VARIETES RARES DE LUXATIONS
Les travaux de J.-L. Petit et des chirurgiens qui ont suivi la direction qu'il avait imprimée à Tétude des maladies des os, ont marqué une grande époque dans l'histoire des luxations. On a pu croire pendant un certain temps que leurs observations avaient fourni une connaissance exacte de ces lésions physiques, et que leur analyse en avait fixé la théorie. Aujourd'hui même, à n'en juger que par l'ouvrage de Boyer, on admettrait volontiers, d'après le ton de conviction qui règne dans la partie du Traité des maladies chirurgicales où il s'agit des luxations , que ce point de la science est décidément arrêté et que le code du praticien est tracé. Une période de révision et de critique a commencé depuis quelques années , et l'on a pu se convaincre que les notions qui appartiennent à l'école de J.-L. Petit, dont Boyer a été le dernier représentant, ne traduisaient pas d'une manière suffisante les idées qu'on devait se former sur plusieurs points relatifs à l'examen de ces maladies. Les luxations ont été de nouveau étudiées dans leurs espèces, dans leurs causes et leur mécanisme, leur anatomie pathologique, leur diagnostic et leur traitement ; et sous toutes ces faces on a trouvé des erreurs à détruire , de nouveaux éléments à ajouter. Sans doute, plusieurs des faits récents
OU des idées qu'ils ont suggérées ne sont pas à l'abri de contestation , mais il y aurait injustice à méconnaître les progrès que cette section de la chirurgie a faits de nos jours. Quelques chirurgiens ont pris la réforme à cœur, et l'ont poursuivie avec un zèle si actif, qu'il a bien fallu secouer un peu les traditions anciennes et admettre qu'à côté des observations bien faites et des préceptes sages que nous devons à nos devanciers, il y avait- des assertions inexactes et des lacunes réelles.
La réforme dans l'étude des luxations remonte à Dupuytren. Ce grand clinicien, à qui la thérapeutique doit tant de grands services , fut aussi le véritable fondateur de l'anatomie pathologique chirurgicale, et c'est de son école que sont sortis les travaux qui ont perfectionné la connaissance des luxations. MM. Gerdy , Velpeau , Sédillot, Malgaigne, Nélaton ont ouvert la voie, et, à leur exemple, d'intéressantes monographies ont élargi le champ de la science. Il nous suffira de citer les mémoires de MM. Morel- Lavallée sur les luxations de .la clavicule, Debruyn et Colson sur celles du coude , Maisonneuve sur celles du sternuni , Saurel sur celles des cartilages costaux, Broca sur les luxations de l'astragale. Ces travaux, et surtout l'important ouvrage de M. Malgaigne \ ont porté nos connaissances sur les luxations à un degré réellement très-avancé. Nous serat-il permis, après avoir mentionné ces remarquables productions, de rappeler que nous avons fourni nous-même notre humble contingent dans ce sujet si activement examiné? Quelques circonstances avantageuses nous avaient mis à même de recueillir des faits rares ou nouveaux concernant des luxations traumatiques , et notre Mémoire inséré, en 4843, dans les Annales de la chirurgie française et étrangère , parut assez digne d'intérêt pour que la plupart des observations qu'il renferme aient été discutées ou reproduites dans les écrits subséquents sur cette matière. Ces observations puisaient, pour la plupart, leur caractère démonstratif dans l'exactitude des données cliniques ou dans les descriptions d'anatomie pathologique. Le musée de la Faculté de médecine et la collection particulière du professeur Dubrueil contenaient des pièces très-intéressantes , et nous avions pu proflter de ces matériaux inédits.
* Traité des fractures et des luxations, tom. II.
De nouvelles occasions favorables ont augmenté le nombre des cas rareç de luxations que nous croyons utile de faire connaître. L'un d'eux nous a déjà fourni le sujet d'un mémoire spécial contenu dans ce volume : c'est celui qui concerne la luxation traumatique occipito-atloïdienne; les autres seront annexés à notre première série de faits ; nous avons surtout ajouté à l'article qui concerne les luxations du fémur. Au reste , nous conservons à ces faits leur caractère isolé, sans prétendre étudier ou exposer complètement à leur occasion le sujet plus général auquel ils se rattachent. Nous les présenterons, en conséquence , sans ordre déterminé ; ce sont plutôt des matériaux pour une histoire générale des luxations, que des documents susceptibles de coordination.