ACTION DE LA SYPHILIS SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE
Lorsque la syphilis est devenue constitutionnelle, elle exerce, comme on le sait, une influence sur toute l'économie , qui se spécialise ensuite dans certains tissus avec une fréquence variable. Les systèmes cutané, muqueux , lymphatique et osseux reçoivent les atteintes les plus ordinaires. S'il n'y a pas immunité pour le système nerveux , du moins faut-il reconnaître que les névroses syphilitiques essentielles sont rares. Quant aux lésions qui se manifestent sur le système musculaire et ses dépendances , elles sont moins rares , et cependant elles ont passé inaperçues pour un grand nombre de pathologistes , ou n'ont donné lieu qu'à des descriptions bien incomplètes. Les anciens syphiliographes avaient signalé quelques lésions de ce genre ; mais on reconnaîtra dans les paroles d'Astruc, qui a résumé h plupart de leurs observations, combien leurs idées étaient mal élaborées à ce sujet, a: Si la substance des musï> clés est infiltrée du virus, dit Astruc', et qu'elle s'arrête dans ses » vaisseaux, elle y causera des ganglions ou petites tumeurs qui, en ]> retardant le cours du sang, donneront lieu à une douleur rhumatismale » tensive, pulsative, avec gonflement manifeste et inflammatoire. Si cette
> substance continue de se séparer comme à J'ordinaire, mais qu'elle
> soit fort acre, elle produira , par ses irritations et ses picotements, une T> douleur rhumatismale pongitive , mais sans inflammation. Ces sortes
* Traité des maladies vénériennes , trad. du lalin, tom. IV, pag. 46. 1774.
» de douleurs varient par leur nombre et leur siège , elles sont vagues y> ou fixes , et toutes ces variations dépendent de la conformation ou de » la nature des parties, du concours des accidents extérieurs, du caractère j> du virus. »
On retrouve dans ce langage suranné une indication vague des tumeurs et des douleurs musculaires d'origine syphilitique. Ces dernières sont plus clairement désignées dans d'autres auteurs, sous le nom de rhumatisme syphilitique. Petit-Radel * a connu non-seulement l'existence de cette affection , mais l'un des effets consécutifs qu'elle exerce sur les muscles : je veux parler de leur contracture. Voici comment il s'exprime à propos du rhumatisme syphilitique : (( Les douleurs qu'il cause sont » assez violentes, dit-il, quand elles sévissent longtemps sur les extré- ]> mités , pour produire dans les muscles une rétraction bien rebelle aux » moyens de guérison. >
M. Lagneau ^ parait avoir également constaté des faits analogues, puisqu'il signale, parmi les accidents consécutifs et peu communs delà syphilis constitutionnelle, des phlegmasies chroniques des. muscles des membres, qui déterminent des flexions permanentes désignées sous le nom de contractures syphilitiques.
M. P. Boyer % de son côté , dit avoir observé deux cas de contractures syphilitiques dans le muscle biceps brachial , chez des malades qui pré* sentaient simultanément des syphilides ulcéreuses ou des affections vénériennes du système osseux ; mais ces diverses observations , d'ailleurs peu détaillées, étaient oubliées ou méconnues , lorsque M. Ricord, ayant eu l'occasion de constater à sa clinique plusieurs cas de contractures musculaires syphilitiques, appela utilement l'attention sur ce point, et fit publier des faits détaillés desquels il résulte que cette maladie ne se montre que dans l'infection constitutionnelle et dans la période tertiaire , et qu'elle affecte de préférence les muscles de l'avant-bras. J'emprunte à la Gazette des hôpitaux * le sommaire de ces faits.
< Coun de maladies syphilitiqttes y iom. II, pag. 78. 1812.
2 Traité pratique des maladies syphilitiques, tom. I, pag. 445, 6« édition.
' Traité pratique de la syphilis, pag. 167.
« Pag. 98 de Tannée 1842.
Il s*agit, en premier lieu, d'un malade qui , trois jours avant son entrée à l'hôpital des vénériens , avait contracté des chancres dont la base s'indura, et pour lesquels il subit un traitement mercuriel. Les muscles de l'avanl-bras droit perdirent de leur élasticité , et furent pris de douleurs nocturnes en tout comparables aux douleurs ostéocopes. La rétraction devint de plus en plus manifeste, et il fut bientôt impossible d'étendre l'avant-bras, qui demeura coudé à angle droit sur le bras. Les muscles ainsi rétractés n'étaient point douloureux à la pression, et le malade pouvait essayer d'exécuter les mouvements bornés qui étaient permis à son membre sans éprouver de douleurs notables. Les tissus de la région affectée offraient une dureté et une raideur très-remarquables , mais ils ne paraissaient pas altérés. Ajoutons que, chez ce malade , il s'était en outre développé une hyperostose du tibia gauche.
.M, Ricord eut recours à l'iodure de potassium administré d'abord à 3 grammes par jour dans la tisane de saponaire. Celte dose fut augmentée graduellement jusqu'à 6 grammes. Dès le quatrième jour du traitement les douleurs n'existaient plus, et le sommeil, fréquemment interrompu depuis six mois, devint calme et régulier. Le dixième jour, on constata moins de tension dans les muscles ; dès-lors la rétraction perdit de son intensité. Les mouvements de l'avant-bras devinrent de plus en plus faciles, et le vingtième jour, les muscles avaient repris leur état normal.
Deux autres faits de même nature ont été observés, à peu près à la même époque, à l'hôpital des vénériens de Paris : des chancres indurés avaient marqué le début de la syphilis. Chez un de ces malades, une éruption secondaire avait été attaquée avec un succès apparent par des préparations mercurielles ; mais un an après , des tubercules profonds se manifestèrent du côté de la gorge , et les muscles de l'avant-bras furent pris de contracture. L'iodure de potassium, d'une efficacité déjà éprouvée , fut mis en usage, et on lui associa des pilules de proto-iodure de mercure et de ciguë, pour combattre quelques symptômes de la période secondaire. Cinq semaines amenèrent la guérison.
J'ai reproduit ces observations parce qu'elles démontrent d'une manière irrécu^ble l'un des effets de la syphilis sur le système musculaire. Nul doute que des faits du même genre ne soient plus communs qu'on ne le
supposerait d'après le silence des observateurs. L'art a fait un grand pas lorsqu'on a démontré que les contractures musculaires tenaient aussi bien à des lésions des centres nerveux qu'à de simples affections rhumatismales passées à l'état chronique. Il reste à prouver que l'influence de la syphilis doit occuper une place dans l'analyse étiologique de ce genre de rétraction. Or, il suffit quelquefois de provoquer des recherches sur un point, pour qu'on voie tout aussitôt paraître de nouvelles observalionsqui en confirment l'exactitude, ou qui étendent le cercle de leui-s applications. A ce sujet, je rappellerai un cas de strabisme divergent de l'œil droit que j'ai eu l'occasion d'observer sur une femme âgée d'environ 35 ans , laquelle avait eu et portait encore des traces de syphilis. Dans la supposition que la contracture du muscle droit externe de l'œil tenait à une cause syphilitique , et pour remédier aux autres symptômes qui coexistaient, un traitement mercuriel fut prescrit. Pendant son administration, le strabisme et les autres symptômes disparurent D'après les divers faits que j'ai signalés, l'influence de la syphilis sur le système musculaire s'exprime de trois manières principales :
A. Par la rfoti/wr. — C'est l'effet le plus commun. On l'observe particulièrement dans les syphilis invétérées et chez les malades qui ont été exposés à l'impression du froid ou de l'humidité. Mais cette cause adjuvante n'est pas nécessaire. Ce symptôme a été décrit sous le nom de rhumatisme syphilitique; il a son siège dans le trajet des muscles, des tendons, des aponévroses d'insertion ou d'enveloppe.' Les douleurs musculaires syphilitiques ont plusieurs caractères analogues aux douleurs dites ostéocopes , mais elles sont moins profondes et elles sont rendues plus vives par la contraction musculaire. Elles se rapprochent davantage des douleurs vagues et rhumatoïdes qui font le tourment de beaucoup de malades d'une constitution nerveuse et impressionnable, et qui sont éprouvés par des états diathésiques simultanés; toutefois, on les distingue des douleurs rhumatismales ordinaires par le rapport qu'elles affectent avec des symptômes franchement syphilitiques, et parce qu'elles cèdent au traitement spécifique.
