‹ Tristan et IseultChapitre 2 sur 8 · PREMIER ACTE · texte numérisé non relu

PREMIER ACTE

E premier acte se passe en mer, sur le navire qui porte Tristan et Iseult d'Irlande en Comouailles.

Rappelons, en quelques mots, la situation.

Tristan, neveu du roi Marke, avait provoqué, en combat singulier, l'Irlandais Morold pour délivrer la Comouailles du tribut paj-é à l'Irlande.

Morold fut tué et sa tête envoyée à la cour d'Irlande en guise de paiement.

Tristan, qui avait été blessé, aborda, presque mourant, sur les côtes de l'Irlande, comme un inconnu, sous le nom deTantris.

Iseult, la fiancée de Morold, habile dans l'art de guérir, eut pitié de sa détresse et le soigna. S'étant aperçue que l'épée du blessé portait une brèche et que, dans cette brèche, s'ajustait le fragment resté encastré dans la tête de Morold, elle découvrit que Tétranger auquel elle prodiguait le secours de ses baumes était le meurtrier de son fiancé. Dans un mouvement de colère, elle saisit alors cette épée pour l'en frapper; mais, troublée tout à coup par un regard de Tristan, elle laissa l'épée s*échapper de ses mains.

Tristan, guéri, revint en Comouailles. Enivré des honneurs dont il fut entouré à la cour, pour sa victoire sur

Morold, et pressé par les courtisans que sa gloire rendait jaloux, il crut échapper à leurs intrigues en offrant à son oncle Marke de lui amener, comme épouse, la « blonde Iseult», dont il lui vanta les charmes et qui serait, ainsi, le prix de la paix signée avec l'Irlande.

Tristan repartit pour Tlrlande, non plus, cette fois, en inconnu dans une simple barque, mais sur un vaisseau de haut bord et comme messager royal.

Iseult, dont le pays était asservi, dut se soumettre ; elle , jura cependant de se venger de celui qui, après avoir tué son fiancé, l'avait subjuguée par son regard, de celui qu'elle avait guéri et sauvé en le cachant à ses ennemis et qui, sans pitié pour sa fierté et sa faiblesse, la livrait maintenant au roi Marke, en gage de Thumiliation de son pays, de sa race et de son propre cœur.

Tristan, de son côté, en revoyant Iseult, avait senti tout le poids de l'engagement d'honneur qu'il avait pris vis-à-vis du roi, son oncle.

C'est à ces sentiments que sont en proie Tristan et Iseult, emportés tous les deux sur ce même navire qui les conduit à une fatalité mutuellement pressentie.

Poussé par un vent léger, avec ses voiles gonflées qu'éclaire la lumière du jour, le navire glisse sur la mer tranquille. Déjà apparaissent à l'horizon les rives de Cornouailles. La traversée touche à sa fin.

SCÈNE I. — Dans une tente dressée sur l'avant du navire et fermée au fond, Iseult est couchée sur un lit de repos, immobile, le visage caché dans les coussins. Brangaine, soulevant un coin de la draperie, regarde de côté par dessus le bord.

Pendant un silence de l'orchestre, au lever du rideau, se fait entendre, du haut de la mâture, la chanson d'un jeune matelot qui songe à quelque amie laissée en Irlande et au pays natal qu'il va revoir.

La phrase principale de ce chant : « Le vent souffle frais vers le pays natal — Frisch weht d^r Wittd dtr H^fnai sm xk

tl —

a été désignée sous le nom de motif de la mer (MeeresmoUv):

Ce motif caractérise, en effet, pendant la durée de l'acte, tout ce qui se rapporte au spectacle de la mer et aux circonstances de la traversée.

Aux derniers mots de la chanson du jeune matelot : « Hélas ! hélas I mon enfant, fille d'Irlande, toi farouche, amoureuse fille! — Weh\ ach wehe mein Kind! Iriscke Maid, du wiîde^ minnige MaidI », Iseult se redresse vivement, croyant qu'on parle d'elle et s'écrie : «Qui ose me narguer? — Wer wagt mich 2U hôhnen ? », sur cette phrase pleine de trouble :

En même temps, interviennent à l'orchestre deux motifs importants; l'un, que Ton a appelé le motif du regard {BlickmoHv), mais qui sera sans doute dénommé plus exactement, d'après les paroles qui s'y rapportent, le motif de la passion :

et l'autre, auquel il convient de maintenir son appellation habituelle de motif de la colère [Zornmotiv) :

Ainsi s'expriment, dès le début de l'acte, les sentiments tumultueux et complexes qui agitent Iseult.

— « Où sommes-nous? — Wo sind wir? » demande-t-elle.

Tout de suite vient le motif de la mer (i), avec la réponse de Brangaine : « Paisible et rapide vogue le navire ; avant le soir, par une mer tranquille, nous atteindrons sûrement la terre — Sanfl und schneU segeli dos Schiff; auf ruhiger SeCy vor Abend errekhen wir sicher dos Land ».

