‹ Trésors da̕rt en AngleterreChapitre 4 sur 32 · LES ITALIENS · texte numérisé non relu

LES ITALIENS

Mattroi primitifs. Depuis les Byzantins jusqu'à Li fin du xv* siècle. Cimabue, Giulto , urcagna, Kra Anj^elico , Masaccio , Botticelii , Roselli y Andréa del Verocchio , etc.

La grande galerie de Toiiest, consacrée aux maîtres anciens, est divisée en trois salles et deux vestibules ouvrant sur la halle centrale. Les tableaux y sont classés par ordre chronologique; mais on a imaginé, et c'est une innovation excellente, de partager les maîtres en deux grandes écoles parallèles, Técole du Midi et l'école du Nord.

C'est là, en effet, le point de vue le plus général et le plus logiijue sur Thistoire de la peinture. L(^s deux races du Nord et du Midi sont distinctes en peinture comme dans toutes les autres manifestations de la vie

poétique ou même de la vie sociale, et chacune se subdivise en nations, qui sont de la même famille et ont des traits profonds de ressemblance.

Ainsi, d'un côté, les Italiens et les Espagnols; de l'autre, les Allemands, les Flamands et les Hollandais : Masaccio en face de Memling, Léonard et Raphaël en face de Holbein et de Dûrer ; Titien en face de Rubens; Murillo en face de Rembrandt ; Ruysdael en face de Salvator, etc. De cette façon, la comparaison est facile,

— il n'y a qu'à se retourner, — sans que l'arbre généalogique des deux grandes races soit rompu par un entre-croisement forcé.

L'école française, qui appartient certainement à la souche latine, surtout par ses maîtres du xvn^ siècle, comme Poussin et Claude, a été rangée, je ne sais pourquoi , avec la famille du Nord. Nous l'examinerons à part, et après les deux grandes écoles du Midi et du Nord.

La série commence à une extrémité de la galerie, par quelques morceaux de peintures antiques et de peintures byzantines des temps les plus reculés et sans date certaine, — se bifurque en deux lignées, à droite depuis Gimabue, à gauche depuis van Eyck,

— et continue ainsi chronologiquement de chaque côté jusqu'au xvu^ siècle, où Velasquez l'Espagnol et van Dyckle Flamand se rejoignent à l'autre extrémité.

Que de chefs-d'œuvre on rencontre le long de ces trois ou quatre siècles , dans les régions du Midi ou dans les régions du Nord !

Les 44 tableaux du marquis de Hertford, et les aut^e^B tels que Paul Potter , Gérard Dov , Wouwerman , Jan

Steen , Teniers, les van Ostade , Terburg, Metsu, Mieris, etc., qui ont le privilège d'être rassemblés, comme une compagnie d'élite , en un salon spécial , se rattachent toutefois à la môme série, et nous les examinerons à leur rang chronologique, dans Fensemble de la collection.

Mais ces tableaux de lord Hertford nous amèneront au xvnr siècle , avec AVatteau , Lancret , Pater et Greuze, et môme au xix^ avec MM. Horace Yeruet, Paul Delaroclie, Decamps. De Cimabue à Decamps, quelle traversée!

Une fois arrivé là, il faudra bien jeter un coup d'oeil sur le fameux Bonaparte passant le mont Saint- Bernard, de Paul Delarochc, sur une douzaine d'Ary Scheffer, sur Meissonier et Mlle Rosa Bonheur, que les Anglais ont adoptée; sur MM. de Keyser et Yerbockhoven, Galame, Overbeck, Hess, etc. N'est-il pas singulier que, par quelques-uns de ces artistes, nous revenions au point de départ , à un style pseudo-byzantin ^vec des fonds d'or! La vieillesse reprend certains caractères de l'enfance.

Il est entendu que nous ne parlons point, pour le moment, de l'école anglaise, laquelle occupe l'autre galerie , de même forme et de même dimension que la galerie des peintres anciens. L'école anglaise, qui JXe date que du xvui' siècle, viendra après les maîtres, et à poi^t. C'est une occasion unique d'esquisser son liusjtoire, et d'importer sur le continent la réj>utation deiCinq ou six de ses grands artistes.

jLies quelques peintures antiques servant d'introduction représentent des sujets païens dans le style grec.

Il y en a encore d'autres, exquises, d'Herculanum et de Pompeï, dans la catégorie des objets d'art ornemental.

Le prince Albert, qui possède, à Kensington Palace, une magnifique collection de byzantins et de maîtres primitifs, principalement des écoles du Nord, a fourni les plus anciennes peintures byzantines , formant le lien entre l'antiquité et l'école de Cimabue et de Giotto. On y remarque une Mort de la Vierge, un Saint Suaire entouré de dix petits médaillons avec des inscriptions en grec , une Vue du Monastère de Solowetzk sur la mer Blanche, etc. Quelques-unes de ces peintures ont été exécutées aux siècles modernes , mais dans le style immuable de l'ancienne école byzantine, dont certaines contrées de l'Orient conservent encore intactes les traditions. A M. W. Puller Maitland, appartient une Mort de saint Ephraïm , probablement du xr siècle, avec une foule de petits sujets autour du sujet principal, composition pareille à la peinture du Vatican, gravée dans d'Agincourt, pl. lxxxh.

Cimabue. Trois ouvrages : le Crucifiement et TAdoration des Mages, sur deux petits volets juxtaposés; appartenant à l'Institution royale de Liverpool (Liverpool royal Institution)', — un Saint Pierre, figure à mi-corps, presque de grandeur naturelle, tourné de trois quarts à droite , la clef dans une main et dans l'autre main un livre; — un petit triptyque trèscurieux, avec la Madone et le Bambino, entourés d'anges ; sur le volet gauche, un Calvaire ; sur le volet droit, saint François recevant les stigmates. Ce triptyque et le Saint Pierre appartiennent au collège de Christ Church (Christ Church Collège), d'Oxford.

Du même temps, 1236-1313, deux tableaux deMargaritone d'Arezzo : Moine tenant un livre, figure à mi-corps et du plus terrible caractère (au collège de Christ Church, d'Oxford); — et un Christ couronnant la Vierge, à laLiverpool royal Institution.

Viennent ensuite comme précurseurs ou contemporains de Giotto :

Duccio, de Sienne : une Madone avec l'Enfant , entourés d'anges, avec une rangée d'apôtres à mi-corps, d'un très-beau style (Christ Church, d'Oxford) ; — un petit autel (altarino) très bien conservé, appartenant au prince Albert; dans le panneau central, le Christ en croix , avec la Vierge à gauche et saint Jean à droite; sur un des volets, la Vierge et l'Enfant, entourés d'anges, et, dans le haut, l'Annonciation; sur l'autre volet, la Vierge et le Christ assis, six anges au-dessus d'eux, et, plus haut, saintFrançois recevant les stigmates .

Buffalmacco, ou Buonamico, de Florence : un Saint Jean-Baptiste en pied , sur un trône et tenant un écriteau (toujours au collège de Christ Church, d'Oxford).

Ugohno de Sienne : sept peintures de la predella (on appelle ainsi en Italie les petits tableaux qui accompagnent en bas la composition principale) du grand tableau d'autel, que possédait autrefois M. W. J. Ottley.

Nous voici au Giotto. Il y en a six , qui paraissent avoir leurs titres en règle. Il faut y aller un peu de confiance sur ces maîtres primitifs. Giotto cependant a laissé des types qui permettent de constater Tauthenticité de ses œuvres.

