CHASSES, CROIX, RELIQUAIRES ET CALICE DE L AUTEL SAINTE-CROIX
tabernacle de cuivre doré auquel est une image de Notre-Seigneur entre deux anges d’ar- ■ gent dore, posé sur l’autel de Sainte-Croix ; du Idon de Jean de Séry (J) , chanoine de Reims.
Item, sur le haut du dict autel est un tableau de Notre-Dame, tiré sur celui qui est à Sainte- Marie-Majeure à Rome, fait par saint Luc (2). Le dit tableau est enchâssé dans une moulure de bois , couverte de feuilles d’argent blanc, du don de monseigneur Charles , cardinal de Lorraine, archevêque de Reims.
Item, sur le tombeau du dict seigneur, cardinal de Lorraine, qui est derrière le dict autel et tenant à icelui , est une croix d’argent
(1) De Chehery. D. — 11 a été plus haut parlé de ce chanoine et de ses libéralités.
(2) Cette prétention de l’église romaine a été depuis long-temps réduite à sa juste valeur ; c’està-dire qu’il est reconnu que le portrait dont s’agit remonte simplement à une haute antiquité. Saint Luc n’était pas peintre. 11 fut médecin avant d’étre apôtre et évangéliste.
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doré (1) , avec l’histoire de la passion ; du don dudit seigneur cardinal , laquelle croix était jadis comme il suit :
Il y a (2) quatre émaux où sont les quatre évangélistes. Le crucifix, quatre anges, l’escriteau , la Magdelaine , Notre-Dame et saint Jean, montés sur deux colonnes; au pied joignant la dite Magdelaine, il y a une boite d’argent doré , quatre priants aux quatre coins ; deux gendarmes à cheval tenant chacun une lance en l’une desquelles est un étendart, l’ un ayant une épée et l’autre non; 8 gendarmes à pied, trois desquels sont armés, savoir : l’un d’une lance avec une éponge au bout , le second d’une hallebarde , et le troisième d’une pique ; lesquels ont chacun une espée ; au côté de Notre-Dame , il y en a un qui tient une épée à deux mains; au devant du pied de la croix, il y a deux anges ayant chacun deux aisles, et tenant chacun une palme, au milieu desquels est un pillier qui soutient une table où sont plusieurs reliquaires avec les reliques suivantes, savoir ; De cruce Domim , de Arundine , de Corona, de Vesti, de Sepulchro , de Sudario Dni , de Yircja Moysi , de Sevulchro sancti Hieronimi. Sur la terrasse de la croix sont une teste de mort , l’os d’une cuisse, une épaule, une mantibule , et au derrière huit lézards, le tout d’argent doré; plus un soubassement auquel sont huit armoiries de Lorraine élevées garnies du chapeau de cardinal ; au dessous du dict soubassement sont douze pyramides ; le tout pesant cent vingt-neuf marcs quatre onces (3j.
Le pied de la dite croix a été vendu pour la nécessité de la fabrique , au lieu duquel en a été fait un autre de bois doré de même façon que la précédente.
La croix susdite du don de Monseigneur cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, avec l’histoire de la Passion , le tout d’argent doré, est à présent en l’état suivant :
Il y a quatre émaux où sont les quatre evangelistes , le crucifix, quatre anges et l’escriteau , pesant vingt-un marcs une once ; la Magdelaine pèse deux marcs une once six grains ; la Notre-Dame deux marcs sept onces ; le saint Jean deux marcs sept onces ; les deux colonnes cinq marcs deux onces ; la boite de la Magdelaine une once trois grains ; deux gendarmes à cheval huit marcs et demi ; six gendarmes à pied sept marcs et demi ; six anges avec un pillier portant
(1) Cette croix donnait son nom à l’autel , qu’on appelait aussi l’autel du cardinal; il était dans l’arrière-chœur ; il a été rétabli depuis la révolution.
(2) Ce passage est sans doute copié dans un ancien inventaire. Il faut lire : il y avait , puisque les détails qui vont suivre n’étaient déjà plus exacts au temps de l’inventaire.
(5) Il y avait alors vingt-quatre figures. La croix était haute de quatre pieds.
un reliquaire, six marcs, y compris le verre et le carton à reliques. La robe de Notre-Seigneur sur laquelle sont trois dez avec une teste de mort au pied de la croix , pesant six onces et demie. Trois priants pesant deux marcs cinq onces. Le tout montant à 59 marcs six onces cinq trézeaux.