IsEULT. — « Quelle terre? — Weîches Land? »

Brangaixe. — ce Le vert rivage de Cornouailles — KornwalTs grûnen Strand ».

A ces mots, Iseult éclate de colère.

Après quelques paroles proférées dans une sorte d'égarement :

IsEULT. — « Non, jamais I Ni aujourd'hui, ni demain ! — Nimmermehr J Nicht heui^ noch morgen! »

Brangaine. — « Qu'entends-je I Maîtresse I Quoi I — Was hôr ^ichl Herrin! Haï »

et qu'accompagne un dessin mouvementé de Torchestre, aboutissant en fortissimo aux deux notes exprimant la souffrance,

Iseult, le regard effaré, évoque, sur une reprise en mode mineur du motif de la mer (i) renforcé de basses vigoureuses, Pantique a pouvoir de commander aux flots et à la tempête — die Maeht ûber Mur und Siurm zu gébieUn », et reproche à sa mère de ne lui avoir transmis que Tart déchu des philtres et des baumes.

Ici apparaît, sur un accord caractéristique, le dessin harmonique fondamental,

composé des quatre notes chromatiques ascendantes qui

formeront, plus tard, le motif du charme d'amour, ou du philtre (80) qui en est le symbole, accompagnées, à la basse, des notes de soufiErance (5).

Cette phrase a aussi été dénommée motif du désir {SehnsuchtsmoUv) \ mais cette appellation parait devoir s'appliquer plus généralement aux ascendances chromatiques associées aux sentiments d'attente anxieuse, de langueur passionnée et. d'exaltation souvent exprimés dans le drame, par opposition aux descendances chromatiques qui marquent la souffrance et l'abattement, tandis que le motif du philtre se distingue de ce simple chromatisme par un rythme particulier. On aura plusieurs fois l'occasion de remarquer qu'en effet le rythme caractérise les motifs aussi bien que la phrase musicale elle-même.

Notons aussi le retour fréquent des deux dernières notes du motif de la passion (3) :

que l'on peut appeler notée de passion et dont l'intervalle caractéristique sera, dans la suite, souvent employé.

Aussitôt introduit, le motif du philtre (6) s'alterne avec celui de la mer (i) et avec le chromatisme du désir

mêlé aux notes de souflTrance (5).

Ces motifs, traversés par le large fortissimo:

accompagné d'tme double gamme chromatique, suivi des

*• traits ascendants pleins d'emportement, s*élançant comme des vagues,

soutiennent alors, avec une violence croissante, les imprécations d'Iseult qui en appelle à la puissance et à la fureur des éléments pour briser « ce navire arrogant — dies iroUigc Schiff»,

Brangaine, saisie d'effroi, s'empresse auprès d'Iseult.

Après V accord foriissimj qui termine le crescendo du double chromatisme du désir (8) et de la souffrance (i6), viennent les notes plaintives, qui seront reprises dans la suite, comme motif de la douleur (42),

accompagnant ces paroles : « Ahl malheur que j'ai pressenti! — Ach des Uebeb^ das ich geahnt! »

Le malheur pressenti, c'est la passion d'Iseidt ; et c'est ce qu'indique, dans le chant, le motif de la passion (3).

Suivent les notes d'angoisse, qui reviendront plus loin (58):

sur ces mots : « Cher cœur! — Tkeures Herzl »

Alors, reparaît le motif chromatique du désir, mais avec un rythme qui va être spécialement attaché aux efforts

d'apaisement de Brangaine motifs de la supplication.

et qui peut être dénommé

En même temps reviennent, avec persistance, les deux notes de souffrance (5) et une suite de quatre notes chromatiques descendantes, dont elles étaient la préparation et qui, offrant, comme il est dit plus haut, un dessin opposé aux quatre notes ascendantes du motif du désir (8), forment le motif de la souffrance (Leidensmotiv) :

— « Que m'as-tu caché si longtemps? — Was bargsi du mit so lang? », dit Brangaine, sur la phrase :

Ce qu'Iseult lui a caché, c'est Tafifronl qu'elle accuse Tristan de lui avoir fait, à elle Iseult. Aussi cette phrase se reproduira-t-elle plus loin, tout au moins sous une forme analogue, dans plusieurs passages se rapportant à cet affront ou à son expiation.

