DETAILS DU TRÉSOR DE SAIAT-REMI
N conserva long-temps dans le trésor de Soint-Remi line statuette d’or qn’on nommait le reliquaire du Saint-Sang; elle représentait la (igure du Christ, et le nom ({u’elle portait indique ce qu’elle renfermait ; elle avait été donnée à Saint-Remi par Guillaume de Yillehardouin (!', prince d’Achaïe, en 1224; il l’avait trouvée dans le trésor de l’empereur de Constantinople. Nous reparlerons de ce reliquaire quand nous traiterons du trésor de Saint-Nicaisc.
A cette époque, la capitale de l’empire d’Orient fut dépouillée; les vainqueurs se partagèrent ses richesses, et en envoyèrent une partie en Occident. L’empereur de Constantinople, Henri (2), lit passer en Europe un grand nombre de reliquaires précieux. Ses grands vassaux tirent comme lui.
(1) Giiillaimic de Villeliardouiii était de la famille de Geolfroy de Villehardoiiiii , maréclial de Champagne, aulein- d’une histoire de la noisade de H99. tes croisés avaient fait de l’empire de rOrient une monarchie féodale ; Yillehardouin avait été fait prince d’Achaïe.
(•2) Uenri de Flandre succéda en 1206 à son frère lîandouin ; il mourut sans enfants en 1216.
On trouvera à la fin de ce volume la charte de donation du reliquaire du précieux Sang. Je ne sais si l’original existe; mais on en conserve une copie sur papier aux archives de la ville; elle vient de celles de Saint-Remi.
On voyait encore dans le trésor de notre église l’anneau pastoral de saint Clément (I), trois petites croix faites avec des morceaux de la vraie croix, un fragment de la robe du Christ, des cheveux de la sainte Vierge, et un débris de son sépulcre.
Les archevêques qui avaient fait à Notre-Dame des dons si précieux n’avaient pas oublié Saint-Remi. Saint Sonace (2) légua à cette église, entre autres objets (3), ce que Flodoard nomme missorhim argenteiun deaiiratiim. Ce mot missorhim a été l’objet de quelques discussions archéologiques ; on s’est demandé s’il ne désignait pas un tabernacle d’autel ou un buffet destiné au service de l’église.
Vulfar (4) donna des vases sacrés; Hervé, des lampes, des couronnes d’or et d’argent , des vases précieux et des ornements de soie (5).
Les rois , nous l’avons dit , devaient un présent à Saint-Remi à l’occasion de leur sacre. Les uns donnaient des vêtements ecclésiastiques de drap d’or ou de drap d’argent , les autres des pierreries qui servaient à enrichir le grand -autel, les chasses ou le tombeau de saint Remi.
En 939, le roi Louis d’Outremer fit vœu de donner à notre église un marc d’argent tous les ans : cette redevance contribuait à enrichir le trésor.
Louis XI donna la tunique dont il était revêtu lors de son sacre. Elle finit sans doute par faire un vêtement ecclésiastique.
On conservait à Saint-Remi une statue de la Vierge, faite en l’an 1100, pour rappeler le désastreux incendie de 1098; un rouleau de parchemin, qui y était renfermé, rappelait le fatal évènement.
On dut voir aussi à Saint-Remi un flambeau qui servait aux élections d’abbés. Au xiiF siècle, l’arehevêque de Reims accorda aux religieux le droit de nommer leur chef, mais il ne leur donna , pour s’entendre, que le temps nécessaire à la consommation d’une chandelle.
(Ijll s’agit ici sans doute de saint Clément pape et martyr, mort en l'an 100. C’est lui qui envoya les premières missions dans les Gaules.
(2) Saint Sonace, archevêque de Reims, mort en 635.
(3) Solarium argenteum et duodecim cochlearia (cuiller). — (Flodoard.)
(4) V'ulfar, archevêque de Reims, mort en 816.
