ACTE PREMIER
BERNARDINE
Ahl bien, alors, plus lard, n'est-ce pas? plus lard...
VANDER POUF
. Non, madame, tout de suite...
BERNARDINE
En ce moment, monsieur, je n'ai pas la tête à moi... Mirza n'est pas retrouvée; il me sera impossible tant que cette bêle ne sera pas rendue à mon affection...
VANDER POUF
Je vous répète, madame, qu'il s*agil de choses importantes, et je pense que vous me ferez l'honneur de m*écouter. Je ne suis pas content...
BERNARDIJ^E.
En vérité?...
VANDER POUF
Non, madame, non. Vous ne vous conduisez pas comme devrait se conduire la femme d'i>n banquier tel que moi...
BERNARDINE
Monsieur...
VANDER POUF
Je connais l'austérité de vos principes... A Dieu ne plaise que je songe à vous en faire un crime! mais enfin la verlu, chez une femme, ne doit pas aller jusqu'à empêcher son mari de gagner de l'argent.
Entre Breloque.
BRELOQUE
Une dépêche devienne...
• VANDER POUF, après avoir lu la dépêche.
N'exéculez pas la première partie... exécutez la seconde... Vendez ferme... achetez le double à prime. (Mouvement de Breloque.) Peu importe l'écart ! Télégraphiez aussitôt fait. (Breloque sort.) Je vous disais, madame, qu'il faut, en toute chose, garder une juste mesure. Une parole prononcée d'une voix douce, un regard jeté à propos n'empêchent pas une femme d'être vertueuse, et cela attire les clients; une fois les clients attirc^s, le reste me regarde ; c'est n)oi qui me charge de faire leur affaire... de faire leurs affaires, veux-je dire...
Oh! monsieur!...
VANDER POUF
Ce sont là des libertés permises, et vous-même, dans les prc-
4 TRIÇOGHE ET GAGOLET
miers temps, ne songiez pas du tout à vous en effaroucher. Je me rappelle encore, ce pauvre baron de Gourd ait irsch... ce malheureux Autrichien qui m'a fait obtenir ma grosse affaire do la canalisation du Danube... Il faisait d'abord mine de regimber, il discutait, exigeait des garanties... mais vous le regardâtes d'une certaine façon, vous lui sourîtes d'une certaine manière, et, un soir, pendant que, de la main gauche, il vous serrait furtivement le bout des doigts... il signa, de la main droite, un joli petit acte que j'avais rédigé moi-même et avec soin ! Vous ne vous souvenez pas?
BERNARDINE
Si fait, monsieur, et j*en rougis...
VANDER POUF
Il ne faut pas rougir pour ça. Fasciné par vous, enfoncé par moi, et le lendemain mis à la porte... voilà comment je comprends la vertu! Ce qui-m'étonne, c'est que vous ne vouliez pas jouer avec Oscar Pacha Tinnocenie comédie que vous avez si bien jouée avec le baron Gourdakirsch... Aurai-je l'emprunt turc, ou ne l'aurai-je pas ? Gela dépend absolument d'Oscar Pachar, et vraiment, là, vous n'avez pas été gentille avec Oscar Pacha.
J'ai refusé de le recevoir.
VANDER POUF
C'est ce dont il se plaint, c'est ce dont nous nous plaignons. Trois fois il a demandé à être reçu et trois fois Ton a répondu que vous n'étiez pas visible.
BERNARDINE
Oh ! pardon, la troisième fois...
VANDER POUF
C'est vrai... la troisième fois, vous lui avez fait dire que, s'il tenait absolument à vous voir, il n'avait qu'à monter par un escalier dérobé que votre femme de chambre lui indiqua. Égaré par les renseignements de cette impertinente camériste^ Oscar Pacha prit un escalier, suivit un long corridor et tomba sur une queue de deux cents personnes... L'espoir lui fit prendre patience ; il resta là trois heures attendant son lour... Au bout de ces trois heures, il arriva en face d'un guichet. Là, on lui déclara qu'il ne restait plus d'actions de la loterie Néerlandaise, mais que s'il avait bien envie d'en'avoir, il en trouverait chez le concierge, en les payant un peu plus cher...
BERNARDINE
C'était drôle!...