B. Parla contracture des muscles, r- Celte affection est tantôt le résultat du rhumatisme syphilitique , dont elle n'est qu'un degré plus marqué ; d'autres fois ej\e se manifeste d'une manière lente , et parvient graduellement à un état plus ou moins avancé. D'après les observations de MM. Ph. Boyer et Ricord , ce serait aux membres supérieurs, et spé^cialement aux muscles fléchisseurs de l'avant-bras, que cette affection se manifesterait de préférence. Mais tous les muscles peuvent y participer. J'ai rappelé succinctement un fait de rétraction syphilitique de l'un des muscles oculo-moteurs , et j'ai observé un cas du même genre pour les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure; toutefois, s'il fallait établir un siège d'élcfction pour ce genre de phénomènes morbides, ce serait aux sphincters que je le placerais. On sait combien sont fréquentes les rétractions permanentes du constricteur de l'anus chez les sujets qui présentent des syphilides autour de cette ouverture et qu'on dit atteints de fissures. On observe aussi assez fréquemment la rétraction active et douloureuse du constricteur du vagin , chez les femmes qui portent des ulcérations au voisinage de son orifice vulvaire. Or si , dans certains cas , ces spasmes permanents sont provoqués par la présence de l'ulcération , indépendamment de toute influence spécifique, on n'enfreint pas les lois d'une sage analogie, en faisant rentrer, dans d'autres cas, la contracture des muscles sphincters parmi les symptômes de la syphilis confirmée , et en la considérant comme une véritable contracture vénérienne.
Depuis la publication de notre travail sur les affections syphilitiques des muscles, dans la Gazette médicale de Paris en 1846, la rétraction musculaire syphilitique est devenue un sujet spécial d'étude pour plusieurs chirurgiens. MM. ^élaton et Notta en ont recueilli un assez grand nombre d'exemples, et M. Notta en a fait le sujet d'un Mémoire particulier \ Ces chirurgiens ont constaté la rétraction dans les muscles fléchisseurs et surtout dans le biceps brachial, qui serait d'après eux le siège d'élection. La diathèse rhumatismale avait été bien évidemment étrangère à la maladie ; celle-ci ne pouvait être imputée qu'à la syphilis parvenue à sa période tertiaire , ainsi que le prouvait la coexistence d'autres sym-
^ Sur la rétraction miaculaire sf/philitique ; Archives généraleê de médecine , décembre 1856.
pUbme^ f^u» la frtùpait dès ^as, l6 i*ét¥bcti(^ àvàit été jft-éciiéaée pdr la dooffrâneô locâk, et ce sy^tèffie avait per^^é à titre de douleor nootntûQ ftpôâtaûéè , ou de B^^atiod pétnb\é éprouvée atix ëMtémttfe des muecles peftdantietir coDttaeiidQ et lorsqu'ils étaietft soumis à tmepit»^ sion. M. Notia en conclut (]Ue les tendons sont plus affectés que la partie eharaue du muscle ; il ajoute nnfème que le raccourcissettierït total de Torgaue se fait aux dépens des tendons, tandis que le corps cbafrnu coil'servesa longueur et sa contractilité. Nous ne saurions adopter à cet égard Toplmonde H* Notta. Le raccourcissement de Torgme, quand il tn appréciable, nous a paru toujours établi aux dépens de la portion charnue du muscle, qui prend plus de cotisistance ëi de raideur et qui teiid gr^dudléuient à Tau^ophie. Les tendons sont plus spécialement sujets à des gbnflemems limités dont nous établirons plus tard lés caractères.
€. Par des tUÊ^euri dêtfekpfées dans le système mmùulcdre et se^ dépendances.^ Cette afiéction, encore plus remarquable que les préoé* dentés , est celle qui doH surtodt fixer notre attention» Je l'eumiiierai es conséquence sious les aspects priùoipaux qui peûTent constituer un sujet d'éto4e.
TUMEURS ^JSVt^tntttlQtJËS CA^^ LES MfUàCLÉS Et LEÛR^ DÉPENDANCES.
Les ttimeurs*qiil se dévelbppentdâUs l'épaisseur des iuusëles, et dont on possède une cobtiaissâncè éxaete, sorit encore fort peu nomtnreuâeis^. Leccrar est le seul organe musculaire dans lequel on ait -signalé dtepro^ ductiotts^morbides criées ; mais ces lésion» n'intéressent qu^du point t)e vue de rauattmne pathologique, M souvient ëHes%(e sbiH nseommeiqu'au moment de Tautopsie. Quant âux mu^ides^de la vie aiiimsite, ils <wt à pekie été oomp^ls^ dans les inve^igi^ions qui pîouvaleht é(il!siirer ice sujet; et «iron«3^ttt' quelque* t^imeurs hiflammsitoires, tjruèlques hypertro^ phle^limiliées, divers kj<itescbfatendtit des liquidés ou des ento^oairta de différentes espèces, e'^et-è-petiie si Pen «HPeeuetllt quelques cas de tumeure réaultaiit d'une léaien a|»écîale do tiêifù imiaoïiltmv ^ ^^s
lesquds la sympAoouiAQlQgie et U thér^psutîquQ sâqnt été Tol^cft d'viQ« aUention fructueuse.
M. WarrenS le prenûer, paraU avoir reeooiiu cette UeuJie. U 9 consÂgoé, dans son ouvxeigeiMr h^ tumeurs» plwieurs ob^ar vatioua im-^ portantes destinées à démontrer que la 9ub$tauDe propre à^s muscles peut être le siège de tumeurs d'une nature gra?e, et que celles-ci spu^ quelquefois accessibles aux moyens cbirurficduy. Psirmi ces tumeurs musculaires» M. Wsdrre» signale spécialement des dégénérescences fiquîrrheu^es, mélaniquesi» libres ou eokffitées, ei le foeg'US Mmatede, Mais il e'estQuHemeni question, dans le chapitre ooiwdcré i e@ 9^)et (JHusculêr tunmH'Sy pag. 6^» de^ tumeurs pcee^oanées par la «yptul^i d'ailleure il prend soin de déclarer lui^môme 4ïue les affeçliow ^'»1 ^ gnale sont fort rares.
