PERTES ESSUYÉES PAR LE TRESOR DE SAINT
qu on cette
antique
iCHE encore de renommée, le trésor de saint Remi, en 1789 et 1790^ trompa les espérances du gouvernement, qui avait arrêté sa spoliation ; on avait cru que la vénération qu’inspirait le patron de l’église avait dù y amener une masse énorme de richesses, et y créer une mine inépuisable de lingots d’or et d’argent. Les passions raisonnent peu et oublient facilement. On ne se rappela pas que dans maintes circonstances on en avait enlevé des valeurs considérables , et on ne manqua pas d’accuser les Bénédictins de détournements frauduleux (1).
Nous avons vu à combien de reprises différentes Notre- Dame de Reims avait payé le tribut^ parfois forcé, d’elle. Saint-Reml n’avait pas pu prétendre à plus d’égards; église fut même, peut-être, sacrifiée aux besoins de l’État
(1) L abbaye de Saint-Remi ne fut pas toujours bien administrée. Jean de Clinchambp , 44= abbé, fut accusé de dilapidation. H fut contraint , pour se justifier, d’aller à Rome , où il mourut en
avec moins de ménagements que la cathédrale, et la révolution, qui ruina celle-ci, ne fit qu’enlever aux enfants de saint Benoît le peu qui leur restait de leurs anciennes richesses.
En 1421 (1), le monastère perdit une partie de ses trésors. A cette époque désastreuse, où les guerres civiles et étrangères firent tant de mal à la France, les églises portèrent leur part des malheurs publics.
En 1535, Saint-Remi fut encore mis à contribution ; il fallut vendre les lames d’or qui recouvraient la châsse du grand apôtre; elles pesaient vingt-neuf marcs 6 onces et demie.
En 1564 (2) , on demanda aux abbayes de France l’argent nécessaire à la solde des hommes d’armes du roi ; on prit à Saint-Remi des coupes, des tasses d’argent en assez grand nombre et on les vendit ; elles produisirent 647 livres 8 sous 6 deniers.
Quatre ans après, en 1568 (3), un nouvel appel de fonds fut fait ; il fallut y répondre , et notre monastère vendit des objets précieux [tour la somme de 2,362 livres 19 sols 6 deniers. Une note écrite à celte époque et conservée aux archives de la ville, contient la liste succincte des objets qu’il fallut sacrifier.
On vendit les lames d’argent qui ornaient les deux côtés du grandautel, deux plats d’argent, des anneaux destinés à porter des cierges, un saint- ciboire, les pieds du reliquaire de saint Paul, deux grands encensoirs, un plat et quatre ampoules (4), une boîte d’argent à mettre les pains à chanter; le tout pesait cent vingt marcs deux onces.
On se défit aussi d’une couronne qui se plaçait sur le saint- ciboire, des lames d’argent qui couvraient le livre de saint Remi, de quelques émaux peints sur or, de trois saphirs, et d’autres pierres précieuses.
On devine que la Ligue ne se fit pas faute de recourir au trésor de Saint-Remi : nous avons fait connaître, en parlant de celui de INotre- Üame , ce qui se passa à Reims à cette époque.
Toutes ces pertes n’avaient pas cependant ruiné l’archi-monastère , il allait en subir de bien plus importantes.
Une lettre du roi, en date du 9 février 1690, ordonna aux évêques de France de retrancher de leurs églises les argenteries superflues et non nécessaires pour faire le service divin avec toute la décence con-
(1) La Champagne fut une partie de l’année le théâtre de la guerre.
(2) On se préparait à faire la guerre aux protestants des Pays-Bas et aux huguenots de France.
(5) La guerre civile, le plus cruel des châtiments dont Dieu puisse frapper une nation, déchirait la
France.
(4) Ces ampoules étaient des fioles ou burettes. Ce mot n’est plus usité que pour désigner le petit vase (|ui contenait t’huile sainte destinée aux onctions du sacre.
venable. En conséquence de cette injonction, M. l’archevêque de Reims (1) donna ordre à son promoteur de se transporter dans toutes les églises de Reims et d’y dresser un inventaire de toute l’argenterie, même des vaisseaux sacrés,, qu’elles pouvaient renfermer. Le samedi 25' de mars, le promoteur fit en l’église de Saint-Remi l’inventaire indiqué, et le 23' jour de mai l’archevêque signifia aux religieux l’ordonnance qui suit :
« Vu le procès-verbal fait en l’église de notre abbaie de Saint-Remy , en exécution de nos ordres par notre promoteur , nous ordonnons aux religieux, prieur et couvent de notre dite abbaie d’envoier incessamment à l’hostel de la monnaie de notre ville de Reims :
1. Un grand reliquaire de vermeil doré, représentant la résurrection de N.-S. (2).