‹ Tristan et IseultChapitre 1 sur 8 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

/est après avoir publié la traduction du GuÛ^l thématique de Hans de Wolzogen que nous?*^ est venue la pensée de cette nouvelle étude sur Tristan et Iseult.

Il existe déjà un très grand nombre d'écrits fort remarquables sur cette œuvre maltresse de Richard Wagner; mais aucun d'eux, à notre connaissance du moins, ne donne une analyse méthodique su&sante de la partie musicale et, notamment, des leitmotifs (Leitmotivé) qui en forment les éléments essentiels.

Les leitmotifs sont des thèmes conducteurs qui, se poursuivant dans le cours de Taction, reparaissent à chaque , fois que reviennent les idées et les situations auxquelles ils sont attachés; ce n'est donc qu'en s'assimilant tous ces dessins mélodiques et en se pénétrant de leur sens dramatique que Ton peut arriver à ressentir pleinement Tintensité d'impression qui résulte de la fusion parfaite de la musique avec les paroles.

Les parties vocale et instrumentale sont liées si étroitement que ces thèmes figurent aussi bien à l'orchestre que dans le chant. Il arrive même, parfois, que le chant n'est qu'une sorte de prosodie accentuant les paroles de

son éclat mélodique ^-îjors que les motifs eux-mêmes qui en caractérisent le sênîirâent sont plus particulièrement confiés aux sonorités et .aux harmonies de l'orchestre, dont la voix puissante '^'é -fait, à chaque moment, l'interprète des événements/<^t-^s émotions du drame. Ainsi se trouve réalisée danv^Jite sa plénitude l'action simultanée du jeu des acteurs; 'de la parole, du chant et de la musique instrumentale. •*•/*••

Mais;-à^ la lecture de la partition et aussi à l'audition de^l'œuvré, on peut ne pas apercevoir toutes les concordant^ de ces motifs qui se succèdent et se combinent ^firtte»'eux à travers les développements harmoniques les •/îtlûs variés.

•C'* Le but de la présente étude est de dégager de cet ensem- • • ble les motifs principaux, d'en montrer la constante adaptation au texte du poème et de faciliter ainsi, par cette double initiation, la compréhension poétique et musicale de cette merveilleuse création lyrique.

Pour faire ce travail, nous nous sommes écarté du procédé qui consiste à étudier d'abord les préludes. Ceux-ci ne sont, en eifet, que des prologues musicaux destinés à préparer l'auditeur; les motifs qu'ils renferment et qu'ils résument ne prennent de sens déterminé qu'au cours du drame, avec les paroles qui s y rapportent. L'analyse de ces préludes a, ainsi, été mise à la fin, et elle se trouve réduite au rappel de passages et de motifs déjà décrits et indiqués.

Cette étude commence donc, pour chaque acte, au lever du rideau.

Nous avons noté les différents thèmes au fur et à mesure qu'ils se présentent, soit au chant, soit à l'orchestre, en y ajoutant les paroles correspondantes et nous leur avons appliqué des dénominations s'accordant autant que possible avec le sens de ces paroles; nous les avons aussi numérotés, afin de pouvoir s'y reporter plus aisément. Ces dénominations, dont quelques-unes sont déjà con-

nues et communément employées, n'ont, d'ailleurs, rien d'absolu et, comme nous l'avons dit dans une note de la traduction du guide Wolzogen, ce serait une erreur de vouloir leur donner une signification trop précise ; elles ne font que rappeler les. idées et les circonstances du drame auxquelles les motifs sont associés. Ce sont de simples désignations qui servent à reconnaître ces motifs et à les suivre dans leurs diverses applications et dans leurs développements successifs.

Un des motifs les mieux caractérisés, par exemple celui qui se rapporte, au début du premier acte, au spectacle de la mer et à la traversée sur le navire, a été appelé fort à propos le motif de la mer (Meeresmotiv); mais on ne saurait y chercher, à notre avis, aucune intention quelconque de musique descriptive ou imita tive. C'est un des mérites de la musique de Wagner de s'attacher à exprimer les impressions purement subjectives qu'inspirent les événements du drame, plutôt qu'à en dépeindre les manifestations extérieures.

Là est le véritable rôle des motifs; ils s'identifient à ce point avec les sentiments exprimés qu'on ne les en sépare plus et qu'ils en marquent, dans leurs développements, leurs combinaisons et leurs rythmes divers, le sens le plus intime et l'évolution dramatique.

Toutes les citations que nous avons faites ne sont pas des leitmotifs proprement dits; mais, il nous a semblé intéressant d'indiquer aussi certaines phrases caractérisant, même d'une manière isolée, les paroles qu'elles accompagnent.

La version française est si éloignée de l'original que nous avons dû nous reporter au texte allemand, dont nous avons donné, pour chaque citation, la traduction littérale; c'était le seul moyen d'étudier l'adaptation des paroles à la musique et de déterminer le sens à attribuer aux motifs.

Ces citations de texte sont assez étendues pour qu'on puisse, à leur seule lecture, suivre la marche du drame, en

pénétrer la pensée véritable et apprécier les caractères si admirablement tracés des personnages.

Cet emploi du texte allemand, même traduit, présentera assurément quelque di&culté pour ceux qui n'auront entre les mains que la partition française ; mais, l'indication des phrases musicales suffira pour s'y reconnaître et on pourra se rendre compte, en même temps, des imperfections de la version française et de son insuffisance pour apprécier à sa valeur l'œuvre de Wagner.

Disons, enfin, que le présent travail, qui n*a d'ailleurs aucune prétention de technique musicale, a été fait sur la partition de piano et chant. Il y manque donc tout ce qui concerne les instruments et l'emploi de leurs sonorités, ainsi que beaucoup de détails intéressants que pourrait seule fournir la partition d'orchestre. Mais, il faut bien se borner et, au surplus, le public auquel cet écrit est destiné n'a généralement à sa disposition que la partition au piano.

Nous nous sommes abstenu de tout commentaire adniiratif, estimant que les beautés poétiques et musicales se sentent plutôt qu'elles ne s'expliquent et qu'il suffit de comprendre l'œuvre incomparable de Tristan et IseuU pour en être profondément impressionné.

Cette œuvre est, par sa perfection et la hauteur de son inspiration, unique en son genre dans le domaine de l'art lyrique; elle offrira, à mesure qu'elle sera mieux connue, un fonds inépuisable de recherches et d'observations psychologiques, poétiques et musicales, qui n'a pu être ici qu'à peine indiqué.

A tous ces points de vue, notre étude est donc fort incomplète; mais elle ouvrira peut-être une voie que d'autres, plus autorisés, pourront reprendre utilement.

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