Les tumeurs qui se déi^eloppe^t^ dsps les muscles et leurs dépeadsAr ces, sous Tinfluence de la syphilis, peuvent Wre rapprochées de celles qu'on désigne sous le nom de tumeurs gonm^me^. Comme ces den^iéres, elles appartiennent à la période tertiaire de la syphilis, et succèdent à une inflammation ct^ronique dont les produits sont modifiés par la spécUleité de la cause pathologique. Pour établir avec phis d'évidence la relation qui vient d'être signalée, nous examinerons d'a3;>ofd les tumeurs syphilitiques dans les éléments fibreux annexés aux muselles, et en second lieu dans leur p«rtie eharnue proprement dite.
A,-^iïmKw sY^uTi0(9s im vsBfwm ET DM ^rewIvBnafs*
L'affinité de te;ï^lure qui existe entre le périoste, siège ordinaire des tumeurs gommeuses , et le tissu fibreux des tendons et des aponéyrosçs t e^^plique pourquoi on observe plus souvept cette affection dans leur tissu que dans la partie charnue des muscles. C'est un fait reconnu que les tendons, malgré leur organisation peu vasculaire, participent aux effets de la syphilis invétérée, et sont particulièrement susceptibles de devenir le siège d'épeississempnts partiels pu de petites tumeprs appelées wrfw»
j. inniimi iMUTPm iii mm w i>nn' iimn' m wm ii iiiimuhh i f'w i m i p> pu |i iji uni
tantôt dures et pleines, tantôt fluctuantes. Les aponévroses ont, sous ce rapport, une susceptibilité pathologique moins prononcée ; mais diverses observations, et en particulier celles de Hunter, ne laissent aucun doute sur la part qu'elles prennent à ce genre d'affections. Toutefois , bien que la possibilité de l'altération du tissu fibreux des tendons et des aponévroses soit un fait acquis à la science, on ne saurait se dissimuler que l'énoncé des observations qui s'y rapportent est partout laconique , insuffisant , et qu'il se borne à l'indication de l'existence de la maladie , sans plus amples développements. Il est même probable que, dans plusieurs cas où des tumeurs formées dans ces tissus sous l'influence de la syphilis se sont présentées à divers observateurs, la nature de leur cause n'a pas été soupçonnée. L'étude des affections syphilitiques des annexes fibreuses des muscles a donc besoin d'être complétée. Les détails qui suivent concernent plus spécialement les tumeurs des tendons.
Ces tumeurs sont tantôt solides et paraissent consister en une hypertrophie circonscrite du tissu des tendons, avec épanchement d'une matière séreuse et plastique dans l'intervalle de leurs fibres. Elles sont le siège d'une douleur plus ou moins vive , qui s'accroît pendant l'exercice du muscle auquel correspond le tendon affecté; et si on examine celui-ci sur Je cadavre , on reconnaît qu'il a conservé sa couleur naturelle ou qu'il présente tout au plus les traces d'une légère injection , mais qu'il est gonflé, soit par l'épaississement de ses fibres, soit par l'adjonction d'une matière albumineuse à demi solidifiée. C'est dans cet état que j'ai observé le tendon du jambier antérieur, sur un sujet qui présentait en même temps des périostoses au tibia correspondant. Si l'affection devient ancienne et qu'elle ne se termine pas par suppuration , l'ossification s'en empare, et tantôt gagne toute la longueur du tendon, comme je l'ai vu pour le muscle petit psoas; d'autres fois elle se limite à la partie malade, en formant une sorte d'os sésamoïde accidentel.
Les tumeurs syphilitiques des tepdons siègent tantôt à leur surface et tantôt à leur centre. Le premier siège est le plus ordinaire. Le gonflement est alors plus sensible ; il fait une faillie plus abrupte sur le trajet du tendon , et s'il se termine par suppuration , la continuité de la corde fibreuse est respectée. Mais l'affection peut résider exclusivement dans la parli^
DBS MUSCLES, 541
centrale du tissu scléreux , et dans ce cas les produits de nouvelle formation écartent les fibres propres du tendon , en donnant à la tumeur une forme ovoïde ou en fuseau. J'ai vu et dessiné au musée d'anatomie pathologique de Strasbourg , une tumeur ainsi disposée qui a son siège dans répaisseur d'un tendon appartenant à l'un des muscles fléchisseurs des doigts. La fluctuation est sensible à travers l'enveloppe flbreuse , et la tumeur présente à peu près la forme et la grosseur d'une amande.
Lisfranc ' a décrit, sous le nom de nodosités blanches des tendons ^ une affection qu'il déclare fort rare et inconnue des auteurs classiques. En analysant avec attention le fait principal d'après lequel le chirurgien de la Pitié établit l'existence de ce genre de tumeurs, il y a lieu de croire que cette affection n'est qu'un cas particulier des nodus syphilitiques des tendons. Il s'agit en effet d'une tumeur volumineuse développée dans l'épaisseur du tendon d'Achille , chez une danseuse de l'Opéra. Tous les moyens locaux mis en usage contre cette tumeur avaient échoué , mais l'administration de l'iodure de potassium à l'intérieur, aidée de la compression et de quelques antiphlogistiques , produisit une guérison complète. Il est regrettable que Lisfranc n'ait donné aucuns détails sur les antécédents de la malade qui a fourni lesujet de son observation; mais il est difficile de ne pas assimiler cette tumeur à celles que produit la syphilis , lorsqu'on voit qu'il y a non-seulement analogie de siège et de symptômes, mais analogie d'action thérapeutique. L'iodure de potassium, dont l'efficacité est bien démontrée dans les accidents de la syphilis confirmée, assura d'une manière prédominante, sinon exclusive , la guérison de la malade de Lisfranc.
On a voulu plus récemment , et à propos des observations de ce chirurgien, assimiler les nodus des tendons aux ganglions qui se forment autour de ces organes, et qui résultent d'une accumulation de sérosité dans les bourses muqueuses naturelles ou accidentelles , placées sur leur trajet. M. Marchai ^ (de Calvi) a mis en doute ces prétendues nodosités, qu'il pense n'être autre chose que des ganglions ou peut-être des névromes
1 GauHe des hôpitaux, 1842.
' î* Annale» de la chirurgie française et étrangère , tom. VI , 1842.
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scMEi&'^BtaDés. Il se plaipt toot au moins do défaut de vériflcations tivées de Tmatomie pathologique ; mm eette scievee n'est pas réglée muette sous ee rapport , et , au besoin , la pièce du musée de Straeboui^ signalée plus baulr^ndraitparfaitemeiit aux difficultés soulevées par M. BfarcM* S'il est douteux que les nodosités blaaehes des tendons, telles que les a signalées Lisfranc , aient une existence indépendante de la syphilis , du moins cette existence est^le partiitement constatée , et il est bien démontré que cette affection diffère essentieUemenldes ganglteos on des névromes. Pour achever de dissipa toute incertitude à cet égard , il mt parait utile de Caire connaître un fait que j'ai récemment (observé et qui me paraît démonstratif.
Troisième Observation.
Tmeytr l^tHUtifue ic fexirémiîi mfériewre ie chêifuç tendon d'AchUte; f roîltfVfoa
mercurid. Guérism.
