‹ Trésors da̕rt en AngleterreChapitre 7 sur 32 · La Junon fut payée seulement 50 £ et la Léda · texte numérisé non relu

La Junon fut payée seulement 50 £ et la Léda

près d'elle, le divin cygne; à gauche, une autre figure de femme, une suivante, penchée et vue en raccourci. La Léda et la grande Muse debout sont des chefsd'œuvre de science anatomique et de correction dans les contours.

Une petite merveille de couleur et de mouvement : l'esquisse du Miracle de saint Marc, dont le tableau, long de 20 pieds, est une des gloires de l'Académie des beaux-arts, à Venise. Provenant des collections Ottley et Samuel Rogers, et appartenant à Miss Burdett Coutts.

On a remarqué sans doute que nous citions souvent les galeries de Charles P% du duc d'Orléans, de MM. Ottley, Rogers et autres. Le comité de l'Exhibition de Manchester s'est attaché, en effet, à rassembler les tableaux de ces collections fameuses, éparpillés aujourd'hui dans les demeures de l'aristocratie anglaise; il y a réussi assez bien, comme on s'en aperçoit. La constatation de ces nobles origines suffirait à détruire les insinuations de certains chroniqueurs de la presse du continent, qui s'efforcent de faire croire, sans y avoir été voir, que l'Exhibition de trésors d'art ne mérite pas ce titre pompeux. C'est là pourtant une recommandation expresse pour une peinture, que d'avoir passé dans de pareilles galeries. D'où viennent donc la plupart des chefs-d'œuvre du Louvre? De la collection de Charles par le banquier Jabach et par Mazarin : l'Antiope du Corrége (n° 28); le Christ porté au tombeau, Jupiter et Antiope, ou la Vénus del Pardo, les Pèlerins d'Emmaûs et la Femme à sa toilette, connue sous le nom de la Maîtresse du Titien (n°» 465, 468, 462, 471); le portrait de

Baldassare Gastiglione, par Raphaël 383) ; et les Jules Romain, et les Guide, etc.

De la galerie d'Orléans, nous avons à Manchester quatre Véronèse : le Respect, l'Amour heureux, le Dégoût, rinfidélité^ pendants de 5 pieds 10 pouces, en carré , appartenant au comte de Darnley. Ces compositions, destinées à des plafonds et pleines de tours d'adresse dans les raccourcis, ne sont pas très-heureuses; il y a de belles parties cependant : la femme couchée, dans le Respect, et la femme vue de dos, dans rinfidélité.

Le comte de Yarborough a envoyé trois autres Paul Véronèse : les Vendeurs chassés du temple ; — une Nymphe , de grandeur naturelle , qui cherche à s'enlever une épine du pied ; — et une Rebecca à la fontaine, petit tableau très-clair, d'une touche très-légère et très-spirituelle ; malheureusement le ciel est un peu repeint, mais la figure de la femme est très-élégante et très-belle. Exposé à la British Institution en 1856.

Au Christ Church Collège, d'Oxford, appartient un Mariage de sainte Catherine ; — à M. W. Angerstein, une superbe Diane avec Actéon.

Enfin, un bijou : la Madeleine parfumant les pieds du Christ. C'est aussi une petite esquisse, assez terminée, qui, comme le Miracle de saint Marc, du Tintoret, provient de la collection Rogers , et appartient à Miss

1. Ces quatre tableaux , qui étaient estimés 150 à 200 guinées chacun , furent vendus 60 , 46 , 45 et 39 guinées , ensemble 189 guinées. Quand nous citons ces prix d'autrefois, il faut songer à la différence des valeurs monétaires, et aussi à l'élévation du prix des tableaux depuis le xviii* siècle.

Burdett Goutts. Miss Burdett a bien du goût ! Son petit tableau, gravé dans Y École italienne, d'Hamilton, cité dans les Galeries particulières, de Jaineson, exposé à la British Institution en 1854, est une variante du grand tableau nommé généralement le Souper chez Lévy, et conservé aussi, je crois , à l'Académie de Venise, quoique le catalogue dise au palais Durazzo, à Gênes. Dans l'esquisse, comme dans la composition capitale, une des figures paraît être le portrait du ^ Titien.

