‹ Trésors da̕rt en AngleterreChapitre 20 sur 32 · Ce tableau est peint sur panneau · texte numérisé non relu

Ce tableau est peint sur panneau

pieds de haut. Il est signé aussi, vers la droite du bas : M. Hobbema f,, et daté 1665.

Toute la gauche est en lumière, toute la droite dans l'ombre. Ici, un grand bouquet d'arbres, une maisonnette, un homme, une femme, un petit garçon debout sur un chemin. Là, de l'eau avec un pécheur en rouge, au premier plan. De l'autre coté de l'eau, une route au bord de laquelle sont quelques maisons échelonnées à distance. Cinq ligures : une qui s'en va, à gauche, le longduchemin,unhomme et unefemme devant la première maison, et, plus loin, deux figurines. Toute cette partie-là est du Ion émeraude tendre, un peu bleuté, qu'on trouve dans plusieurs tableaux du maître. Les personnages paraissent encore être de Lingclbach, - ou de Stork?

Quatrième Hobbema (Smith, n. 18); à M. R. S. Hol- Ibrd. Un bois avec une route qui le traverse. Largeur 4 pieds 2 pouces, hauteur 3 pieds. Sur toile. Signé et daté 1663. Exposé à la British Institution en 1840. On dit qu'il a coûté à M. Holford 3000 livres sterling. Il est certainement plus capital que celui de la vente Patureau.

Il représente à peu près le même site qu'un excellent Hobbema de la galerie du baron van Brienen à Amsterdam : à droite, sur une éminence, ime route avec un homme qui vient; au milieu, en avant, trois figures debout, qui causent; puis une mare, avec un pécheur; puis, sur le chemin qui tourne à gaache et entre dans la forêt, un homme et une femme venant. A gauche encore, au premier plan, de l'eau. Extrêmement vigoureux de couleur.

Cinquième Hobbema, toujours très-important; au comte de Burlington. Signé, mais sans date. Environ 4 pieds et demi de large sur 3 pieds de haut. Au milieu , second plan , un cottage en pleine lumière ; une femme à la porte, et un homme qui lui parle. A gauche, de grands arbres ; puis un moulin dont on voit la chute d'eau, et, tout à fait en avant, un homme en veste rouge. Sur la droite, un chemin qui s'enfonce jusqu'aux derniers plans ; trois petites figures, dont un homme assis au bord du chemin. Plus à droite encore, une chaumière entre de petits arbres très-fermement dessinés. Tableau un peu foncé de couleur. Les trois autres n'ont plus le même intérêt. Celui du comte Howe : de Feau avec des arbres, a été accroché tout en haut, quoiqu'il soit assez petit : 2 pieds de large sur 1 pied et demi. Grands arbres à droite d'une rivière qui vient de face; et à gauche, au bord de l'eau, une tour carrée.

Celui à M. Edward Loyd a une fausse et lourde signature , mais il est vrai. Une rivière , sur laquelle un bateau. A gauche, des arbres touffus; à droite, des percées sur des haies et des pâturages, de ce vert clair, particulier à Hobbema.

Celui à M. G. Pield est deRuysdael, à ce que je crois. Il en porte même, à droite, le monogramme, qui paraît bon, l'R dont le premier jambage forme le J de Jacob. On y voit, à gauche, une grande chaumière, avec une femme à la porte; un groupe d'arbres derrière, un champ de blé devant. Des haies, des broussailles, au premier plan dans toute la largeur* A droite, au loin, une masure.

Mais peut-être y a-t-il ici une erreur de numérotage, et ce Ruysdael porte sans doute à tort un numéro qui le réfère à l'Hobbema de M. Field; car j'ai trouvé dans la Clock Gallery * un autre petit Hobbema, avec la date de 1667, et un numéro impossible. Serait-ce l'Hobbema de M. Field? En tout cas, notre compte y est : huit Hobbema. Passons donc à Ruysdael.

1 . Je vois , par le second tirage du catalogue , que la Clock Gallery , où d'abord étaient entassés des tableaux retournés contre les murs, où des cadres de dessins étaient empilés , où la plupart des numéros étaient trompeurs sur les quelques tableaux accrochés aux lambris , a été mise en ordre. On lui a même consacré une division spéciale. Il y a là sans doute quelques œuvres de mérite que je n'ai pas vues ; bien peu cependant, car je puis avouer maintenant aux policemen de TExhibition , que j'ai fouillé dans tout le fouillis de la Clock Gallery, lorsqu'ils avaient le dos tourné.

Ruysdael , Philips Wouwerman , Jaii Wyck , Berchera , * Karel du Jardin , etc.

Les vingt Ruysdael sont non-seulement tous authentiques, mais tous intéressants. Quatre ou cinq sortent hors ligne de la série, et nulle part ailleurs au monde il n'y en a de plus beaux.

Tel est d'abord le paysage, large de 6 pieds sur 4 pieds de hauteur, appartenant au Worcester Collège, d'Oxford. C'est de la grande et large peinture, qui frappe par l'unité de l'effet et la simplicité apparente de la couleur. Au premier coup d'œil on ne voit que l'ensemble, tous les détails, qui sont pourtant rendus à la perfection, se trouvant enveloppés dans une harmonie impérative. Mais , quand on a 'reçu cette impression d'une nature sévère et profondément caractérisée quoique naïvement rustique, on se met à regarder ce qu'il y a dans ce morceau de pays tout d'un bloc.

Une mare, avec des herbes aquatiques et des nénuphars qui s'épanouissent à la surface, sous l'ombre de grands arbres, parmi lesquels un magnifique chêne

dont le tronc est large de 2 à 3 pouces : c'est un des des plus grands arbres que Ruysdael ait faits. ' Cette futaie s'étend sur la gauche, et beaucoup d'arbres abattus gisent au bord de l'eau. Un chemin qui, vers vers le milieu du paysage, vient aboutir à la mare, se détourne sur la droite, où sont de petits moutons et un pâtre. Tout à fait à droite, percée de ciel et lointains.

A côté de cette Entrée de forêt est un Ruysdael d'un caractère tout autre : la Vue du château de Bentheim, sur le Rhin. Signé et daté 1653. 5 pieds de large sur 4 de haut. Appartenant à M. John Walter. Le temps est gris; il y a peu de lumière sur la campagne. Le mamelon sur lequel se dresse le château ne reçoit point de soleil, et tous les bas du terrain en avant, avec des murs en espalier, des haies, de petits pâturages entourés d'arbres , sont dans l'ombre. Peinture très-étudiée dans toutes ses parties, très-terminée, très-savante, mais moins poétique que le paysage précédent.

Ces deux tableaux sont sur la même rangée que l'Hobbema de lord Hatherton , le grand Cuyp de Buckingham Palace, et un grand Both, plein de soleil.

Dans le même sentiment que le premier Ruysdael est un paysage (Smith, n" 313) appartenant à M. W. Wells; 4 pieds 8 pouces sur 3 pieds 9 pouces. Un tronc d'arbre dépouillé dessine sa charpente séculaire sur d'autres arbres. C*est très-mélancolique et d'un ton superbe.

Toujours de premier ordre : un paysage , intitulé SoUtude, au révérend P. Leicester : un étang sombre;

puis de grands arbres, entre lesquels on aperçoit des ruines en pleine lumière; derrière les ruines, un fond de forêt. A droite, un chemin, des troncs d'arbres abattus et un pays sans accidents de terrain. Vigueur extraordinaire. Signé.

Au marquis de Hertford, une Cascade (Smith, n^ 216), provenant de la collection du baron Denon. Largeur 4 pieds 4 pouces sur 2 pieds 9 pouces.

Autre Cascade, à lord Overslone.

Une très-belle marine, d'un ton gros bleu, Vue de TY, près d'Amsterdam, par un temps d'orage; l'eau s'agite sous la pression de gros nuages qui couvrent le ciel. Appartenant à M. Edmund Forster.