Le nommé Antoine B...., âgé de 23 9ns ^ tonnelier, en résidence ^ Cette ( Hérault) , est entré à Thôpital Saint-Éloi de tfontpellier, le 35 fé* vrier 1846. Il occupe le No 15 de la salle des blessés civils. Ce malade est d'uA tempérament lymphatico-sanguin. Il rapporte que, M de parents S9in$, il ii'a jamais présenté lui-même de symptômes de scrofules, qu*U p'a point eu de rhumatismes , pi d'affections d'upe autre nature. Il y a deux ans et demi , il contracta une blennorrhagie , suivie biept6t après de deux bubons y un de chaque côté. Pour obtenir sa guérison, B... s'adressa à un ch^rl^tan , qui lui fit prendre des poudrçs et un liquide dont il n'a pu me faire connaître la nature. Son traitement sç prolongea pçndant plusieurs mois, après lesquels les symptômes dispa^ rurent d'une manière graduelle, Peudant sa durée , le malade n'avait cessé de se livrer aux travaux habituels de sa profession » qui l'obligeaient à se tenir debout pendant toute la journée. Quelquç temps après la disparition des dernières apparences de la maladie, une douleur commença à se faire sentir vers la partie la plus élevée de chaque talon ; elle s'accompagna d'une tuméfaction qui, d'abord médiocre, ne tarda pas à acqué-
DOS MVSCUB. 513
rir lé volume d' une noiic. La douleor et la tamëfacftion étaient plus proûoficéeâ du «ÔIfé droit. Un corps glandulaire , ayant le volume d'une lidisellte , se miattifésta du même cOté, à quelques oentimèitres plus haut, vers liB bord innerne du tibia. Cdlte petite tumeur, d'abord mobile et roth lante , devint le noyau d'un engorgement qui s'accrut et fut le préhide d'un érydipèle qui se termina bientôt après par la résolution de l'engopg^^mentdu membre, excepté au niveau de l'attache du tendon d'Âobiile au calcanéum. Du côté gauche , la tuméfaction du point correspondaiit s'éti^it faite graduellement, sans acddent particulier. Cet état persista pendant près d'un an , sans que le malade s'en préoccupât l)eaueoup; il n'éprouvait qu'un peu degône dans la marche; il lui semblait même qu'un commeiidement de dhninntion s'était effectué. Maid , dès le mois de janvier i846, les douleurs se réveillèr^t avec plus dé vivacité vârs l'extrémité inférieure de chaque tmdon; la «uorche devint plus pénible, et le malade se rendit à Montpellier pour demander des conseils. Je l'eiigagéaî à e«rtrer à l'hôpital Saint^Éloi^oti je Élisais lé service de la clinique.
Au momient de son entrée ^ B.... présente l'état suivant : une tumeur du volume d^une noix existe de chaque côté, au niveau de l'insertion du tendon d'Achille au calcanéum ; sa portion la plus large est à la partie déclive; elle diminue de volume en haut et se réduit peu à peu aux dimensions du tendon lui-même. Ce dernier parait plus affecté dans ses couobes pcistértèures et latérales ^pie vers la face aatérieure. La tumeur est toè&Kiure vers sa base ; on dirait que dans Ce point chaque calcanéum est ie Éiége d'une exostose. La densité est moindre vers>la partie supé*rieure, du eôtédfoit surtout, Où la tumeur semble ramollie et présente une fluctuation obscure , comme si du liquide était infiltré dans un tissu ceiluki ^fibreux. La douleur est modérée lorsque le malade n'exécute aucun mouvement, mais elle s'accroît quelquefois spontanément pendant la nuit, et il Bouffre assez viveMeiU si on comprime la partie naalade ^ otf s'il veut marcher. Sous Tinflueiice de la contraction des fléchisseurs de la jaMxsbej une sensation douloureuse se propage le long du tendon jusque dans! It région du mollet. Du reste , les deux tumeurs sont sans changement de^oukor à la peaui et elles ne donnent point lieu à des symptômes généraux. Toutes les fonctions s'accomplissent avec régularité.
Ne pouvant rattacher l'existence de ces tumeurs qu'à une origine syphilitique, et éclairé par des faits antérieurs de même nature, je prescrivis un traitement général destiné à combattre l'affection dont ces tumeurs étaient une manifestation. Dès le lendemain de l'entrée du malade à l'hôpital, l'usage des pilules de Sédillot fut commencé; de la tisane de salsepareille édulcorée avec le sirop de la même substance fut également prescrite. En outre, le malade fit chaque jour une friction mercurielle sur l'insertion du tendon d'Achille. Pendant la durée de ce traitement, une amélioration très-sensible se manifesta , particulièrement du côté gauche. Vers le milieu du mois du mars , M. Serre, qui avait pris le service de la clinique, fit continuer le traitement antisyphilitique général; mais voyant que la tumeur du talon droit cédait plus lentement à son influence, il prescrivit un vésicatoire sur le siège de la tumeur , et le fit entretenir pendant quinze jours environ. Après la cicatrisation de sa surface, les frictions mercurielles furent reprises et continuées jusqu'au commencement d'avril. Le 7 de ce mois, B.... a quitté l'hôpital, complètement guéri de la tumeur du tendon d'Achille du côté gauche ; celle du côté droit avait diminué des deux tiers. Il n'existait plus de douleur dans la région affectée , et la marche s'effectuait sans la moindre difficulté.
B. •— Tumeurs stphilitiques de la partie charnue des muscles.
Les tumeurs que nous venons de signaler comme existant dans les tendons, peuvent aussi se développer dans la partie charnue des niuscles. C'est ce qui résulte des observations placées en tête de ce travail, et ce qui deviendra plus évident par les détails ultérieurs dans lesquels nous allons entrer.
Anatomie pathologique. — Il est difficile de déterminer si cette altération a son point de départ primitif dans les fibres musculaires ou dans le tissu cellulaire qui leur est interposé. L'analogie porterait à croire que l'élément cellulo-scléreux qui unit les fibres charnues ou qui leur forme une gaine, est le premier envahi. Mais lorsque la lésion est avancée, qu'elle a revêtu l'un de ses modes de terminaison , soit par suppuration , soit par induration , tous les éléments anatomiques paraissent affectés, et,
4 DES musAes. 545
suivant le degré plus ou moins avancé du travail morbide, les fibres musculaires semblent plongées dans une matière de nouvelle formation , ou bien elles sont .ramollies et détruites, ou bien elles sont encore transformées en tissu induré, subcartilagineux et même osseux. Tels sont du moins les états divers dans lesquels j'ai observé les tumeurs syphilitiques des muscles.
A un premier degré y le muscle est le siège d'un gonflement local et circonscrit, ayant une consistance plus grande que celle de l'œdème. Une section faite dans la partie malade permet de reconnaitrequelques faisceaux musculaires décolorés au milieu d'un épanchement plastique d'apparence grisâtre. La tumeur syphilitique que j'ai rencontrée dans le muscle grand fessier était à ce premier degré de formation. Cet état paraît être l'indice d'une phlegmasie lente qui préside à la sécrétion pathologique dont le produit subira des transformations ultérieures.
