De l'Académie royale
Ces imperfections sont notables dans un de ses tableaux les plus éclatants : la Toilette, appartenant à M, Thomas Todd; le dessin de ces femmes nues, torses, membres, surtout les bras, les mains et les pieds, est commun, indécis, impuissant. Si M. Etty avait su pincer les formes dans des galbes corrects, il serait un maître. Les terrains, les fleurs, les tons de chair, le ciel révèlent un coloriste. La draperie de la femme debout à droite est comme une palette éblouissante.
Ailleurs, dans le Bivouac d'Amours, à M. Joseph Gillott, les pampres, le ciel, divers accessoires sont charmants; mais les figures sont rondes et sans nerf. On dirait des pastichas de M. Diaz, moins la finesse exquise de son coloris.
M. Millier semble avoir les mômes préoccupations. Son Marché d'esclaves, à M. G. Reeves, est aussi très riche de ton , mais faible dans tout ce qui exige de la science et une réflexion attentive. La Danse, à M. Francis Tongue Rufford, est un de ses bons tableaux. Dans ses paysages, il cherche Gonstable, par exemple dans un excellent paysage à M. Rodgett, et dans un autre paysage à M. Charles Morgan.
Les paysages de M. James Ward, R. A., ont une certaine force qui rappelle aussi Constable, par exemple dans le Château de Donet, à M. C. T. Maud.
Un jeune homme, je pense, M. Antony, a du sentiment et de la couleur dans quelques paysages, notamment dans rÉglise abandonnée , appartenant à M. B. A. Butler.
M. Stanfield, R. A., comme peintre de marines, n'a pas beaucoup de supérieurs parmi les peintres des
autres écoles contemporaines. La grande Vue du mont Saint-Michel (8 pieds de large), à M. H. W. Eaton; le Naufrage, à M. Birchall, et quelques autres, valent mieux que tous les tableaux de M. Gudin.
M. David Roberts, R. A., encore un bon peintre. Son Intérieur de cathédrale, à M. John Davis, a de la soUdité, de la science, une perspective très-bien entendue. Son immense Vue de Rome (12 à 15 pieds de large), prise des jardins du couvent de San-Onofrio, sur le mont .Janicule, est de la peinture de décoration, intér^essante à la façon des grands tableaux de son presque homonyme, le peintre français Hubert Robert.
Mais, de tous les peintres actuels de l'Angleterre, sir Edwin Landseer est sans comparaison le plus célèbre. Les gravures de ses tableaux sont partout chez ses compatriotes; elles sont même assez répandues sur le continent. Des connaisseurs , qui font autorité , vont jusqu'à le mettre à la hauteur des plus grands peintres d'animaux, de toutes les écoles passées ^ M. Landseer n'est pourtant pas tout à fait aussi peintre que Rubens et Snyders. Il s'en faut du tout. C'est le côté de la peinture qui est faible dans son talent, ou, du moins, M. Landseer ne commande pas à son exécution. Il est on ne peut plus inégal dans ses tableaux, et l'on en citerait : le Maréchal ferrant, à M. Jacob Bell; les Chiens du mont Saint-Bernard (très-admirés cependant), à M. J. Watts Russell; le Chien et le Lapin, le Lièvre et la Belette, à M. William Wells, et bien d'autres, où l'ampleur du dessin, la couleur, la perspec-
1. M. Waagen , Revue universelle des Arts , livraison d'août.
tive et le clair-obscur surtout manquent absolument. Mais, comme M. Landseer possède à merveille ses animaux, comme il a étudié leurs habitudes, saisi leurs allures, pénétré leurs instincts, ses compositions font toujours bien, une fois gravées. Les imperfections de la peinture s'effacent dans une bonne estampe, et Tintelligence du compositeur reste.
Manchester compte quinze à vingt tableaux de M. Landseer, dont le meilleur, et c'est un chef-d'œuvre, est intitulé les Enfants du brouillard {Children of the mist). Ces Enfants du brouillard sont des cerfs qui brament sur quelque pointe d'une montagne d'Écosse, au milieu des nuages. L'effet est étonnant et très-poétique. Appartenant à M. Joseph Miller.
Les autres Landseer, presque tous plus ou moins connus par la gravure, appartiennent à MM. William Wells, J. Bickerstaff, John Naylor, Jacob Bell, J- Watts Russell ; à Sir P. M. de Grey Egerton, au général G. R. Fox, au comte d'Essex, au marquis de Breadalbane, et au roi des Belges. Pensez que la reine Vittoria et le prince Gonsort en ont aussi quantité, et des plus beaux. Mais ils n'en ont point envoyé à Manchester, bien sûrs que l'Exhibition abonderait en ouvrages de l'illustre académicien.
Ah les pre-Raphaelites ! ou pre-Raphaelistes, l'un et l'autre se disent, de même qu'on dit aussi pre-Raphaelisme et pre-Raphaelitisme. M. Ruskin, tient pour cette dernière forme. Le pre-Raphaelitisme — je tiens pour M. Ruskin est une espèce de manière qui prétend se reporter à l'époque antérieure à' Raphaël, lequel sans doute a tout gâté. Voyez comme les peintres du xv« siè-
434 ËCOLE ANGLAISE.
de faisaient des bonshommes qu'on prendrait avec la miin, tant ils ont de réalité, tant ils ressemblent aux figures de bois enluminé, telles que Nuremberg en fabrique depuis un temps immémorial ! Voyez comme les fleurettes du gazon et les moindres détails imperceptibles à l'œil nu dans la nature avaient une importance à côté des figures !
La nature vue avec des lunettes, dans le stéréoscope, à travers des vitres de couleur, je ne sais sous quelles influences dépravées, au moyen de je ne sais quels instruments d'optique et de mécanique, mais de manière à tout éclairer et à tout distinguer, voilà ce qui est Fart véritable I
Le pre-Raphaelisme — M. Ruskin peut avoir tort — est convaincu de cette théorie, et il la pratique avec un courage, un talent, presque un génie, qui émerveillent.
M. Millais, M. Hunt, M. Hook, M. Hughes, M. Wallace et toute une confrérie d'artistes infiniment habiles et patients montrent à Manchester leurs chefsd'œuvre.
Les Feuilles d'automne de M. Millais, par exemple, appartenant à M. John Miller, ont des qualités de premier ordre.
Le Berger et la Bergère, à M. Broderip, le Claudio et Isabella, à M. A. L. Egg, les Deux gentlemen de Vérone, à l'honorable orateur du comité de l'Exhibition, M. Thomas Pairbairn, et les autres œuvres de M. Hunt, sont les plus curieuses du monde.
Un Nuage qui passe, couple de jeunes amoureux couchés dans la campagne, par M. Hook, à M. Ar-
rowsmith, sera peut-être un chef-d'œuvre quand il aura été glacé, éteint et harmonisé par le temps.
La Mort de Chatterton, par M. Wallace, encore à M. Egg, le peintre académicien, est à faire grincer des dents.
L'Amour au printemps, par M. Hughes, à M. William Morris, offre des parties délicieuses : une jeune fille, debout, en robe pensée, retournant une tête fine et blonde, pendant qu'à travers une fenêtre garnie de clém.atites et de fleurs grimpantes, elle glisse sa main et la livre à son amoureux.
Enfin, la Châtelaine, à M. John Miller, par M. W. L. Wyndas, pre-Raphaelite mitigé, est d'une finesse, d'une grâce, d'une distinction adorables.
Il y a de tout assurément, du parfait et du détestable, dans les œuvres de cette école égarée. Les peintres en sont bons ; c'est leur système qui est mauvais.
Mais c'est assez maintenant, comme simple esquisse de l'école anglaise depuis son origine. D'ailleurs, la plupart des artistes britanniques contemporains sont connus sans doute en France et par les amateurs du continent, depuis l'Exposition universelle de 1855. Oublions même un peu les derniers venus, pour ne pas troubler radmirat'on que doivent inspirer comme peintres Reynolds, Gainsborough, Constable, Lawrence, Turner ; comme gens d'esprit Hogarth et Wilkie; d'autres encore, comme ayant manifesté diverses qualités distinguées.
Il est temps que ces maîtres entrent dans la confraternité des autres maîtres européens. L'Angleterre a conquis enfin son droit d'affiliation à la grande Gilde de Tart plastique. Il lui manquait cette seule illustration. Car, pour Timagination poétique, pour Fart littéraire, assurément aucun écrivain chez aucun peuple ne surpasse Shakespeare.