Une autre marine, Effet d'orage; à lord Hatherton ; — un troisième Orage, au duc de Newcastle ; — un très-beau Moulin à eau, à M. G. Field; — un petit paysage avec troupeaux (Smith, n^ 163), provenant de la collection de sir Charles Bagot ; à lordEUesmere (Bridgewater Gallery) ; — une petite Cascade (Smith, n° 7), de la collection de lady Stuart; au rév. Leicester; — un paysage avec un canal, et à gauche des ruines; au comte de Wemyss et March ; — une Scène d'hiver, au même; — Groupe d'arbres, avec un coup de soleil; à M. Edward Loyd ; — un petit paysage (Smith, n^44) avec des ruines, d'un ton très-original ; à miss Bredel ; — Château, moulin et village ; à M. R. S. Holford ; — deux beaux paysages, avec des figures d'Adriaan van de Velde; à M. Pv. Sanderson; l'un est si haut placé qu'on ne le voit pas ; — un paysage, à M. T. Townend; — et enfin, dans le style de Phihps Koninck et de Rembrandt, un petit chef-d'œuvre, non catalogué, et qui

doit s'intituler la Moisson : des -champs, avec des gerbes qu'on vient de couper.

Jacob Ruysdael a fait aussi , en collaboration de Philips Wouwerman, un petit bijou qui n'a pas plus de 1 pied de haut sur 1 pied et demi de large. Appartenant au docteur Barton. Au miheu, une chaumière délabrée ; sur le chemin, devant la maison, un cheval blanc, à selle rouge, vu de croupe, et tenu par un gamin en bleu ; le cavaher, en beau chapeau à plumes et manteau gris, est retourné contre le mur de la masure, à la façon des bonshommes de Teniers dans les kermesses où Ton a bu beaucoup de bière. En avant est assis un homme qui caresse un chien. A droite, deux autres chaumières ; à gauche, paysage vert. C'est de la plus fine et de la plus charmante exécution des deux maîtres.

De Salomon Ruysdael, frère aîné de Jacob, il y a un beau paysage avec animaux, appartenant à M. Howard Galton.

Les onze Wouwerman sont, comme les Ruysdael, tous tableaux de choix, et quatre ou cinq au premier rang dans son œuvre :

V Le Coup de pistolet, à la reine (Buckingham Palace). Tableau bien connu par la gravure de Yisscher, et surtout par celle de Le Bas, dans la Galerie Lebrun. Groupe de cavaliers, en avant d'un camp avec des tentes; un de profil, sonne de la trompette; un autre, vu de dos, agace une fille montée en croupe derrière lui; un troisième, de face sur un cheval blanc, élève en l'air un verre : c'est la figure la plus délicieuse de toutes ; un quatrième tire un coup de pistolet, — d'où

vient le nom du tableau. Sur bois. 1 pied 4 pouces de haut et 1 pied 6 pouces de large. Exposé à la British Institution en 1826 et 1827. Décrit dans Jameson, Waagen, etc. Provenant des collections Nogaret, Tolozan, J. Humble, etc.

2° La Course au hareng. Première quaUté. Sur une place de village, en avant d'une auberge, foule de paysans qui tirent au hareng. C'est un amusement où il s'agit d'attraper un hareng pendu à une corde. Je crois qu'il y a en France un jeu analogue, mais où le hareng hollandais est remplacé par une oie. Des paysans à cheval ont des femmes en croupe et vont tenter le sort ; il y en a un, avec une femme à jupon rouge , sur un cheval blanc , de profil , près d'un grand arbre , — groupe équestre , d'une finesse incomparable.

Ce tableau, d'environ 2 pieds de haut sur 2 et demi de large, appartient à M. Ilolford. « Peinture capitale, dit Smith, du commencement de la troisième tnanière, et de la qualité la plus recherchée. » Vendu en 1777, dans la collection Randon de Boissel:, 11 999 francs. Il a passé ensuite dans la collection Tolozan et dans celle de la duchesse de Berri. Je n'ai pas sous la main les chiffres de cette dernière vente, depuis laquelle, d'ailleurs, les tableaux précieux ont doublé ou triplé, et ceux de certains maîtres, décuplé.

Croyez, s'il vous plaît, que ces Wouwerman-là sont d'une autre espèce que ceux de la vente Patureau , qui, suivant le rapport des Journaux, ont pourtant été achetés assez cher ; mais il faut que ce soit par des amateurs peu éclairés. Dans la proportion des prix de

la vente Patureau, chacun de ces Womverman vaudrait au moins 5000 à 6000 livres sterling. C'est insensé.

M. Holford a envoyé encore un petit Wouwerman exquis, qui n'a que 8 pouces de large sur 1 pied de haut : une Charrette avec un cheval gris ; en avant, une femme avec son haby au sein. Signé.

A miss Bredel appartient un Départ pour la chasse, provenant de la galerie d'Orléans, où il fut payé par M. John Davenport 200 guinées. Nous avons déjà dit que les prix de cette vente d'Orléans, en 1798, ne signifiaient rien pour les prix d'aujourd'hui. Gravé dans la Galerie du Palais-Royal^ et par Moyreau. 1 pied 6 pouces de haut sur 2 pieds de large. Miss Bredel a fourni, de plus, une Scène d'hiver, trés-dislinguée.

Le grand Combat de cavalerie, de la galerie Fesch, 5 pieds de large sur 3 pieds et demi, est aussi à Manchester. Il appartient au comte d'KIlesmere. Mais, à mon avis, AVouwerman est meilleur dans ses petits tableaux que dans les grands. Celui-ci est un peu vide. Aussi n'a-t-il coûté, à la vente du cardinal Fesch, que 4500 écus romains , soit environ 25000 francs ; tandis qu'un autre ^youwerman, la Halte au retour de la chasse, fut payé, à la même vente, 12 350 écus romains. La Bataille exposée à Manchester est signée du W, et, pour le nom de baptême, du monogramme composé de l'H, dont le premier jambage forme un P, dont le second porte un S entortillé, comme dernière lettre du nom, qui s'écrivait Philips, plus un point pour faire l'I, et un prolongement à la base pour Taire l'L : en toiitPllILS.

On voit encore à l'Exhibition deux autres Charges

de cavalerie, mais en petit; Fune, très -fine, à M. J. W. Brett ; l'autre, excellente, à M. G. Field, qai possède aussi un paysage avec un bateau contenant de petites figures.

Enfin, à M. Walter, du Times, appartient une Scène' de côte, et à M. Edward Loyd, un Marché aux chevaux.

Rien de Pierre, ni de Jean Wouwerman. Phihps, avec ses onze tableaux, peut d'ailleurs représenter toute sa famille.

Mais il y a de Jan Wyck, sectateur de Philips Wouwerman et maître de van Hugtenburgh, un très-curieux et très-bon tableau, la Levée du siège de Vienne par Jean Sobieski ; appartenant à M. Warren Vernon. Ce tableau est signé en magnifiques lettres, calligraphiées avec fioritures, comme se plaisait à en faire Bakhuysen : J, Wtjck, A"" 1697. Je signale cette signature et cette date, parce que le catalogue attribue le tableau à Thomas Wyck, mort en 1686. Jan, fils de Thomas, ne mourut qu'en 1702. Le catalogue du Louvre, qui cite une seule fois Jan Wyck, à l'article Hugtenburgh, écrit à tort Wyk. Thomas, dont j'ai vu beaucoup de signatures, a toujours signé aussi : Wyck.

De Berchem, compatriote et comtemporain de Wouwerman , nous avons à Manchester six tableaux : deux petits pendants , assez fins , les Preneurs d'oiseaux et un paysage ; à M. Edmund Forster ; — une Tête de vache, de grandeur naturelle, triste et faible peinture; au comte de Warwick ; — une Scène d'hiver , effet de neige; daté 1652 ; à M= Walter; — et deux petits chefs-

ÉCOLES DU INORD. 301

d'œuvre, l'imdela galerie de Buckingham Palace, l'autre de la collection Holford.

Celui-ci n'a guère que 7 pouces de haut sur 8 de large environ ; ce qui ne Fempêche pas de contenir un nombreux troupeau : petites vaches, grises, blanches, blondes, d'un ton exquis; des chèvres, des moutons; et, à gauche, une petite bergère et un petit berger. C'est une miniature déhcieuse. Signé, sans date : Berchem.