B'abord, deux fresques appartenant à l'Institution royale de Liverpool ; ce sont deux morceaux détachés

du jtïiur de l'église del Carminé, à Florence ; l'un (1 pied 5 pouces sur 1 pied 9 pouces, mesure anglaise) représente trois femmes et un enfant presque à mi-corps ; l'autre ( 1 pied 3 pouces sur 1 pied 1 pouce) le buste de la Pille d'Hérodias , de profil ; ces figures, de grandeur mi-naturelle, sont d'un beau caractère; mais la première fresque a beaucoup poussé au noir.

Un Saint, debout, de face, yu jusqu'aux genoux; il tient une croix et un livre (appartenant au Christ Church Collège, d'Oxford.)

Un Christ couronnant la Vierge, au révérend W. Davenport Bromley ; tableau très-clair et très-bien conservé ; les figures sont en pied, mi-nature; la Vierge en blanc , le Christ avec une robe rose clair et un manteau bleu foncé; deux anges agenouillés de chaque côté. Le haut est terminé en forme ogivale et surmonté d'un médaillon en trèfle, avec un petit buste du Père éternel.

La Cène {the last Supper), de la collection Bisenzio, et appartenant à lord Ward ; un peu plus de 2 pieds de large sur 1 pied de haut ; le Christ et ses douze apôtres sont assis autour de la table ; fond de boiseries dorées et surmontées d'une bande de ciel en or. Têtes et draperies très-belles ; couleur très-vigoureuse.

La Mort de la Vierge (à lord Northwickj. C'est le morceau capital; mais est-il du Giotto? Sur toile; 7 pieds (anglais) de haut, 6 de large. Il porte une inscription, avec le nom et la da(e 1330. Conservation parfaite. La Vierge , enveloppée d'une draperie bleue, est couchée sur un lit couvert d'une draperie rouge; en avant, quatre saints agenouillés et deux debout; ces figures ont environ 2 pieds de proportion; de

l'autfe côté du lit, sept figures dont on voit les bustes ou les têtes;/ fond de paysage très-éludié et très-clair; le ciel n'est plus un fond d'or, il y a des nuages. Dans le haut de ce ciel bleu , en un disque porté par huit ahges , le Christ assis tient étendu un hnge blanc sur lequel est agenouillé un petit enfant, symbolisant « Fâme de la Vierge, » dit le catalogue.

Il y a aussi, de l'école du Giotto, et appartenant au même lord , un excellent Calvaire , avec beaucoup de petites figures ^

Entre Giotto et Orcagna nous trouvons :

Simone Memmi, 1285-1344: Jésus, enfant, revenant vers sa mère et saint Joseph, sans doute après s'être échappé pour sa dispute avec les docteurs dans le temple. Il a les bras croisés et l'air très-résolu; la mère raccueille en lui tendant la main; saint Joseph semble lui faire des remontrances. Ces trois figures en pied, sur fond d'or, sont d'un style déhcieux. Le tableau, cintré en haut, a 15 pouces environ sur 10. Il est signé et daté 1342, et il a été gravé par G. Scharf, dans l'ouvrage de Kugler sur la peinture italienne. Appartenant à l'Institution royale de Liverpool.

Taddeo Gaddi, 1300-1366 : quatre morceaux, d'un très-beau ton : un Martyre de saint Laurent, de la collection Meyrick; — un petit Couronnement de la Vierge, avec quatre anges ngenouillés; le style de cette peinture se rapproche de celui du Giotto; appar-

1 . Dans un second tirage du catalogue provisoire , on trouve indiqués deux autres Giotto, l'un appartenant à la collection Meyrick, Tautre à la Liverpool royal Institution. Peut-être ces tableaux ont-ils été ajoutés à l'Exhibition depuis son ouverture.

tenant au révérend J. Fuller Russell; — quatre Anges ailés, en pied, faisant de la musique; les têtes ont déjà beaucoup d'expression; au Clirist Ghurch Collège, d'Oxford; — un petit tableau d'autel, avec volets, signé et daté 1338; le Calvaire, au centre; à droite, la Nativité; à gaucbe, la Vierge entourée de saints; à M. W. Fuller Maitland.

L'Orcagna , provenant de la collection Casali à Florence, et appartenant à M. G. E. H. Vernon, a environ 1 pied et demi de haut sur 1 pied de large. A gauche, la Madeleine, agenouillée et vue de profil, tend ses deux bras vers le Christ avec une adorable expression d'amour. Ses longs cheveux d'or tombent sur un manteau rouge vif, sans ombres. Le Christ, debout et enveloppé d'une grande draperie rose, parsemée de dessins d'or, se retourne vers elle. Il y a une tentative de paysage dans le fond, un roc gris, surmonté de trois arbres; mais le ciel est toujours d'or gaufré.

Du xiv^ siècle, il y a encore :

Spinello Aretino : partie de la célèbre fresque représentant la Chute des Anges rebelles, à l'église de Santa- Maria-degli-Angeh , d'Arezzo. Ce large fragment (appartenant à M. A. H. Layard) est le Saint Michel, de grandeur naturelle, avec dix anges combattant, un peu plus petits. Le bas des figures manque. Vasari mentionne cette fresque, qui a été gravée par Lasinio, dans ses Spécimens des anciens peintres florentins, et par G. Scharf dans le livre de Kugler sur la peinture italienne. La tradition rapporte que Spinello mourut par suite d'un rêve où le diable lui avait demandé pourquoi il l'avait peint si laid sur ce mur de Santa-Maria. Le

ÉCOLES DU MIDI. i25

diable était plus difficile en ce temps-là qu'à présent. Il y a aussi de Spinello, à TExhibition, un petit tabernacle (à M. G. E. H. Vernon) avec plusieurs figures, dont une, diL-on, serait le portrait de Gimabue.

Taddeo di Bartolo : un diptyque et une Madone à l'Enfant, avec quatre anges (tous deux au révérend J. F. Russell).

Bartolo di Fredi : une Adoration des rois, très-riche de couleur, avec des chevaux et des chameaux (au même propriétaire).

Don Silvestro Camaldolese, qui peignait encore ses miniatures au commencement du xv^ siècle : deux précieuses feuilles, miniatures sur parchemin, détachées d'un des grands et célèbres missels décrits par Vasari dans la Vie de Laurent de Médicis ; l'une est une lettre ornée, la lettre 0, d'un diamètre d'environ 10 pouces, avec six figures dans l'intérieur; l'autre, de plus de 1 pied de haut, représente la Mort de la Vierge entourée d'une trentaine de figures; têtes fines et clwmantes comme chez Memhng. En haut, la Vierge glorieuse apparaît dans un disque porté par huit anges. Ces deux feuilles, appartenant l'une à la Liverpool Institution, l'autre à M. J. F. Russell, proviennent de la collection de M. Ottley, qui avait payé 100 livres sterling la Mort de la Vierge.

Ces maîtres et quelques autres nous conduisent à Giovanni da Fiesole et à Masaccio, qui ouvrent presqu'en même temps le xv^ siècle, dans des voies si différentes : l'un, tout angélique iangelico), père immaculé de l'école ombrienne; l'autre, peu épris de la beauté mystique, et tourné, au contraire, vers l'étude

26 LES MAItRES ANCIENS.

de la nature; Tun, le conservateur des traditions; Fautre, Finiliateur de tous les progrès plastiques, le savant et audacieux précurseur des grands maîtres du xvi^ siècle.

Nous avons à TExhibition de Manchester quatre Angelico et trois Masaccio ! Le musée de Paris n'a qu'un Angelico et point de Masaccio. Il n'a qu'un seul Giotto, point d'Orcagna, et peu ou rien de la plupart des maîtres que nous venons de noter rapidement.