Pour rendre compte du Musée d'art ornemental, il faudrait commencer par s'en rendre compte à soimême. Or, ce compte-là est difficile à faire, pour plusieurs raisons.
Premièrement, le nombre des objets d'art exposés dans la halle centrale est d'environ sept à huit mille. En y passant dix heures par jour et ne consacrant que trois ou quatre minutes à chaque pièce, il y faudrait environ trois mois. Combien faudrait-il de volunies pour donner la moindre description des objets intéressants, et presque tous ont de l'intérêt? Un simple catalogue remphrait déjà un gros volume.
Secondement, pour étudier ces merveilles, encore faudrait-il les voir de près, en tous sens, les prendre et les retourner dans sa main. On ne les voit qu'imparfaitement et incomplètement au fond de leurs cases vitrées.
Troisièmement, il n'y a pas au monde un connaisseur qui soit initié à toutes les différentes spécialités de Yart ornemental, comprenant toutes les productions de l'adresse humaine, depuis la grande sculpture architecturale jusqu'au moindre bijou, depuis les ameu-
blements d'église et de palais jusqu'aux moindres ustensiles d'usage domestique, depuis Tautel qui ornait le sanctuaire jusqu'à la clef qui fermait une petite cassette, depuis les lourdes armures des chevaliers jusqu'à la fine guipure des châtelaines, depuis Tart du ciseleur et du peintre jusqu'à Fart du potier et de l'enlumineur, du forgeron, du relieur, du menuisier, du tapissier, etc., etc.; car il n'y a pas une industrie que le génie de l'homme, en y imprimant son originalité, n'ait élevée à la hauteur des beaux-arts. Il n'y a pas une classe d'artisans qui n'ait eu, en toute époque et en tout pays, ses artistes.
Le Musée d'art ornemental, formé à Manchester, contient non-seulement la collection Soulages tout entière, non-seulement une partie de la collection Bernai, dont la vente publique a produit 71 000 livres sterling (environ 1 800 000 fr.), non-seulement les contributions des châteaux royaux, de la Tour de Londres, du British Muséum, de Marlborough House, de Westminster Abbey, des chapitres ecclésiastiques et d'une foule d'institutions publiques et de sociétés particulières, mais les contributions de toute la haute aristocratie anglaise, qui a même été bien plus généreuse en objets d'art qu'en tableaux. Imaginez le musée Dusommerard mélangé avec le musée d'antiquité et de curiosités du Louvre 1
Comment donc faire ? Promenons-nous I et nous ferons comme on fait à une première visite, dans l'éblouissement de toutes ces magnificences ; nous nous arrêterons seulement à certains objets qui frappent, selon la préoccupation qu'on a, il est vrai.
La meilleure manière, la seule peut-être de bien voir cette partie de TExhibition, serait d'y aller en compagnie successivement de fanatiques de diverses spécialités. Ce procédé m'a réussi plusieurs fois. Pour me reposer de ma préoccupation personnelle, qui est la peinture, je me suis laissé conduire comme un profane au milieu de ces trésors d'art, m'abandonnant à l'inspiration d'autrui. J'ai visité ainsi les collections de la halle centrale avec des gentlemen anglais, avec des artistes allemands, avec un savant historien antiquaire de Paris. Tous s'extasiaient sur quelques raretés précieuses pour leurs études ou à leur goût.
Les Allemands m'ont signalé les patientes ciselures en bois de l'école d'Albert Diirer, les ivoires, les médailles en bronze et les belles verreries émaillées de leur pays.
Parmi les Anglais , les uns m'ont fait remarquer leur céramique, qui ne compte guère dans l'histoire de cet art, et les œuvres de leur grand potier Wedgwood, qui ne date malheureusement que du xvm* siècle; les autres, des bijoux que porta la reine Élisabelh; la plupart, les immenses pièces d'orfèvrerie, plus ou moins modernes, tout en or et en argent massifs; les sporismen s'enthousiasmaient surtout devant les armures damasquinées du xvr siècle : des boucliers et des épées par Benvenuto Cellini; des casques, des cuirasses, des chanfreins et des mors, des équipements de toute sorte pour chevalier et pour cheval, les plus merveilleux du monde; et l'armure complète d'Alphonse, duc de Perrare, et l'épée de Philippe II, et le bâton du duc d'Albe, et le pistolet de Louis XIV;
Louis XI\ avait un pistolet! pour passer le Rhin sans doute.
Cette collection d'armures est, après la vieille et incomparable collection de la Tour de Londres, la plus superbe qui existe. Elle est due, en partie, à la célèbre collection de Sir Samuel Meyrick, prêlée par son héritier, le colonel Meyrick, et à la riche collection de M. Mayer, de Liverpool, principalement pour les antiquités celtiques et anglo-saxonnes. C'est là que le savant archéologue français jetait des exclamations! C'est là qu'il m'a montré des boules d'ambre, talismans druidiques*, appelées œufs de serpent; un riche bracelet à plusieurs torsades d'or, retrouvé dans une tourbière ; trois boucliers, dont deux ronds et un oblong; le bouclier oblong a ceci de particulier, que sa forme, exceptionnelle parmi les armes découvertes dans la Grande-Bretagne, est, au contraire, la forme dominante parmi les armes sculptées sur l'Arc d'Orange, le monument à figures le plus important qui subsiste sur les anciens Gaulois du continent. Ce boucher, unique, est en bois revêtu de bronze, orné d'une espèce de tige terminée par un double rinceau très-élégant ; au milieu de la tige, une bosse de bronze, incrustée de corail. Il vient du pays de Galles et des anciens chefs Kymrys, ainsi que les deux autres boucliers, qui sont ronds et formés de cercles alternatifs de cordons en torsade et de têtes de clous.
A mon tour, j'ai entraîné l'amateur français devant
1. Le British Muséum en possède d'autres^, plus précieux encore, en pierre blanche, sur laquelle sont peintes en rouge des étoiles ou sphères rayonnantes.
les productions artistiques de son pays aux xv% xvi* et xvir siècles, devant les émaux de Limoges, dont Manchester offre des pièces tout à fait extraordinaires, devant les poteries de Palissy et de Técole de Nevers, devant les délicieuses reliures de la bibliothèque du chevalier Groher, comme les Anglais l'appellent; nous avons vu là, reliés par Gaston, des Aides que nous aurions bien voulu manier et feuilleter. Dans la série de la céramique, je lui ai fait admirer quatre œuvres de l'artiste anonyme qui, au temps de François et de Henry II, sur les boxds de la Loire, quelque part non loin des châteaux de Ghambord et d'Amboise, habités par les Valois, fit cette prodigieuse faïence qu'on nomme Faïence de Henry II ou de Diane de Poitiers ^
Ces quatre pièces méritent une description particulière. On sait combien cette faïence est rare, et qu'il n'en existe qu'une trentaine d'exemplaires. M. Sauvageot et M. Préault en furent, je crois, les premiers collectionneurs en France, et M. Sauvageot a donné sa collection au musée du Louvre. Le musée Dusommerard possède aussi une des plus belles pièces de maître, une grande coupe intacte avec son couvercle.
Sur les quatre pièces de Manchester, une appartient à M. George Field, et les trois autres appartiennent à Sir Antony Rothschild.
La principale à M. Rothschild est un chandelier de plus de 1 pied de haut, et dont la base a environ
1. 11 faut bien la nommer maintenant : faïence d'Oiron, depuis les découvertes récentes de M. Fillon, qui prouvent que ces merveilles étaient fabriquées à Oiron, près Thouars.
ART ORNEMbNTAL.
5 pouces de diamètre. Ce petit monument s'élève par étages successifs, avec des décorations variées : d'abord trois têtes de satyres ; au second étage, trois enfants nus avec des colliers ; ces figures ont 2 pouces et demi de haut; près des enfants, des écussons avec les deux D de Diane de Poitiers, accolés, Tun à rebours, GD, et reliés par une barre mitoyenne entre les deux jambages extérieurs, pour former TH de Henry II ; puis, des clefs et des croix à trépied sur de petits piliers avec guirlandes pendantes. Sur les piliers sont aussi des lettres, ou peut-être de simples décorations qui figurent joj. Plus haut, trois têtes de lion; plus haut, des petites consoles avec coquilles et le chiffre ms, des palmettes, etc. Enfin, au couronnement supérieur, sont des écussons à trois fleurs de hs.