Véronèse clôt l'école vénitienne du grand siècle. Après lui, il y a bien encore quelques générations de peintres habiles, notamment, au xvui^ siècle, Tiepolo et Ganaletti, dont on a réuni quantité de vues\ en manière de décoration , hors du sanctuaire, à la montée de la Clock Gallery. Mais nous ne pouvons indiquer ici que les maîtres de premier ordre ou les œuvres curieuses et rares.

1. Ces grands Ganaletti sont cependant très-curieux. Plusieurs furent peints par Ganaletti à ses voyages en Angleterre, et représentent des vues de Whitehall, de Saint-James Park, des jardins de Richmond sur la Tamise , de Northumberland House , etc. . ils appartiennent toujours aux familles qui les ont fait faire , et qui les payèrent très-cher : aux ducs de Northumberland, de Richmond, de Buccleuch , etc. Les autres sont des vues de Venise, appartenant au comte 'de Craven, à lord Hatherton, etc.

École de Parme : Corrége , etc.

Pour Corrége, il en est de même que pour Raphaël : on n'en trouve plus guère à acheter depuis des siècles. La National Gallery cependant, quoique de formation récente (1824), en a quelques-uns : trois originaux, et trois copies qui ont passé longtemps pour des originaux.

Mercure instruisant Cupidon en présence de Vénus, adorable chef-d'œuvre dont la galerie d'Orléans possédait une belle copie , gravée comme original par Le Villain, en 1786. La Vénus, debout et toute nue, a des ailes. C'est, avec l'Antiope du Louvre, une des plus ravissantes femmes que le Corrége ait peintes. Ce tableau, gravé par Arnold de Iode, en 1667, a fait partie de la collection de Charles 1^% qui le tenait du duc de Mantoue ; à la vente du roi d'Angleterre , il fut acheté 800 liv. st. par le duc d'Albe. Il était, en 1808, à Madrid, chez le prince de la Paix. Lors de l'invasion française. Murât l'emporta à Naples, et, plus tard, sa veuve le vendit au marquis de Londonderry, avec l'Ecce Homo , qui est aussi maintenant à la National

Gallery, et qu'Augustin Carra che a gravé en 1587. M. Waagen fait le plus prodigieux éloge de cet Ecce Homo, où il y a pourtant des parties bien dures et même bien vulgaires. Il faut que Raphaël Mengs ait eu raison quand il a supposé que cette peinture était des premiers temps du maître. La National Gallery a payé ces deux tableaux 11 500 liv. st, au marquis de Londonderry, en 1834. Heureusement que la Vénus toute seule vaut ces 290 000 francs.

Le troisième Gorrége de la National Gallery est la petite Sainte Famille, dite la Vierge au Panier, dont il y avait aussi à la galerie d'Orléans une excellente copie*, aujourd'hui chez le comte d'ElIesmere (Bridgewater Gallery). Le petit bijou original, haut de 13 pouces et large de 10, a été gravé par Diana Ghisi en 1577, par Aquila en 1691, et par bien d'autres. H fut acheté 80 005 fr. à la vente Laperière par M. Nieuw^enhuys le père, qui le revendit 3800 liv. st. (environ 95 000 fr.) au gouvernement anglais, en 1825.

Les trois copies sont deux grandes toiles ^ avec des Têtes d'anges (autrefois dans la galerie d'Orléans), d'après la fresque du dôme de Parme; — et un petit panneau de l'Agonie du Christ dans le jardin des Oliviers. Sur la déclaration des peintres Benjamin West et Thomas Lawrence que c'était un original , M. J. J. Angerstein avait payé 2000 liv. st. (plus de 50 000 fr. !) cette copie, qui n'est même pas belle , et qui semble avoir été faite par un Flamand.

Page 1