A un deuxième degré, en effet, la matière épanchée se ramollit. Si l'inflammation se prolonge avec son caractère primitif de chronicité , les élaborations graduelles du produit épanché le transforment en un liquide visqueux , fllant, semblable à un solutum dégomme. Si , au contraire, une phlegmasie intercurrente aiguë se manifeste , ou si la tumeur a fait éprouver dès le début une douleur constante avec augmentation de température locale , du véritable pus se forme au centre du muscle , les fibres ramollies se détruisent et il se fait des délabrements plus ou moins considérables.Je soupçonne que plusieurs abcès inlra-pel viens, des psoïtis ou des inflammations destructives du muscle iliaque interne, ne sont que des phlegmasies syphilitiques des muscles de la région lombo-pelvienne. J'ai plusieurs fois observé des complications de ce genre chez des sujets atteints de syphilis, et récemment j'ai appelé l'attention des élèves qui suivent ma clinique , sur un fait de cette nature. H s'agissait d'un soldat qui portait à l'aine un bubon constitutionnel consécutif à un chancre induré. Pendant son séjour à l'hôpital, ce malade fut pris d'inflammation chronique des muscles psoas et iliaque du côté gauche. Une tumeur considérable formée dans le bassin vint faire sail.lie au niveau du ligament de Fallope. Il fallut donner issue, à l'aide du bistouri, à une énorme collection. Le malade, soumis à un traitement antivénérien, se rétablit complètement. 69
546 ^ TUMEims'stPfclLrtlQUES •
A un troisième degré, les tumeurs syphilitiques non feuppurées si'iûtltîrenl. ESles passent, comme les périosloses, par des phases successives d'organisation , cjui les conduisent de l'état simpfeméttt «cléreti^ à rélari subcartilagineux , cartilagiheux et osseux. Cette transformation ultime est cdle qui^ par ses caractères et sa persistance, a le plus frappé les arta^ tomo-palhologisles. J'ai eu Toccasion d'en observer un exemple tort remarquable au musée de la Faculté de médecine de Strasbourg : c'est celui tfuhe masse osseuse d'un volume très- considérable, développée dans Fé-paisseur du muscle carré de la cuisse. Les ossifications des muscles et de leurs tendons ont été plusieurs fois remarquées chez des sujets qui, sous l'influence ée la syphHis , ^voient eu des exostoses sur divers points du corps. La belle colleotion du professeur Dttbrueil i-enfti*hiatt le squelette d'un Arabe qui avait eu la syphilis , et che:^ lequd , outre de nombreuses exostoses, il y avait eu ossification de plusieurs muscles à leur point d'insertion. Les productions ossefuses de ce squelette sont slyliformes, laminées ou de toute autre confi^ration , suivant la disposition des muscles qui ont participé à l'altération.
Sié^e. •— Le Heu dans lequel se mauifb^etit les tumem^s tousculaire^ ftyphilitiqueB est trôs«Arariable, et, selon toute p^ôtmbilité , M^ùA musde n'est à l'abri de oe genre d'afifëctioïi , pas plus qu'ancutï ôs n'est â l'abri d'éxostoses. Jusqu'à ce jour j'ai observé des tumeurs syphilitiques dans le grand fessier, le trapèze, les sterno-mastoïdieUs, le vaste eîrtetne, les jumeaux et quelques attires muscles du membi^é itifôrieur. J'ai tti également «ne tumeur de même ndture dans l'épaisseur du muscle grand pectoral , cbeis un homme qui avait éU même temps une péridiondrite syphilitique des cartilages costaux-. Enfin , j'ai observé dans des touscles de régions très^ivei^es, des traces d'os^sification qiiMl était ratiohnel d'attribuer à riafluence de la syphilis.
Mais certains oi'gànes d'iîne slructufe eàsentieWemertt musculafire , ou dans lesquels les muioles prédomine^, tels que la lattgue et lè?s lèvres , m'ont paru être plus spécialement le siège de ce gente de tuttietrrs. Il est aussi d'autres orgsnes dans jesquels les gonûements syphilitiques atlet-^ gmnt les faisceaux musoulaires et paralyseM \e\it action eà même temps qu'ils préparent leiir deetruction ultérieure. U est du Moins remfatquabte
MS WiSCtK^ 547
qiiele MM\e du palais, (Hgane motsoulo-membfaoeux, e$tufi des sièges d'élection de la syphilis. Le larynx lui->même , si souvent attaqué dans ses éléioefits muqueux et cartilagineux, peut l'être dans les muscles qui meu- \enk ses diverses pièces. Enfin, s'il est vrai que I0 tissu de l'utérus partici^ des caractères du tissu musculaire , ne seraît«U pas convenable de comprendre dans le genre de tumeurs qui nous occupent, certains en-* gorgements de son col qui succèdent à Vaction de la maladie Vénémone? U rne parait utile d'entrer dans quelques détails sur les tumeurs syphilitiques considérées dans les principaux organes que je viens de désigner.
La langue, véritable muscle composé, est peut-être de toutes les par^ ties douées de cette organisation, celle qui est la plus sujette à cette espèce d'aifectiôn. Soit que la masse de l'organe se tuméfie uniformément, soit qu'une partie de son tissu soit seule attaquée, toujours estait qu'on observe aa^ex fréquemment des tumeurs linguales syphilitiques chez les sujets victimes d'une fâcheuse incurie ou chez lesquels un traitement mal administré a laissé la maladie vénérienne arriver à une période avancée. Ces lésio0s du tissu propre de la langue t)nt été certainement observées par tous las praticiens qui ont eu à traiter des syphilis invétérées ; mais il est remarquable qu'on n'a nullement pris en considération le siège anato* miquo de ces tumeurs, dont l'origine réelle est dans le tissu musculaire dense de l'organe , et qu'on n'a vu en elles qu'un des effets que la syphilis exerce collectivement sur les parties qui avoisinent l'isthme du gosier. Toutefois, pour peu qu'on examine avec attention l'aspect général , le mode de déformation de la langue , la dureté que son tissu acquiert dans les points affectés , la profondeur et la sensibilité insolite de la tumeur qui s'y manifeste , la gène que cause sa présence et les difficultés qui en résultent pour l'exercice de la parole ou des autres fonctions auxquelles la langue participe, on ne tarde pas à se convaincre que ce genre d'alté*^ ration diffère beaucoup des engorgements supei'ficiels subjaeents à des ulcérations , ou des excroissances dont la muqueuse linguale peut être le siège.