Les ornements, sur le fond blanc jaunâtre, sont de quatre tons : bistre et brun, vert et bleu.
M. Rothschild a payé 6 à 7000 francs ce chandelier, qui vaut plus du double aujourd'hui^
La seconde pièce à M, Rothschild est une aiguière, de 7 pouces de haut, et dont l'orifice a 2 pouces et demi de diamètre. Le pied triangulaire et à trois étages est formé par des consoles superposées. Pour anse, un grand satyre cramponné, qui, dressé de toute sa hauteur, aurait environ 5 pouces de proportion ! Je ne
1. M. Fiorentino a raconté, dans un feuilleton, que M. de Rothschild avait acheté 20 000 francs au compositeur Strauss une aiguière de cette faïence mirifique^ « avec les armes de Montmorency-Laval sur le couvercle. »
Tout récemment le fameux Biberon de la galerie Pourtalës vient d'être acheté près de 30000 francs, pour le South-Kensington Muséum de Londres.
connais du maître, et j'ai vu à peu près toutes ses pièces, aucune autre figure aussi grande.
Ce satyre, dont la tournure rappelle le style florentin, repose sur une console formée par une tête à barbe. Il a les cheveux couleur nankin, des cornes vertes, des ailes vertes, les pieds fourchus. A Tavant du vase est une grande salamandre, accrochée par ses pattes de griffon, et la tête retournée, gueule ouverte; elle porte des cornes, et sur le dos un écusson. Trois tons : jaune, bistre et vert, sur le fond blanchâtre.
Le troisième morceau (je ne suis pas aussi sûr qu'il appartienne à M. Rothschild) est une coupe d'environ 6 pouces de haut et de 4 pouces de diamètre. Le couvercle manque. Au pied sont des dessins bruns et de petits mascarons ; sous la coupe, des entrelacs en bistre; au milieu du fond intérieur est coloriée une décoration très-importante : les trois croissants de Diane surposés, leurs six pointes en dehors, et entourés d'une cercle d'entrelacs avec coquilles en bistre et une couronne à fleurs de lis.
Cette coupe au croissant et le chandelier au D sont du temps de Henry II. L'aiguière à la salamandre est du temps de François P^
La quatrième pièce, appartenant à M. George Field, porte aussi la salamandre de François. C'est une salière sexagone^ montée sur un socle creux, dans Tintérieur duquel sont trois figures debout, juxtaposées en manière d'une triple cariatide. Au pied du socle, une double rangée de mascarons; en haut, trois mascarons et trois coquilles, aux six angles du sexagone. Dans le fond de la coupe-salière, la grande salaman-
dre peinte au bistre. Toujours, en sorte d'arabesques, les >o< qu'on remarque sur l'aiguière de la même époque.
Les vrais amateurs anglais ont une grande estime pour cette faïence délicate, mince, fine, et dont les formes élégantes ont beaucoup d'analogie avec l'art de Cellini. Le Catalogue ne serait pas éloigné de croire qu'elle est l'œuvre de Girolamo délia Robbia (neveu du célèbre Luca), qui était en France vers ce temps-là.
Dans cette catégorie des terres cuites, des faïences et des porcelaines, tous les pays ont là des chefsd'œuvre : l'Espagne, ses fantaisies de style mauresque ; l'Italie, ses majolicas de l'école de Raphaël; la Chine, le Japon, la Perse, leurs plus brillants exemplaires; la Saxe et Sèvres, des compositions et des services de la plus charmante qualité.
La catégorie des ornements byzantins est aussi, je crois bien, plus riche qu'aucun musée du continent : crosses d'évêques, croix, autels et reliquaires; coffrets et bijoux, niellés, incrustés de pierres fines; tout cela venant des trésors des vieilles abbayes et des vieilles églises, des universités d'Oxford et de Cambridge, etc.; tout cela est à donner le vertige, et, bien souvent, il faut aller s'asseoir à Técart sur quelque banquette et se recueillir en fermant les yeux.
Ce que j'ai étudié spécialement pour moi, ce sont seulement les objets qui se rapportent plus directement à la peinture et à la statuaire. En fait de peintures antiques, il y a quelques morceaux de fresques du plus beau style ; une fresque de Pompéï, Femme nue, haute de 8 pouces, tenant de la main droite une
couronne. Ah! le grand art! et que les meilleurs peintres de la Renaissance italienne en étaient encore loin! —-Une fresque d'Herculanum, une Psyché; l'Amour avec son flambeau descend vers elle ; autour du sujet, des statues dans des niches, des arabesques et décorations; 8 pouces carrés environ. — Une autre fresque d'Herculanum, Diane et Actéon sans doute, figures de 6 pouces, dans un paysage, avec un eniourage de médaillons ; l pied carré, — Que c'est beau ! et ce n'est pourtant là que de l'art romain, pastichant l'art grec, à l'usage de l'ornementation domestique.
Je crois que ces débris de l'Antiquité appartiennent à M. Mayer, de Liverpool.
En sculpture, un chef-d'œuvre, bian rare, qui m'a arrêté tout d'abord et retenu longtemps, est un basrelief de Donatello, en pierre grise, appartenant à lordElcho : Femme de profil, de grandeur naturelle, en buste; le relief est presque plat et n'a pas 3 lignes de saillie dans ses plans les plus avancés ; le modelé n'en est pas moins aussi juste, aussi tournant que si la figure était sculptée en ronde bosse. Par quel artifice ces grands statuaires florentins arrivaient-ils à un tel résultat? Ce fut là ce que Jean Goujon chercha toujours et ce qu'il obtint à peu près, quelquefois. Mais ce qui est le plus admirable, c'est la correction du galbe de cette tête, dont les lignes sont nettes et volontaires comme le trait d'un graveur de génie sur le cuivre. Et que le type de la femme est élégant et fier I Ce genre de beauté-là s'est perdu depuis le xvr siècle.
Il y a aussi des bronzes de la Renaissance qui sont bien étonnants : un Neptune nu, appuyé sur son tri-
dent, figure de 1 pied et demi de haut, par Benvenuto Cellini, je pense ; — un Thésée enlevant une Amazone, avec un élan et une fougue impossibles; l'ambition du grandiose poussait souvent les Italiens du xvi® siècle jusqu'à l'exagération : ce Thésée, pour paraître plus grand, a au moins quinze tôles de proportion. Ces bronzes doivent appartenir à la reine (Windsor Castle).
Le Catalogue attribue au Torregiano, à qui l'Angleterre doit la superbe statue monumentale en bronze de Henri VK, à Westminster, un buste en bronze de ce roi. Je n'ai point vu le bronze, mais j'ai vu la terre cuite, de grandeur naturelle, et d'une énergie incomparable. C'est un chef-d'œuvre, qui provient de la collection de Slrawberry Hill et qui appartient à lord Elcho, l'heureux propriétaire du Donatello.
De la tête de Cromwellj il y a bronze, marbre et médaillon. Le bronze surtout a un grand caractère. Je ne sais pas si c'est celui-là que Je Catalogue, par une singulière inadvertance, attribue aussi à Torregiano 1 Le rival de Michel-Ange était mort avant la naissance de Cromwell.
A Raphaël, qui est censé avoir fait aussi de la sculpture, notamment line statue de Jonas, on attribue le marbre d'un Enfant monté sur un dauphin. Je crois qu'il est question de cet Enfant au Dauphin dans l'excellente Histoire de Raphaël, par M« Passavant. A mon sentiment, pour ces quelques œuvres de sculpture qu'on rapporte au peintre d'Urbin, il n'en a jamais fait que le dessin, tout au plus. Et quant à TEnfant maria de Manchester, ce n'est même pas une très-
belle œuvre : le dessin en est court, Texécution ronde et naoUe.
Un autre marbre bien plus vigoureux est un petit Ganymède que l'aigle enlève en le saisissant par le bas charnu de la croupe ; œuvre très-originale, très-savante, tout à fait magistrale. Il paraîtrait, d'après le Catalogue, où d'ailleurs il est difficile de se reconnaître, que ce Ganymède serait du sculpteur ant^lais Plaxman. Il y a de quoi surprendre. Le talent de Flaxman, comme il se montre dans ses œuvres à l'abbaye de Westminster, et dans ses dessins au trait pour l'illustration d'Homère , est si froid, si roide, si académique, si classique dans le mauvais sens du mot !