Fra Angelico, 1387-1455 :

Une Tête de Clnist, de grandeur naturelle, d'un sentiment et d'une beauté que Raphaël n'a point surpassés. C'est un morceau de fresque d'un calvaire. Appartenant au révérend docteur Gillies.

L'Ensevehssement de la Vierge, provenant de la collection Oltiey et appartenant aujourd'hui à M. Fuller Maitland. Hauteur 7 pouces, largeur environ 2 pieds. Il y a dix-sept figures autour du tombeau, et, en haut dans une gloire, le Christ reçoit la Vierge au miheu de six anges. Toutes ces figurines sont uniformément en bleu. Exposé à l'Institution britannique* {British Institution) en 1852. Gravé plusieurs fois, notamment dans d'Agincourt, pl. cxiv, comme étant un Giotto; mais le docteur Waagen et autres l'ont restitué à Angehco.

La Vierge et l'Enfant, entourés d'anges, saint Dominique et sainte Catherine à genoux en avant. Tout petit : 4 pouces de large sur 8 ; très-fm et très-charmant.

1. Cette Institution, fondée depuis longtemps, a pour objet d'exposer périodiquement des chefs-d'œuvre prêtes par les collections particulières. Son siège est à Londres, dans Pall Mail. On paye 1 schelling d'entrée.

Le Jugement dernier, tableau capital et célèbre, provenant de la galerie Pesch, et appartenant, ainsi que le précédent, à lord Ward.

La composition est divisée en trois compartiments. Sur le panneau central, plus large que les deux autres, le Christ, en un disque entouré d'une foule de saints et de saintes, préside. Au-dessous de lui, sur un escalier fantastique, se fait la séparation de la pauvre humanité, scindée en deux; les anges accueillent, embrassent, élèvent les élus, pendant que les démons chassent les autres et les précipitent dans des abîmes. Cette double scène se continue et se développe sur les compartiments latéraux : d'un côté, l'ascension des bienheureux, conduits par les anges et montant jusque dans le ciel d'or; de l'autre côté, l'enfer, avec ses cercles superposés, gulosi, iracimdi, invidi, etc., et, tout au fond, avari et libidinosi; ces étiquettes, empruntées au Dante, sont écrites en lettres près des divers groupes. Au milieu des flammes est assis un terrible diable gris, qui tient des serpents, et qui, par trois gueules, avale des personnages tout crus.

Le doux Angehco n'est pas si à l'aise dans cet enfer que dans le panneau paradisiaque, où ses anges sont adorables. Personne n'a mieux peint les anges que lui : c'est à faire croire qu'il y en a. Il y en avait peut-être autrefois ; mais ils se seront envolés. Dessin d'une suprême élégance, expression chaste et passionnée en même temps, couleur très-vigoureuse, tout cela est prodigué dans le bon coin, à la droite du Christ, et par conséquent à la gauche du spectateur.

Le maître lui-même a fait cinq répétitions de ce sujet, qui a été lithographié par L. Grûner (le Paradis seulement) et gravé au trait par G. Scharf pour la Vie de Fiesole, publiée par la Société d'Arundel. Rosini, dans sa Storia delV Arte^ en a donné la partie supérieure.

Avec Masaccio l'individualité artiste commence véritablement. Gomme il sort des types consacrés et jusque-là immobiles, ses œuvres sont plus formellement reconnaissables à leur caractère propre. Ses trois tableaux de l'Exhibition sont très-intéressants pour les peintres.

Son propre portrait d'abord (à lord Northwick), un peu plus petit que nature, en buste, de face; longs cheveux bruns, toque rouge, casaque d'un gris fauve, dans les tons de Velasquez; fond sombre, uni. Le modelé du visage est ferme comme s'il était de bronze; demi-teintes et ombres très-sobres et très-justes; l'œil est bien ouvert, la narine ample et vibrante; une vaillante tête, solidement charpentée. Gomment est-il mort si jeune? à quarante ans! Mais il a fait assez, Dieu merci! On sent déjà dans cette peinture je ne sais quoi du Giorgione.

Les deux autres Masaccio (appartenant à M. W. Drury Lowe) sont encore des portraits : un jeune homme, en buste, de grandeur naturelle, tourné à droite de trois quarts, longs cheveux bruns, toque et tunique rouges; fond de paysage ; — une jeune femme, de profil à gauche, et d'une beauté sévère : front bombé, nez droit et fin, cheveux blond cendré et crêpés; coUier au-dessus d'une guimpe blanche. Gette tête de camée se dessine

moitié sur un fond d'architecture à colonnettes , moitié sur le ciel. Avec Masaccio, plus de fond d'or! la nature. Le dessin en est pur et correct, énergique et expressif comme dans les portraits de Léonard. Un chef-d'œuvre. On dit que ces personnages sont de la famille du marquis Gherardi, qui a encore dans ses archives les reçus de Masaccio.

Un tableau, non catalogué, représentant un Saint tenant une palme et un hvre, figure à mi-corps et de face, porte aussi sur sa bordure le nom de Masaccio. Ça se peut, mais il n'a pas le cachet des autres*.

Le successeur de Masaccio dans la décoration de la chapelle del Carminé à Florence, fra Filippo Lippi, a là aussi cinq ^ peintures extrêmement notables: deux petites predella (à la Liverpool Institution); — une autre predella, de la collection Ottley, Saint Pierre et saint Jean guérissant un estropié (à M. Fuller Maitland) ; fond d'architecture grecque, de toutes couleurs très-éclatantes, depuis le rouge jusqu'au vert; — Jupiter et Calisto (à sir John P. Boileau), composition trèsriche, avec divers groupes, des arbres, des montagnes; — et une grande et magnifique Madone, importée de Florence en 1838, et appartenant à M. John W. Brett : sur un trône décoré d'arabesques et de statuettes, la Vierge et l'Enfant adorés par des saints et des anges, d'une tournure superbe. Figures d'environ 4 pieds de haut. Dans les mouvements et les physiono-

1. Li nouveau tirage du catalogue provisoire renregistre comme Saint Laurent , par Masaccio , et appartenant à la Liverpool Institution.

2. Le nouveau tirage du catalogue provisoire en ajoute une sixième ; la Nativité , à M, G. Cornwall Legh.

mies, dans les yeux surtout, comme aussi dans les draperies, ornements et accessoires, il y a un mélange du génie mauresque avec le génie florentin; et, en effet, Lippi, ayant été lait prisonnier par les Maui'es, avait passé au milieu d'eux quelques années de sa jeunesse.

Son élève, Sandro Botticelli, continua la grandeur et Tétrangeté de ce style. Quatre Botticelli de premier ordre : une Vierge, presque de grandeur naturelle, en robe rose et manteau Lieu, agenouillée de profil, adore l'Enfant Jésus couché parmi des rosiers; à droite, des rochers; fond de ciel bleu. Cette Madone, aujourd'hui sur toile, doit avoir été enlevée de dessus un panneau; elle appartient à lord Northwick ; — l'Histoire d'Ulysse et des Sirènes (à la Liverpool Institution), peinture curieuse, mais un peu détériorée, qui semble, dit le catalogue , avoir fait partie d'un de ces grands coffres italiens qu'on donnait en présent pour renfermer les toilettes de noces; — une petite Madone avec l'Enfant et saint Jean (à M. W. Fuller Maitland, ainsi que le tableau qui suit); — une Adoration des bergers, d'une composition prodigieusement fantastique. Les anges introduisent cinq pasteurs dans l'étable à toit de chaume, sur lequel trois anges sont agenouillés. Derrière l'étable, beau paysage avec des arbres; mais dans le haut du ciel commence une autre région d'or et de lumière, où papillonnent douze anges, superposés en deux rangées, quoique formant une ronde, les bras entrelacés ; ils portent des palmes et des couronnes célestes qui pendent à des fils, comme des hameçons au bout d'une ligne; hameçons à prendre des

saints et dt^s martyrs. En avant de Tétable, sur un terrain très-fci ine qui continue le pajsage, les anges embrassent les hommes; il n'y a point de fennnes; mais peut-ôtre les anges sont-ils du sexe féminin. Ces couples qui s'embrassent symbolisent la réconciliation de la terre et du ciel. Toutes les ligures sojit grandement mouvementées, d'un jet Irès-fin et d'une extrême originalité. Couleur vigoureuse et brillante. Une longue inscription en grec donne la date de 1500. Le groupe principal est gravé dans l'ouvrage d'Oltley sur l'ancienne école florentine.