Lorsque les tumeurs syphilitiques de la langue se produisent , elles occupent tantôt la base, tantôt l'un des bords ou la pointe de cet oi^ne. Je les ai plus fréquemment observées dans la base. D'autres fois la masse
entière de Torgane est envahie. Cet état de choses était très-prononcé sur une femme que j'ai traitée l'année dernière à la clinique de l'hôpital Saint-Éloi, et qui avait eu plusieurs affections vénériennes. Il n'existait chez elle ni ulcérations, ni traces d'inflammation qui pussent faire croire à un gonflement phlegmasique ordinaire ; il ne s'agissait pas non plus d'une hypertrophie simple , car la dureté de l'organe était notablement augmentée. La parole était devenue difficile , et avait pris ce caractère particulier que présentent les sujets affectés de grenouillette. Cette maladie s'amenda sous l'influence de l'iodure de potassium administré à l'intérieur, et des frictions avec la pommade d'iodure de mercure dans la région sous-maxillaire,
Les tumeurs syphilitiques de la partie musculaire de la langue seront facilement distinguées des excroissances superficielles qui ont leur point de départ dans le tissu muqueux ou sous-muqueux. Ces dernières ne gênent pas les mouvements de l'organe, à moins qu'elles ne soient considérables ; elles sont découpées irrégulièrement à leur sommet. Enfin, elles ont pour siège d'élection la portion de la langue qui correspond à l'isthme du gosier. On distinguera avec non moins de facilité les tumeurs vénériennes des musclés de la langue, du gonflement qui appartient à la glossite ordinaire ou mercurielle. Dans ces deux cas , les signes locaux et généraux de l'inflammation sont suffisamment caractérisés, et lorsque la glossite est produite par l'usage du mercure, il existe en outre une salivation abondante, des ulcérations à fond grisâtre et une fétidité de l'haleine qui ne laissent pas de longues incertitudes sur la nature de la maladie. Enfin , le cancer de la langue se distingue des tumeurs syphilitiques du même organe, par les douleurs lancinantes qui lui sont propres, par sa forme primitive qui est le plus souvent celle d'une tumeur verruqueuse dure et circonscrite, et par l'absence des signes concomitants de la syphilis. Dans les tumeurs linguales qui tiennent par leur nature à cette dernière affection , on trouve le plus souvent des traces qui servent à la faire reconnaître. Parmi les divers exemples de tumeurs syphilitiques de la langue que j'ai eu occasion d'observer , je me bornerai à signaler les deux suivants.
des muscles. 549
Quatrième Observation.
Tumeur syphilitique de la région médiane de la langue; muriale d'or. Amélioralion.
Joseph B...) de Saint-Pons, âgé de 42 ans, fut reçu à Thôpital Saint- Éloi de Montpellier, le 1*^^ juillet 1845. Ce malade, qui avait contracté plusieurs affections vénériennes pendant sa jeunesse , portait une tumeur du volume d'une grosse noisette, exactement sur la partie moyenne de la langue, dans l'épaisseur de laquelle elle était située. Sur un autre point du même organe existait une ulcération perforante dans laquelle un stylet pénétrait à la profondeur d'un centimètre. Le médecin qui avait donné lès premiers soins à ce malade le considérait conime affecté de cancer. Mais les antécédents ne laissaient aucun doute sur l'existence d'une affection vénérienne, et des traces de syphilis pouvaient être reconnues sur d'autres points du corps ; car la région du nez et celle du front étaient le siège d'ulcérations syphilitiques, et quelques taches cuivrées existaient en outre sur le tronc et les membres. La tumeur médio -linguale était exempte de douleurs lancinantes ; sa dureté était assez considérable ; elle ne donnait lieu à aucun signe évident de fluctuation. D'après les récits du malade, elle avait déjà résisté à l'emploi de diverses préparations mercurielles.
Cette circonstance me décida à prescrire les préparations d'or en frictions sur la langue elle-même. Le muriate d'or en poudre fut administré d'abord à la dose d'un seizième de grain par jour, et plus tard à celle d'un douzième, puis d'un huitième. Lé sirop et la tisane de salsepareille furent prescrits en même temps. Ce traitement durait depuis un mois et demi , et sous son influence la tumeur avait diminué de près des deux tiers, lorsqu'on fut obligé de renvoyer brusquement le malade, pour des raisons particulières. Je n'ai plus eu de ses nouvelles.
Dans le cas suivant, une tumeur syphilitique de la langue, plus étendue et plus ancienne que celle que. je viens de décrire, céda d'une manière complète à l'usage du muriate d'or et de pilules résolutives.
550 tumeurs syphilitiques
Cinquième Observation.
Tumeur syplûlUique de la base et du bord droit de la langue; muriale d'or, Guériton.
François R , du département de l'Aveyron, est entré à l'hôpital
Saint-ÉIoî de Montpellier le 24 décembre 1845. Cet homme, âgé de 45 ans environ , exerçant la profession de tisserand, a éprouvé plusieurs maladies vénériennes consistant en écoulements urétraux, chancres et bubons. Malgré les soins qu'il a reçus à l'occasion de chacune de ces atteintes de syphilis , celle-ci est devenue constitutionnelle, et dès l'âge de 35 ans des ulcérations ont détruit le voile du palais. La voûte palatine s'est perforée; les os du nez, atteints par la nécrose, ont disparu par fragments, et le reste s'est affaissé. A l'époque où ce travail morbide opérait de si graves destructions , sous l'influence de la diathèse syphilitique , R a
subi divers traitements qui ont successivement consisté dans l'emploi des pilules de Sédillot , de la liqueur de Van-Swiéten , et de Tiodure de potassium, dont l'usage particulier a été longtemps prolongé, à une dose élevée. Divers gargarismes avaient été conseillés ; on avait aussi mis en usage la cautérisation de l'isthme du gosier avec l'alun , le nitrate d'argent , etc. Ces moyens ayant produit une amélioration réelle quoique lente, le malade se croyait guéri , lorsque quelques années après , des squamraes syphilitiques se manifestèrent sur le cuir chevelu. A' peu près à la même époque, la langue se tuméfia, la parole, jusqu'alors obscure et nasonnée à cause des premiers ravages de la syphilis, devint plus pénible ; la déglutition ne se fit plus qu'avec douleur , et le malade se décida à venir chercher à Montpellier un soulagement à une maladie aussi rebelle.
Il y avait déjà plus de six mois que la langue s'était tuméfiée, lorsque
R entra à l*hopitalSaint-Éloi. Le gonflement occupait alors la base
de l'organe et 'son bord droit. Sur ce dernier point et vers la face supérieure existaient trois ulcérations d'aspect syphilitique; la moyenne, d'uoe forme oblongue , avait des bords coupés à pic et devenait quelquefois saignante. L'exploration de la partie tuméfiée, à l'aide du doigt, indiquait une dureté assez prononcée , et lorsqu'on exerçait sur la langue une pression perpendiculaire, en même temps que les doigts de l'autre main étaient
piddés âu-'dcssoils et en alTiè^e du menton , dans la région sns-hyoïdienne, il était facile de reconnaître que toute Têpaisseur de la langue était gonflée vers sa base. A mesure qu'on cherchait à apprécier les limites dé la tuméfaction vers la partie antérieure , on voyait celle-ci se borner à la moitié droite de l'organe, et se limiter de plus en plus au bord cohrespon*dant en s'appfochant de la pointe. Dans ce dwnier sens , la moitié di^ile de la lat]goe aVait une épaisseur trois fois plus considérable que du côté sain.