Le tableau de la reine aussi est tout petit : 1 pied 4 pouces de large sur 1 pied 1 pouce de haut. Daté 1655. Exposé à la British Institution en 1826 et 1827. Effet de soir. Campagne découverte, traversée par un ruisseau; point d'arbres, mais, au bord de l'eau, quelques édifices. Tout est éclairé d'une douce lumière. Des bergers s'en vont avec leurs vaches et leurs moutons pour traverser le ruisseau ; un des pâtres est monté sur un âne; un autre, en veste jaune, à pied, accompagne une femme en corsage rose et jupon bleu, montée sur un cheval gris d'argent.

Berchem, qui a bâclé tant de tableaux de pacotille, n'a guère fait, d'œuvres plus déhcates que celle-ci et que celle appartenant à M. Holford.

Quatre tableaux de Karel du Jardin, élève de Berchem.

Trois sont de la plus belle quahté du maître ; aussi viennent-ils de chez M. Thomas Baring, de chez M. Holford et de Buckingham Palace.

Le quatrième n'est pas le moins beau ; mais il est très-singuher pour une œuvre de Karel , et malheureusement il est trop haut placé pour qu'on puisse ju-

ger de son authenticité. Il représente, dit le catalogue, Guillaume le Taciturne et l'artiste lui-même ! Nouvelle singularité, outre le caractère de la peinture : comment Karel, qui est né vers 1635, aurait-il pu rencontrer sur un grand chemin Guillaume le Taciturne, mort assassiné en 1584!

L'homme qui est censé le portrait du Taciturne est debout à gauche, presque de face, un bâton à la main ; il a de longs cheveux, une toque brune, une tunique noire, un manteau brun, des bottes à chaudron, Karel, si c'est lui, monté sur un gros cheval rouge, tient son chapeau dans la main droite étendue, sans doute pour saluer le personnage aux longs cheveux ; il est vêtu de gris et vu de dos. Beau paysage, très-simple. Le tableau a 2 pieds carrés environ. Il appartient à M. G. Cornvvall Legh. Si cette peinture était à portée du regard, il serait facile de décider pour ou contre le Taciturne, dont la tête est bien connue \ de même que celle de Karel.

Le Manège (le catalogue écrit le Ménage) ^ tableau très-célèbre, qui a passé dans les ventes Montaleau, 1802, 7020 francs; Emler, 1809, 10 001 francs ; Alexis de la Hante, 1821, 421 guinées ; dans la collection de l'abbaye de Fonthill, et, aussi , je crois, dans la collection de M. de Morny. Il appartient aujourd'hui à M. Thomas Baring. Il est daté 1654. Hauteur 3 pieds

1. Il y a portraits peints, bustes et médailles, du Taciturne, en Hollande, notamment à La Haye et à Ams^terdam. Il y a aussi un portrait de Karel du Jardin par lui-même , au musée d'Amsterdam.

2. La seconde édition du catalogue a reproduit ce hlunder ^ comme disent les typographes anglais.

7 pouces, largeur 1 pied 1 pouce. A hïgly fmished picture, dit Smith.

Halte de deux cavaliers ; l'un, en manteau rouge, est descendu de son cheval blanc et cause avec une femme à une fenêtre sur la droite ; l'autre, sur un cheval noir, prend un verre que lui donne un garçon. Derrière le cheval blanc, un lévrier. A gauche, fond de paysage. Très-belle couleur. Signé Dvjardin, 1655. 15 pouces de haut environ sur 10 de large. A M. Holford.

Celui de la reine a 1 pied 2 pouces de large et 11 pouces de haut. Exposé à la British Institution en 1826 et 1827. Dans un pré, une vache rouge, à tète blanche, est couchée de profil à gauche ; un peu plus loin, un veau blanc. A gauche, le pâtre couché. Ciel sombre et orageux. C'est simplement et magistralement peint.

Ce Karel est un maître bien mêlé : détestable quelquefois dans les sujets religieux ou historiques, de sa manière italienne ; bien faible et bien ridicule, malgré sa science, quand il s'est ingéré de peindre des figures de grandeur naturelle : ses Régents de la Maison de correction font un drôle d'effet en face des Syndics de Rembrandt, dans une des salles du musée d'Amsterdam ! excellent dans sa manière hollandaise, ferme, précis, sohde, dessinateur irréprochable ; un peu sec parfois, mais parfois, comme dans les trois tableaux de Manchester, très-fin et très-harmonieux. Quand il est de cette quahté-là, il mérite la place qu'on lui donne généralement à côté des premiers maîtres hollandais.

C'est l'Italie qui a perverti plusieurs de ces peintres du xvii^ siècle. Tous ceux qui se sont associés a la fameuse Bande académique de Rome y ont perdu l'ori-

304 LES MAÎiaES ANCIENS.

ginalilé et la naïveté. Manchester offre quantité de peintures de ces artistes italianisés :

Quatre Poelenburg ; un, au comte Spencer; un, au duc de Newcastle; deux , à M. G. V. Smith: le portrait de Poelenburg lui-même et le portrait de sa femme.

Deux beaux Pynacker, qui a pourtant toujours le défaut de faire les arbres et les plantes en tôle ou en fer-blanc; l'un^ très-clair, Vue du Tibre, à lord Overstone ; l'autre, un peu sombre, le Taureau obstiné, à M. Anderson.

Deux Lingelbach, qui a souvent du bon, quand il n'est ni Itahen ni Allemand : un Port de mer d'Italie, au comte de Derby, et le Débarquement de Charles II, à sir P. M. G. Egerton; une Scène d'hiver, de son élève, W. Schellincks, etc.

Lingelbach a fait aussi les figures dans plusieurs paysages exposés à Manchester : dans un paysage de Moucheron, de la collection Pouhn; dans un paysage de Waterloo , dont les tableaux sont assez rares ; ces deux ouvrages appartiennent à M. Howard Galton ; dans un paysage de Wynants, appartenant à M= G. Pield. Il y a, de Wynants, un autre petit paysage, appartenant à lord Overstone.

Les paysagistes qui, en Italie , se mirent à la suite de Claude le Lorrain, sont également assez nombreux à Manchester. J'ai déjà cité Jean Both, dont nous avons cinq belles peintures : le Muletier, à M. J. Walter ;~un Effet de soir en Italie, à M. Edmund Porster; — autre Effet de soir, à M. M. Anderson; — un paysage quelconque , à sir John Nelthorpe ; — et une Vue de Subiaco, près Rome , à M. F. Perkins.

De Willem de Heusch, élève de Both, un petit paysage, à M. Richard Baxter; — de Herman van Swanevelt, autre imitateur de Claude , deux paysages.

Nous n'avons rien de J. B. Weenix , qui fît partie de la Bande académique, mais nous avons de son fils Jan deux superbes tableaux, l'un à sir CuUing Eardley , l'autre au marquis de Hertford : dans ce Weenix de lord Hertford on voit deux lièvres et diverses pièces de gibier mort, un grand chien qui les garde, etc. 7 pieds de large sur 5 de haut.

Les autres peintres de nature morte , de fruits et de fleurs , abondent à l'Exhibition :

Trois Jan David de Hcem : un, à M. M. Andersen;

— deux pendants , datés 1641 , à M. Howard Galton. Six Jan van Huysum, dont un Yase de fleurs et des

Fruits et des fleurs, pendants, de la collection de Mfle Hoffman; à M. R. S. Ilolford; — les autres au comte de Derby, à M. Abraham Darby , à M. Robert Napier.

Un Adriaan van Utrecht, un Gornehs SachUeven, etc. ;

— et de Melchior Hondekoeter, trois belles peintures , avec des oiseaux très-vivants , au comte de Derby, au comte Spencer et à M. H. Labôuchere.