Gosimo Roselli appartient à celte pléiade des énergiques Florentins de la lin du xv* siècle. Un grand tableau d'autel [altar-piece)^ provenant de la célèbre collection SoUy et appartenant à M. Fuller Maitland, est intitulé le Sacrilice de la messe. Le ('hrisl, en longue robe noire, ornée de pierreries, met tout simplement les pieds dans le saint ciboire, sur lequel il apparaît, les bras étendus, dans la pose de crucilié. A gauche, saint Jean et saint Domini(]ue; à droite, saint Pierre et saint Jérôme sont agenouillés. Cette fantasmagorie est une idée digne de l'alchimiste passionné qui dépensait à la recherche du grand œuvre tout ce qu(i lui rapportait son art.

Un autre RoseUi, de 5 pieds carrés, avec figures de grandeur naturelle, est d'un caractère très-féroce. Il représente la Madone entre des aaiges, et de chaque côté deux saints dans des niches. Daté du 28 novembre 1443, et appartenant au révérend W. Davenport Bromley.

Mais, si curieux que soient les maîtres primitifs, il

faut parcourir brusquement ces pages d'introduction à la Renaissance, et tourner le feuillet. Pérugin, Léonard, Fra Bartolommeo, Michel-Ange, Raphaël, Andréa dcl Sarto, ne sont pas loin, dans cette série des écoles ombrienne et florentine.

Un petit portrait de jeune homme, en buste, d'un beau caractère, par Pietro délia Prancesca; — deux Nicollo Alunno, dont un au prince Albert; — un Pesellino, avec une architecture très-compliquée et des figures innombrables; — un Pollajuolo, figure de 3 pieds de haut, d'une anatomie savante et d'une franche tournure ; — trois Sano di Pietro, dont un au prince Albert : Madone à chairs verdâtres, Bambino avec une tunique de plein or, éraillé exprès comme par des coups d'épingle; — une Madone superbe, de PeseUi Pesello (à lord Ward), figures presque de grandeur naturelle, à mi-corps; l'Enfant tout nu; excellent paysage; — et bien d'autres, nous amènent au fameux Andréa del Verocchio, dont le Louvre ne possède pas de peintures.

On en voit une à Manchester, une seule, le maître est très-rare, et elle vient de la galerie du marquis de Westminster. C'est une Sainte Famille , de forme ronde ; diamètre 2 pieds et demi environ. Les figures sont de grandeur mi-naturelle. La Vierge est de face, en manteau bleu; à gauche, un ange présente à Jésus saint Jean agenouillé; à droite, un autre ang-e agenouillé porte dés fleurs. C'est très-beau, très-fort, très-savant, et bien précieux.

Le marquis de Westminster a aussi envoyé une Sainte Famille, ovale, d'un des élèves du Verocchio,

de Lorenzo di Credi ; et lord Overstone un Couronnement de la Vierge , par le même Lorenzo ; peinture de 3 pieds de haut sur 1 pied 5 pouces, et qui provient de la collection Rogers.

Nous tenons à présent Pérugin et Léonard, qui ont étudié avec Lorenzo di Credi chez le Verocchio.

Perugino, Léonard, Michel-Ange, Sebastiano del Piombo, Andréa del Sarto, fra Bartolommeo , Francia, etc.

Pérugin apparaît à l'Exhibition de Manchester avec tout son charme. M. Alexander Barker y a envoyé cinq petites peintures de predella, qui ont déjà été exposées à la British Institution, en 1852. Toutes ont la même dimension, environ 15 pouces de large sur 8, et représentent des épisodes de la vie du Christ : La Naissance, le Baptême, le Christ et la Samaritaine, dont l'université d'Oxford possède un dessin original à la plume, gravé par Pisher, et provenant des collections Ottley, Robert Udney et sir Thomas Lawrence; la Résurrection, avec les mêmes figures que dans la célèbre peinture de la galerie du Vatican ; et le Christ dans le jardin {noli me tangeré).

Tous ces sujets sont composés dans une symétrie parfaite': deux figures principales, hautes de 6 pouces, et de chaque côté, au second plan, deux figurines. Les unes et les autres sont dessinées avec une grâce, une finesse, un sentiment exquis; le fond est un paysage très-simple, très-tranquille, d'un ton lumi-

neux et d*une perspective déjà savante. Tout Raphaël est là dedans, dîi moins sa première manière, qui n'est pas la plus mauvaise, et je ne crois pas qu'il ait jamais rien fait de plus élégant et de plus tendre dans ce style-là.

On a beaucoup trop l'habitude de considérer les hommes de génie comme des météores détachés du système progressif de la vie. Il n'y a point dfe grand artiste qui soit son propre et unique créateur. On est toujours le fds de quelqu'un. Perugino a été la mère de Raphaël; c'est dans son sein que Raphaël s'est formé et qu'il a pris ses délicieuses quaUtés féminines. Je dirais volontiers aussi que Raphaël a eu plusieurs pères : Léonard et Michel-Ange entre autres. Angelico est son aïeul par les femmes; Masaccio par les mâles. Le Francia et Bartolommeo ne sont que les oncles de ce divin jeune homme, qui devait à son tour laisser une postérité si nombreuse.

Cette predella du Pérugin, en ses cinq petits cadres, peut compter comme un chef-d'œuvre. Ni l'Italie ni aucun musée de l'Europe n'ont rien de plus fin du maître.

Un autre Pérugin, capital comme dimension et qualité, est une Madone entre saint Jérôme et saint Pierre. Assise de face sur un trône, elle tient l'Enfant. Elle a une robe rose, et sur les genoux une magnifique draperie bleu foncé. Les saints sont debout, presque de grandeur naturelle. Ce tableau, haut de 4 pieds et demi sur 4 de large, appartient à lord Northwick, et vient de la galerie du duc de Lucques. C'est pour l'église Saint- Jérôme de cette ville qu'il a été peint. II en existe une gravure.

Une Vierge et un Saint Jean , petites figures à micorps dans des médaillons de 6 pouces de diamètre, appartiennent à lord Ward. Un huitième Pérugin, provenant de la collection Rogers, représente le Christ et quatre saints, à mi-corps, sur fond d'or. Appartenant à M. Francis Edwards.

De Léonard, le catalogue provisoire * enregistre neuf ouvrages , dont une « Mona Lisa , ou la belle Perronnière. » La Perronnière et la Joconde, c'est deux. Je n'ai pas pu découvrir ce phénomène, qui est pourtant certifié par M. Waagen, t. II, p. 243, suivant le catalogue. Mais il y a vme autre Mona Lisa tout court, qui appartenait autrefois au poëte Woodsv^orth, de qui la tient le propriétaire actuel, M. R. Tv^ining. On l'a placée dans un angle des plus obscurs, à 15 pieds en l'air. Ce n'est pas une présomption de beauté et d'authenticité. La véritable et incomparable Joconde (Mona Lisa) du Louvre a été copiée plusieurs fois dans l'école du maître. Si la Joconde de Manchester était une répétition {replico) et non une copie, elle oserait se montrer de près.