Puis, vient cette autre phrase, pleine de sollicitude, accompagnant ces paroles : « A peine as-tu accordé un salut à ceux que tu quittais — Kaum einen Gruss den Bleibenden bcUsi du » :

i8. ^^Mpp|||i i r ii M ii i i i| ^iU-

Brangaine questionne Iseult sur les causes de sa tristesse

et de son silence, au départ du pays et pendant la traversée. Dans tout ce morceau, se font entendre, entrecoupés de traits rapides et contrariés,

cette phrase pleine d'anxiété :

le motif et les notes de la passion (3 et 7) et le motif de la mer(i);

puis, avec ces paroles émues : « Comment ai-je pu endurer, en te voyant ainsi, de n'être plus rien pour toi, de n*être auprès de toi que comme ime étrangère? — Wie erirug* ich, so dich sehendy nichts dir mekr su sein^Jremd vor dir BU sUhn? », le dessin expressif :

et cette phrase, empreinte de sympathique affliction :

A la fin, sur ces mots : « Dis, explique ce qid te peine! — Sagc^ kûnde^ was dich quàli! », se placent ces notes ascendantes :

et cette phrase de pressante prière « Maltresse I Iseult! — HerrinI Isoldel»:

d*où se dégagera plus loin le grand chant de Brangaine.

Mais Iseult, sans écouter ces tendres instances, s'écrie impétueusement : « De Pair! De l'air! Mon cœur suffoque! Ouvre, ouvre tout, là bas! — Lufi! Lufi! Mir crstickt das Herzl Œffneî œjffne dori weii! »

A Taccompagnement, d^m dessin agité, se succèdent et s'élèvent les notes de souârance (5), jusqu'au fortissimo d'accords syncopés qui redescendent en diminuendo pour s'éteindre dans le trémolo qui ouvre la deuxième scène.

SCÈNE II. — Brangaine a écarté les draperies du fond de la tente. On découvre tout le pont du navire. Tristan, debout près du gouvernail, les bras croisés, pensif, regarde la mer. Kourvenal est étendu nonchalamment à ses pieds.

Après une reprise du chant du jeune matelot, soutenu par un trémolo en gamme chromatique descendante rappelant le motif de la souffrance (i6), se placent, sur le motif du philtre (6) repris en pianissimo^ ces paroles, qu'Iseult, dont le regard s'est tout de suite &xé sur Tristan, prononce d'une voix sourde, comme se parlant à elle-même : « Lui, mon élu, perdu pour moi — Mir erkoren^ mir verîoren », et dont le sens s'exprime dans la large phrase qui apparaîtra, plus tard, comme motif de l'aveu (io8) :

«5 <fl''l- ij, I ^lllliil

et, en effet, comme on le verra par la suite, le courroux d'Iseult ne procède pas seulement d'une idée de vengeance, mais aussi d'un sentiment de révolte contre sa propre faiblesse et contre l'apparente indifférence de Tristan pour

la passion qui la domine et dont une mort expiatoire pourra seule lui arracher l'aveu.

C'est ce que traduit tout de suite, sur un Siccoiâ fortissimo, le motif de la mort [Tcdesmoiiv)^ oix l'on distingue généralement deux parties, la première se rapportant à la mort de Tristan, « Tête vouée à la mort! — Tod gewethies Haupil » :

et la seconde à la mort d'Iseult, « Cœur voué à la mort! — Tod geweihUs Hcrzl »:

||' riijii,j jiu

Tout à coup, Iseult s'adresse à Brangainê, avec un rire étrange :

Iseult. — « Que penses-tu de ce valet? — Was hàltst du von dem Knechte ? »

Brangainê. — « Qui veux-tu dire? — Wen meinsi du? »

Iseult. — «Là-bas, le héros qui détourne son regard devant le mien — Dort den Helden, der meinem Blick den seinen hirgi ».

Sous l'ironie de ces paroles, s'expriment, à l'accompagnement, les véritables sentiments d'Iseult, dans la phrase:

^8 ^ rEJjjjjjjrp

où le motif du désir (8) se trouve associé, aux dernières notes, avec celui de la vengeance (gS), et dans cette autrQ phrase :

qui sera, plus tard, celle du regard (48) et dont les deux transformations :

seront ensuite reprises comme motifs de la peine d*amour (76 et 77).

Du motif du regard (29), se dégage immédiatement, dans la protestation enthousiaste de Brangaine : « Au prodige des royaumes, à l'homme tant vanté, au héros sans pareil? — Dem Wunder aller Reiche, dem hochgej>rics'nen Mann, dcm Helden ohne Gleichâ? )>, ce thème chevaleresque :

Sur un trait rapide en triples-croches, marquant un sentiment d'impatience et de révolte, Iseult reprend ce thème avec un ton d'amertume qui se poursuit jusqu'à cette phrase : « Ohl il sait bien pourquoi? — Oh! er weiss wohl, warum! » :

luI^JljJ^JI^J- ^^

qu'accompagne, en diminuendo^ le motif de la douleur (12). — a Va trouver l'orgueilleux ^ Zu dem Stohen geK », dit-çllç avec impétuosité sur cette phrase ;

fc transmets lui la parole de sa souveraine! Que, prêt à me servir, il vienne à l'instant auprès de moi — MeW ihm der

Herrin Woril Mfiinem Dienst berâty schkunig soU er mir naKn »; et, après une reprise du trait de révolte en triples-croches:

où s'exprime son irrévocable détermination, elle répète son ordre à Brangaine. On retrouve, ici, les octaves des motifs de mort (26 et 27) qui font pressentir Tissue fatale de rentre vue.