(.3) Parmi les bienfaiteurs de l’église, on compte encore les évéques Komulfe. saint Réol , saint Rigohei t, le roi Dagobert, qui lui firent de riches présents.
En 1634, Dom Havineau, prieur du couvent, üt faire à ses frais un grand reliquaire contenant des vêtements de la sainte Vierge; au-dessus était l’enfant Jésus dans les bras de sa mère.
Près de ce reliquaire on en plaçait quatre autres , faits postérieurement à 1634 ; ils renfermaient des reliques de saint Pierre, de saint Paul, de saint Remi, et de saint Benoit.
Il y eut encore dans le trésor de l’arcbimonastére un grand nombre d’autres reliquaires qui disparurent successivement sans avoir laissé de souvenirs. Nous ne pouvons que donner une idée de leur nombre en désignant les saints dont ils renfermaient des ossements.
On conservait ainsi des reliques de saint Jean-Baptiste, de saint Pierre, de saint Paul, de saint Barthélemy, de saint André , de saint Mathieu , de saint Gibrien, de saint Oricle et de ses sœurs, de saint Marcoul, de saint Germain (E, de saint Etienne, de saint Clément, de saint Livin , de saint Sébastien, de saint Timothée, de saint Symphorien , de saint Martin, de saint Hilaire, de saint Gumbert, de saint Loup, de saint Abel, de saint Thierry, de saint Bercbaire, de sainte Agathe, de sainte Agnès, de sainte Marguerite, de sainte Lucie, de sainte Barbare, de sainte Ursule, de sainte Catherine, de saint Firmin, de saint Christophe, de saint Basic et de sainte Marie-Madeleine (2).
Celte énumération donne l’idée de ce que pouvait être lors de ses beaux jours le trésor de Saint-Remi.
Derrière la châsse de saint Remi, on vit long-temps cinq petites châsses contenant des os des saints Innocents.
Ou conservait à Saint-Rcmi deux pierres qui portaient les traces d’un miracle. Saint Remi se trouvait dans l’église Saint-Agricole, nommée depuis Saint-iNicaisc, quand un vaste incendie éclata dans Reims ; le saint pontife se hâta de se rendre sur les lieux pour porter secours et chercher à combattre les progrès du feu; sa présence, ses prières mirent un terme aux ravages de l’incendie : on remarqua que les marches de l’eglise, qu’il descendit à la hâte, conservèrent l’empreinte de ses pieds ; depuis , les pierres qui composaient scs degrés furent enlevées ; deux d’entre elles furent incrustées au grand portail de Saint-Remi.
Saint Bernard, le premier abbé de Clairvaux, l’apotre des croisades, avait visité cette abbaye; quand il mourut, on envoya un morceau de la
(I ) Dans cette énmnêration sont comprises les reliques dont il est (piestioii dans ce «iiii précède.
(2) Saint Germain était père de saint Gibrien. Il parait qu’on conservait son chef dans une tète d'argent. On montrait aus>i dans un reliquaire spécial le chef de saint Gibrien.
natte sur laquelle ce grand homme avait rendu le dernier soupir; on conservait aux archives les lettres qui accompagnaient cet envoi ; elles doivent être maintenant aux archives de la ville. Cette relique est aujourd’hui exposée au musée de la ville. Ce n’est pas là sa place ; aussi sommes-nous convaincu qu’elle ne tardera pas à être déposée au trésor de Notre-Dame.
Il y avait aussi à Saint-Remi quelques tableaux ; dans la grande salle du monastère étaient les portraits de dix-neuf abbés , les plus célèbres du monastère.
Un portrait du Christ portait cette inscription :
« C’est le vrai pourtraict de Jésus-Christ selon la sainte face de Rome peinte par saint Luc; et la grandeur du suaire de Chambéry, apporté par Monseigneur le révérendissime Charles de Lorraine , et Madame Renée de Lorraine, abbesse de Saint-Piene de Reims , sa sœur, que ladite dame a fait faire et donné au mois de mars 1588.»