On a mis aussi tout en haut un grand Saint Jérôme dans le désert, tableau de 5 pieds sur 3 à 4, trèsnoir, avec un paysage très-compliqué, et qui serait daté 1465, selon le catalogue. Le Vinci est né en 1452. Passons, puisque nous ne pouvons pas voir par la peinture si la date est une faute typographique ^

1. Le dernier tirage du catalogue a un peu réduit ce nombre; pas assez. La Mona Lisa confondue avec la Joconde a disparu.

2. Le dernier tirage reproduit cette date, en ajoutant qu'elle est à\scvLXd.h\Q[questionahle).0\\ a songé sans doute à ce rapprochement de dates : 1465 et 1452.

Portrait de jeune homme, supposé être Antonio Beltraffîo, qui fut élève de Léonard; en buste, presque de face; mi-nature; longs cheveux blonds; pourpoint rouge à revers noirs. Ce portrait, qui n'est pas de Léonard, et que M. Waagen, dans la Revue universelle des Arts\ attribue à Beltraffîo lui-même dont il porte le nom, appartient au comte d'Elgin.

Une Madone, à M. J. W. Brett : la Vierge en buste, mi-nature, tient l'Enfant. C'est beau, mais c'est de Luini ou de quelque autre élève de Léonard.

Impossible de trouver une Madone avec l'Enfant et saint Jean, cataloguée comme appartenant à lady Dunmore. Un Léonard, cela se voit pourtant. Il faut qu'il n'y soit pas, ou qu'il n'en soit pas. Nous avons bien du malheur avec ce grand homme.

Voici pourtant un petit chef-d'œuvre, le seul Vinci authentique : Tête de Vierge, étude pour la Vierge aux Rochers, du Louvre. Ah c'est le maître, avec tout son sentiment, dans cette espèce de grisaille, dont le fond n'est pas même frotté. Panneau de 7 à 8 pouces carrés, tout au plus. Appartenant à M. Pi. S. Holford.

Il y a aussi un grand dessin de Léonard, Madone avec l'Enfant, appartenant au collège de Christ Church, d'Oxford; mi-nature; au crayon noir, estompé ; superbe morceau, aussi intéressant qu'une peinture. Mais qui pourra le voir? Il est par terre, entassé avec d'autres cadres, derrière des bancs, dans la petite galerie dé-

1. M. Waagen a rendu compte de l'Exhibition de Manchester dans le Kunsthlatt et dans la Revue universelle des Arts. Nous citerons quelquefois ces articles de journal , comme nous citons les livres de l'habile directeur du musée de Berlin.

serte> appelée Clock Gallenj , au-dessus delà porte d'entrée, où est l'horloge. C'est par là sans doute aussi qu'est caché un portrait de Lodovico Sforza, autre dessin original du Vinci, et qui appartient au même collège.

On attribue à Bernardino Luini, élève de Léonard, quatre tableaux : deux Sainte Famille, l'une à M. Abraham Darby, l'autre à M. Cormvall Legh; — un Mariage de sainte Catherine — et une Sainte Catherine entre deux anges (appartenant à M. P. H. Howard).

Le Mariage mystique de sainte Catherine est d'assez petite diaiension; la Vierge, à mi-corps, tient debout sur un parapet l'Enfant Jésus, à qui la sainte présente sa main déhcate.

Dans la Sainte Catherine entre deux anges, les figures, presque de grandeur naturelle, sont aussi à mi-corps. La sainte, vue de face, feuillette de ses deux mains un livre. Elle a de longs cheveux crêpés, une couronne de fleurs blanches et une auréole. C'est absolument le type des têtes du Vinci, au point que cette femme ressemble à Jésus disputant avec les docteurs, de la National Gallery de Londres (Léonard de Vinci, n^ 18).

M. Waagen, dans la Revue universelle des Arts, attribue cette belle peinture à BeUrafflo, dont l'Exhibition montre un autre chef-d'œuvre : une Madone, d'un dessin très-élégant, et tout encadrée d'étoffes d'or, sur fond d'or. C'est, dit M. Waagen, la meilleure œuvre du maître après la Vierge de la famille Casio, du Louvre (n« 71).

Trois Andréa Solario, une Madone, à M. R. S. Holford, une Fille d'Hérodias, à M. G. A. Hoskins et l'Ecce

Homo, appartenant autrefois, suivant le catalogue, au duc de Liancourt, et mentionné par Félibien comme le chef-d'œuvre du maître.

Parmi les élèves de Pérugin, on remarque le Pinturicchio : petite Vierge à mi-corps , avec le Bambino debout; fond de paysage.- Ce tableau, d'un style trèscaractérisé et assez étrange , appartient au prince Albert. Il doit être du commencement de l'artiste , qui suivit plus tard le style de son condisciple Raphaël.

Il va sans dire que nous réservons pour un chapitre spécial Raphaël, dont le catalogue enregistre trente ouvrages.

Mais voici Michel- Ange. Combien connaît- on de tableaux de Michel-Ange? Deux, à ce que je pense, outre ses fresques, et ils sont à Florence. L'Angleterre prétend toutefois en posséder plusieurs, et il y en a deux à Manchester : le Christ et la Samaritaine , grisaille, appartenant à la Liverpool royal Institution, et une Sainte Famille, appartenant à M. H. Labouchere.

Il est bien inexplicable qu'une de ces raretés, la grisaille, ait été reléguée dans un angle obscur, trèshaut, et hors de portée d'un examen sérieux. Un Michel- Ange devrait être sur un chevalet à part et dans la plus vive lumière. Comment M. George Scharf junior, qui, en général, a très-hitelligemment classé la collection des anciens maîtres, a-t-il laissé égarer dans l'ombre une telle merveille?

Le catalogue, si incomplet qu'il soit, donne pourtant les titres de cette peinture : elle était autrefois à Gapo di Monte , dans la collection du roi de Naples ; elle fat importée en Angleterre par Ottley, et figure

(n*^ 34) sur le catalogue de sa vente ; en 1811, elle a été gravée dans Landon, vol. I, pl. xlu, et authentiquée par M. Waagen, vol. III, p. 237. Elle paraît très-belle et d'une grande tournure, à la distance où on l'aperçoit. Les figures ont environ 18 pouces de haut. Le fond est un léger frottis de paysage, d'une teinte dorée et lumineuse.

L'autre tableau attribué à Michel- Ange est le premier qui m'ait « sauté aux yeux » et qui m'ait arrêté lorsqu'il fut permis, le jour de l'inauguration, de traverser rapidement les salles , à la suite du prince Albert. On n'avait pas encore de catalogue, et, à mon idée, cette superbe Madone devait tenir en effet de très-près au Buonarroti; il me semblait qu'il devait en avoir inspiré le dessin, et que la peinture pouvait être d'un des Ghirlandajo.

Or précisément le catalogue , tout en attribuant à Michel-Ange cette Madone qu'il appelle une Sainte Famille, ajoute : « achetée comme une œuvre de Ghirlandajo (Domenico?), mais considérée maintenant comme une production de son illustre élève. — Waagen, vol. II, p. 417. » Il faut croire que c'est M. Waagen qui a pris sur lui cette rectification un peu hasardeuse ^ Des analogies de style et même d'exécution ne suffisent pas à garantir qu'une peinture soit de tel maître. Peut-être le grand catalogue explicatif, qu'on attend toujours, fournira-t-il quelques documents, quelques

1. M. Waagen raconte, en effet, dans la Revue universelle des Arts , que c'est lui qui , le premier, restitua cette Madone à Michel- Ange, et que son opinion a été confirmée par de savants connaisseurs.

traditions qui éclairciront Torigine de ce chef-d'œuvre, laissé inachevé par une des mains les plus vaillantes de Fécole florentine.

