‹ Trésors des Églises de ReimsChapitre 75 sur 78 · CHARTE DU RELIQUAIRE DU PRÉCIEUX SANG · texte numérisé non relu

CHARTE DU RELIQUAIRE DU PRÉCIEUX SANG

Guilles de Villehardouin, prince d’Acbaïe, sénateur de Rome, à MM. les religieux et abbé du couvent de Saint-Remi de Reims.

En nous recommandant du tout à vos dévotes prières et oraisons ,

salut, ce nous a semblé bon et raisonnable vous advertir et tous ceux qui ces présentes verront que au reliquaire que vous avons envoyé

par Dom Arnault de Cotty, religieux de votre dite abbaye, nostre parent, y a contenu, et ainsy le croyons, du sang très-précieux de nostre sauveur et rédempteur J. -C. , lequel pour nostre rédemption le vendredy sainct espandit en l’arbre de la croix de son costé très-sainct et très-digne; et nous a esté ainsi dict par plusieurs gens de bien

sages et prudents, et dignes de foy ; et a esté ledit reliquaire trouvé ès trésors de l’empereur de Constantinople superescrit de plusieurs escriteaux. Escrit à Clermont le dernier jour de septembre, l’an douze cent vingt-quatre.

Description de deux émaux ornant la reliure d’un texte des évangiles ÉCRIT SUR parchemin ET LEQUEL SE CONSERVAIT DANS LA SA- CRISTIE DE l’église de SAINT-REMI , ET SE PLAÇAIT SUR LE MAÎTRE-AU- TEL AUX JOURS DES GRANDES SOLEMNITÉS.

Le manuscrit avait pour titre : Textiis primus Evangelioriim de tem pore , ad usum monastern sancti Peiri Remensis , ordinis frontal ebr al di

qui decantari soient in ecclesiâ hujus monasterii expensis illustrissimœ , principissœ D. D. Renalœ à Lotharincjiâ , prœdicü monasterii abatissœ, absolutœ anno Domini 1591. Il était orné de lettres initiales enrichies de dorures et de fleurs.

L’un des émaux formant la reliure représentait J. -G. élevé , crucitié, et ayant à ses côtés deux voleurs aussi en croix. Ceux-ci étaient attachés avec des cordes. Les disciples, la mère du Christ, des soldats^ des gens du peuple, étaient aux pieds de la croix. — Ce morceau passait pour être du xiiC siècle.

L’autre émail, moins ancien et par conséquent beaucoup mieux dessiné que celui dont nous venons de parler, représentait les détails du martyre de sainte Féhronie ; il était divisé en neuf tablettes dont voici le contenu :

On voyait dans la première : sainte Fébronie à genoux et faisant ses oraisons devant un prie-dieu sur lequel était un livre ouvert; elle était rc\êtue de ses babits de religion et portait à son bras droit la crosse abbatiale; à côté d’elle était un petit ebien blanc ou un agneau, couché sur la terre. Plus bas étaient les armoiries de l’abbaye de Saint- Pierre de Reims.

Seconde tablette : Deux bourreaux arrachaient , avec des tenailles , les dents de Fébronie, attachée nue à une potence; son corps était couvert de blessures sanglantes : elle venait de subir le supplice du fouet.

Troisième tablette : Fébronie était suspendue par les bras, attachés à deux poteaux séparés; elle avait les pieds posés au-dessus d’un brasier ardent, tandis que deux bourreaux brûlaient le bout de ses seins avec des torches ardentes ; le tyran ou le juge (jui ordonnait son supplice la contemplait , comme dans le sujet précédent , par une fenêtre d’où il semble donner des ordres.

Quatrième tablette : Le tyran ordonnait du haut de sa fenêtre de couper les seins de Fébronie, ({ui est attacliéc à une potence.

Cinquième tablette : Le tyran tombait du haut de sa fenêtre , de laquelle il semblait s’être précipité ou avoir été jeté par d’autres; ses archers paraissaient saisis de frayeur.

Sixième tablette ; Revêtue de ses habits de religion, la sainte entendait sa sentence de niOi t prononcée par le juge.

Septième tablette : Elle était conduite au supplice précédée de son petit chien blanc.

Huitième tablette : D’un côté et sur le premier plan, on voyait enfin

couper les mains et les pieds de sainte Fébronie, et de l’autre, sur le 2' plan , on lui tranche la tête.

Neuvième tablette : Deux évêques, revêtus de leurs habits pontificaux et précédés d’un nombreux clergé, font le convoi de sainte Fébronie.

L’usage était, aux temps passés, de porter ce texte ainsi décoré de ces émaux, les jours de grandes fêtes, et de le faire baiser au célébrant lorsqu’il allait, précédé de ses acolytes, dire la grand’messe; c’était le sous-diacre qui le portait et le donnait à baiser tout ouvert au prêtre et fermé au diacre (1).

(1) Nous empruntons cette description aux manuscrits de Povillon-Pierrard. Qu’est devenu ce volume, qui n’a pas été porté à la Monnaie?

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