Item, sur le même autel , au devant de la dicte croix , sont trois châsses ou üertes, savoir : l’une du coté du palais archiépiscopal, de bois peint et doré en partie, dans laquelle sont les testes, des ossements, veslements et cendres de saint Albert, évêque et martyr, et autres saintes reliques quorum nomina ignorantur (1), desquelles on a vendu l’argenterie au temps passé par le commandement des rois.
La seconde, posée au milieu sur le haut du dict autel, est couverte de lames d’argent avec les garnitures de cuivre doré, laquelle est portée'aux processions des Rogations, dans laquelle est un procès-verbal laict en 1470 par l’archeveque Juvenal des Ursins (2), signé Yitrary, grelïier du Chapitre, qui porte que le dict archevêque, ayant fait orner et transférer la dicte châsse sur le grand-autel , il y a trouvé les reliques suivantes : De Sudario et Sépidcliro, Baptistœ Barbarœ, Virginis et martgrum. — De oleo (3) beatœ Marîœ Virginis , et plurimorum martgrum et oonfessorem reliquiis. Dentem sancti Celsini , confessoris filii sanctœ Balsamicü. De capile sancti Thimothei , martgrum. De cimetario arelatenti , de ossibus sancti Gervasi et Prostasii. De veste unde involutum est corpus sancti Bemigii. De lapidibus sepidcliri sanctœ Mariœ Virginis matris Domini nos tri Jesu Christi.
On y a ajouté depuis un grand os de saint Valentin, etc.
La troisième châsse ou fierte, posée sur le dict autel de la chapelle Sainte-Croix, est de bois peint avec les coins et deux pommeaux de cuivre doré, dans laquelle sont les ossements de sainte Belande, vierge, trouvés au petit trésor de cette église, qui avaient été apportés par les héritiers de M. Delmont, prieur de Tin-le-Mouthier incontinent après son décès.
(1) Toutes les spoliations ont presque le même cachet. Ici nous voyons toutes les reliques confondues , parce qu’on a détruit les reliquaires. Le Chapitre a bien soin de reprocher à la monarchie les pertes qu’il a faites ; il y a un peu de mauvaise humeur dans ces mots ; quorum nomina ignorantur.
(2) Jean Juvénal des Ursins , archevêque de Reims en 1-449 , sacra Louis XI, révisa le procès de Jeanne d’Arc , écrivit une histoire de Charles VI , et mourut en 1475. Ce sage et vertueux prélat est une des gloires du siège archiépiscopal de Reims.
(5) Cette huile était un baume qui , suivant une ancienne tradition , aurait coulé du corps de la Vierge après sa mort. Nous aurons plusieurs reliques du même genre à faire remarquer.
duquel lieu de Tin les dicts saints ossements avaient été recueillis après la prise et vol de l’église fait par les hérétiques en 1570 (1).
Dans la dicte châsse sont aussi plusieurs reliques des saints : quorum nomina ignorantur ; et ont été les dictes trois châsses mises sur le dict autel, par ordonnance du Chapitre, l’an 1615, et dans la première et troisième châsses ont été mis les procès-verbaux en parchemin avec les conclusions du Chapitre pour servir de mémoire à la postérité.
Item, un calice avec la platine d’argent blanc ciselé, fait par la fabrique, pesant les deux ensemble....
Au dessus du dict autel proche les galeries hautes de la dicte église sont cinq grandes châsses. La première du coté du palais archiépiscopal est d’argent avec un dôme au dessus , une balustrade tout à l’entour , et des colonnes et figures dorées en partie ; le tout d’argent, faict par le Chapitre et fabrique, dans laquelle , en l’année 1629 , furent mises les reliques de saint Sixte et saint Sinice (2), premiers archevêques de Reims, par messire Simon Legras, évesque de Soissons, qui avait été prié par le Chapitre , le siège archiépiscopal vacant , de faire la dicte cérémonie.
La deuxième (3) est de cuivre avec plusieurs figures d’argent, dans laquelle est le chef entier et plusieurs reliques de saint Calixte , le dixseptième pape, martyr, léguée à l’église de Reims, par le comte Rodolphe, fils de saint Evrard, fondateur de l’abbaye de Cizoin dans le diocèse de Tournay , sous le pontiücat de Fuleo (4) , archevêque de Reims, et fut apporté à Reims en 887.