On remarquait aussi dans notre église un tableau de Lesueur représentant Jésus au milieu des docteurs, une Nativité de Notre-Seigneur, un saint Jean-Baptiste prêchant, par Marotte.
Nous citerons encore les noces de Cana, par Lahire, qui ornaient le réfectoire du couvent (1).
Saint-Remi possédait aussi un grand nombre de belles tapisseries données aux XV' et xvi' siècles par Jean Canard , abbé , et Robert de Lenoncourt ; elles ont été décrites par M. Povillon-Pierrard, et reproduite^ par les soins de M. Achille Jubinal, dans son grand ouvrage des tapisseries historiques de France.
Nous en donnerons la description succincte à la lin de cet ouvrage.
Notre abbaye possédait une des plus belles bibliothèques monastiques qu’il y eût en France, avant que l’incendie de 1774 en ait dévoré une partie. On y comptait alors prés de mille cinq cents manuscrits et de vingt-cinq mille volumes. Tilpin avait fondé cette bibliothèrjue, qu’Ilincmar enrichit, et qui depuis n’avait cessé de s’augmenter. Les moines de Saint-Remi étaient connus dans le monde entier, dès les viii% ix' et x' siècles, pour d’hahiles écrivains ; on recherchait les manuscrits sortis de leurs mains ; comme ils peignaient eux-mêmes les vignettes qui les ornaient, ils se faisaient payer certaines redevances en vermillon.
On conservait dans ce temple des sciences et des lettres un cartulaire commencé en 634 par l’évèque de Reims Leudégisile, et contenant
(l) On voit encore à Saint-Remi les noces de Cana, le saint Jean-Baptiste , une (lagellalion attribuée à Lesueur et quelques tableaux d’IIélard.
l’inventaire des 'biens, des dîmes, du mobilier de Saint-Remi et de Saint-Timothée dans les vu' et viii' siècles, un manuscrit de Phèdre de la plus haute antiquité, un livre des sacrements donné par Hincmar et couvert d’une riche reliure , un livre d’évangiles donné par le même, et revêtu de tables d’or incrustées de pierreries.
Près de ces livres précieux, on montrait le livre des origines de saint Isidore (1), un pontifical donné par Tilpin , un sacramentaire de saint Grégoire , un volume contenant ses morales , tous manuscrits du xviu' siècle.
Âlgar, comte anglais, père de Burchard, inhumé vers 1000 dans l’église, avait fait don au couvent d’un livre d’évangiles couvert d’or et de pierreries.
On remarquait encore un livre d’heures imprimé et dédié à Marie Stuart, donné par elle aux Bénédictins de Saint-Remi , lors de la visite qu’elle leur fit ; un magnifique missel donné par saint Louis , et relié avec une étoffe de soie finement brodée , un livre d’évangiles à l’usage de Saint-Pierre de Reims, fait en 1591 par ordre de Renée de Lorraine; sa reliure se composait de deux émaux antiques ; l’un d’eux remontait au xiii® siècle , et représentait le calvaire ; sur l’autre , on voyait le martyre de sainte Fébronie.
11 faut citer encore un livre d’heures qui , suivant la tradition, avait appartenu à la reine Frederonne ; on l’exposait aux jours de fête sur sa tombe. Suivant quelques auteurs , on le plaçait aussi sur la tombe de la reine Gerberge au jour de son anniversaire ; mais Montfaucon pense que ce livre n’avait appartenu ni à Gerberge ni à Frederonne; il l’attribue à Emma, femme de Lothaire. Sur une vignette reproduite dans le grand ouvrage des antiquités de la monarchie française, et empruntée à ce manu.scrit, on voyait le Christ touchant de sa main protectrice Lothaire, Louis, et la reine Emma et son fils Oibon , mort en bas âge, chanoine de Reims. Au bout du livre était un calendrier sur lequel on lisait, à la date du 2 mars : Ilœc die olnii carissimus spontus tnem rex Loiharius.
