LA PASTORALE DE CONLIE
Dédiée à Maître Gambetta par un mobilisé du Morbihan.
Puisque, de nouveau, vous faites la Bretagne
Moins par plaisir que par état, Vous n'avez pas le temps d'aller à la campagne,
N'est-ce pas, maître Gambetta?
Et vous avez brûlé la plaine de Gonlie
Où votre rappel a battu, Où l'écho nous eût dit le passé qu'on oublie
Sur l'air : Soldat t'en souviens-tu ?
Qui nous avait levés dans le Mois-noir-novembre
Et parqués comme des troupeaux Pour laisser dans la boue, au Mois plus noir-décembre
Des peaux de chèvre avec nos peaux ?
Qui nous a lâchés là, vides, sans espérance,
Sans un levain de désespoir Nous entre-regardant, comme cherchant la France,...
Comiques, faisant peur à voir ?
L'aumône, on nous la fit. Qu'elle leur soit rendue
A ces bienheureux uhlans saouls Qui venaient nous jeter une balle perdue...
Et pour rire... — comme des sous.
Trahison ?. . . Non ! En gmerre on trouve à qui l'on crie ! . . .
Nous : pas besoin ! pourquoi trahis ?
Sans coup férir , chez nous, sur la Terre-patrie
On mourait du mal du pays.
Ah ! que Bordeaux, messieurs, est une riche ville
Encore en France, n'est-ce pas ?
Elle avait chaud partout votre garde mobile
Sous les balcons, marquant le pas ?
Mais à nous qui mourions bayant à la bataille,
Gibier de morgue sans nom, Attendant que l'un d'eux vint nous crier : Canaille !
Au canon la chair à canon !
On donnait l'abattoir. Bestiaux galeux qu'on rosse,
On nous fournit aux Prussiens; Et de loin nous voyant plats sous les coups de crosse
Ces messieurs criaient : Bons chiens 1
Hallali ! ramenés ! Les perdus, Dieu les compte !...
Abreuvés d'un banal dédain, Poussés, traînant au pied la savate et la honte,
Crachons sur notre honneur éteint !
Et toi, tiède encore, ô fosse de Conlie,
De nos jeunes sangs appauvris Qu'en voyant regermer tes blés gras qu'on oublie
Nos os qui végétaient pourris,
La chair plaquée après nos blouses en guenilles, Ce fumier tout seul rassemblé !...
Ne mangez pas ce pain, mères et jeunes filles, L'odeur de mort est dans le blé.
Tristan (1).
veder napoli poi morir
Voir Naples et mourir. Moi, j'en reviens — Patrie D'Anglais vivants mal peints sur fond bleu-perruquier, Oh ! dans ce bleu l'artiste en tous genres oublie De déclarer sa malle à l'azur des douaniers .
(1) C'est ainsi que sont signées les pièces parues dans la Vie Parisienne; aucune n'est signée Corbière.
O Corinne, dis-moi... qu'ont-ils fait de ma malle ? Lasciate speranza mes cigares dedans !
O Mignon !... ils ont tout éclos mon linge sale Pour le passer au bleu de l'éternel printemps.
Naples ! panier percé des seigneurs lazzarones Riches d'un doux ventre au soleil, Polichinelles-dieux, rois pouilleux sur leurs trônes Clyso-pompant l'azur qui bleuit leur sommeil.
Naples ! Farniente !... Non, c'est encore ma malle, Et c'est mon sac percé qu'à dix ils ont crevé ! Ils grouillent là-dessus comme poux sur la gale ; La malle est immobile et... e pur si muove.
Ne les ruolze plus, ô grand soleil stupide ! Tas de pâles voyous ! . . . Ça cherche à se nourrir ; Ce n'est plus le lézard, c'est la sangsue à vide, Va, povero : Ne pas voir Naples... et dormir. (Napoli — Doyana del porte).
(Pas de signature.)