Pendant que Brangaine, sur cet ordre impérieux, se rend, tout émue et la tête baissée, à travers le pont du navire, vers Tristan, l'orchestre reprend, en l'appuyant de basses fortement marquées, le motif de la mer (i).

— a Fais attention, Tristan I un message d'Iseult — HaV Ackt, Tristan I Botschaft von I solde », dit Kourvenal sur des gammes majeures descendantes, qui caractériseront, un peu plus loin, la brusque franchise de sa réponse (39 .

Tristan (sursautant). — « Qu'y a-t-il? Iseult? — Was ist? I solde? y»

Suit le dialogue entre Tristan et Brangaine, où chaque phrase trouve son expression musicale appropriée, mais sans qu'il y apparaisse de motifs nouveaux bien déterminés. Il convient, toutefois, de signaler :

au début, la phrase combinée du désir et de la vengeance (28) rappelant la volonté d'Iseult, dont le regard reste, pendant tout l'entretien, fixé sur Tristan;

la gamme descendante majeure, accompagnant les paroles : « Le long voyage la chagrine-t-elle? — Gràmi sic die lange Fahrt? », qui prépare le refrain plus fortement accentué de la réponse de Kourvenal (39);

le retour du ? motif du désir 1(8), lorsque Brangaine exprime « la volonté de la souveraine — der Herrin WilT » ;

cette un de phrase, d'un sentiment mélancolique :

— ai-

le motif pressenti de la vengeance (98), qtiand Brangaine insiste pour « que Tristan se rende tout de suite auprès d'elle -~ dass du sur Stell* ihr nahiesim;

et, après ce trait d'impatience de Tristan,

la phrase : « Si j'abandonnais en ce moment le gouvernail, comment conduirais-je sûrement le navire au pays du roi Marke? — LUss ich dos SUuer jetzt zur Stund', wie Unkf ich sicher dm Kkî su Kônig Marke's Land? )>, que Ton pourrait appeler le motif de Texcuse :

— « Pourquoi me railles-tu, dit enfin Brangaine; si la sotte servante ne sait s'expliquer, écoute les paroles de ma maltresse I Voici ce qu'elle m'a commandé de te dire : Elle ordonne au vassal de craindre sa souveraine, elle, Iseult — Was hôhnst du mich? Dunki dich nichi dmiUch die thôr'ge Magd, Hdr* meiner Herrin Wort! So kiâss su, sollf ich sagiH : befâkUn liess* dem Eigenhcldâ Furcht der Herrin, siâ, Isolde » et, pendant cette fin de dialogue, reviennent, sur un crescmdo, le motif du désir (8) et le trait en triples-croches ^35), suivi de la figure en octaves rappelant, comme précédemment, les motifs de la mort (26 et 27).

— « Puis-je donner la réponse? — Darf ich die Antwort sagen? », demande Kourvenal à Tristan en se levant brusquement; et, tout de suite, il entonne son refrain (39) plein de moquerie pour les menaces d'Iseult : « Qu'elle dise ceci à Dame Iseult : Celui qui donne à la fille d'Irlande la couronne de Cornouailles et l'héritage d'Angleterre ne peut être le vassal de la servante dont il fait présent à son oncle, lui, un maître du monde, Tristan le héros ! — Dos sage sie der Frau Isold' : Wer KornwaUs KrofC und Englands ErV an Irlands Maid vermachiy der hann der Magd nichi eigcn

sein, die seîhst dem Ohm er schenkt; ein Herr der WcU Tristan der Heldl » : '

Au moment où Brangaine se retire, tout offensée des paroles de Kourvenal, on entend un instant les motifs de supplication (i5), du désir (8) et de la souffrance (i6); puis, Kourvenal, sans prendre garde aux gestes deXristan, qui cherche à le faire taire, continue, avec encore plus d'entrain, son chant sur Morold, dont la tète a été envoyée en Irlande « comme tribut payé par l'Angleterre -- Aïs Zins gezahît von Engeîand » :

40 'AT ifrrr i^J" ^^

se terminant par le motif de la gloire de Tristan : « Salut à notre héros Tristan I — H et! unser Held Tristan! », que reprend en chœur tout l'équipage :

SCÈNE III. — Brangaine est revenue vers Iseult et a fermé derrière elle les rideaux de la tente.

Une grande gamme en crescendo, un fortissimo chromatique et quelques mesures pleines d'agitation, où s'entend encore le motif de la gloire ci-dessus (41) et où réapparaît le motif de supplication (i5) combiné avec celui de la souffrance (i6\ marquent le commencement de cette scène.