Pardonnez-moi d'escamoter si brusquement tant de belles choses dont les moindres seraient remarquées dans n'importe quelle collection pubUque ou particulière. J'indiquerai encore ici cependant, par de simples notes, une foule de maîtres hollandais et même flamands, qui ont échappé à mes classifications :

Deux Roelant Savery, fins comme des Breughel de

Velours : le Paradis et le Matin après le déluge, au comte de Porlsmouth.

Deux Aldert van Everdingen, élève de Savery, et peut-être maître de Ruysdael : un paysage de Norvège, signé, au comte de Listowel; et une Cascade, à M. J. Sanders.

Trois marines de Ludolpli Bakhuysen , élève de van Everdingen ; l'une, de grande dimension, 5 pieds et demi de large sur 3 pieds 10 pouces, appartient à M. H. T. Hope.

Plusieurs autres marines: un Orage, de Bonaventure Peters, et un Calme, de Jan van de Kapelle, élève de Willem van de Velde ; au comte Spencer ; — une Vue d'Amsterdam, par Abraham Stork, à M. G. Wilbraham.

Un paysage, de Simon van Vlieger, maître de Willem van de Velde ; au comte de Listowel.

Un Molenaer, qui imita les van Ostade ; deux Simon van der Does , qui imita Adriaan van de Velde ; deux excellents paysages de Jan Hackaert , dont les œuvres sont si fines et si rares, et qui eut l'honneur d'être souvent étoffé par Adriaan van de Velde.

Un paysage de Jan van Hagen , à lord Harry Vane.

Un petit Ary de Voys, à M. Mathew Andersen. Un prétendu Jan Leduc, daté 1642. Le peintre avait six ans.

Et parmi les Flamands omis : Phihppe de Champaigne, une grande Adoration des bergers , au marquis de Hertford ; — Paul Bril, une très-belle Vue italienne, prise de Tivoli , au comte de Carhsle ; — van Artois ,

un grand et beau paysage, à sir Humphrey de Trafford ; — van Tilburg , un de ses tableaux importants , large de 6 pieds, et avec d'innombrables figures; au comte de Listowel ; — van der Meulen , trois Batailles , au comte de Newcastle, etc.

A présent, nous n'avons plus que les deux van Ostade , les deux van de Velde et Pieter de Hooch , qui termineront Técole néerlandaise.

Adriaan et Willem van de Velde , Adriaan et Isack Ostade , Pieter de Hooch , etc.

L'œuvre principale d'iVdriaan van de Velde, la plus importante et la plus belle à la fois, son chef-d'œuvre^^ dans le vrai sens du mot, et sans comparaison possible, est le grand paysage de 1667, avec son portrait et ceux de sa femme et de ses enfants, au musée van der Hoop (n° 126), à Amsterdam. Mais, après cette merveille, deux de ses tableaux les plus notables, sinon les plus charmants , sont à Manchester ; Fun appartenant au marquis de Hertford, Fautre à M. P. Perkins.

Celui de lord Hertford vient de la collection du cardinal Pesch , où il a été payé 9000 écus romains ,

1. « C'est incontestablement, dit Smith (n« 100), la production la plus capitale qu'on connaisse du maître.... On peut supposer qu'il a eu l'intention d'en faire son chef-d'œuvre.... Indépendamment de son mérite comme œuvre d'art , ce tableau aura toujours un immense intérêt, à cause des agréables souvenirs qu'il donne d'un peintre si éminent. » La toiie a 4 pieds 8 pouces et demi dehaut, sur 5 pieds 7 pouces. Payé 10 068 florins et 5 pour cent, par M. Nieuwenhuys, à la vente van der Pals, à Rotterdam, en 1824. Vendu 1310 guinées , à la vente Nieuwenhuys, en 1833.

environ 50 000 francs. Il a 5 pieds 7 pouces de large sur 4 pieds 3 pouces de haut. Signé et daté 1663. Il représente , au milieu d'un grand paysage biblique , l''Émigration de Jacob {the Migration of Jacob) ^ avec sa famille, ses serviteurs et ses troupeaux. Jacob, en turban bleu, est à cheval ; près de lui, une femme sur un cheval gris, allaite un enfant ; en arrière, des hommes et des femmes sur des chameaux; en avant, des troupeaux, vaches, chèvres, moutons ; tout cela vient vers le spectateur. Au fond , à droite, de hautes collines. Beau ciel fin et lumineux. Composition très-riche et adroitement agencée.

Mais cependant Adriaan est un peu dépaysé dans cette contrée orientale , avec ce patriarche d'il y a trois mille ans, et ces chameaux, et ces costumes juifs. Les pâturages du Nord et les bergères hollandaises vont encore mieux à son talent si ingénieusement préoccupé de la nature.

Le tableau appartenant à M. Perkins est aussi un égarement du peintre hors de ses sujets habituels. On y voit la Sainte Famille passant dans un bac un espèce de canal. Il est vrai que cette femme avec son enfant peut tout de même être une paysanne quelconque, et que le caractère du pays n'est point égyptien, quoiqu'il s'agisse de la Fuite en Egypte. Mettons donc que c'est un passage d'eau quelque part aux environs de Haarlem.

Il y a dix figures d'une proportion tout à fait inusitée dans les tableaux du maître : 8 pouces de haut! trois femmes, dont la Vierge qui tient son enfant monté sur un âne, et sept hommes, dont saint Joseph debout près

de la mère, et un personnage drapé de rouge, assis, un pied traînant dans le canal, sur le bord du bac. Il y a aussi dans le bac une grande et belle vache rousse, qui penche sa tête pour boire au fil de Teau.

La toile a 4 pieds de haut sur près de 6 pieds de large. Tout le monde n'y reconnaîtrait pas Adriaan au premier coup d'œil. C'est d'un ton extrêmement vigoureux et presque vénitien; un peu sombre même. Adriaan avait le malheur de peindre sur des préparations foncées et de se servir de couleurs minérales, qui ont changé, particulièrement les jaunes, et poussé au noir, ou d'autres fois au bleu. Tableau magnifique, malgré tout, et qui, suivant Smith (n° 128), était, en 1834, dans la collection du duc de Mecklenburg, à Ludwigslust.

Peut-être presque tous les amateurs préféreraient-ils à ces deux grandes machines le petit tableau prêté par la reine (Buckingham Palace), et provenant des collections Geldermeester et Baring. Il n'a que 1 pied 6 pouces de large sur 1 pied 8 pouces. Daté de 1659. Exposé à la British Institution en 1826 et 1827. Décrit par Jameson , Waagen et Smith (n** 49} , qui l'appelle ce an exquisite production. »

Au premier plan, couvert d'ombre, coule un ruisseau dans lequel une bergère en bleu vient de puiser de l'eau avec une cruche qu^elle tient à la main ; elle cause avec un homme monté sur un cheval gris pommelé. Deux vaches et une chèvre traversent le ruisseau. Plus loin, des moutons et quelques figurines. Le pays est très -accidenté et offre des collines, des arbres, et niême les ruines d'un château.

Cette fine peinture n'est pas si ciière cependant que celles de lord Hertford et de M. Perkins.

Les autres Adrîaan vande Velde sont un petit paysage, daté 1668, à M. Nicliols ; — des Animaux, à M. G. Field ; — un paysage avec animaux, à M. J. Sanders; — et une Vue des bords de la mer, au comte Howe.

Adriaan, de plus, a fait les figures dans deux petits bijoux de van der Heyden : Tun, Vue d'Utrecht, à M. G. Faulkener ; l'autre , une Habitation hollandaise, à la reine (Buckingliam Palace) ; ce dernier tableau , d'une délicatesse très - précieuse , est une sorte de paysage , ce qui est rare dans l'œuvre de van der Heyden, dont le talent s'est consacré presque exclusivement à reproduire des intérieurs de ville, des places, des rues, des canaux bordés de maisons.

