‹ Tristan et IseultChapitre 7 sur 8 · PRÉLUDES · texte numérisé non relu

PRÉLUDES

I ES préludes comprennent et condensent un certain nombre des motifs de chaque acte.

Pour en faire l'analyse et en indiquer le sens dramatique, il suflSra donc, comme il a été dit dans V Introduction y de signaler ces motifs et de rappeler les idées et les situations auxquelles ils sont attachés.

^^^' Le caractère de ces motifs ne se préci-

sant qu'au cours de l'action, avec les paroles qui s'y rapportent, on conçoit que les préludes ne puissent pas encore leur emprunter une signification définie ; mais ils sont une préparation très eflScace pour l'auditeur, qui se sent tout de suite enveloppé par ces sortes de prologues mélodiques dont les thèmes essentiels se poursuivent à travers tous les développements du drame.

Le PREMIER PRÉLUDE, notamment, oflfre un ensemble saisaissant des motifs qui caractérisent les principales scènes du premier acte.

Il débute par la grande phrase de Taveu (io8; qui vient s'appuyer sur le dessinharmonique fondamental (6), lequel comprend le motif du philtre (80) et les notes de souffrance (5). A la troisième et à la quatrième répétition, que suivent des points d*orgue, le dessin harmonique subit une modification; raa,cendance chromatique, un peu allongée prend le caractère plus général du motif du désir (8) et, au-dessous, se placent les trois notes du motif de la douleur (12).

Après deux répétitions des deux dernières notes ascendantes, en pianissimo, apparaît la large phrase de la passion révélée (m) qui s'affirme sur un accord enforiissimo; et, tout de suite, s'entend, à la basse, le motif du regard (29) auquel répondent, au-dessus, le motif de la palpitante ardeur (121) et celui de l'élan passionné (114) où se retrouvent les motifs de la peine d'amour (3o), du secours (82) et de la faiblesse (5o)* Puis, après une gamme chromatique en doubles-croches ralenties, a tempo^ le motif du breuvage d'amour {84), auquel se joint une phrase rappelant le motif de la détresse d'amour (204).

Tous ces motifs sont alors travaillés dans des combinaisons qui se développent en crescendo jusqu'à un fortissimo sur lequel se place le motif de la délivrîince (83) ; ce motif s'exalte lui-même progressivement sur des gammes ascendantes en triples-croches et conduit aux motifs de la passion (3) et du désir (8), qui, sous une forme élargie, éclatent avec violence jusqu'à un paroxysme d'exaltation sur un accord d'une puissance extrême.

De ce faîte de sonorités, descend un trait rapide, eu diminuendo^ à la suite duquel reprennent les motifs du philtre (80), de la passion (3), de Taveu (108), du secours <82), de la passion révélée (m) et de l'élan passionné (114),

Puis, sur des trémolos de la basse, s'entendent encore les phrases du commencement qui finissent par s'éteindre dans un pianissimo que termine, pendant que se lève le rideau, une phrase dont les dernières notes sont empruntées au motif de la mort (27).

Ainsi se trouvent résumés, musicalement, les principaux traits du premier acte : la passion née du regard échangé , regard qui a été, pour les amants, leur véritable breuvage

d'amour, et Taveu qu'ils se font, au moment où ils se croient délivrés par la mort de toutes les entraves de la vie, de cette passion irrésistible qui leur fait oublier leurs fiertés et leurs devoirs.

Le PRÉLUDE DU DEUXIÈME ACTE, s'ouvre sur un violent Siccord fortissimo, auquel s'attache le motif du Jour (iSg), qui, comme on Ta vu précédemment, devient le motif fondamental de la première partie de cet acte ; tout de suite, après un decrescendo, commence le dessin d*orchestre déjà décrit dans la scène où Iseult, après avoir éteint la torche, attend Tristan. On y entend d'abord la phrase préparatoire du motif d'impatience (i5o) suivie d'une tenue prolongée, qu'accompagnent des battements de triolets et que termine un accord léger en pianissimo.

Après deux répétitions de cette phrase, apparaît le motif plus développé de l'impatience (i5i), toujours accompagné des mêmes battements de triolets brisés et auquel viennent ensuite se joindre les motifs de l'attente (i3i), de l'ombre protectrice de la nuit (i32) et de la douce anxiété (134).

Reprennent alors le motif du philtre (80), de la tendre ivresse (120) en crescendo et, sur un fofUssimo^ le motif de l'ardeur d'amour (i35) dans un développement violemment agité, que suit en pianissimo une reprise des motifs de l'attente (i3i), de l'ombre protectrice (i32) et de l'exaltation (55) ; après une répétition de ce même ensemble de motifs, et sur un dernier diminuendo, se lève le rideau.

Tout ce morceau prépare les scènes principales du second acte : l'attente d'Iseult. l'arrivée de Tristan, la rencontre passionnée des amants au milieu de la sérénité de la nature et dans le silence de la nuit, leurs aveux suprêmes et pour échapper aux servitudes que le Jour oppose à leur union, leur décision de se réfugier dans la Nuit de la Mort.

C'est, en effet, dans ce second acte que se manifeste la pensée dominante du drame, la Puissance de l'Amour, de l'amour triomphant de tous les obstacles, terrassant les volontés, vainqueur impitoyable et jaloux du monde, de

ses liens, de ses devoirs, de ses ambitions et de ses gloires, de la lumière du jour et de la vie elle-même.

Le PRÉLUDE DU TROISIÈME ACTE est empreint de la plus morne tristesse. Dès le début, s'entend le motif de la fatalité (2o3) commencé en forte et se répétant en dimi-: nuendo; sa troisième répétition est continuée par le motif de la solitude (2o5), qui s'élève en tierces jusqu'à une tenue pianissimo; puis, vient le motif de la détresse d'amour (204), qui se termine en crescendo sur une tenue prolongée de points d'orgue.

Après une reprise des motifs de la fatalité (2o3) et de la solitude (2o5), revient le motif de la détresse d*amour (204), auquel se mêlent les motifs de la douleur (42), et, sur un fortissimo^ le motif de la mort (27) ; et, enfin, une dernière répétition du motif de la solitude (2o5), dont les tierces, après leur ascendance en diminuendo, s'abaissent ensuite progressivement.

Ce sombre prélude que continue, au lever du rideau^ la longue mélodie du motif de la tristesse, fait pressentir les fatalités du drame : le désespoir de Tristan que torture, sur son lit de douleur et d'agonie, dans une sorte d'hallucination, la double angoisse du Jour et de la Nuit, de la Vie et de la Mort, de l'Existence et du Néant, de la Souffrance et du Désir, du Devoir et de la Passion ; et, enfin, sa Malédiction de TAmour et de la Femme qui en a versé le poison dans son cœur I Mais tous ces désespoirs sont bientôt oubliés à l'arrivée d'Iseult, Tristan meurt en •prononçant le nom de la bien-aimée, et le drame, où interviennent d'une manière si touchante la noble magnanimité de Marke et le dévouement fidèle de Kourvenal et de Brangaine, s'achève sur le chant extatique d'Iseult, qui, déjà hors de la vie, entrevoit et glorifie l'espérance des unions éternelles.

Bruxelles. — Imp. Th. Lombaerts, 7, Mont. -des- Aveugles.

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