Plusieurs des sculpteurs anglais renommés, de la génération actuelle et de la e:énération précédente, sont représentés à l'Exhibition par des marbres placés entre les colonnades. On y distingue Chantrey, Gibson, Baily, Wyatt, Westmacott, etc. Parmi eux sont quelques étrangers : Canova, Thorwaldsen, Bosio, Louis Schwanthaler, de Munich, le baron Marochelti, M. J. Geef.s, le Belge, et M. J. Debay, le Français.
Mais tous ces marbres modernes ensemble ne valent pas le moindre intaille grec, la moindre bague de la Renaissance, le moindre filet de verre vénitien. La série des pierres gravées, des camées (il y en a qui ont près d'un pied de large), des petits bijoux de toilette féminine, etc., la plupart de la collection de M. Mayer, de Liverpool, — et la série des verres de Yenise sont encore à vanter parmi les curiosités principales de l'Exhibition. Le Times est si émerveillé de la délicatesse exquise du verre vénitien, qu'il va jusqu'à
pas trouver « improbable >» la vieille tradition suivant laquelle les coupes de cette fabrique enchantée se brisaient au moindre contact du poison ; phéno- Hiène qu'on n'a malheureusement jamais vu se produire au temps des Borgia.
Attendez : il y a encore des émaux de Pelitot, par douzaines; des mosaïques de toutes les époques et de toutes les dimensions; des tapisseries du moyen âgett des siècles plus récent>; des meubles sculptés, des meubles de Boule, des lits emt»aldaquinés, des coffreo en méiaux ciselés; des fauteuils gigantesques, en chêne et en cuir, où se sont assis sans doute des chevaliers de la Table-Ronde et autres héros bardés de fur; il y a enfin toute la fiiniilure des palais, des maisons, des boutiques, des camps, des chaumières, qu'ont habités les ancêtres des Anglais et les nôtres.
Aux amateur:) qu'intéressent tant de trésors d'art indescriptibles, réunis à Manchester, il n'y a qu'une chose à dire :
Allez-y voir !
NOTES COMPLKMKNTAIIIES.
Quelques eflbrts que Taulrur ait laits pour parler un peu de tout dans ce travail rapide sur TExhibilion de Manchester, comme il a donné un certain développement h la catégorie des peintres anciens, partie saillante de l'Exhibition, il a dû glisser, bien malgré lui, sur quelques autres catégories dignes du plus haut intérêt.
Le drparinicnt de la gravure eût exigé un compte rendu sfiécial. Mais, pour examiner, mùme sommairement, cette nombreuse et niagnitique collection, comprenant tous les maîtres, de tous les pay>, depuis le XV' siècle jusqu'à nos jours, un volume comme celui-ci eût été à peine suflisant. Kn fait de gravures, d*ailleurs, sauf pour les pièces introuvables ou nouvelles, il n'y a guère de possible que des catalogues, puisque chacun peut voir, avoir, et savoir les pièces ordinaires.
La série des aquarelli.^tes anglais a aussi beaucoup d'importance, car elle rassemble les plus beaux exemplaires des plus habiles artistes in waîer-colours. Mais c'est toujours un peu la même chose, et d'ailleurs on est sûr de retrouver tous ces brillants aquarellistes
contemporains aux exhibitions de leur Société et dans les autres expositions publiques.
Il y a encore les peintres modernes, principalement de Técole française, et les plus renommés; mais ceuxlà se retrouvent également aux Salons annuels de Paris et même aux expositions périodiques des autres pays.
Il convient cependant, pour compléter un aperçu de l'ensemble des Trésors d'art exposés à Manchester, de donner du moins ici une espèce de nomenclature de ces trois catégories.
Peintres modernes. — Trois maîtres français contemporains, les seuls parmi les modernes, ont eu Thonneur d'être rapprochés des maîtres anciens dans le salon consacré à la contribution du marquis de Hartford. Ce sont M. Decamps : son célèbre tableau du Supplice des crochets ; M. Horace Vernet : un Camp d'Arabes; et M. Paul Delaroche, une espèce de Madone, dans une espèce de style italien.
Les autres peintres modernes ont été distribués dans la galerie à mi-étage, qui circule autour de l'hémicycle de la halle centrale. L'école française y compte des œuvres célèbres et quelques œuvres distinguées. En voici la liste :
M. Granet : des Franciscains ; à la reine Vittoria.
M. Delaroche : un portrait de Napoléon; au duc de Portland; et le petit tableau de Napoléon traversant les Alpes, sur un mulet conduit par un montagnard; à M. John Dillon.
M. Ary Scheffer, dix tableaux, presque tous connus par la gravure : Francesca da Rimini, à M. John
NOTES COMPLÉMENTAIKES. 451
Dillon ; — Première entrevue de Faust et de Marguerite ; S^ène d'amour dans le jardin ; Marguerite à Téglise ; et la Vision ; ces quatre épisodes, du Faust de Goelhe, appartiennent à M. Samuel Ashton ; — Saint Augustin et sa mère, sainte Monique; à M. Richard Holland ; — Dante et Beatrix, à xM. llemmint^; — le Christ pleurant sur Jérusalem, à M. Robert Barnes ; — la Madeleine, à Mrs Schvvabe ; — et le Christ enseignant Thumilité, à M. John Aikin.
M. Horace Vernet : Scène du siège de Rome, à M. W. Bower; et Vittoria di Albano, h M. J. B. He\vitt.
M. Meissonier : un Atelier du temps de Louis XIV ; à M. Thomas Baring.
M. Troyon : deux paysages; l'un, au paysagiste Thomas Creswick, de TAcadémie royale ; lautre, à M. M. Uzielli.
M. Chavet : deux petits tableaux ; Tun, au même M. Thomas Creswick ; l'autre, au chairman du comité de l'Exhibition, M. Thomas Fairbairn.
Mlle Rosa Bonheur : deux paysa<j:es avec animaux ; l'un, à M. A. H. Novelli ; l'autre à M. F. Fallowes.
M. Auguste Bonheur : paysage et animaux, à M. John Pilkingion.
De l'école allemande, il y a deux tableaux importants :
L'Incrédulité de saint Thomas, par M. Overbeck, Frederick, je su[)pose, quoique le Catalogue fasse précéder le nom, de l'mitiale B et non de F. Le Christ est debout, de prolil à droite, torse nu, draperie blanche. Thomas, agenouillé devant lui, touche la plaie; sa robe est vert-de-gris, sa lourde draperie, jaune d'ocre.
A droite, Pierre et Jean, debout, figures coupées par le cadre. Beaucoup de correction et un certain sentiment. C'est assez beau, dans ce genre-là. Appartenant à M. A. J. B. Hope, qui, à en juger par ce tableau, n a pas en peinture les mêmes goûts que M. H. T. Hope, Tamateur des maîtres hollandais.
Le Christ bénissant les petits enfants, par M. Hess ; peinture sur fond d'or; à M. F. Howard.
De Técole belge :
La Reine de Hongrie faisant Taumône, grand tableau l)ar M. de Keyser, directeur du musée d'Anvers; appartenant au roi des Belges.
Deux tableaux de moutons, par M. Verboeckhoven ; à M. F. Perkins, qui ferait bien de les vendre.
Un tableau de M. de Braeckeleer, à M. J. Anderson; et un tableau de M. van Schendel, à M. J. Dingwall.
De-M. Calame, de Genève: deux paysages suisses, etc.
Aquarellistes. — J'ai indiqué en note, au v*^ chapitre sur les Hollandais (p. 319), les quelques dessins d'anciens maîtres étrangers, qui ouvrent la série et ser- 'vent d'introduction à l'école des aquarellistes anglais. Car ce sont les artistes anglais qui occupent à eux seuls les salles consacrées aux aquarelles. H n'y a, je crois, d'égarés parmi les dessins anglais, qu'un Decamps (appartenant à M. J. H. Hawkins), ce n'est pas le plus faible ; un Vidal, à M. F. G. Livingstone, ce n'est pas le moins charmant : un Ary Schefîer, les Femmes souliotes, à M. John Barratt ; un Calame, à M. T. Fairbairn ; et quelques autres comme MM. Hildebrandt, Fraucia, van Hove, etc.