11 résulterait de ces détails que ce livre aurait au moins appartenu à la reine Emma.
De tous ces trésors il reste peu de chose.
En 4789, au lieu des 25,000 volumes qui couvraient les murs de la bibliothèque bénédictine, il n’y avait plus que 4,420 in-folios, 4,540
(1) Isidore de Séville, né en 636. L’Espagne le considère comme un de ses apôtres.
in-quortos , el 9,000 volumes de divers formais. Les 1,500 manuscrits étaient réduits à 240 environ. Le tout finit par être conduit à la ville. Dieu veuille que ce qui a survécu à tant de désastres passe à nos descendants !
Les archives du couvent étaient des plus riches en documents histori- (jues ; on y conservait des tablettes de cire couvertes de caractères tracés avec un stylet à la lin du xin"^ siècle 5 elles ont environ un pied de haut et cinq pieds six pouces de large. Elles sont doubles et se plient comme un livre ; la cire est noire. Peut-être est ce le temps qui lui a donné cette couleur. Elle est étendue sur des planches de bois creusé , ayant deux ou trois lignes d’épaisseur. Nous citerons encore une charte revêtue du monogramme de Hugues Capet , pièce unique peut-être en France. Elle confirme les privilèges de l’abbaye.
Il y avait aussi à Saint-Remi un cabinet d’histoire naturelle qui fut dispersé aux jours de la tourmente.
Quand il fut arrêté que les églises et les couvents dont la suppression était décidée en 1790 seraient démolis ou vendus , l’autorité administrative lit transporter dans les paroisses voisines et encore respectées , les objets destinés au cuite , les reliquaires , les objets d’art qu’avaient épargnés provisoirement les premières exigences de la révolution.
Le 12 mai 1791^ on apporta à Sainl-Remi une partie du trésor de Saint- Nicaise. Le 13 juin suivant, on y vit arriver ce qui restait de celui de saint Timothée. Le couvent des Minimes envoya son autel , la croix et les flambeaux qui le décoraient.
Ces objets ne firent, à très-peu d’exception près, que passer dans Saint-Remi, et bientôt l’année 1792 vint réduire les pompes du culte catholique au plus strict nécessaire.
Bientôt l’église de l’archimonastère devint un manège; les pieds des chevaux écrasèrent une riche mosaïque qui couvrait le sol du chœur. Les tombeaux des rois, des archevêques, des abbés, furent violés et détruits.
Quand cette vénérable basilique fut rendue au culte, elle n’était plus que ruines. Le zèle des curés qu’elle a eus successivement l’a seul sauvée d’une destruction complète. Je n’ai pas besoin de dire au lecteur que tous les meubles précieux par leur origine, leur date, leur souvenir, sont maintenant détruits ou dispersés.
Le livre d’heures de Marie Stuart , le missel de saint Louis , les manuscrits qui n’ont pas été brûlés, la charte de Hugues Capet, le fragment de natte sur laquelle saint Rémard est mort , les débris du candélabre de Frederonne , sont conservés à l’iiôtel-de-ville de Reims. La descente de croix fait l’honneur du musée municipal.
üess . et 1 1 lli .par JJ Mactpiart ,EeiTus
lîTip .de LemeKiei.àTans .
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A SaiiU-Renii on retrouve les noces de Cana , les émaux qui décoraient lâchasse de saint Timothée , une tunique de velours rouge brodé d’or (]ui vient du sacre de Louis Xlll. Quelques-unes des anciennes reliques ont été recueillies dans des châsses de bois doré (1).
Quelques tapisseries ont aussi échappé à la dévastation. Les unes appartiennent aujourd’hui à l’Hotel-Dieu , qui a pris la place de l’ancien monastère. Les autres sont la propriété de l’église.
(1) Nous donnons le dessin de quelques-unes de ces châsses, qui ne mani]uent pas d’un certain mérite. L’une d’elles représente les anges apportant à Lorette la maison de la Vierge.
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