Brangaine s'est jetée aux pieds d'Iseult : « Douleur I Ahl douleur. Supporter cela! — Weh\ ach wehe! dies su

duldcn! », s'écrie-l-elle, sur ces notes plaintives du motif de la douleur déjà indiqué (12),

suivies des notes de passion (7).

Après quelques mesures, où se continuent les motifs de supplication (i5) et de souffrance (16) et que termine un crescendo d'accords chromatiques d'une violence extrême, Iseult, dominant son émotion et sa colère : « £h bien! quelle réponse de Tristan? Je veux le savoir exactement — • Doch nun von Tristan! Genau willicVs vernehmen », dit-elle sur le motif de la passion (3).

Brangaine. — « Ah! ne le demande pas! — Ach frage nicht! »,

IsKULT. — « Parle librement, sans crainte ! — Fret sag's ohne Furchtî »

Sur cette injonction, Brangaine répète les réponses de Tristan.

Le thème de l'excuse (38), précédé du trait d'impatience (37), est ensuite repris avec tristesse par Iseult, dont Tàmertume s'exprime dans le contraste du motif de la gloire (41), qu'évoque la pensée du tribut à payer au roi Marke, et à.\x fortissimo de gammes majeures descendantes rappelant certains traits du chant de Morold (40) ; un peu plus loin, dans le retour du motif de la douleur (42), sur ces paroles : « Je l'ai bien entendu — Den hab' ich wohl vernommen », et, enûn, dans cette phrase : « Pas un mot qui m'ait échappé — Kein Wort, das mir entging »,

86 terminant par les notes de passion (7).

Après une nouvelle gamme chromatique prolongée en accoids fortissimo et sur ces mots : « Tu as appris l'outrage, écoute maintenant ce qui me l'a valu — Erfuhrest du meine

Schmachy nun hore^ was die mir schuf », commence le grand Récit dlseult.

Iseult raconte à Brangaine comment elle trouva, dans une misérable barque, un pauvre homme qui gisait, presque mourant.

Le thème principal de ce récit, appelé le motif de Tristan blessé (Thcma des siechen Tristan)^

est un développement, sur un rythme spécial, du motif de la souffrance (i6).

Dès le début et à chaque reprise du récit, réapparaît la gamme rapide et en crescendo^ qui exprime, comme précédemment, le sentiment de révolte dlseult (35).

L'accompagnement, d'abord en simples croches, s'anime tout de suite en triolets, pendant qu'interviennent :

le motif du philtre (6) : « Il apprit à connaître l'art d'Iseult — I solde* s Kunsi ward ihm hekannt » ; .

la phrase de compassion : ce La blessure dont il souffrait, fidèlement alors elle la soigna — Der Wunde^ die ihn plagie, getreulich pflag sieda» :

et, après une reprise du motif de la souffirance (i6), le motif de la gloire (41), ramené par une gamme rapide (35), sur ces mots pleins d'animation : a Par une ruse prévoyante, il avait pris le nom de Tantris; mais, en lui, Iseult eut bientôt reconnu Tristan — Der Tantris mit sorgender List sich nannte, dis Tristan Isold* ihn bald erkannte ».

Ici, se présente ce dessin en triolets

qui, travaillé dans la suite de toutes façons, exprimera, suivant sa forme plus ou moins animée, les diverses impressions d*Iseult.

— je le reconnus, dit Iseult, car, sur son épée, je découvris une brèche où s'ajustait le fragment resté encastré dans la tête de Morold. — Le dessin de triolets (46) s'élève en cresceitdo jusqu'à une reprise violente, fortissimo^ des traits de révolte (35) et les triolets de l'accompagnement du motif (44) se précipitent en doiibles-croches, encadrant cette phrase d'amertume ;

et traduisant l'agitation croissante des paroles : « Alors, debout devant lui et l'épée à la main, je sentis s'élever du plus profond de mon cœur un cri de vengeance contre Tinsoient meurtrier de sire Morold — Da schrie's mit auf aus Uefstem Grundl mit dem heUen Schwert ich vor ihm stund^ an ihm dem Uéberfrcchen Herrn Morolds Tod su ràchen ».

Tout à coup, les simples croches reviennent à l'accompagnement et le récit se calme au souvenir du regard de Tristan : « De sa couche, il leva son regard non sur l'épée, non sur la main, il me regarda dans les yeux — Von sHmm Loger bUckf cr ker^ nichtaufdas Schwert, nicht auf die Hand^ er sah mir in die Augm ».