M. de Hertford a aussi envoyé une des plus grandes marines que Willem van de Velde ait peintes : 8 pieds de large sur 6 pieds de haut! La célèbre Vue de la ville d'Amsterdam, prise de l'Y (n^ 299 du musée d'Amsterdam) , n'a que 5 pieds 4 pouces de hauteur, mais elle est large de 10 pieds. Elle n'est pas, il s'en faut bien, d'une qualité aussi extraordinaire que la marine de Manchester , représentant une Mer calme avec beaucoup de navires, dont plusieurs sont assez grands pour qu'on en distingue tous les détails peints à la perfecfion, et tous les hommes d'équipage occupés à leurs divers travaux.

Personne n'a réussi à faire les calmes comme Willem van de Velde. Ruysdael, c'est peut-être le seul, l'a égalé dans l'expression des mers tempétueuses ; mais, pour peindre l'eau unie et tranquille, sur laquelle le

regard glisse à l'infini dans les profondeurs de l'horizon, Willem est incomparable. Bakhuysen, trop estimé à mon avis , n^approche pas de lui, — et, à côté de lui , tous les peintres modernes n'existent pas. Quant à Claude, c'est le ciel, et non la mer, qui donne la valeur à ses tableaux.

Après ce chef-d'œuvre , je mentionnerai seulement les neuf autres Willem van de Velde, dont plusieurs valent 2000 livres sterling : un Combat maritime, au comte de Listowel ; — la Flotte hollandaise aux bouches de la Tamise, à lord Hatherton ; — un Calme, à M. G. Pield ; — un autre Calme, à M. James Tulloch ; — une excellente Tempête, au comte de Warv^ick; — une Marine, datée 1657, à M. Francis Edv^ards; — une autre, à lord Overstone ; — une Mer agitée, à M. Edward Loyd; — et un curieux tableau : Phineas Pett et le vaisseau Sovereign Roijal^ nommé par les Hollandais, dit le catalogue, le Diable cVor ithe golden ' Devil), au comte de Yarborough ; la moitié gauche du tableau est une marine avec ce Diable d'or ; la moitié droite est occupée, du haut en bas, par un pan de rocher sombre, sur lequel se dessine, à mi-corps et de grandeur naturelle, un personnage, sir Phineas sans doute. Cette figure serait-elle aussi de Willem , par hasard? C'est difficile à croire et impossible à voir, car la toile est tout en haut, dans une mauvaise lumière. Peut-être sir Phineas est-il de Kneller ou de quelque autre peintre de portraits, avec qui Willem a collaboré ^

1. Je n'ai pas très-bien vu toutes ces marines attribuées à Willem,

Les six Adriaan van Ostade sont tous de première qualité et dans des genres très-différents.

1^ La fameuse Adoration des Bergers, signée et datée 1667, avec les portraits d'Adriaan et de sa femme, sous prétexte de saint Joseph et de la Vierge Marie. Dans l'intérieur d'une étable, la mère, assise à gauche, contemple son enfant couché dans un berceau ; derrière elle est assis le père, tenant un livre dans sa main. Quatre bergers, dont deux agenouillés, une femme et un enfant ; on dit que ces figures sont aussi des portraits de la famille van Ostade : il serait curieux de les comparer à celles du délicieux tableau du Louvre (n° 369). Sur la droite, une échappée de paysage, par une porte cintrée, près de laquelle on devine dans l'ombre deux figures et un âne. « Cette admirable peinture, dit Smith, est finie avec un soin extraordinaire et dans la plus brillante couleur de l'artiste. » 1 pied 6 pouces de haut et 16 pouces de large. Sur toile.

Yoici la noble tradition de cette Sainte Famille, qui ferait un beau pendant au Ménage du menuisier, de Rembrandt (Louvre n° 410) : en 1736, elle était chez Mme de Reuver, à Haarlem, où elle fut acquise pour la galerie de Hesse-Cassel ; en 1808, les « chances de la guerre » la firent passer dans la galerie de Joséphine, à la Malmaison. A la vente de Joséphine, M. de la Hante l'acheta, et il la revendit à M. J. Webb. En 1823, elle était dans la collection du chevalier Érard. Aujourd'hui, elle appartient à M. John Walter, du Times.

Quelques-unes pourraient être de son père, Willem van de Velde le vieux.

LES BIAITRES ANCIENS.

2o Des Musiciens ; à la reine (Buckingliam Palace). Signé etdaté 1656. Sur bois. Hauteur 1 pied 5 pouces, largeur l pied 9 pouces. Provenant de la collection Baring. Exposé en 1826 et 1827 à la British Institution. Cinq figures principales, autour d'une table ronde, sur la gauche, près d'une fenêtre par où vient la lumière : un homme en rouge joue du violon; un homme et une femme tenant un papier de musique chantent; derrière eux, un homme debout tient sa pipe ; le cinquième, vu de dos, tient un pot et un verre ; au fond, vers la droite, une cheminée et sept figures dans la temi-teinte.

Viennent ensuite : un Intérieur avec des paysans après dîner; à M. R. S. Holford; excellente peinture, signée et datée 1661. — Des Joueurs de quille, à M. G. Field; tableau très-vanté par M. Waagen, mais moins blond que les autres. — Un Intérieur de cour, sans tîgures; à lord Overstone; il est intitulé Still Life : au lieu de dire nature morte , les Anglais disent existence calme ^ vie tranquille {still life); c'est bien mieux dit, car il n'y a rien de mort dans la nature.

Cette peinture d'objets matériels est une merveille et un chef-d'œuvre tout simplement K Elle vient de la

1. ce II est difficile, dit Smith (n<* 1T4), de concevoir comment un tableau composé de pareils objets peut avoir de l'intérêt ; il en est ainsi pourtant. Quelle que soit l'insignifiance des objets représentés, s'ils sont arrangés avec une adresse ingénieuse , très-naïvement exprimés par le dessin et la couleur , et rehaussés par une heureuse combinaison de clair-obscur, la peinture en peut quelquefois posséder du charme et satisfaire par un certain attrait les véritables amateurs de l'art. L'Ostade dont il s'agit est de ce genre , et il peut être cité comme un parfait modèle de représentation des objets de nature morte {ohjects of still life). » ♦*

vente du baron Denon, 1826, où elle fut achetée 7410 francs par M. Emmerson. Elle était en 1829 dan la collection de M. William Wells. Une fenêtre, une vigne qui court contre une muraille, une pompe, des baquets et autres ustensiles de ménage, des poissons sur une passoire et sur une planche, quelques pots et de menus brimborions, voilà tout. Mais c'est d'un ton, mais c'est d'une adresse de touche, mais c'est d'une harmonie , extraordinaires ! Cela ferait mieux dans un atelier de peintre qu'une Madone glorieuse de Sassoferrato.

Le sixième Ostade porté au catalogue est une Danse de paysans, signée et datée 1660, gravée par Woollett, provenant de la collection du duc de Berri, et appartenant à sir Antony Rothschild. Il n'y a qu'un malheur, c'est que ces villageois en goguettes, comme le Bouc, de Rembrandt, sont restés à la porte, — faute de serment? — Du moins ce tableau de M. de Rothschild ni aucun autre de sa galerie ne sont arrivés à l'Exhibition.

En dédommagement, nous avons trouvé un Ostade non catalogué S et de sa plus belle manière : Intérieur de cour, mais avec des personnages, cette fois. Une femme assise lave des moules ; un paysan, accoté à une demi-porte ouverte, la regarde; près d'elle, une fillette tient un enfant; en avant, à droite, un petit garçon fait danser un chien, et une petite fille joue, assise par terre. Le long du mur de la maison grim-

1. Catalogué dans le nouveau tirage : « Des Paysans dans une cour; à M. H. T. Hope. »

pent des pampres. C'est vigoureux et clair en même temps, très-large d'exécution et très-spirituel dans les détails. Signé et daté 1673. Hauteur 1 pied et demi sur 14 pouces.

Je ne crois pas qu'on puisse juger Isack van Ostade nulle part ailleurs mieux qu'à Manchester. Quatre tableaux de premier ordre, surtout deux Haltes de voyageurs, appartenant l'une à M. Holford, l'autre à Buckingham Palace.