Les figures sont de grandeur mi-naturelle et en pied. La Vierge est assise, de face, tenant de la main droite un livre que Jésus, debout devant elle et de profil, montre au petit saint Jean. Sa robe, d'un rose camélia, laisse voir un des seins entièrement nu et modelé comme dans le marbre ; un manteau , gris de fer à reflets d'argent, est accroché sur l'épaule et descend jusqu'à terre en formant de magnifiques phs. Derrière saint Jean, à droite, deux anges debout, l'un de profil, l'autre de face, bras et jambes nus, draperies du même ton que la robe de la Vierge. A gauche est une légère indicafion de deux autres anges debout. Les chairs, tètes, bras et jambes de ces deux figures sont seulement préparés par un frottis verdâtre, les plis des draperies griffonnés par quelques traits avec une pointe sur le fond, qui est une sorte de mastic blanc mat. Le haut des cheveux de la Vierge est aussi laissé en ébauche sur le fond blanc.

Je ne connais pas de peinture d'un plus haut caractère ni d'une exécution plus ferme. On dirait un de ces groupes polychromes que les Grecs du bon temps exécutaient avec des métaux et des pierreries. Les formes sont accusées avec une volonté savante jusqu'à l'infailUbilité. C'est sans doute cet accent de la forme, qui a déterminé le docteur Waagen, ou tout autre, à restituer ce chef-d'œuvre au Buonarroti. Mais cependant la tranquillité de la pose n'est point du tout michelangesque. Il faut bien avouer que Michel-Ange

est toujours un peu tourmenté. Ses figures se remuent trop, et jusque dans les muscles, quand ce n'est pas par hasard dans l'attitude générale. Il n'est guère antique dans la combinaison de ses lignes, qui souvent se heurtent et se brisent. LePensieroso lui-même, du tombeau de Jules II, quoique dans l'attitude de la méditation, a des tortillemenîs dans l'épaule et dans les jambes.

Au contraire, la Madone de Manchester est sobre et simple; elle a tout le grandiose du style de Michel- Ange, sans en avoir les exagérations. Une seule partie est assez maladroitement exécutée : les cheveux des enfants et des anges sont lourds et plaqués en boucles compactes. Mais peut-être y a-t-il des repeints à cet endroit, car les cheveux de la Vierge n'offrent pas la" même imperfection.

Eh bien! de qui est donc cette Madone, si elle n'est pas de Michel- Ange? Serait-elle de Domenico Ghirlandajo, ainsi qu'on l'a cru longtemps? Peut-être. Mais alors, et c'est probable , ce Domenico, qui mourut vers la fin du xv^ siècle, aurait été non-seulement le maître, mais l'initiateur de Michel-Ange, ainsi que nous le remarquions tout à l'heure de Pérugin pour Raphaël ; car toute la force de Michel-Ange est dans cette Madone, comme toute la grâce de Raphaël est dans Pérugin.

Les élèves, les imitateurs, les concurrents de Michel- Ange sont nombreux à l'Exhibition de Manchester. Nous en citerons quelques-uns.

Rodolfo Ghirlandajo, fils de Domenico. On lui attribue un portrait de Copernib tenant dans la main droite un planisphère et dans la main gauche un papier.

Grandeur naturelle, à mi- corps. Peinture assez lourde et sans caractère. Pour justifier Fatlribution, le catalogue dit que Copernic était à Rome en 1500. Ce n'est pas une raison. Rodolfo n'avait alors que dixhuit ans.

Baccio Bandinelli. Un portrait de vieillard. On n'y retrouve pas la fougue de ce maître demi-fou.

Sebastiano del Piombo. Un triptyque et un portrait, assez contestables; mais une Sainte Famille très belle, avec saint Jean-Baptiste. La Vierge, vue jusqu'aux genoux, presque de grandeur naturelle, appuie sa main sur l'épaule du donateur. Peinture un peu noire, mais de grand style; appartenant à M. Thomas Baring. Ce n'est pas là toutefois qu'il faut voir Sebastiano; c'est à la Galerie nationale de Londres, dans sa célèbre Résurrection de Lazare, pour laquelle Michel-Ange lit plusieurs dessins.

Marcello Venusli. Le Sommeil de Jésus, d'après Michel- Ange ; gravé par Charles Pye ; — et laFlagellation du Christ, copie de la fresque de Sebastiano del Piombo, peinte à Rome d'après le dessin de Michel- Ange, et gravée dans Landon, vol. II, pl. vi.

Daniel de VoUerre. La Mise au tombeau, provenant de la galerie de Florence; imjDortée en Angleterre par M. SoUy, et appartenant à M. W. Angerstein. C'est grand e{ superbe. Michel-Ange doit en avoir donné le dessin.

Vasari.La Mort de Cléopàtre. Peinture savante, mais lourde.

Pontormo. Un chef-d'œuvre, appartenant à la reine. C'est un des meilleurs tableaux de Hampton Court,

Vénus et l'Amour. Grande femme nue, couchée en cercle sur une draperie bleue; sa jambe droite est repliée; de son bras droit avancé elle montre une sorte de piédestal sur lequel est une coupe pleine de fleurs, et auquel est appendu l'arc de Gupidon, avec deux masques, dont un masque de satyre. L'Amour ailé et tenant ses flèches se penche sur Vénus et l'embrasse. Son pied gauche pose sur une éminence que la géographie mythologique appelle le mont de Vénus. Tout est permis à cet enfant terrible de la déesse. Oh ! la belle déesse! oh! le magnifique torse! le bel élan des longues jambes et des bras irrésistibles! Fond de paysage très-simple et ciel extrêmement fantasque, qui fait valoir la figure. Gela rappelle la superbe femme qui représente la Nuit au tombeau de Jules II.

Et en e0*et c'est Michel- Ange qui donna au Pontormo le carton de celte Vénus, pour les peintures décoratives du palais de son ami Bartolommeo Bettini. Vasari en parle dans la Vie du Pontormo et dans celle de Michel- Ange. Le grand-duc de Florence acquit la première peinture qu'en fit le Pontormo et la conserva à Florence. Achetée par l'Angleterre, elle fut exposée en 1834 à Essex House, à Londres. On allait la mettre en loterie et les billets étaient déjà distribués, quand la reine Carohne en donna 1000 liv. st. Gravée dans Landon , vol. II , pl. xvu.

Du Bronzino, qui fut élève de Pontormo et sectateur de Michel-Ange , il y a deux portraits de Cosme P% grand-duc de Toscane : l'un, au prince Albert; l'autre, vigoureux, mais un peu grossier, à M. Holford. — Waagen, vol. II, p. 195.

Une série de chefs-d'œuvre maintenant. Andréa del Sarto, huit tableaux :

Deux Sainte Famille, l'une, avec saint Jean-Baptiste et sainte Elisabeth , provenant de la collection de Charles 1"^^ et appartenant à M. Warren Vernon; l'autre, appartenant à sir Humphrey de Trafford. Toutes deux paraissent admirables, mais malheureusement on les voit à peine, à la hauteur où elles sont.

Un portrait de femme en robe rouge, appartenant au comte Cowper, et vanté par MM. Passavant et Waagen.