A ce moment, et sur un mouvement ralenti, se font entendre :

le motif du regard :

qui est la phrase allongée et en majeur du motif de la passion (3) ;

la phrase déjà citée (3o), qui deviendra plus tard le motif de la peine d'amour (76);

et cette autre phrase :

que Ton peut appeler le motif de l'épée ou de la faiblesse, accompagnant ces paroles d'Iseult : « L'épée, je la laissai tomber I — Dos Schwerf, ich Uess es faîUn! » dont l'émotion se traduit, dans le chant, par ces notes entrecoupées :

Dans tout ce passage, se trahit le sentiment qu*a fait naître le regard échangé, sentiment qui vaincra finalement la fierté et la rancune d'Iseult, aussi bien que la loyale résistance de Tristan.

Après avoir rappelé, sur une transformation expressive du thème de Tristan blessé (44) en une ascendance chromatique,

qu'elle guérit la blessure de Tristan, et, sur une répétition du motif du regard (48), qu'elle la guérit « pour qu'il retourne bien portant dans son pays et qu'il ne l'importune plus de son regard ! — Dass er gesunde und heim nach Hause kehre, mit dem Blick mich nkht mehr heschwere! »« Iseult, répondant aux étonnements de Brangaine, est reprise de son courroux : « Tu viens d'entendre son éloge — Sein Lob hariest du eben », dit-elle, pendant que revient, sur des traits rapides, le motif de la gloire de Tristan (41).

Suivent quelques mesures en fortissimo ^ où le thème principal (44), toujours précédé du trait de révolte (35) et durement appuyé, est renforcé de triolets en croches et dpubles-

croches, jusqu'à la phrase d'amertume (47), sur ces mots : « Cest de cet homme-là que j'avais eu pitié j — Der war iener traur^ge Mann! »

A ce moment, se dessine à l'orchestre cette figure pleine de hardiesse,

pmolio cresc.

préparant la phrase du serment

« Il me jura, par mille serments, éternelle reconnaissance et fidélité! — Er schwur mit iausend Eiden mit ew'gen Dank und Treue! »

Alors, revient le motif de la colère (4), d'où se dégage ce développement formé d'une suite ascendante des notes de la souffrance (5), qui, se précipitant en crescendo^ marquent l'exaltation croissante d'Iseult ;

u Maintenant, écoute comment un héros tient ses serments ! — Nun hor\ wie ein Held Eide hait! »

Le sentiment de rancune d'Iseult trouve son expression dans les dernières notes

qui se répètent plus loin.

Tout de suite reprend sur un forUssimOy le motif de la colère (4) qui se continue, en diminuendo^ jusqu'à un rythme

syncopé, plein d'agitation, où s'alternent, à la basse, le motif de la colère (4) et le groupe des quatre notes chromatiques (8), pendant qu'Iseult poursuit son récit : ce Celui que j'avais ïaissé partir comme Tantris, en inconnu, il osa revenir comme Tristan, sur un navire orgueilleux, de haut bord, demandant en mariage Théritière d'Irlande pour le roi décrépit de Cornouailles, pour Marke, son oncle. — Den aïs Tantris unerkannt ich enilasseny àls Tristan hchrfer kùhn zurûck; nuf stolzem Schiff, von hohem Bord, Irhnds Erhin begehrf er sur Eh' fur KornwaUs milden Kônig, fur Marhe^ sHnenOhm, »

Au souvenir de cette offense et sur ces dernières paroles se place cette phrase

dont le commencement sHnspire de celle déjà citée (17) et dont les dernières notes rappellent le motif de la douleur (42).

Puis, sur une répétition des motifs de la colère (4) et de l'exaltation (55), se font entendre les notes d'angoisse, déjà indiquées (i3)

et, au moment où revient le souvenir de Morold : « Quand Morold vivait, qui l'eût osé? — Da Morold Ubie^ wer haifes giwagt? » cette phrase :

de la première partie de laquelle sera tiré, plus loin, le motif du remords (61) et dont la seconde partie rappelle le motif d'amertume (47); ensuite, réapparaissent, après les gammes rapides, les motifs de colère[(4),[de rancune (56),

d'angoisse (58) et d'exaltation (55), jusqu'à la grande phrase désolée : <c Ah! malheur à moi! c'est moi-même qui, par mon silence, ai fait ma propre honte \ ^- Ach wâhe mir! Ich ja war*s^ die Mmlich seïbsi die Schmach sich schuf! »

dont les premières notes ramènent le motif de la douleur (i2 et 42); à l'accompagnement, la forme alanguie du dessin de triolets (46) traduit l'amertume d'Iseult.

Mais, bientôt, les gammes reprennent au souvenir de « L'épée vengeresse — Das ràchende Schweri », suivies d'un rappel fortissimo du motif du regard (48), de ce regard qui, laissant Iseult « sans force — machUos », lui fit tomber l'épée des mains, et des notes entrecoupées déjà signalées {5i).

