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CHAPITRE XXI

TRÉSOR DE SAiT-REMI DE REIMS.

î*^ASiLiQUE élégante et monastère antique, l’abbaye de Salnt-Remi est un des monuments illustres du royaume (1). Elle était de fondation royale. Le pape Jean XIII, en 972, lui avait donné le titre d’archi -monastère, ce qui lui assurait la prééminence sur tous les couvents du diocèse. Les saints pontifes, dans V leur correspondance, lui prodiguèrent les titres de sacrée, de vénérable et de glorieuse. Il est inutile de dire qu’elle de vait tous ces bonneurs à la possession des reliques du saint dont elle portait le nom (2).

Le monastère et l’église, tels que nous les voyons de nos jours, sont bien loin de leur construction primitive. Détruits et brûlés plusieurs fois, ils ont été rebâtis par portions à différentes époques. Chaque siècle y a laissé son empreinte ; on y trouve le cachet de tous les styles, de toutes les écoles.

(1) C’est ce qui résulte de chartes de Charlemagne , en date du 50 juin 812 ; de Louis d’Outre- Mer , en date du 27 mai 755; de Lothaire , en date du 2 janvier 954 ; de Philippe l'r , en date de 1088. Hugues Capet confirma tous ses droits et privilèges dans une charte dont nous dirons un mot plus loin.

(2) La reine Gerberge la nommait caput Franciœ.

Sous ces vastes voûtes dorment les dépouilles mortelles de deux rois et de deux reines de France, de treize évêques et archevêques (1), de vingt-trois abbés du monastère.

On conçoit que le trésor de cette antique abbaye devait être digne de sa splendeur et de son renom. Les archevêques , les rois le comblèrent de leurs dons. Les reliques de saint Remi , qu’on venait chaque jour implorer , lui attiraient sans cesse des offrandes. Son église eut, comme Notre-Dame, ses riches chapes, ses étincelantes chasubles, ses précieux reliquaires, ses châsses de vermeil, ses vases d’or, ses pierreries, ses perles, ses objets d’art de toutes les époques; et comme elle, elle a tout perdu. Nous allons essayer de donner au lecteur une idée d’un passé dont nous ne pouvons qu’évoquer l’ombre.

Le monastère de Saint-Remi était un des plus riches de France ; nous en trouvons la preuve dans l’inventaire de ses biens , meubles et immeubles, fait en 1790, conformément au décret de l’Assemblée nationale. Il constate en effet que cette abbaye possédait à Reims des bâtiments occupés par les Bénédictins , indépendamment de ses jardins et de son clos ; trente maisons louées ensemble pour 3,08‘2 livres, et une rente de 49 francs.

Dans les environs de la ville, elle avait le droit de pêche dans la Vesle, le lavoir au linge sur cette rivière, le moulin de la rue de Moulin , et une foule de biens, de domaines et de droits seigneuriaux dont nous ferons connaître l’importance en en précisant le revenu. Les droits seigneuriaux rapportaient 2,110 livres 10 sols. Les droits de dîme valaient 40,799 livres. Enfin , les fermages et les loyers de différentes natures s’élevaient à 66,296 livres.

Les redevances en grain étaient parfois si considérables, qu’elles ne pouvaient plus tenir dans les greniers du couvent. On en remplissait le second étage des voûtes qui sont à droite et à gauche de la nef.

Les revenus s’élevaient au total à 109,435 livres ; sur cette somme, on devait payer 204 livres 11 sous de redevances diverses, 5,300 livres 18 sols 4 deniers pour les portions congrues attribuées aux curés de diverses églises, 250 livres de rente aux pauvres de Saint-Thierry, et 50 livres par an à l’université de Reims, employées à faciliter la réception d’un candidat.

Les charges montaient donc à 5,508 livres 9 sols 4 deniers, et la recette nette restait à 103,927 livres.

(I) On peut consulter , sur les sépultures de Saint-Reini , une brochure publiée eu 1 842, chez Rrissart-lîinet , libraire à Reims.

Une pareille fortune faisait rechercher le titre d’abbé de Saint-Remi. Louis XI mit l’abbaye de règle en commande, et les princes de l’église en eurent la jouissance. Cependant ils ne pouvaient pas tout absorber. Le prieur , les Bénédictins avaient leur part de ces revenus , et ils en faisaient un noble emploi. La bibliotbèque de Saint-Remi était une des plus belles du royaume 5 elle renfermait des manuscrits précieux , des exemplaires des premiers essais de l’imprimerie, et toutes les richesses scientifiques et littéraires dont la civilisation a doté le monde. Elle était ouverte à quiconque voulait s’instruire. Les Bénédictins de France et de l’étranger, les savants de toutes les nations y venaient parfois passer, non pas des heures et des jours , mais des années ; la science et la religion leur donnaient l’hospitalité. Nous verrons plus loin ce que sont devenus les 25,000 volumes et les 12 ou 1,500 manuscrits qui faisaient l’orgueil de l’antique monastère.

Saint Remi avait son trésorier et ses contres; ceux-ci, au nombre de quatre , étaient laïques ; on les nommait aussi gardiens de la Sainte- Ampoule, parce qu’ils étaient chargés de veiller à sa conservation ; c’était à Saint-Remi, dans le tombeau même du saint, comme on le verra plus loin , que se trouvait cette üole miraculeuse. Les coutrcs étaient armés d’une baguette plate en bois d’ébène. A son sommet, on voyait une colombe perchée sur les armoiries de l’abbaye ; au centre étaient deux écussons placés sur les faces ; l’un représentait l’effigie de saint Remi, l’autre les armes de la Congrégation de saint Maur, à laquelle notre monastère appartenait (1).

Les obligations de ces olïiciers étaient les mêmes que celles de leurs conlréres de Notre-Dame; comme eux ils devaient veiller jour et nuit sur le mobilier de l’église.

Le trésor, à la (in du siècle dernier, était placé dans le chœur, sous une des arcades d’enceinte du côté de l’évangile ; il fut bâti aux frais de Dom Archambault de rnôpilal , et de Dom Lecointre, dignitaires du couvent. Celui qu’il remplaeait était fort antique et sa façade était riche de sculptures. Le nouveau n’était qu’une armoire de bois sculpté qui subsiste encore.

Elle était loin de contenir tout ce qui enrichissait l’église. De nombreux autels réclamaient une grande partie des ornements destinés à

(i) La coiigi'égatioa de Saint-Maur prit naissance au xvii' siècle. Elle referma les maisons deTordre de Saint-Benoit, qui l’adoplérent, et donna aux études qu’on y faisait une nouvelle vie. Le monde lui doit une grande partie des ouvrages savants écrits par les Bénédictins aux xvne et xviip siècles.

la pompe du cuite. Il y en avait encore vingt-deux en 1790. Ils l’u rent réduits^ à douze quand l’église eut été dépouillée de presque tout ce quelle possédait.

Nous n’avons pas retrouvé les anciens inventaires du trésor dont nous allons parler, et nous sommes contraint de commencer par celui qui tut fait aux termes des lois que nous avons citées. Nous présenterons, avant de le faire connaître, le tableau des pertes essuyées par le monastère. Enfin, nous compléterons notre travail par la description de quelques objets qui décoraient l’église, sur lesquels nous avons pu recueillir des notes et des renseignements.

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