On sait quelle estime prodigieuse les Anglais accordent à leur école d'aquarellistes. Les peuples sont comme les hommes, et surtout comme les femmes : ils s'efforcent souvent de mettre en relief certaines de leurs qualités secondaires, insignifiantes et même vuljîaires, pendant qu'ils oublient de faire valoir le meilleur de leur nature. C'est peu de chose que les brillants aquarellistes de Técole anglaise contemporaine, à côté de Reynolds , de Gainsborough , de Constable, etc. Ces grands peintres sont le véritable litre artiste de l'Angleterre. iMais les enlumineurs devant lesquels s extasient leurs compatriotes ne compteront guère dans l'histoire de l'art; non pas à cause du ^enre lui-même et du procédé : on peut faire des chefs-d'œuvre à l'eau comme à l'huile, avec un bout de fusain comme avec une brosse. Les dessins des maîtres sont aussi précieux que leurs tableaux.
Mais les aquarellistes anglais, si adroits qu'ils soient, cherchent dans leur travail je ne sais quelle industrie luisante, qui n'a rien de commun avec l'art. Si on collait toutes ces aquarelles, bout à bout, sans laisser d'intervalle, sur un grand mur, ça ne ferait qu'une seule marqueterie, uniformément jaunâtre, dangereuse pour les yeux en bonne santé. Je sais par cœur tous les tableaux des anciens maîtres, les mille qui sont là; je les ai emportés tous dans mon souvenir, et je pourrais en faire, de loin, des croquis exacts. Mais je ne me rappelle pas une seule des aquarelles de l'école du xix* siècle, sauf les Bonington, le Constable, les Wilkie, quelques Turner, et deux ou trois autres. Car ce qui manque à ces
454 NOTES COMPLEMENTAIRES.
cruelles enluminures, toutes pareilles, c'est le caractère et Toriginalité.
Il y a des exceptions, bien entendu, et cette critique ne s'applique point du tout à Torigine de l'école, où l'aquarelle n'était pas un métier, mais un délassement des artistes formés par d'autres études. Il faut d'abord mettre à part les maîtres en peinture :
Reynolds : leTriomphedelascuIpluresurla peinture, deux enfants, au pastel et à l'aquarelle : au révérend Isaac Spenser.
Gainsborough : cinq chefs-d'œuvre: des Bestiaux dans une mjire, pure aquarelle, exquise; à M. Edward Holmes ; et quatre études, à la plume et lavées ; à M. J. W. Croker ; la Femme se promenant dans un parc est superbe et de la plus grande tournure.
Bonington : six petites merveilles : une marine (la Felouque), et une autre marine avec un quai, à M.Frank Dillon; une Scène de côte, première qualité, à M. Thomas Birchall ; Vérone, délicieuse aquarelle, à M. W. Smith; Venise, à M. H. Gheney; et Sur l'Escaut, à M. E. Cheney.
Constable : des Moutons, à MM. Agnew.
Wilkie : huit morceaux; compositions, études et croquis, à l'encreet à l'aquarelle, appartenant à MM. T. Birchall, Lewis Loyd, John Allnutt et E. Cheney.
Turner : un œuvre entier, depuis son début jusqu'à 1838. Voir la note, p. 424, âu chap. iv de l'École anglaise.
Les aquarellistes de la fin du xviir siècle ofTr ent aussi beaucoup d'intérêt.
Paul Sandby, né à Nottingham en 1725, mortàLon-
NOTES COMPLÊMKNTAIRES. 455
dres en 1809, John Gozens, mort en 1794, et Thomas Girtin, dont nous avons parlé à l'article Turner, sont les fondateurs deTécole des aquarellistes. Gozens el surtout Girtin ont un véritable talent, de la légèreté, de la finesse, un sentiment tranquille et sincère de la nature.
De Paul Sandby, on compte une quinzaine d'aquarelles, appartenant presque toutes à M. William Sandby.
De Gozens, dix, h MM. \V. Hookham Garpenter, G. Smith, W. Smith, H. Yaughan, et à xMrs Gooper.
De Girtin, quinze, dontplusieursfietits chefs-d'œuvre, par exemple : la Vue de Durliam, à M. H. Vaughan ; un Village irlandais, à M. J. Pilkington; une Marine avec ora^e, à miss Miller; des Ghiens, diaprés Morland, à M.John Heiiderson;le Ghâteau deTattershall,à MisGooper; une Scène de Rivière, à M. John Moss, etc., etc.
Je noterai maintenant les artistes les plus connus:
Thomas Bewick, le graveur, né en 1753, mort en 1828 : 5 pièces.
Stothard : 19 pièces, y compris un dessin de son fameux Pèlerinage à Ganterbury. Stothard est un artiste distingué, quoique faible dans sa peinture. Ses dessins et aquarelles valent mieux; plusieurs sont très-lins et très-élégants.
Sir Augustin W. Gallcott, de l'Académie, né en 1779, mort en 1844 : 8 paysages, marines, ruines, etc. De la science et de la conscience.
Samuel Prout, mort en 1852 : 11 pièces, vues d'architecture principalement; de Rome, de Venise, de Dresde, de Strasbourg, etc.
Copley Vandyke Fielding : 22 paysages et marines.
John Martin : 5 pièces, dont le Dernier homme. Martin affectionnait la peinture des cauchemars.
George Gattermole : 30 pièces excellentes. Les aquarelles de M. Gattermole ont eu, je crois, du succès à l'Exposition universelle de Paris.
Cari Haag, l'aquarelliste royal : 8 pièces, dont une, le Matin dans les montagnes d'Ecosse, appartient à la reine : on y voit la reine elle-même, sa famille et sa suite, en train d'escalader le Lochnagarr; une autre. Scène du soir, à Balmoral, appartient au prince Consort,
Louis Hague, qui a aussi de la réputation : 10 pièces, Intérieurs de monuments, etc.
William Hunt, le pre-Raphaelite : 30 pièces, d'une terrible couleur.
J. D. Harding : 10 pièces.
W. Mulready : des études académiques, appartenant à l'école de dessin de Kensington.
J. P. Lewis : 10 pièces. Vues d'Espagne, d'Italie, etc.
W. Callow : 6 pièces, d'architecture principalement.
David Roberts : 37 pièces, dont 18 Vues de la Terre- Sainte, appartenant à la comtesse douairière d'Ellesmere.
Sir Edwin Landseer : 2 pièces seulement, dont un Chasseur avec des chiens, à M. T. Birchall. Stanfield : 17 nnarines, paysages, etc.
W. J. Mùller : 13 paysages d'Orient, etc.
Gravure. — Dans la première édition du catalogue provisoire, la gravure occupe 82 pages! Aussi, pour le second tirage, a-t-on séparé en un petit volume le catalogue des estampes, et on le vend à part.
NOTES COMPLEMENTAIRES. 457
2000 pièces! tous les noms les plus célèbres! des nielles! des états uniques 1 des raretés d'un prix fou! Que fiiire en présence de pareils tré.-ors? Inscrire à la file les noms des maîires? ils y sont tous : Italiens, Allemands, Flamands, Hollandais, Françiis, Anglais. Nous avons déjà dit ailleurs qu'il y avait 15 à 20 nielles, venant des collections Holford, Hawkins, Wellesley; le Maître de 1466; Martin Schon, Israël de Mecken, Albert Diirer, Oanach, Lucas de Leyde et toute Técole du Nord; PoUajuolo, l'élève de Ghiberti ; Mantegna, Robetta, Zoan Andréa, Niccolo Béatrice, Jacques de Bar- Liary, Campagnola, le Franci.i, Marc-Antoine (environ 90 pièces!); et Augustin Vénitien, et Marc de Ravenne, et Caraglio, et Bonasone, et les Ghisi, et toute l'école du Midi; Jean Duvet, le grand maître français; et les de Passe, et les Wierix, Gnliziiis, Mùller, et tous les Hollandais; Vorsterman, Bolswert, Paul Pontius, et tous les graveurs de Técole de Rubens; puis, Claude Mellan, de Poilly, Edelinck, Nanteuil, Masson, Larmessin, Audran, les Drevet, etc ; puis, Wille, Balechou, Slrange ; Hogarth elWooUett; Raphaël Morghen, Porporali, Berwick, etc. ; jusqu'à M. Desnoyers et à M. Mercuri.