En vain Brangaine, sur une reprise en forUssimo de la figure de hardiesse (53) et du motif du serment (54), rappelle le jour où, à la joie de tous, on s'était juré « paix, réconciliation et amitié — Friede, Sahn, und Freundschafin\ ces nouvelles instances, appuyées par quelques mesures où se retrouvent les motifs de la supplication (i5), de la colère (4) et les notes d'angoisse (58), ne font que surexciter le désespoir d'Iseult qui, en même temps que revient le trait d'exaltation (55), et, dans une sorte de rage, s'invective elle-même : « O aveugles yeux! — O blinde AugenI »sur cette phrase d'une violence extrême, soutenue par le dessin de triolets (46) s'élançant en crescendo^ que l'on peut appeler le motif du remords

et qui s'inspire du thème, déjà indiqué, du souvenir de Morold (59).

Vient ensuite, dans un apaisement momentané, cette figure mélodique empreinte d'un sentiment de reproche

« Comme, tout au contraire, Tristan s'est vanté de ce que j'avais tenu caché! — Wie anàcrs prahUe Tristan aus, was ich verschîossen hieîi! »

qui conduit par un decrescendo hSixmomeyiJi au passage pianissimo, accompagné du dessin de triolets (46) sous la même forme que pour la phrase désolée (60), où Iseult accuse d'ingratitude celui auquel, a en se taisant, elle avait donné la vie — die schwe^end ikm das Leben gab »

Après quoi se répètent les motifs de la colère (4) et de l'exaltation (55), quand Iseult rappelle que Tristan, dans Tenivrement de ses succès, « la livra avec son secret I — mit ikr gab er es prêts / » .

Sur les dernières. notes, lancées avec force,

reprend, alors, animé de trilles brillants et du dessin de triolets (46), le motif de la gloire de Tristan (41), « enorgueilli de la victoire — siegprangend » ; puis viennent, sur cet autre motif :

toujours accompagné du dessin de triolets (46), ces paroles pleines d*ironie : « Ce serait une douce amie, mon seigneur et oncle; qu'en pensez- vous pour épouse? La jolie Irlan-

daise, je l'amènerai ici — Das wàr ein Schaiz, mein Herr und Ohm; wie dûnkteuch die sur Eh*? die schmucke Irin hoP ich her»\ et, dans ce passage, s'expriment les sentiments d'Iseult, rhumiliation, la rancune et le dépit.

Finalement, après une violente répétition du motif de la gloire (41) et du dessin de triolets (46) précipité en crescendo, sa colère éclate, furieuse sur le double chromatisme fortissimo du désir (8) et de la souffrance (16)

avec cette phrase dir, Verruchterî »

«Malédiction pour toi, infâme! — Fîuch

à laquelle se mêlent, toujours en fortissimo, les motifs de la colère (4) et de l'exaltation (55), suivis de gammes rapides pleines d'emportement, d'octaves violemment frappés rappelant ceux de la malédiction (67) et de la mort (26 et 27) et enfin, des notes de rancune (56), sur ces mots : « Vengeance! Mort! Mort pour nous deux! — Rachel Tod! Tod uns Beiden! n.

Brangaine se précipite vers Iseult : u O douce ! Chère I Adorée ! Gracieuse maltresse ! Bien aimée Iseult ! — O Susse I TrauUI Theurel Holdel Gold'ne. HerrinI Lieh* I solde! », lui dit-elle, avec une impétueuse tendresse, sur ce dessin d'orchestre.

traversé de gammes rapides, dans un fortissimo où reviennent le motif de la colère (4), les notes de souffrance (5) et

-Sale motif de supplication (i5), et qui s'apaise ensuite pendant que Brangaine entraîne peu à peu ïseult vers son lit de repos :« Ecoute-moi! Viens! Assieds- toi ici! — Hôr miehl Kommet Sets* dich hsrl »

Alors, commence le grand chant de Brangaine.

Ce chant, empreint de délicate et caressante tendresse, forme un ensemble mélodique qui ne se prête pas aisément à Tanalyse ; on y distingue, néanmoins, les dessins principaux qui traduisent les efforts de Brangaine pour calmer Iseùlt :

les notes d^apaisement

déjà pressenties (33) ; la phrase de persuasion;

70 j^'urrPiiVi'.j i JJf^f ii i i i i ^ i r iiH L

et, à l'accompagnement, ce dessin.

travaillé sous diverses formes.

— c( Quelle erreur I dit Brangaine, quelle que soit la dette de Tristan envers toi, dis, pouvait-il s*en acquitter plus hautement qu'avec la plus magnifique des couronnes ? — Wekher Wahnl Was je Herr Tristan dir verdankfe, sa^, konnf er's hoher lohnen, ak mit der herrlichsten der Kronen? »

Revient une réminiscence du thème chevaleresque (Sa),

sur ces paroles : « A son propre héritage, noble et généreux, il a renoncé, le mettant à tes pieds pour te saluer comme reine I — Dem ei^nen Erbe, àcht und edd, misagf er zu dûinm Fûssen, ak Kônigin dich zu grûssenl »

A ce^ mots, qu'accompagne, avec une flatterie recherchée, la cadence.