Le tableau de Buckingham Palace n'a que 2 pieds 9 pouces de large sur 2 pieds de haut, mais il est richement rempli. Une voiture attelée d'un cheval blanc, des voyageurs, des paysans, des trou^peaux, sont arrêtés à la porte d'une auberge sur une grande route. Plusieurs des personnages seraient dignes de Guy p. Provenant de la collection Geldermeester. Exposé en 1826 et 1827 à la British Institution.

Le tableau de M. Holford , 4 pieds sur 2 pieds 8 pouces, est aussi bon qu'un Adriaan, sauf le ciel, qui n'est pas si transparent. H y a des charrettes, des cavahers, des musiciens, des buveurs, des enfants, des animaux, des poules, toujours en avant d'une hôtellerie. Oh! la bonne hôtellerie pour Sancho Pança! Peut-être ne citerait-on au-dessus de ce tableau, dans l'œuvre d'Isack, que la fameuse Entrée de village, qui fit partie des galeries Choiseul et Érard^ et qui est aujourd'hui chez lady Peel. L'Hôtellerie de M. Holford vient de la collection Paul Methuen. Smith, en 1829, l'estimait 500 guinées. Elle en vaut plus de 1000 à présent. C'est déjà cher pour un Isack!

M. F. Perkins a envoyé un troisième Isack van Os-

tade , encore bien plus grand, 6 pieds de large environ. Sorte de kermesse , de réjouissance, que les Hollandais baptisent ordinairement : Compagnie joyeuse, et les Anglais : Merry-making ; on pourrait traduire familièrement en français : Gens qui font la noce.

Le quatrième Isack, toujours de belle qualité et de grande dimension , 4 pieds et demi sur 3 pieds et demi, Scène de village, appartient à M. R. Sanderson.

Peeter de Hooch, pour le dernier. Il clora bien cette longue suite de Hollandais, inaugurée par Rembrandt, à qui il ressemble , comme perfection du clair-obscur et justesse de la lumière dans ses éclats. On ne connaît point son maître, mais c'est Rembrandt qui Test.

Peeter de Hooch est très-rare. De lui, cependant, le Louvre possède un chef-d'œuvre , la Partie de cartes (n° 224). M. Waagen, dans ses Kunstwerkein England, ne citait que neuf de Hooch , dont trois datés de 1658. Les quatre^ exposés à Manchester ne sont point de ces neuf, et Ton en trouverait encore plus de neuf autres en Angleterre, car les Anglais aiment beaucoup cet artiste si original et si savant. Buckingham Palace en a trois, et la galerie Robert Peel deux. Il en reste cependant de très-merveilleux dans les collections hollandaises.

L'Intérieur avec figures, à M. Howard Galton , est d'une assez grande dimension, 3 pieds sur 2, et d'une véritable beauté.

Dans un péristyle, d'un gris marmoréen, décoré de

1. a Quatre chefs-d'œuvre, » dit M. Waagen, dans la Revue universelle des Arts,

colonnes cannelées , se promènent un gentleman et et une lady ; ils causent ensemble ; elle sourit , il lui conte quelque fleurette. L'homme , coiffé d'un large chapeau à plumes blanches et roses , porte sur l'épaule , par-dessus son pourpoint de satin blanc , un manteau rouge brodé d'or. Elle, qu'on voit de profil sous sa cape noire , a une robe bleue brodée d'or au corsage , un jupon jaune dont elle soulève un pli par un geste élégant de sa main droite ; elle tient dans la main gauche, un éventail. Ces figures ont à peu près 1 pied de proportion.

Au fond du vestibule s'ouvrent une porte d'escalier et une porte de salon à fenêtres ; à gauche, entre deux colonnes, une servante chargée d'un petit enfant ; sur les dalles, en avant du couple amoureux, un épagneul le regarde avec une physionomie très-intelligente.

Il passe 'dans ce tableau un prestigiëux rayon de soleil, qui vient on ne sait d'où, frappe à moitié corps les personnages , sur la veste de satin blanc, sur la jupe citron, tremblote contre le mur, et se perd dans des pénombres transparentes. Effet à la Rembrandt.

A M. John Walter appartient un tableau d'un tout autre genre. Scène de jardin, en plein air, où Peeter de Hooch n'est pas moins excellent que dans ses Intérieurs, On joue aux quilles sur une allée , entre des massifs d'arbres symétriquement taillés à ]a hollandaise. La maison s'aperçoit au second plan. Je crois avoir vu ce tableau dans une collection d'Amsterdam , et M. Paul Perrier, si je ne me trompe, en a possédé un analogue. Smith en signale deux aussi, qui, de son

temps, étaient l'un chez M. Emmerson, l'autre chez M. George Morant. Ces quatre-là n'en font peut-être que deux, y compris même celui de M. Walter? Toujours est-il que Pecter de Hooch a répété deux ou plusieurs fois ce sujet.

Sa troisième œuvre à Manchester représente une Vieille femme occupée à faire un Ht, tout en surveillant un enfant debout près d'une porte vitrée. Il y a aussi deux tableaux presque semblables de cette composition : l'un à Stafford House ; l'autre , qui a fait partie de la collection Six d'Amsterdam, doit être celui qu'on voit à Manchester, et qui appartient à M. Edward Loyd.

Le quatrième de Hooch, une Nourrice, n'est pas catalogué \ et je ne sais de quelle collection il vient. Peut-être est-ce le tableau qui a passé dans les ventes Helsleuter et Panné. Le grand catalogue — qu'on altend toujours ! — nous renseignera là-dessus, et sans doute sur beaucoup d'autres points que le catalogue provisoire, si erroné, n'a pas peu contribué à embrouiller, même pour les amateurs au courant de l'histoire de l'art et de la tradition des tableaux.

Quelle série de maîtres habiles et justement estimés nous avons parcourue dans cette seule école hollandaise*, si absolument différente de toutes les autres!

1 . Catalogué dans la nouvelle édition , comme appartenant à M. Phipps.

2. On trouve aussi quelques dessins de maîtres hollandais, égarés dans la galerie des aquarellistes :

Un beau dessin de Rembrandt, Jeune garçon (les deux éditions du catalogue disent : a Girl) en chapeau à grands bords, appuyé sur une demi-porte ; à la plume et vigoureusement lavé au bistre ;

On n'a pas assez remarqué ce mouvement singulier de Tart au xvir siècle , non-seulement chez les Hollandais , dont l'inspiration , ou , si l'on veut , le genre et les sujets, dont les sentiments et les idées, aussi bien que leurs procédés d'exécution, sont des nouveautés, mais chez les Flamands et chez les Espagnols, qui se différencient également de l'art italien par des préoccupations et des pratiques toutes nouvelles. Gomme ils recherchent les effets naturels par la couleur et par le mouvement, on a voulu les appeler des naturalistes , en opposition aux adorateurs du mysticisme et aux abstracteurs de quintessence. Mais les Byzantins du xiv^ siècle anathématisaient sans doute, comme des hérésiarques, Giotto etOrcagna, dont les tentatives scandaleuses devaient aboutir à l'horrible naturalisme de la Galatée de Raphaël , toute nue et si belle , aux grandes académies du Jugement der-

provenant de plusieurs collections célèbres, Ploos van Amstel, d'Amsterdam, sir Thomas Lawrence , William Esdaile, etc., et appartenant aujourd'hui à M. T. M. Whitehead.

Deux dessins exquis, d'Adriaan van Ostade, hauts de 8 pouces, larges de 5 pouces, appartenant à Mrs Garle. Signés et datés 1673. Ce sont de véritables aquarelles sur un croquis à la plume. Dans l'Intérieur de cour, il y a huit ou dix personnages : une femme qui lave, une petite fille près d'elle-, en avant, à droite, trois enfants; au second plan, à gauche, trois hommes et un enfant. Des vignes grimpent contre les murailles de la maison ombragée par des arbres, première qualité du maître.

De Cornelis Dusart, deux bons Intérieurs; de Moucheron, un Parc; de van Huysum , une douzaine de pastels admirables, Fruits et Fleurs; la plupart appartenant à M. William Russeil, les autres à M. Holmes, l'organisateur de la section des aquarellistes.