Puis, les eaux-fortes de Claude, de van Dyck, de Hollar, de Rembrandt, de Cuyp, dWdriaan van Ostade, de Paulus Potter, de Karel du Jardin, de Ruisdael, de Berchem, de Waterloo, d'Everdingen, etc.
Cette catégorie des eaux-fortes est extraordinaire. De Rembrandt, que j'ai étudié spécialement, il y a des pièces inestimables, par exemple TEphraïm Bonus, premier état, « avec la bague noire; » il n'en existe
que trois : celle-ci, à M. R. S. Holford, une au British Muséum el une autre au Musée d'Amsterdam. La plupart des autres Rembrandt, et les plus rares, appartiennent au duc de Buccleuch ; mais on s'est trompé sur son portrait du bourgmestre Six, indiqué comme étant de premier état. Les deux seules épreuves connues, de premier état, avec des tailles au-dessus de l'appui de la fenêtre, derrière le bourgmestre, sont au Musée d'Amsterdam et au Cabinet des estampes de Paris. Le Musée d'Amsterdam a refusé 25 000 francs de son épreuve.
Viennent ensuite les graveurs anglais jusqu'à Samuel Cousins et aux autres de notre temps. On pense bien que le fameux Livre d'études, Liber studiorum, de Turner, gravé ou retouché par lui-même, est là, en épreuves d'essai, de tous tirages, et dont plusieurs planches n'ont jamais été publiées.
Dans la gravure sur bois, il y a aussi des curiosités, jusqu'à de vieux bois pour l'illustration de livres japonais. Dans la lithographie, la série des premiers essais tentés en Angleterre. Dans la photographie, des centaines de portraits d'hommes illustres de tous les pays^ d'Anglais principalement ; des vues et des monuments de toutes les parties du globe; des reproductions de tableaux célèbres, etc., etc.
Cette simple indication de ce que contient la galerie des gravures montre qu'un compte rendu détaillé en eût été presque impossible, à moins d'y consacrer des in-folio.
APPENDICE
Rectifications et adjonctions.
Il n'y eut jamais pour un critique plus belle occasion de faire quantité de fautes, qu'en rendant compte de celte prodigieuse Exhibition de Manchester, à laquelle l'aristocratie anglaise avait envoyé ses vrais /resors. Car il fallait, à l'improviste, parler de tous les arts, dans tous les pays et dans tous les temps, — de omni re scibili en matière d'art I
De plus, ce livre, très-rapidement écrit pour un journal, fut imprimé loin de l'auteur. Lorsque nous en reçûmes à Londres le premier exemplaire, nous l'ouvrîmes avec effroi. Il pouvait y avoir, dans ces 460 pages, de quoi nous faire |)endre, de nos propres mains, ou par le bourreau anglais qui n'exerce pas encore trop bien son état, ou par ce tortionnaire, plus cruel que les bourreaux patentés, par l'impitoyable critique des diverses nations dont nous avions eu à juger les produits artistiques.
La critique, en effet, nous a étendu sur son chevalet, mais sans nous causer trop de dommage; car, chose amusante ! les Français ont approuvé en général nos appréciations, si ce n'est pourtant que nous sommes injustes envers l'école française ; les Anglais ont été assez contents de nous, en ce qui concerne Part du continent, sous réserve de l'école anglaise, trop lestement pesée; les Belges ont adhéré à l'ensemble de nos jugements sur les écoles du Midi et du Nord, protestant toutefois que nous ne comprenions pas parfaitement Rubens et van Dycic.
A cela l'auteur s'attendait; car il s'était efforcé de s'élever au point de vue européen, tandis que les différents peuples se considèrent encore comme des individualités rivales, aussi bien dans leur histoire que dans leur vie présente.
APPENDICE
Allonô, puisque chacun d'eux a trouvé que justice était rendue aux autres, tout est bien! — AU right!
Un peu rassuré de ce côté, nous avons été tourmenté par un certain nombre de fautes typographiques et par deux ou trois inexactitudes qui sont de notre propre fait. Nous saisissons donc avec empressement cette occasion de corriger et de rectifier quelques-unes de ces erreurs.
Quelques noms d'abord : il faut lire Velazquez et non Velasquez, Antonie Mor et non Antonis de Mor, Henri met de Bles et non Met de Bles, Michielmn Coxcyen et non Gocxie, Gildemeester et non Geldermeester ; Gonzales et non Gonzalès, Frans et non Franz (quand il s'agit des Flamands), Gérard et non Gérard, Philip et non Philips (à Koninck), Leonardo et non Lionardo (au Vinci); lord Danby et non Derby (p. 193), M^^ (madame) et non MM. Hunter (p. 409), M^^ Jameson et non Jameson tout court. Il faut lire aussi : MeisterstUcken et non Meisterstucks, Schuttersstukken et Regentenstukken, au lieu de Schutterstuks et Regentenstuks, etc.
Quelques dates : il faut restituer 1621 au lieu de 1521 (p. 351); le n^ 937 et non 237, de Smith, au David de Rubens (p. 197); etc.
Quelques rectifications et adjonctions :
CoRRÉGE (p. 92). M. Waagen nous a écrit que c'est lui, au contraire, qui a été le premier à reconnaître comme authentique le grand Corrége de la collection de lord Ashburton.
Annibal Carrache (p. 100). La Boutique de boucher, qu'il a représentée dans le tableau appartenant à Christ Church Collège, doit être celle de son cousin Vincenzo Carracci (père de Lodovico), qui était boucher à Bologne.
Velazquez (p. 113). Dans son Handbook to the paintings by ancient masters in the Art Treasures Exhibition ^ M. Scharf raconte ceci :
APPENDICE
« Au portrait de Halmale par Velazquez se rattache un curieux incident. La peinture était toujours restée dans la famille Halmale jusqu'à ces dernières années. Le propriétaire n'avait jamais voulu s'en défaire, à moins qu'on ne consentît à lui laisser couper et conserver les armoiries peintes à gauche à l'angle du fond. Avec celte mutilation, la peinture fut vendue. Peu après, l'acheteur gagna par présents un domestique, devint possesseur du fragment armorié et le fit aussitôt remettre à sa place dans la toile. »
Ce Henry de Halmale peint par Velazquez, est sans doute le Hendrick van Halmale, ancien bourgmestre d'Anvers, qui fut Hooftman de la gilde de Saint-Luc en 1655. Oij et comment Velazquez a pu le peindre, je ne sais; car Velazquez n'est jamais venu dans le Nord et il ne sortit de l'Espagne que pour aller en Italie. Mais peut-être le se/.gfneur Hendrick van Halmale, qui était un personnage considérable à Anvers, fit-il le voyage d'Espagne, et alors, — ne fùt-cequepar l'entremise de Rubens, — il dut être en relation avec le peintre de Philippe IV.
ScHAUFFELEiN (p. 143). Nolre ami, M. Charles De Brou, qui est terrible pour les dates — et qui a bien raison, ici par exemple, — nous a fait remarquer que le portrait de ce «vieillard à barbe blanche, y> peint par Schauffelein, ne pouvait pas être, comme l'intitulait le Catalogue de Manchester : a le portrait de Hans Sebald Beham, * puisque ce Beham est né à Nûrnberg en 1500, et qu'il est mort en 1540, ou peut-être en 1550, si l'on en croyait le Catalogue du Musée de Vienne. "D'ailleurs Schauffelein aussi mourut en 1540, ou peut-être même en 1539: M. Waagen, dans son Catalogue de Berlin, balance entre ces deux dates.
Cranach (p. 145). Il a fait aussi des sujets religieux, surtout dans ses commencements, et plusieurs de ces compositions sont gravées. — Voir Bartsch, t. VII.
Van Eyck (p. 151-52). On peut lire dans l'excellent Catalogue du Musée de Berlin, par M. Waagen, la description des six volets avec leurs six revers, no^^ 51 2-523.
APPENDICE
\/Aduj)i et Eve^ si longtemps cachés dans une sacristie de Gand, sont aujourd'hui au Musée de Bruxelles. Ce n'est pas sans peine que le gouvernement belge a réussi à conquérir ces chefs-d'œuvre pour les livrer à l'admiration des artistes et du public, t L'acquisition par TÉtat des deux volets d'Adam et Eve a eu lieu aux conditions suivantes :
lo Payement d'une somme de 50000 francs, destinée à faire exécuter des verrières peintes pour l'église Saint-Bavon;
2o Le don des copies de six volels de VAyjieau mystique (ceux qui ont été vendus en 1806), peintes par Michel Coxcie, et achetées par le département des Beaux-Arls, à M. Nieuweohuys;
3° L'eTwéculion, aux frais <iu gouvernement, de copies des \o\els d' Adam et Eve, faites pour rétablir dans son ensemble l'œuvre des frères van Eyck. » Catalogue du Musée de Bruxelles, 1863.)
