulin, qu'on retrouve notamment dans un bon tableau du musée \an der Hoop, à Amsterdam.