Iseult fait un mouvement d'impatience, indiqué par un fortissimo momentané de l'orchestre, sur un motif qui s'inspire de la phrase de la blessure de Tristan (52); puis reprennent, avec une nouvelle efiusion, les instances de Brangaine; mais, lorsque, parlant des mérites de Marke, « de noble race et de cœur magnanime — von edkr Art und miîdem Muth »,

elle vante encore à Iseult son titre d'épouse, tout à coup, après le retour de la cadence de flatterie (74), un fortissimo de l'orchestre fait entendre cette phrase

et cette autre

rappelant les motifs de la peine d*amour (3o et 3x), pendant qu'Iseult, tout absorbée, les yeux fixés dans le vague, prononce ces paroles : i< Sans être aimée de l'homme le plus accompli et le voir toujours auprès de moi! — Ung^minnt den hehrsUn Mann sUts mir nah' zu seheni », sur les notes chromatiques du désir, suivies de cette phrase,

tirée du motif de la mort du cœur d'Iseult (27). « Comment pourrai-je endurer ce supplice? — Wie kônnf ich die Quai hestehen? », ajoute-t-elle, sur les notes de passion (7) et le motif de la douleur (42).

— ce Sans être aimée? — Ungeminnt? » reprend, avec une affectueuse quiétude,

j) doh'tf

Brangaine, qui, s'imaginant qu'il s'agit de Marke et se sentant tout à coup rassurée, affirme à Iseult, dans un dernier chant, où se combinent harmonieusement les motifs précédents, qu'elle saura le soumettre au charme de l'amour.

C'est à ce moment qu'arrive, en pianissimOy le motif caractéristique du philtre, déjà indiqué (6),

précédant la question que Brangaine adresse à Iseult avec une sorte de confidence mystérieuse ; u Ne connais-tu pas

les arts de ta mère? — Kenmt du der Mutter KûnsU nickt? » et cette autre, qui n'en est que le développement, sur le motif plus général du désir (8), accompagné du motif de la douleur (48) :

. Aussitôt, Iseult, d'un air sombre : « Le conseil de ma mère m'est rappelé à propos — Der Mutter Rath gemahnt mich recht » ; et, après un crescendo que suivent, en pianissimo, des trémolos de l'orchestre, « Vengeance pour la trahison I

— Roche fur dm Verrath! » ajoute- t-elle, sur le motif de la mort de Tristan (26); ce Paix au cœur dans la détresse!

— RuW in der Noth dem Herzen! » sur le motif de la mort d*Iseult (27). c< Apporte-moi ce cofifret! — Den Schrein dort bring' mir herl n

Alors, apparaissent successivement, dans la réponse de Brangaine, les motifs suivants :

le motif.

dérivé du motif (3i), qui peut être appelé motif du cofifret ou du secours : « Il contient le secours qu*il te faut' — Er hirgt was Heiî dirfrommt x>; le motif.

auquel est attachée, dans la suite, l'idée de délivrance : « Cest ainsi que ta mère a rangé les puissants breuvages

magiques — So reikU sie^ die MutUVy die màchfgen Zanhertrànke » ;

et, après une gamme chromatique, dont la terminaison, sur un accord en forte, se retrouvera plus loin dans la phrase de la passion révélée (m), le motif du breuvage d'amour : « Le breuvage merveilleux, je le tiens ici — Den hehrsUn Trank, ich haW ihn hier », dit Brangaine en montrant à Iseult un petit flacon :

puis, sur ces paroles d'Iseult : « Tu te trompes, je le connais mieux, je Tai marqué d'une forte entaille; voilà le breuvage qu'il me faut — Du irrsi^ ich kenn' ihn besser; ein starkes Zeichen schnitt ich ein. Der Trank isfs, der mir taugt », et pendant un trémolo, le motif du breuvage de mort, qui résonne à la basse, comme un glas funèbre,

et dont les dernières notes rappellent celles de la passion (7).

Ce motif a été appelé, par quelques commentateurs, motif du destin [SchicksaîsmoUv)'^ mais la dénomination ci-dessus de motif du breuvage de mort semble mieux appropriée.

— « Le breuvage de mort! — Der TodestrankJ n s'écrie Brangaine, qui recule d'épouvante', à la vue du flacon que lui montre Iseult.

A ce moment, après un fortissimo à l'unisson sur le motif de la souffrance (16), se font entendre les cris des matelots : «jc Ho! Hé! Carguez la voile! — Hol Hel Die Segelein! »

La scène se termine sur une reprise en forfissimo du motif de la mer (i) et du motif d* exaltation (55).

Iseult s*est levée de son lit de repos et entend les cris des matelots avec une terreur croissante. «Malheur à moi, dit- elle, la terre est proche ! — Weh*mirl Nahe das LandI »

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