Le portrait d'André, par lui-même, en buste, de grandeur naturelle, tourné de trois quarts à gauche. Douce tête de dix-huit ans, qui ressemble un peu au portrait de Jeune homme (n" 385 du Louvre) par Raphaël. André a les yeux bleus; les cheveux longs , tombant droit. Il porte une toque noire et un pourpoint noir, taillé carrément à la poitrine. On aperçoit un bout de main droite , tenant un papier, « une lettré qu'il vient d'écrire, » dit le catalogue. Toute la gauche du visage est en lumière. Le fond sombre, uni, s'éclaire un peu à droite. C'est une merveille de modelé et de tendre expression, qui rappelle beaucoup la Joconde et qui se tiendrait très-honorablement à côté du chef-d'œuvre de Léonard. Toile ovale, de 2 pieds sur 16 pouces environ. Appartenant au comte Cow^per.

A lui encore appartiennent trois déUcieux André del Sarte qui doivent avoir fait partie d'une predella.

1. Il y avait dans la collection de Charles I" deux Sainte Famille d'Andréa del Sarto , l'une qui fut payée 230 £ , et qui est aujourd'hui à Madrid, Tautre — est-ce celle-ci? — qui fut payée 174 £.

L'un, de 5 pieds de long sur 10 pouces de haut, représente Joseph reconnu par ses frères. Joseph est assis à gauche, de profil, sur une sorte de trône, et il parle; groupes d'hommes qui se prosternent devant lui. A droite, dans une espèce de cirque au miheu duquel est une statue, des hommes chargent des sacs. Environ trente figures plus ou moins grandes.

Les deux autres, qui se font pendant et n'ont qu'environ 1 pied et demi de haut sur 15 pouces, ne sont pas catalogués ^ Je ne saurais dire quels soiU ces sujets de la Bihle; on en trouverait certainement l'indication dans l'œuvre gravé d'André. L'un représente une foule au bas d'un édifice, précédé d'un escaher où montent des hommes et des cavahers. L'autre, un édifice avec un escalier sur les degrés duquel deux soldats entraînent deux hommes; tout en haut, deux soldats terras-sent un homme qui se débat; en avant à droite, troisième groupe de soldats tourmentant un martyr. A gauché , groupe principal de deux personnages à turban et d'une femme, qui boivent dans des coupes, près d'une colonne surmontée d'une statue. Tout cela se rapporte sans doute à la persécution des premiers chrétiens. Le dessin des figures, un peu allongées, est d'une suprême élégance; la couleur harmonieuse est très-riche. Première qualité du maître, en ce genre-là.

Ce n'est pas tout : l'André del Sarte de lord Hertford, Sainte Famille, provenant de la galerie Aldobrandini, est encore un des beaux qui existent. Peut-être est-il

1. Le second tirage du catalogue enregistre ces deux tableaux sous le titre : Sujet de la légende (a legendanj suhject). Nous ne sommes pas plus avancés.

connu à Paris, qui a d'ailleurs aussi son chef-d'œuvre d'André, la Charité, et deux grandes Sainte Famille {W' 437, 438 et 439 du Louvre).

La Sainte Famille appartenant au marquis de Hertford est peinte sur bois. Les figures sont à peu près de grandeur naturelle. La Vierge, assise par terre, un bout de pied mignon passant sous son jupon bleu, tient de la main gauche l'Enfant nu et vu de profd ; il a déjà quatre ou cinq ans. Près de lui, le petit Jean- Baptiste; au-dessus, une autre figure à draperie verte et trois figures dans l'ombre. La moitié gauche du fond est occupée par un pan de rocher clair ; la moitié droite, par un paysage, avec un moine dans le lointain. Dans le ciel, un petit ange apparaît, jouant du violon. Sentiment, charme, style, couleur, conservation, tout est parfait.

Encore un autre grand maître : fra Bartolommeo. quatre tableaux.

Une Madone avec l'Enfant, entourés de saints; pro-^ venant de la collection Solly et appartenant à M. George A. Hoskins. 5 pieds 9 pouces sur 4 pieds 9 pouces.

Un Mariage de sainte Catherine, figurines en pied.

Une Sainte Famille avec saint Jean-Baptiste. La Vierge, presque de grandeur naturelle , est assise de face, en corsage rouge et jupon bleu. Elle tient sur son giron le Bambino tout nu, qui reçoit du petit Jean- Baptiste la croix symbolique. A gauche, Joseph est assis sous un palmier; entre sa tète et cehe de la Vierge, qui se dessine sur une ruine d'architecture, on aperçoit un paysage avec une ville , et sur la droite un chemin avec l'épisode de la Fuite en Egypte, représen-

48 LES MAITRES ANCIENS. y

téepar des figurines. Ce tableau, gravé plusieurs fois, a été justement vanté par MM. Waagen et Passavant. Toujours à Theureux comte Covs^per, qui possède aussi, nous le verrons tout à l'heure, les deux plus belles Madones de Raphaël.

Le catalogue attribue encore à la collaboration de fra Bartolommeo et de Raphaël une grande Ascension de la Vierge, de 6 pieds carrés. Je ne sache pas que Raphaël et son ami le frate aient jamais peint de tableau ensemble, et M. Passavant n'en fait aucune mention dans son excellente Histoire du Sanzio. La Vierge est en l'air, dans une gloire, le pied sur une tête de chérubin, deux autres chérubins à ses côtés; en bas, près du tombeau rempli d'un buisson de fleurs , deux saints agenouillés et deux saints debout. Têtes, draperies, cela paraît excellent, mais par malheur c'est placé sous la frise. Provenant de la cathédrale de Pise, puis de la collection Solly, et appartenant aujourd'hui au comte de Warwick.

Dans l'ordre du catalogue, Prancesco Francia ne vient qu'après les écoles florentine, romaine, vénitienne et autres , en tête de la dernière école célèbre, l'école bolonaise. Mais comme l'iUustre orfèvre de Bologne est de la pléiade qui a contribué à former Raphaël, et qu'il n'y avait point d'ailleurs d'école bolonaise distincte des autres à la fin du xv^ siècle et au commencement du xvi% nous classerons ici le Francia parmi ses contemporains, avec lesquels il a tant d'analogies.

L'Exhibition de Manchester compte plus d'une demidouzaine de Francia : un portrait d'homme, de la

collection SoUy ; — une Madone avec l'Enfant, à M. Daniel Lee; — une Sainte Famille, à lordWard, mentionnée par M. Waagen; — une Madone, à lord Norlhwick, attribuée par le même écrivain au Spagna, — et trois autres tableaux de premier ordre.

V Le Baptême du Christ, signé francia avrifex, de la galerie de Hampton Court. 5 pieds de haut sur 3 et demi de large. Le Christ, un peu plus petit que nature, debout, de face, nu, avec une ceinture bleue, les mains jointes, se tient, sans enfoucer, sur l'eau du Jourdain, qui reflète la colombe céleste planant dans une gloire radieuse au ciel. Jean-Baptiste, agenouillé, prend de Feau dans une écuelle de bois. Derrière lui, deux anges. Au second plan, quatre petites figures de baptisés, dont l'un se rhabille. Trèsbeau fond de paysage. C'est aussi fort que Pérugin, ou que Raphaël dans sa première manière.

2*» Autre Baptême, en petit : 1 pied et demi de large sur 10 pouces de haut. Les figures n'ont pas plus de 5 pouces de proportion. La composition est assez différente de celle du tableau précédent. Saint Jean verse de l'eau sur la tête du' Christ qui est entré à mijambe dans le Jourdain. Les anges qui accompagnent saint Jean ont de grandes ailes et de grandes draperies. A droite, deux hommes à turban. Paysage riche et lumineux, où Ton voit deux cavaliers en miniature, entrant sous une porte en arc de triomphe. Ce petit bijou, provenant de la collection Coningham, appartenant à M. Labouchere et mentionné par M. Waagen , est placé tout près de la série des petits Pérugin et n'est pas moins admirable. C'est le même sentiment

tendre et distingué, la même élégance de dessin, le même éclat et la même harmonie de couleur.