C'est tout ce qu'il y a des anciens maîtres, avec un superbe Jordaens, un Chasseur et des chiens, au rév. docteur Wellesley; et un faux Watteau , Tête de femme , qui est de l'école de Boucher.

nier de Michel-Ange, aux A^énus du Corrége et du Titien.

Il ne faut pas juger les arts du point de vue dupnssé, mais du point de vue de l'avenir. L'art est toujours en avant de Tidée : c'est sa qualité, puisqu'il est le sentiment spontané qui précède la réflexion.

Peut-être les écoles naturalistes du xvn* siècle sontelles un connnencement, au lieu d'être une fin.

Si c'était une naissance véritable, au lieu d'une renaissance passagère !

Peut-être approcKons-nous d'un temps où, comme jadis après le grand art de l'Antiquité , on devra tirei' une ])arre après le gnmd art de la Renaissance italienne, qui est conqilet et (pii est mort [)ai" conséiiuent : c'est la destinée de toute existence lorsqu'elle a atteint son but.

Peut-être l'art reconnnencera-t-il un nouveau l yrle, dans leciuel il arrivera aussi à exprimer la beauté idéale dans ime forme imprévue et avec des moyens perfectionnés.

Le critique d'un grand journal français * écrivait, l'autre jour : « Les dieux s'en vont, de la peinture moderne, les dieux et les héros. » Si les dieux et les héros s'en vont, qui donc vient? Ne serait-ce point l'homme?

i. M. de Saint Victor , dans la Presse du 26 juin 1837.

Poussin, Claude, Watteau, Greuze, etc.

L'ancienne école française ne brille pas à Manchester, dans ce solennel meeting où se sont rassemblés tous les illustres de la tradition. La vérité est qu'il n'y a guère nulle part d'ancienne école française, en France pas même. Il faut en prendre son parti.

Au xvr siècle, la France a pour maîtres les Italiens Leonardo da Vinci, Rosso del Rosso, Francesco Primaticcio, et leurs disciples. C'est l'école florentine qui règne et gouverne absolument dans l'école dite de Fontainebleau. En dehors d'elle, il n'y a que les Gloet, qui sont Flamands d'origine et Allemands par le style, à ce point que leurs portraits sont souvent confondus avec ceux de Holbein.

Au commencement du xvn^ siècle, nouvelle génération de Français italianisés : Freminet, qui resta seize ans en Italie; — Vouet, quinze ans, s'y marie, y est reconnu prince de l'Académie de Saint-Luc; — Stella, vingt ans ; — Valentin et puis Jacques Courtois (Gmcomo Cortese ou ilpadve Jacopo Cortesi), qui y vivent et qui y meurent; — Blanchard, dit le Titien français ; —

Baiigin, dit le petit Guide; — Mignard, dit le Romain;

— un des Lenain même, Louis , surnommé le Romain ;

— Charles Le Brun, Tarchi-rômain, etc.; tous ayant pour seule ambition de suivre une école et un style étrangers; tous, dénationalisés, débaptisés, latinisés.

On ne trouverait peut-être en ce temps-là qu'un seul artiste qui soit Français d'esprit, quoiqu'il ait aussi été entraîné par le courant vers l'Italie, le graveur et peintre Callot. Il n'est pas même nommé dans le catalogue du musée de Paris. Et qui a vu des peintures de Callot? Je n'en connais qu'une seule authentique, et très-belle, — chez un Anglais, M. Thomas Baring. Il faut aller à Venise pour voir une douzaine de Callot.

Il y avait aussi en ce temps-là deux grands hommes, nés en France, et qui comptent parmi la véritable noblesse de l'Europe moderne , j'entends parmi les hommes d'art et de pensée. Tous deux ont constamment vécu à Rome, et ils y sont enterrés.

L'un s'est formé en Italie, d'après l'antiquité païenne, d'après Raphaël et l'école romainC;, d'après Zampieii, il Domenichino, et l'école bolonaise ; il a peint — en Italie — des sujets antiques, grecs, juifs et romains, exclusivement. Ses amis intimes furent un artiste flamand, Franz Daquesnoy, et un artiste italien, Alessandro Algardi. Il portait le costume romain, et il signe son nom en latin, dans l'inscription autographe de son portrait (au Louvre, n^ 447) : Nicolaus Poussiiius. Aussi le nomme-t-on en Italie, et quelquefois en Angleterre, il Pussino.

L'autre s'est formé en Italie, d'après le ciel et le paysage italiens, sous le paysagiste allemand Godfried

ÉCOLE FRANÇAISE. 32o

Walls, et sous le paysagiste italien Agostino Tassi; il a peint— en Italie — des vues antiques, grecques ou italiennes, exclusivement; avec la collaboration des peintres italiens Filippo Lauri, Francesco Allegrini, Salvi da Sassoferrato, ou du Flamand Jan Miel, d'Anvers. Le recueil de ses dessins, composé par lui-même en Italie, et appartenant à un Anglais, est intitulé : Libro di Verità .

Il n'y a rien de français dans tout cela, pas même la langue : Poussin et Claude sont de l'école française, comme M. Overbeck, aujourd'hui, est de l'école allemande.

Le rédacteur du catalogue du Louvre a classé Bonington dans l'école française, sous prétexte que Bonington « a étudié^ travaillé et vécu en France. » Encore Bonington est-il mort dans son pays, à Londres. Mais Poussin et Claude sont morts à Rome, où ils avaient étudié, travaillé et vécu.

Ces deux hommes de génie ne sauraient donc constituer une école française, puisque, d'ailleurs, ils adhèrent, fond et forme, à l'art italien.

Il y avait de plus, à la même époque, un artiste distingué, qui, lui, n'alla point en Italie; mais, dit le catalogue du Louvre, il se forma « en étudiant les meilleurs ouvrages qui en venaient... sous la direction du prince de V Académie de Saint-Luc, de Simon Vouet, et sous l'influence du Poussin et du Sanzio. » Le Sueur également tient donc à l'école romaine, et, en effet, les dieux de l'Olympe qu'il a célébrés, ses Jupiter et sesPhaëton, ses Cupidon et ses Ganymède, n'ont rien de très-gaulois.

Quels sont les autres peintres du xvn" siècle? Sébas-

tien Bourdon, par exemple. Il se forme en Italie par Fimitation de Lodovico Carracci, d'Andréa Saeclii, de Benedetto Castiglione , de Pieter van Laar, il Bamboccio, etc.; il passe en Suède, et il est peintre officiel de la reine Christine, etc., etc.

Tous les artistes qui ont produit en France, durant les XYi^ et xvn^ siècles, aussi bien que ceux qui ont vécu et qui sont morts en Italie, ont été tour à tour Florentins, Romains, Bolonais; mais Français, point.

A la fin du xvn^ siècle, on trouve quelques portraitistes qui sont assez Louis XIV, sinon Français : Rigaud et Largillière ; encore celui-ci s'est-il formé à Anvers sous le peintre flamand Antoine Goubeau, et à Londres sous le peintre allemand, sectateur de van Dyck et devenu anglais, sir Peter Lely.

Il est vrai , les brillants portraits de Largillière et de ^ Rigaud ne ressemblent point à ceux.de Raphaël ni de Titien.

Ah! pourtant, voici que commence au xvnr siècle une école française : Watteau, c'est un Français par la touMure et l'esprit, par le style; encore est-il de la frontière flamande, et, comme praticien et coloriste, sectateur de Piubens,— Il n'y a pas loin de Valenciennes à Anvers.

Chardin, il est Français aussi, mais aussi un peu Flamand par la touche et la couleur.

A ce moment-là, et jusqu'à la fin du siècle, — quoiqu'il y eût toujours des Dumont le Romain, — oui, il y a une école française , dont on peut avoir une opinion quelconque, mais qui eut même le privilège, en rabsence de toute peinture dans les autres pays, de

rayonner sur l'Europe et d'y insinuer son style. Nattier, François Boucher, Frag'onard et d'autres sont du moins des Français-Pompadour. Greuze, voilà un Français-Louis XVI.