Le malade ayant été plusieurs fois soumis ô l'usage des préparations mercurieHes, et ayant récemment pris de fortes doses d'iodure de potassium qui Tavaieitt fatigué, en déterminant une sensation douloureuse (k»ns la région précordiale, je pensai que le muriate d'or lui convenait mieux' que tout âfUtre antis^philitique. Comme des ulcérations existaient sur la langue , le médidârmem n'aurait pu être facilement pris en iViotions ; je le prescrivis en liqueur , d'après la formule généralement adoptée dans les hôpitaux de Moïitpellier , et qui eonsiste à iaire dissoudre 5 centigram. de muriate d'or dâtis 180 gram. d'eau distillée. Une cuillerée de liqueur aurifère , et plus tard deux cuillerées , furent administrées. Le malade prit en même temps de la tisane et du sirop de salsepareille , et fut soumis à un régime sévère. A dater du second mois seulement , les effets dû traitement furent sensibles ; la langue commença à diminuer de volume, et quiti^ jours après , la tuméfection était moindre de moitié. Il y eut efiioore un tenlps d'arrêt pendant lequel je ïi'observai d'autre effet que la cicatrisation de l'une des ulcérations de la langue. J'ajoutai alors à remploi de la liqueur aurifère, celui de pilules dont j'avais souvent éprouvé l'action résolutive. Le malade prit chaque jour deux pilules contenant éhacune : cdlomel , 3 centigrammes ; ^trait de jusquiame ,
3 cmtigrammes ; extrait de saponaire, 5 centigrammes; savon médicinal,
4 décigramrte. Ces pilules, commencées le 30 janvier 1846, furent continuées jusqu'au 25 février, et pendant cet int^valle le malade fut purgé plusieurs fois. Ces divers moyens produisirent l'effet qu'on en attendait : ramélioration se fit évidemment reconnaître, la tumeur linguale disparut^ les ulcérations se cicatrisèrent, et le malade sortît de l'hôpital le 6 mars, dans un état parfeit de guérison.
Parmi les organes à texture musculaire, les lèvres partagent avec la langue la disposition pathologique qui permet un développement plus facile des tumeurs syphilitiques. Ici, à la vérité, des éléments nombreux se trouvent: un tissu cutanéo-muqueux,un riche lacis vasculaire,des glandes muqueuses , du tissu cellulaire sont associés au lissu musculaire de ces organes , et ce n'est pas exclusivement au dernier élément anatomique qu'on peut attribuer le siège des tumeurs syphilitiques. Mais si Ton réfléchit que l'élément musculaire est celui qui domine , que les tumeurs de ce genre débutent le plus souvent par le centre de la lèvre , et qu'enfin tout^ l'épaisseur de celle-ci est plus tard envahie , on conviendra que malgré la variété des éléments anatomiques, l'analogie avec les cas précédents s'établit sans effort, et qu'il y a lieu d'admettre un gonflement syphilitique des tissus fibreux et musculaire dont l'organe se compose.
Il esta peine utile de prévenir qu'il ne s'agit pas, en ce moment, de l'engorgement du tissu des lèvres subjacentà un chancre primitif de leur membrane muqueuse, mais d'une tuméfaction indépendante de toute cause locale et se manifestant comme symptôme de la syphilis constitutionnelle. Cette affection , qui se rencontre assez fréquemment dans les hôpitaux, mérite d'être d'autant mieux reconnue dans sa cause, qu'elle peut être confondue avec le cancer labial, et que le chirurgien est exposé, dans ce cas, à pratiquer une opération qu'un traitement bien dirigé aurait rendue inutile. Les antécédents du malade, quelques phénomènes concomitants, la nature dei douleurs, le degré de consistance de la tumeur , aideront à établir le diagnostic. Dans les tumeurs syphilitiques des lèvres, le siège de la maladie est plutôt à la partie centrale que vers le bord libre de ces organes , tandis que dans les cancers le tissu anormal se développe le plus souvent sur le rebord labial , où il se montre tout d'abord sous la forme d'un bouton verruqueux et suscite des douleurs lancinantes. Enfin, si la* tumeur vient à s'ulcérer, quelle que soit sa nature, les caractères propres aux ulcères vénériens ou cancéreux se manifestent et conliibuent à éclairer le chirurgien. Dans les cas douteux, on pourra commencer un traitement antisyphilitique à titre d'épreuve diagnostique, et le poursuivre ou le suspendre , suivant la manière dont l'affection sera modifiée. J'ai rencontré plusieurs fois des cas de ce genre ; j'ai vu surtout à la
DES BIUSGLES. 553
clinique deLallemand, divers faits qui prouvent combien il est facile d'être induit en erreur au sujet des tumeurs des lèvres, et j*ai appris combien un diagnostic bien posé peut suggérer un traitement rationnel et efficace.
Le voile du palais^ qui est si fréquemment détruit par des ulcérations vénériennes dans la syphilis secondaire, se trouve, à divers égards, dans les mêmes conditions que les lèvres, et peut être le siège de tumeurs vénériennes développées dans son tissu central qui est ûbro-musculaire. Ce n'est pas toujours, en effet , par des ulcérations de la muqueuse qui gagnent successivement en profondeur, que se produit la destruction de cet organe. Rigoureusement, on pourrait considérer comme une lésion du tissu sous-muqueux, les tubercules syphilitiques qui se manifestent à la période secondaire de la maladie et qui en s'ulcérant détruisent plus tard la membrane du voile du palais. Mais indépendamment de cette lésion, qui est la plus commune, j'ai observé chez plusieurs malades atteints de syphilis invétérée , des indurations tantôt circonscrites, tantôt diffuses du voile du palais, sans ulcération de sa membrane de revêtement. C'étaient de véritables tumeurs syphilitiques analogues à celles qui ont été signalées pour la langue et les lèvres, et développées dans l'épaisseur des muscles staphylinset de leur gangue fibro-celluleuse. Celte disposition était très-prononcée sur un malade d'Avignon qui vint me consulter Tannée dernière , pour une syphilis tertiaire. Il avait des exostoses aux jambes, une carie des os du nez, et le voile du palais était le siège d'une tumeur dure, de la grosseur d'une amande, sans ulcération de la muqueuse. Il y eut une amélioration temporaire sous l'influence de l'iodure de potassium, mais des symptômes de phthisie se déclarèrent plus tard et ne purent être enrayés par aucun moyen.
Enfin, les muscles du larynx peuvent eux-mêmes être envahis par I affection syphilitique. Sans doute les ravages de cette affection s'expriment plutôt par la carie ou la nécrose des cartilages , par les ulcérations de la muqueuse , que par la lésion des muscles, et il ne faudrait pas conclure de l'aphonie, qui est un symptôme presque constant de la phthisie laryngée, que les muscles de l'appareil vocal sont le siège de la maladie. Hais l'impuissance musculaire dénote une participation à l'altération gé-
nérale des éléments du larynx , et je ne doute point que des investigations ultérieures n'aient quelque chose à nous apprendre sur ce point encore inexploré d'anatomie pathologique. J'ai le souvenir d'avoir rencontré pendant mes dissections y une tumeur qui envahissait tout le muscle thyro-arythénoïdien, chez un sujet qui présentait les traces d'une phthisie laryngée î et en consultant l'important ouvrage que MM. Trousseau et Belloc ont publié sur cette maladie, j'ai trouvé sur la planche IX une figure qui rappelle exactement une tumeur syphilitique du muscle thyroarythénoïdien , bien que les narrateurs de l'observation ne l'aient pas décrite sous ce titre.
D'après les faits et les observations qui précèdent , non-seulement l'existence des tumeurs musculaires syphilitiques peut être considérée comme démontrée , mais on peut se former une idée générale du caractère et du siège de cette affection ; il ne nous reste qu'à présenter quelques détails complémentaires sur ses causes, ses symptômes, sa marche et son traitement.
