‹ Trimouillat et Méliodon, ou, La divine amitié!Chapitre 31 sur 47 · SCÈNE TROISIÈME AI · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME AI

mort, voici comment 1l en parle encore. (Se tournant vers Trimouillat, avec une émotion croissante :) « Si l’on me presse d'expliquer pourquoi j'aimais » cet ami, je sens que cela ne peut s'exprimer » qu’en disant : Parce que c'était lui, parce que » c'était moi. Depuis le jour que je le perdis, je » ne fais que tourner languissant; et les plaisirs » mêmes qui s'offrent à moi, au lieu de me conso- » ler, redoublent le regret de sa perte; nous étions » à moitié de tout; ilme semble que je lui dérobe » sa part. J'étais déjà si accoutumé d'être » deuxième partout, qu’il me semble n'être plus » qu’à demi. » (Larmoyant et tendant les bras avec l'album vers Trimouillat.) Cyprien ne t'avise pas de

mourir !

TRIMOUILLAT, bafouillant.

Mourir, Adolphe, non jamais! Sois tranquille,

jamais, jamais !

TOURNEBOURNE.

Jamais mourir! Vous avez la recette? Donnez vite ! (Se reprenant, mélancolique.) Ou plutôt ne donnez pas. Le moyen de supporter la chienne de vie, c’est de savoir qu’elle ne durera pas tou-

jours.

TRIMOUILLAT, qui ne l'écoute pas,

avec attendrissement.

Bravo! Méliodon, bravo! Comme tu as lu ça! J'en ai le cœur qui saute. Montaigne et La Boëtie, c’est toi et moi, c’est Trimouillat et Méliodon! Faut que je t'embrasse. (Ils se lèvent

et s'étreignent avec effusion derrière Tournebourne.) ARTÉMISE, inspirée.

Ah! que c’est beau! et émouvant! Quelles grandes pensées !

SYLVIE, trémolante.

Oh! que c’est bon! et poétique! Oui, de grandes pensées !

ARTÉMISE

Embrassons-nous, Sylvie!

SYLVIE, avec exaltation.

Oui, oui, Artémise, embrassons-nous!

Elles s’accolent par dessus le couvert de Tournebourne qui, avec les deux couples enlacés, l’un devant, l’autre derrière, forme un

triple gradin.

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