La troisième châsse est d’argent avee plusieurs figures en bosse d’argent doré ; enrichie de plusieurs pierres précieuses, que l’archevesque Albéric (5) a fait faire , et dans laquelle il fit la translation des reliques de saint Nicaise qui étaient auparavant dans une châsse de bois (6j,
(t) Les églises de Reims turent protégées par MM. de Lorraine contre la cupidité des protestants ; mais elles y gagnèrent peu ; et la Ligue , comme on l’a vu plus haut, les dévalisa avec grand soin. Les Huguenots n’eussent guère fait pis. Ceux-ci parcouraient les campagnes du diocèse , et se vengeaient sur les monastères isolés et les églises de villages du catholicisme de la métropole. Nous aurons occasion de citer quelques exemples de ces dévastations.
(2) Leurs restes étaient d’abord inhumés dans une antique chapelle que le temps avait détruite avant 1793. Plus tard ils furent exhumés; et , au xe siècle, les églises de Saint-Remi , de Saint- Nicaise , de Notre-Dame , en possédaient quelques parties. Déjià , dans le siècle précédent, Ehoii en avait donné une portion aux églises de t'ulde et de Hambourg.
(5) Devant chacune de ces cinq châsses brûlait un cierge jour et nuit. Les jours de grandes fêtes on en allumait neuf. (Povillon-Pierrard.)
(4) Foulques, archevêque de Reims, prélat instruit, fit revivre les études dans son diocèse.
11 sacra Charles-le-Simple , et mourut assassiné en 900.
(5) Albéric fut un des bienfaiteurs des églises de Reims. Il mourut en 1219.
(6) Suivant Cocquault , on se serait borné à faire couvrir de lames d’argent doré Pancienue châsse
ainsi qu’il est porté par ses lettres enfermées dans la dicte chasse dont voici la teneur : Corpus beali Nicasii martijris , Remorian archiepiscopi iransiaturn à D,no Alberico archiepiscopo Bemens. Anno incarnati verbi millesimo ducentesimo decimo tertio, mensi Julio. A l’un des bouts de la dite châsse est une image du Créateur avec ces vers autour :
Sum Rex atque dator cunctorum sumque creator Atque creaturœ genitor sum sed genitura.
Sum sine principio , sum finis sed sine fine,
Sum Deus , unus ego , surit personna michi trina.
Ce costé est d’or.
A l’autre bout de la dicte châsse est une image de la Vierge avec l’inscription suivante à l’entour :
Terricus aurifaver (1) fecit hoc feretrum anno verbi incarnati millesimo ducentesimo duodecimo mensi septembri tempore Alberici arclii.pi Remensis.
La quatrième châsse est d’argent doré avec plusieurs figures relevées en bosse, dans laquelle sont conservées les reliques de sainte Eutrope, vierge , qui reçut la couronne du martyre avec saint Nicaise, son frère , en l’année 463.
La cinquième châsse est de bois peint , dans laquelle sont enfermées les reliques de saint Joconde prestre, et de saint Florent diacre martyr, compagnon de saint Nicaise archevesque de Reims, et chanoine de son église, martyrisés en 453. — Le chef de saint Florent est enchâssé avec celui de saint Maur, dans la châsse d’argent qui est dans le trésor du grand-autel (2).
Au derrière de l’autel de Sainte-Croix sur le tombeau de Monseigneur le cardinal de Lorraine est posé un eau-bénitier de cuivre sur un pied de même matière.
Au dessus de la chaire archiépiscopale (3), contre le gros pilier, est un grand tableau ou portrait du dict seigneur cardinal de Lorraine, ar-
de Saint-Nicaise. Elle fut visitée en 1307 , on y trouva les procès-verbaux. Une lame de plomb constata cette visite.
(1) On remarquera ici le nom d’un artiste peut-être rémois. Le mot aurifaver est curieux. D’rtwrifaver on arrive à orfèvre. Suivant Povillon-lMérard , l’orfèvre se serait nommé broricus et non pas terricus.
Sur cette châsse on lisait encore cette inscription : Cecidit ante fores .portas intrans meHores.,sed capite abscisso , verbum quem psallere irvus cxperat, explevit dicens : vivifica me, secundum verbum tuum.
(2) présent les reliques des dits saints martyrs sont dans une châsse d’argent , faite en partie des deniers des particuliers et des chanoines, qui ont donné dou/e cents livres, etde la fabrique, qui a fourni mille livres. La translation a été faite le 11 octobre 1681. (.\ote de l’inventaire.)
(3) Il s’agit ici de la chaire de saint Rigobert , dont nous avons déjà parlé.
chevesque de Reims, ouvrage de M' George, peintre du dict seigneur cardinal, fort expérimenté en son art 0)-
ÉTAT des reliquaires ET ARGENTERIE QUI SONT EN LA CHAPELLE DU DICT