Voir, sur les van Evck, le savant livre de MM. Crowe et Cavalcaselle : Les Anciens Peintres flamands^ leur vie et leurs œuvres. Publié en anglais, traduit par M. Deiepierre et publié à Bruxelles, chez Heussner. Voir aussi, sur les van Eyck, le Manuel de l'histoire de la peinture^ publié par M. Waagen, en allemand, en anglais et en français.
RoGiER VAN DER Weyden (p. 158). V Adoration des Rois^ que le catalogue de Manchester lui attribue, et qui est pourtant signée A. W., est le tableau de l'ancienne collection Aders, et M. Passjivant l'attribue à Lievin de Witie. Mais le prénom * Lievin, pas plus que lo prénom Rogier, ne s'accommode guère avec l'initiale A. du prénom dans la signature.
Memling (p. 157 à la note). Un peu de mauvaise humeur contre les baptiseurs et débaptiseurs de tableaux à propos justement du Baptême du Christ du Musée de Bruges, nous avait fait maintenir l'attribution de cette peinture à Memling. Depuis trois ans, nous avons étudié à nouveau, bien des fois, le tableau en litige, par comparaison avec celui qui est en face, le Saint Christophe provenant de l'hôpital Saint- Jean. Assurément, ils
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ne sont pas du même mattro, et le Saiîit Christophe étant de Memlini^, le Baptême du Christ n'est donc pas de lui. Il paraîtrait qu'il en existe une gravure du milieu du xvi" siècle, laquelle aiderail, peut-être à constater le véritable auteur de ce chef-d œuvre.
Cette première rectification de la note (p. 157) a été écrite en 1860 et insérée dans la seconde édition. Depuis, M. James VVeale, Anglais, établi à Bruges, et à qui l'on doit de précieuses découvertes sur Memling, a publié, dans son Catalogue du Musée de BruL:es, des documents décisifs, concernant le Baptême du Christ^ tant discuté. Il résulte des trouvailles de M. Wealeqiie le liaptcmr du Christ, donné à une confrérie de Bruges par les héritier^ de Jean des Trompes, ancien bourgmestre de celle ville, a dù être peint vers 1508, c'est-à-dire une douzaine d'années après la niort de Memling, décédé eo 1495, comme on le sait maintenant, d'après les pièces publiées par M. Weale.
Nous ajouterons ici la brève analyse des découvertes de M. Weale i^ur Memling.
Dès 1479, on trouve Memling élabli à Bruges, dans une belle maison à lui , rue du Pont-flamand (aujourd'hui rue Saint- George). Il avait encore d'autres propriétés sur lesquelles il payait des rentes, et, en 1^80, il est du nombre des bourgeois notables de Bruges qui prêtent à la ville une certaine somme pour les frais de la guerre entre Maximilien et la France. 11 était marié à une femmeprénommée Anne, qui mourut en 1487. Il en avait trois enfants, deux fils et une fille.
A la page 161, ligne 18, le Memling dont il est parlé représente une Adoration des Rois et non une Adoration des Bergers.
Van der Goes et Mabuse (p. 158-159, 166 et 167). Ces fameux volets catalogués Mabuse dans la collection de HamptOQ Court, catalogués d'abord van der Goes à Manchester, puis, dans la seconde édition du Catalogue, réattribués à Mabuse, étaient censés représenter, toujours suivant les Catalogues de Hampton Court et de Manchester à la fois : a Jacques IV, roi d'Écosse, et sa femme Marguerite. » Nous avons été, comme
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tout le monde, bien tourmenté devant ces peintures vraiment merveilleuses. De van der Goes elles ne pouvaient être, car van der Goes n'a jamais été en Écosse peindre d'après nature ces personnages ; de Mabuse, c'était très-surprenant ; mais, comme nous n'étions pas assez éclairé pour combattre l'autorité des catalogues anglais, nous les avons laissées à Mabuse, tout en constatant les différences de ce style sévère et grandiose d'avec le syle de l'auteur de VÂdoration des Rois, authentiquement signée : Jenni Goss^rt.
Depuis l'Exhibition de Manchester, la lumière s'est faite enfin sur ces chefs-d'œuvre. Ils ne représentent point Jacques IV et sa femme, mais bien Jacques III et sa femme Marguerite de Danemark^ ainsi que le prouvent les armoiries avec les trois couronnes de Danemark, Suède et Norwége. Le mariage de Jacques III avec cette Marguerite eut lieu à l'église de l'abbaye de Holyrood en 1469, et leur fils, représenté à l'âge d'environ douze ans, sur l'un des volets, derrière le père, naquit en 1471-72, cequidonne à la peinture la date approximative de 1484.
Mabuse, qui avait alors tout au plus quinze ans, ne saurait donc en être Tauteur.
Ces chefs-d'œuvre ont été exécutés pour le maître-autel de l'église collégiale de la Sainte-Trinité à Edinburgh, église fondée par Mary de Gueldre en 1462. Il paraît que c'est sous le règne de Jacques VI, peu après son avènement au trône d'Angleterre, qu'ils furent transportés d'Edinburgh à Hampton Court. La reine Vittoria a bien voulu les rendre à l'Ècosse, et ils ornent aujourd'hui le palais de Holyrood.
A Hampton Court autrefois, et à Manchester en 1857, on n'a vu qu'une des faces de chaque panneau, qui est peint également sur l'autre face. Au revers du panneau où est représenté le roi, se trouve un Pèi-e-Éternel assis et tenant sur ses genoux son fils le Christ mort ; au revers du panneau où est représentée la femme, on voit, agenouillé en adoration, Sir Edward Boncle, premier prévost de l'église de la Sainte-Trinité et confesseur de la reine Mary de Gueldre, fondatrice de l'établissement, derrière Sir Boncle, Mary elle-même, en sainte Cécile, touche de l'orgue.
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Et finalement, de qui sont ces peintures? De quelque élève des van Eyck, probablement ? Il paraît que Rubens en parle dans une de ses lettres et qu'il les attribuait à a van Eyck * même.
Nous avons trouvé tous ces renseignements nouveaux, et qui semblent bien authentiques cette fois, dans un petit écrit publié à Edinburgh en 1859, annonçant la reproduction des quatre sujets en chromo-lithographies d'assez grande dimension. Les deux sujets qu'on a vus à iManchester ont été reproduits aussi en photographies dans la collection publiée par les Colnaghi à Londres.
Antonie Mor (p. 171). On peut voir sur lui et ses œuvres un article de W. B. dans V Artiste de novembre 1858.
JoosT VAN Gleef (p. 174). Immcrzoel dit que ce grand portraitiste naquit vers 1500 : la date de sa nais.-ance doit certainement être bien antérieure, car ce fou (de Zotte Chef) était doyen de la gilde d'Anvers en 1519 et en 1520 {Yaerbotk, etc., p. 223). Il fut encore doyen en 1525, ce qui prouve qu'il avait de l'importance dans l'école. Rubensavait trois tableaux de lui, dans la collection inventoriée après la mort du prince de la peinture^ comme disent les académistes.
Rubens (p. 192). Le portrait de la Femme de Rubens^ appartenant à la reine d'Angleterre, est parfaitement le portrait de la première femme ^ Isabelle Brandt, ainsi que nous l'avons dit. Il est singulier que des écrivains spéciaux, comme Smith, M. van Hasselt et M. Waagen, l'aient prise pour la seconde femme, Helena Fourment. Et encore c'était Smith qui avait vendu le tableau, en 1820, 800 guinées au roi George IV. — La femme de Windsor et de Manchester paraît avoir près de trente ans. Helena Fourment n'avait que vingt-six ans lorsque Rubens mourut en 1640; ce qui n'a pas empêché Smith de cataloguer une autre « Helena Fourment à 1 âge de 30 ans, peinte par Rubens. » Smith connaissait mieux la peinture que l'histoire
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(le l'art et des artistes. — On peut d'ailleurs consulter la photographie publiée dans la collection Colnaghi.