Puis il se fait une nouvelle éclipse de la manière nationale : Louis David redevient Romain, et Prud'hon, Parmesan; tous les autres, Bolonais. Mais, après la chute de l'empire, nouvelle réaction. Gros avait déjà quelque envie d'être Français, Géricault l'est tout à fait.

Aujourd'hui enfin, il y a une école française, qui est la première de l'Europe, et presque la seule. Elle s'est fait reconnaître universellement à l'Exposition de 1855.

On pardonnera ce coup d'œil historique à un étranger qui aime la France comuie une patrie. Mais cela seul explique pourquoi la France a fourni si peu de trésors à Manchester. On pourrait étudier liuit jours l'Exhihition sans y apercevoir Charles Le Brun et ses acolytes. Aussi, quelle perfidie britannique de les avoir classés entre les Flamands : Ruhens, Snyders, — Charles Le Brun, — van Dyck, Jordaens, etc.! Que ne les a-t-on mis du côté des Belonais , on eût pu les prendre pour des Carracci.

L'Angleterre a accaparé, d'ailleurs, tout ce qu'elle a pu des maîtres qui tranchent sur l'art français : Poussin, Claude et Watteau. Elle a de ces trois maîtres, surtout de Claude et de Watteau, dix fois plus que n'en a la France elle-même.

Avec ces trois grands artistes, on pouvait faire mieux qu'on n'a fait à Manchester. Mais il paraît que les Anglais n'y ont pas mis de bonne volonté. Le marquis de

Westminster, qui a neuf ou dix Claude de première beauté, n'en a envoyé qu'un seul ; lord EUesmere, qui a les Sept Sacrements du Poussin, ceux qui furent peints pour M. de Chanteloup, et qui ont été gravés dans la Galerie cV Orléans, les a gardés à Bridgewater Gallery ; M. Baring, qui a trois ou quatre Watteau exquis, entre autres une incomparable Fête de village, provenant de la vente de M. Saint, le miniaturiste, n'en a point envoyé du tout; c'est un Anglais habitant de Paris, lord Hertford, qui, outre un chef-d'œuvre de Poussin, la Danse des Saisons, a songé à montrer un chef-d'œuvre de Watteau , les Amusements champêtres, et le chef-d'œuvre de Greuze, la Prière à l'Amour.

Poussin et Claude néanmoins tiennent à Manchester un rang supérieur. De chacun d'eux on y compte une quinzaine de tableaux, plusieurs de haute importance.

Poussin : la Danse. des Saisons, d'abord. Quatre femmes qui dansent en se donnant les mains, dos à dos. Ce chœur, dans le style de l'art antique, est un des beaux groupes qu'aient peints les modernes, y compris Raphaël. A gauche, un Hermès aux deux têtes de Janus, orné de guirlandes, aux pieds duquel un enfant nu fait des bulles de savon. A droite, le Temps, vieillard chauve, tout nu, avec des ailes ; il est assis, jouant du théorbe pour faire danser la vie; près de lui, un enfant tient un sablier. Dans le ciel, Phaéton passe cruellement vite, sur son char entouré des Heures.

Mais tous les amateurs connaissent cette composition, gravée par Raphaël Morghen, Volpato, B, Picart

ÉCOLE FRANÇAISE. 329 le Romain et Jean Dughet. La gravure en traduit jusqu'à un certain point la correction, la grandeur, le stvle ». Il faut ajouter que la peinture est dans la manière claire; aussi n'a-t-clle point poussé au noir, comme font la plupart des tableaux du maître.

La Danse des Saisons a environ 4 pieds de large sur 2 pieds et demi de haut. Elle a été payée par lord Hertford, à la vente du cardinal Fescli, 6268 écus romains (près de 35 000 fr.), sans les frais.

Un des Poussin les plus extraordinaires est le Testament d'Eudamidas, appartenant au révérend T. MaNVkes Le grand tableau du même sujet, qui a été grave, fut porté en Angleterre, où il s'est perdu; personne ne sait plus où il est. Celui-ci, qui est censé en être une petite répétition, et qui, à mon avis, en est 1 esquisse terminée dans un premier jet de sublime nispiration, a été trouvé récemment dans le Dorsetslurc. Il n'a que 1 pied 11 pouces de large sur 1 pied 6 pouces. Il est peint sur gros coutil vénitien, — d'une brosse, d'une pâte, d'un ton furieux. Ribcra n'a jamais fait une pochade plus énergique. Mais quelle précision savante dans le dessin des figures, qui ont presque un pied de proportion! quel caractère dans les tournures ! que de pensée dans les têtes !

La lumière, fantasque comme chez Rembrandt, vient de gauche par une lucarne. Eudamidas est couché, le torse nu, d'une anatomie qui rappelle Michel-Ange.

1 Pour moi, je préfère la gravure de Raphaël Morghen à la peinture origin^li du Poussin. Le Poussin est de ceux qu, gns,,en souvent à être gravés, comme les maîtres qui sout suitout compo siteurs.

En arrière du lit, debout, drapé dans une robe citron foncé, le médecin pose sa main sur le corps du guerrier mourant. En avant, de profil, le scribe, en draperie rouge à reflets de couleur capucine. Au pied du lit, à droite, deux femmes éplorées, et un guéridon antique. Fond uni et sombre; un bouclier seulement accroché au mur.

Le Triomphe de Bacchus, au comte de Garlisle. Belle composition^ dans la manière claire, que Poussin employait de préférence pour ses Bacchanales. Superbes figures de bacchantes, la première surtout. 5 pieds sur 4 pieds 3 pouces. Provenant de la galerie de lord Ashburnham.

Le comte de Derby a envoyé deux grands tableaux, une composition allégorique et la Femme de Mégare.

L'allégorie représente, sur un fond de paysage héroïque, en hauteur (7 pieds sur 5 de large), les Arts venant demander à Rome pourquoi ils ne florissent plus dans les temps modernes. Au premier plan, Rome casquée est couchée tristement; debout, devant elle, trois femmes drapées à l'antique symbolisent les trois Arts plastiques. Ces figures ont environ 10 pouces. A gauche, de grands pans d'édifices assombris; à droite, un groupe colossal d'un homme tenant un coursier.

C'est on ne peut plus théâtral, et très-noir. Le sujet n'est pas facile à deviner. Le peintre aurait clû mettre quelque banderole au-dessus de ces figures symbohques , et surtout y inscrire la réponse qu'on va demander àPiome. Peut-être Rome répond-elle que les Arts languissent parce qu'elle porte un casque.

La Femme de Mégare est conmie, je crois, par la gravure. L'agencement en est très-dramatique de conception. Au delà du premier plan, où est accroupie la Mégarienne, beaucoup d'excellentes petites figures, le long d'une rivière; puis, des temples et des rochers. Grands arbres à droite et à gauche.

Nous avons encore un autre tableau avec des Mégariens : le Jeune Pyrrhus sauvé, répétition du tableau du Louvre (n® 437) \ mais de dimension moindre : 3 pieds 4 pouces et demi sur 2 pieds 5 pouces. Cette replica, bien plus faible que l'original, appartient à lord Darnley.

En sujets mythologiques, le catalogue mentionne deux tableaux que je n'ai pas découverts : Jupiter et Antiope, provenant des collections de sir Simon Glarke et de M. G. Hibbert, gravé par Picardie jeune, appartenant au comte de Listowel, — et Vénus et Adonis, à M. G. Wilbraham. J'ai vu seulement une petite Vénus avec l'Amour, appartenant à M. W. W. Burdon, à qui appartient aussi un petit Printemps; j'ai vu, de plus, Orphée et Eurydice, dans un magnifique paysage tout enfeuillé, mais devenu un peu sombre; de la collection du général Graig; aujourd'hui à ladyDimmore.

Le plus beau des paysages cependant est, selon moi, celui qui provient des collections Champerno^Tie et Rogers, et qui appartient à Miss Burdett Goults, dont nous n'avions plus retrouvé le nom en traversant les écoles du Nord. Au milieu, premier plan, sont assis un homme qu'on voit de dos, une femme de face. A

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