Camses. — La syphilis , si variée dans les influences ultimes qu'elle exerce sur l'organisme, prend le masque d'une foule de maladies locales lorsqu'elle est passée à l'état de dialhèse ; c'est au praticien à la reconnaître , et à lui assigner le rôle étiologique qui lui convient. Or, c'est un fait établi de la manière la moins équivoque, que les tissus osseux et fibœux sont principalement affectés dans la période tertiaire. Pour nous borner aux variétés du dernier tissu, il nous suffira de rappeler que le périoste, les revêtements fibreux de divers organes, les tendons, les aponévroses , sont le siège de lésions particulières que la syphilis provoque par sa seule influence, et sans qu'aucune cause locale ou externe appréciable intervienne pour expliquer leur formation. Les tumeurs syphilitiques des muscles sont dans la même catégorie ; elles se développent dans l'épaisseur des faisceaux charnus , sans devoir leui* origine à une cause provocatrice particulière; du moins rien d'évident n'a pu être remarqué dans les faits que j'ai observés , si l'on excepte toutefois les oi^anes musculaires de la cavité buccale, où les fréquentes sMeiales de
la syphilis semblent indiquer une disposition spéciale à recevoir cette influence morbide.
Symptômes. — Lorsque les tumeurs se sont formées dans l'épaisseur des muscles, on les reconnaît à leur siège anatomique et à la gêne qu'elles apportent dans l'exercice des fonctions musculaires. Toute contraction est suivie de douleur, ou celle-ci s'exaspère si elle existait préalablement. Dans certains cas , le muscle affecté se rétracte, comme nous l'avons vu pour les muscles psoas et iliaque ; mais cette rétraction n'est pas un phénomène nécessaire, et elle peut elle-même se produire par l'action de la syphilis , sans tumeur préalable. Une remarque faite par M. Warren , au sujet des tumeurs musculaires en général, et applicable aux tumeurs syphilitiques, consiste dans leur mobilité ou leur fixité, suivant l'état de relâchement ou de repos du muscle affecté. Si le muscle est en repos , la tumeur peut êlre explorée avec une entière facilité; on lui imprime des mouvements en sens divers qui servent à la distinguer des tumeurs adhérentes , et l'on apprécie en même temps la plupart de ses autres caractères physiques. Si le muscle entre en contraction , la tumeur acquiert aussitôt une fixité proportionnée à la durée de la contraction, et cette^ expérience influe aussi sur son degré de résistance et sur sa sensibilité. La consistance des tumeurs musculaires est variable suivant leur ancienneté et le genre de terminaison qu'elles paraissent devoir affecter. D'une dureté assez médiocre dès leur première période, elles deviennent fluctuantes si la matière qui les forme se convertit en pus ou en liquide gomnoeux; elles deviennent enfln d'une consistance très-grande si, leur résolution n'ayant pu s'effectuer, elles subissent les divers degrés d'induration qui sont la conséquence d'un grand nombre d'inflammations chroniques. Leur forme est ordinairement globuleuse ; leur volume varie depuis celui d'une petite noix jusqu'à celui d'une orange. Au reste, elles sont sans changement de couleur à la peau, sans adhérence avec cette membrane, et ne font éprouver aucune sensation de chaleur insolite , à moins que des accidents phlegmasiques ne s'y manifestent. Des ganglions lymphatiques sont quelquefois engorgés dans leur voisinage , comme je l'ai vu pour des tumeurs des lèvres. Les variations de température et l'état hygrométrique de l'atmosphère réveillent quelquefois leur sensibilité ,
qui s'accroît aussi pendant la nuit. Enfin , on achève de se faire une idée suffisante de leur nature, en prenant en considération d'autres phénomènes pathologiques qui ordinairement se produisent en même temps que ces tumeurs. Le malade qui les présente est presque toujours affecté d'exostoses ou de tumeurs gommeuses du périoste, ou bien il offre des ulcères à l'isthme du gosier. Il est atteint de carie vénérienne; il présente enfin quelques signes réceifts ou anciens de syphilis. Ces explorations actuelles ou commémoratives sont de la plus haute importance , et donnent de la sécurité au diagnostic.
Marche. — La marche des tumeurs musculaires syphilitiques est toujours lente , et parfois les malades n'y apportent de l'attention que lorsque déjà leur volume est considérable, les premières douleurs qui accompagnent leur formation ayant été prises pour des douleurs rhumatismales. Tous les détails relatifs à leur marche , à leur développement, se rapprochent de ceux des périostites vénériennes , et leur pronostic se confond avec celui de la syphilis constitutionnelle.
Traitement. — Quant à leur traitement, c'est celui qui convient à la période tertiaire de celte dernière affection. Si les mercuriaux n'ont pas été employés , on peut les mettre en usage avec confiance , surtout dans le cas où la constitution des sujets n'est pas trop détériorée. Les pilules de Sédillot, le deutochlorure de mercure en liqueur ou en pilules, associé à l'extrait de gayac ou à l'opium , conviendront particulièrement ; il en sera de même du proto-iodure de mercure. Mais si le malade a déjà fait un usage infructueux de ces médicaments; si le mercure, sous quelque forme que ce soit, a été administré d'une manière insuffisante ou irrégulière , ou si des accidents ont succédé à son emploi , il sera infiniment préférable d'avoir recours aux préparations d'or ou à l'iodure de potassium. Il est encore utile de redire que les préparations aurifères sont des médicaments d'une grande efficacité dans le traitement de la syphilis constitutionnelle , surtout lorsque le mercure a échoué. Dans ce cas , le muriate d'or administré en frictions sur la langue ou en liqueur, triomphe avec promptitude de symptômes vénériens rebelles. Quant à l'iodure de potassium, bien que les faveurs d'une sorte de mode aient exagéré ses vertus thérapeutiques, c'est un médicament fort avantageux dans la syphilis ter-
tiaire ; et loin de le trouver infidèle dans le traitement spécial des tumeurs musculaires syphilitiques, j'ai pu reconnaître qu'il a déterminé la résolution de plusieurs d'entre elles avec une promptitude évidente.
Il est inutile d'insister sur la nécessité d'adjoindre les boissons dites sudoriûques à l'emploi du médicament principal. En outre, il y aura lieu parfois d'avoir recours à divers médicaments qui ont pour effet d'activer les fonctions du système absorbant. Les pilules dans lesquelles on fait entrer le calomel, la ciguë, l'extrait de saponaire, le savon médicinal ou d'autres substances que l'on considère comme douées de propriétés résolutives, ofirent d'utiles ressources. L'une des observations que j'ai citées est un témoignage du parti qu'on peut en tirer. Enfin , quelques moyens locaux appropriés à l'état particulier de la tumeur, à son siège, à sa profondeur, à la période à laquelle elle est parvenue, occuperont une place convenable dans le traitement. L'ouverture de la tumeur si elle est fluctuante, les frictions avec des pommades iodurées, l'application du vésicaloire, de l'emplâtre de Vigo, ou l'emploi de douches hydrosulfureuses: tels sont les principaux moyens dont le praticien devra discerner la convenance. Je m'abstiens de parler des précautions communes et des règles qui appartiennent au traitement général de la maladie ; ce serait entrer dans des détails qui ne peuvent convenir pour l'affection qui vient de nous occuper, et pour la connaissance desquels je dois renvoyer aux ouvrages qui traitent de la syphilis.