Mais, dans le tableau où Rubens et sa femme sont représentés en campagnards (p. 193-194), c'est bien, cette fois, la grosse Helena, « qui ressemble à une Gérés triomphante. »
(P. 199). Le fameux paysage VArc-en-ciel, acheté à Gênes, en 1802, par Buchanan, revendu 1,500 guinées à M. G. Watson Taylor, fut payé par lord Orford 2,600 guinées (M. Scharf dit 2,730 livres, ce qui revient à peu près au même), à la vente TayU^r en 1823. De 1823 à 1856, date de la vente Orford, ce chvf-d œuvre a donc presque doublé de prix. — Sur la Prairie de Laeken^ autre cnef-d'œuvre cité à la mênrie page, voir le Catalogue de Buckingham Palace, par W. B., dans la Revue vnirerselle des Arts.
Rembrandt (p. 246). Au Siméon de La Haye et au portrait de jeune homme, datés tous deux de 1631, il faut ajouter le portrait d'homme intitulé à tort: œ Hugo Grotius, » au Musée de Brunswick (n^ 575), et qui est signé : Rernbrant (sans le d) 1631. Nous avons découvert aussi un tableau daté de 1630 1 C'est un portrait de vieillard, au Musée de Cassel. Nous l'avons décrit p. 121 de la Galerie Suermondt.
Il paraît qu'à la galerie du comte Schonbiirn, à Pommersfelden , près de Bamberg, un Saint Paul de Rembrandt porterait, près de la signature, la date de 1626. Je n'ai pas vu ce tableau, qui doit être curieux. Le petit Rembrandt était encore, à cette époque, dans la maison paternelle, Weddesteeg (ruelle de l'Abreuvoir), sur le rempart de Leyde.
Gonzales Coques (p. 233). Le tableau de Gonzales Coques, au Musée de La Haye, trè.-^-contestable à première vue, est cependant original. Voir sur ce tableau et sur la biographie de Gonzales : Musées de la Hollande, I, Amsterdam et La Haye, par W. B., p. 297 et suivantes.
Philip Koninck (p. 254). Beaucoup de paysages par Philip Koninck sont signés avec l'initiale du prénom, et il est très-
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étonnant que Smith n'en ait jamais vu de sii^nés ainsi et qu'il ait hésité sur le prénom mên>e, entre David qui appartient au de Coninck d'Anvers, Jacob qui appartient au h'oning élève d'Adriaan van do Vt'Ide, ot Philip qui a[)partient au paysagiste élève (\^' Rembraridt. A Dordrechl, chez M. Dupper, à Bruxelles, chez M Malaise, à Francfort, au Musée, et diins plusieurs autres collections, nous pourrions citer des Koninck sis^nés avec l'inilialR P. — Voir, sur les Koninck, Muséks de la Hollande, I et II, Galerie d'Arenberg, Galerie Suermondt, etc.
NicolaasMaes p. 256j. L'£coM/eu.«e, appartenant à M. Labouchère, est datée 1656, de la bonne époque de Macs, laquelle ne dure î^uère qu'environ dix an^, de 1650 à 1660 Le beau portrait de la galerie d'Arefibert; est daté de la mémo année. — Voir, sur Macs, les Musées de la Hollande, su i tout le Musée van der Hoop et le Musre de Rotterdam.
Brouwer (p. 262). Nous avons eu occasion de revoir le tableau attribué à Craesbeek, au Louvre (n» 97,, et nous tenons pour certain queriiomnieau ^Tand chapeau est le portrait parfaitement reconnaissable, de Frans Hais, et, davantage, que lu peintre à son chevalet esl Brouwer lui-même. Les éléments de comparaison ne manquent pas sur ces deux personnages dont van Dyck a fait les portraits.
Nous ajouterons que M. Lacaze et queUpies autres amateurs sont d'accord avec nous, au moins sur le portrait de Frans Hais.
METSu(p. 274). Non-seulement Metsu n'est pas mort en 1658, non-seulement il a daté de 1661 le petit Chasseur du Musée de La Haye, mais il a daté de 1662 un tableau de la collection de Kat à Dordrecht, et de 1667 un tableau de la collection van Loon à Amsterdam, tous deux signés : Metsue, — Voir un article de W. B. dans VArtistc d'octobre 1858.
IIoBBEMA ([). 286 . Depuis l'exhibition de Manchester, la biographie de Hobbema s'est éclaircie. M. Scheltema, d'Amsterdam, a publié en hollandais une brochure dont nous avons
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donné lu Iraduclion dans la Gazette des Beaux-Arts^ avec le concours de M. De Brou, de Bruxelles. Il en résulte que Hobbema est né à Amsterdam en 1638, qu'il s'y maria en 1668, avec Eellje Vinck, de Gorinchem, qu'il demeurait alors sur la Haerleminer-dijc (digue de Haarlem), que Jacob van Ruisdael assistait au niarin^e, comme témoin de son confrère et ami, (jue llobbenia eut de sa lemme cinq enfants, que cette femme mourut en 1704, et que Ilobbema lui-même ne mourut qu'en décembre 1709, par consrquent à l'âge de soixante et onze ans, sur le Rozeiujracht (canal aux Roses), près du Doolhof (Labyrinthe), dnns le même quaitier pauvre où était mort Rembrandt, et que lui aussi, comme Rembrandtl fut enterré avec les pauvres. Après ces révélations des archives, on peut encore s'écrier : « Quelle étrange destinée! » Rembrandt et Hobbema, morts pauvres et oubliés ! quelle bizarrerie du sorti
MiJTENS et.lANSON (p. 351}. Nous avons éclairci, autant qu'il a été en notre pouvoir, la personnalité de Daniel Mijtens et la biographie de Janson van Ceulen dans le Musée de Rotterdam, t. II des Musées de la Hollande. On trouve encore de nouveaux renseignements sur les Mijtens dans une curieuse brochure de M. C. Vosmaer, de La Haye : De haagsche schilders Broederschap (la Gilde des peintres de La Haye).
HoGARTH (p. 372). La collection di(e de Strawberry Hill, où se trouvait l'esquisse du fameux tableau de l'opéra des Beggars^ avait été formée, dans sa résidence de Strawberry Hill (Colline aux Fraises), par Horace Walpole, l'écrivain qui a laissé des renseignements précieux sur les arts en Angleterre ; elle a été vendue et dispersée, en 1845 seulement, après la mort de lord Waldegrave, qui l'avait' reçue par voie de substitution et qui mourut insolvable. — C'est Walpole précisément qui raconte, t. IV, p. 168, Tanecdote relative à la Sigismunda de Hogarth, dont il est parlé ici aux p. 108 et 374.
Les peintres anglais. Une transposition de noms a fait égarer Benjamin West parmi cr la génération qui naissait vers
APPENDICE
la fin du dix-huitième siècle » (p. 399 . Benjamin West, quoiqu'il ne soit mort qu'en 1820, fut le contemporain de Reynolds et de Gainsborough. Il était né en 1738, quinze ans seulement après Reynolds et onze ans après Gainsborough. Pour tous ces peintres anglais, rapidement esquissés à propos de rExhibitioii de Manchester, nous renvoyons au volume de I'École anglaise dans V Histoire des Peiîitres de toutes les écoles. Outre une Introduction et un Appendice, nous y avons donné les biographies de Ramsay, Sandby, Gilpin , Wnght , Romney, Runciman, Copley , West, Cosway, Mortimer, Fuseli, Barry, David Allan, Northcote, Reinagle, Smkke, Sir George Beaumont, Sir William Beechey, Slothard,Sir Francis Bourgeois, Sir Henry Raeburn,Blako, Hoppner, Opie, iMorland, Westall, Howard, Owen, Crome, James Ward, Shee, Thomas Phillips, Bird, Thomson, Girtin, Turner, Constable, John Jackson, Callcolt, Allston, Edouard et Jean-Jacques Chalon, Dave, Sir William Allan, Uwins, Burnet, Wilkie, Haydon, Hilton, Nasmylh, Harlow, Etty, Collins, Burnet, Martin, Brig^js, Danby, Leslie, Newton, Bonington, Duncan, Muller et Egg. Les biographies de Hogarlh, Wilson, Reynolds, Gainsborough, Lawrence et Wilkie. rédigées précédemment par d'autres écrivains, font partie du même volume, grand in-4°, publié par la maison Rcnouard.