‹ Tristan CorbièreChapitre 4 sur 20 · PARIS NOCTURNE · texte numérisé non relu

PARIS NOCTURNE

C'est la mer, — calme plat. — Et la grande marée Avec un grondement lointain s'est retirée... Le flot va revenir se roulant dans son bruit. Entendez-vous gratter les crabes de la nuit?

C'est le Styx asséché : le chiffonnier Diogène,

La lanterne à la main, s'en vient avec sans-gène.

Le long du ruisseau noir, les poètes pervers

Pèchent : leur crâne creux leur sert de boîte i vers.

C'est le champ : pour glaner les impures charpies S'abat le vol tournant des hideuses harpies ; Le lapin de gouttière à l'affût des rongeurs Fuit les fils de Bondy, nocturnes vendangeurs.

C'est la mort : la police gît. — En haut l'amour Fait sa sieste, en tétant la viande d'un bras lourd Où le baiser éteint laisse sa plaque rouge. L'heure est seule. Ecoutez : pas un rêve ne bouge.

C'est la vie : écoutez, la source vive chante

L éternelle chanson sur la terre gluante

D'un dieu marin tirant ses membres nus et verts

Sur le lit de laMorgue... et les yeux grands ouverts.

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