3" Enfin, un Saint Roch, tableau de 7 pieds sur 4, et qui porte aussi sur une pancarte : francia avrifex , avec une date 14..; je n'ai pas pu lire les deux derniers chiffres. Appartenant à sir W. R. Parquhar.

Il faut noter que Francia est un maître très-rare, outre qu'il est plein de grâce et de science. Le musée du Louvre ne possède point de tableau de lui, et c'est à tort, suivant nous, qu'on attribue à Torfévre de Bologne, dans le nouveau catalogue (1855), le petit portrait de Jeune homme (n° 318), qu'on a successivement attribué à Raphaël, au Giorgione, à Sebastiano del Piombo. Ces deux derniers maîtres ne ressemblent guère au doux Francia, très-éloigné delà pratique vénitienne , quoique son coloris ait de la vigueur.

Pour connaître le Francia, il faut le voir dans ses exemplaires de Manchester, et aussi dans ses deux chefsd'œuvre de la National Gallery de Londres, n°' 179 et 180, sans parler de ses nobles productions conservées en Italie.

Raphaël.

De Raphaël véritablement capital, il n'y en a point à Manchester. On peut même dire que l'Angleterre n'en possède aucun, sauf les célèbres cartons conservés à Hampton Court. La National Gallery n'a que deux petits morceaux de la première manière, plus une répétition du portrait de Jules II et un fragment du carton du Massacre des Innocents. Ah! s'il y avait eu des Raphaël en circulation , depuis que l'Angleterre s'est mise à accaparer les chefs-d'œuvre de toutes les écoles, elle les aurait exportés du continent, comme elle a fait pour les Velasquez et les Murillo, les Poussin et les Claude, les Rembrandt et les Hobbema, etc. Mais les Raphaël sont immobihsés dans les musées de l'Italie, dans les musées de Madrid, de Dresde, de Munich, de Vienne, de Beriin, de Paris. L'orne suffît pas à les conquérir. Il n'y aurait désormais qu'un moyen de se procurer des Raphaël de grande importance : ce serait de les capturer par le droit de la guerre , comme fit, au commencement de ce siècle, un vaillant

peuple, que le droit des gens a forcé néanmoins à une restitution légitime. Capturer est aussi en Angleterre un mot \rèS'?'especfable, comme ]e mot importer, et, sur le socle de la Pierre de Rosette, auBritish Muséum, on peut lire : « Captured in Egypt by the british army, 1801. » Il manque seulement une note analogue sur les marbres du Parthénon, captured par lord Elgin.

Mais , sur les trente Raphaël exposés à Manchester, une douzaine sont extrêmement intéressants pour l'histoire du développement de ce rare génie; trois ou quatre sont d'une beauté ravissante, sans avoir une valeur considérable dans l'œuvre; quelques-uns sont contestables; plusieurs sont inadmissibles, malgré tous les certificats.

Le premier dans l'ordre chronologique est le grand Christ en croix, provenant de la galerie du cardinal Pesch, et appartenant à lord Ward. Aux pieds de la croix, la Vierge et saint Jean debout, la Madeleine et saint Jérôme agenouillés. Ces quatre figures, très-allongées, sont disposées dans une symétrie parfaite; comme types, elles sont absolument conformes au style duPérugin, et elles rappellent, sans avoir la même beauté, celles du Pérugin (n° 288) de la National Gallery, tableau en trois panneaux, acquis du duc Melzi de Milan, et auquel, selon M. Passavant et autres critiques compétents, Raphaël aurait travaillé avant 1503. Dans le ciel voltigent de petits anges très-élégants. Sur le bois de la croix est écrit en grosses lettres : raphael, VRBiNAs. p. Cette inscriptioQ ne semble pas très 'Catholique, soit qu'elle ait été retouchée par les restaurateurs, soit qu'elle ait été ajoutée. Mais il est constaté

que ce tableau a été peint en 1500 pour l'église des Dominicains de Gitta di Castello. Raphaël n'avait pas encore dix-sept ans. On s'en aperçoit à la faiblesse de certaines parties, spécialement au dessin des extrémités. Mais il y a déjà beaucoup de sentiment et de tournure. Certifié par M. Waagen et gravé par L. Gri'iner, pl. vi, dans l'ouvrage de Passavant.

Si quelqu'un fait autorité sur Raphaël, c'est sans contredit M. Passavant, dont le livre, qui a obtenu un succès européen, va enfin être publié en français par la maison Renouard, édition toute nouvelle, perfectionnée par l'auteur, revue et annotée par le bibliophile Jacob. Ce travail, auquel M. Passavant a consacré dix années de sa vie, a le grand mérite de présenter la succession chronologique des œuvres de Raphaël dans ses trois ])ériodes. C'est à M. Passavant surtout que nous nous en rapporterons pour cet examen des Raphaël de Manchester.

Après le Christ de 1500 viennent l'Assomption de la Vierge (1504), de fra Bartolommeo, à laquelle le jeune peintre d'Urbin est censé avoir collaboré , et trois petits tableaux de predella, exécutés vers 1505.

L'Agonie dans le jardin des Oliviers , appartenant à Miss Burdett Coutts. Petit panneau de 8 pouces sur 7. Le Christ, à genoux et de profil, est tourné à droite ; il a de longs cheveux tombant sur ses épaules et une petite barbe très-pointue; sa robe est d'un gris violacé. Un petit ange dans le ciel lui présente le calice. Devant le Christ sont deux apôtres couchés et endormis; derrière lui, un tronc d'arbre. Les figures ont environ 5 pouces de proportion. C'est très-

sévère, très-mélancolique, très-beau. Ce morceau de preclella faisait partie d'un tableau d'autel, peint en 1505 pour les religieuses de Saint- Antoine , à Pérouse. Provenant des collections du duc d'Orléans, où il fut vendu 42 guinées, et de Samuel Rogers. Gravé dans la Galerie d'Orléans. Cité parLandon, par Jameson [Galeries particulières), par MM. Waagen et Passavant.

Le Christ mort, sur les genoux de la Vierge; appartenant aussi à une dame, Mrs H. Dawson. C'est un autre morceau de la même predella; 9 pouces de largeur sur 6. La Vierge est assise de face, au milieu d'un fin paysage. Sur son giron est étalé en travers le Christ tout nu. La disposition de ce groupe rappelle beaucoup la Mère de douleur, de Michel-Ange. A droite, la Madeleine prosternée baise les pieds du Christ, dont saint Jean, agenouillé à gauche, soutient le torse. Deux apôtres debout, à chaque côté. Figures d'environ 4 pouces. Ce petit bijou a passé dans les collections de Christine de Suède, du duc d'Orléans \ du comte Rechberg de Munich, de sir Thomas Lawrence et de Mrs Whyte. Gravé dans la Galerie d'Orléans, Décrit par MM. Waagen et Passavant.

La Vierge secourue par trois saintes femmes, près de l'entrée du tombeau. Saint Jean, debout, pleure. Paysage très-étudié, avec une ville entourée d'eau sur laquelle flotte un petit navire. A l'horizon, montagnes d'un bleu très-vif. Ce panneau, haut d'environ 1 pied sur 8 pouces , a dû appartenir aussi à une predella, peut-être à la même que les deux sujets précé-

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