TROISIÈME ACTE
^ E troisième acte se passe sur la côte de Bre-
y tagne, dans l'enceinte du manoir de Karéol
où Kourvenal a ramené Tristan; cette
,^^..^ ancienne demeure présente un aspect de
Jjp* délabrement et d'abandon. Çà et là, des
pierres écroulées et des broussailles ; par les
embrasures du parapet, s'aperçoit l'horizon
de la mer.
SCÈNE I. — Tristan est étendu, comme inanimé, sur un lit de repos, à l'ombre d'un grand tilleul. Kourvenal, courbé sur lui, épie son souffle avec inquiétude. Dans toute cette scène se montre la touchante sollicitude de ce fidèle serviteur qui, avec sa rude et généreuse nature, s'ingénie à entourer son maître des plus tendres soins.
Au lever du rideau, on entend le chalumeau d'un pâtre, jouant une mélodie pleine de langueur et de tristesse.
Dans cette longue et plaintive mélodie (Die traurige Weise), se distinguent les phrases principales suivantes :
(ivm. p -=tf/* :
QLa mélodie s'achève sur ces notes ralenties
molto rit.
dont la dernière, sur yxn forte saisissant, se prolonge en un trémolo pianissimo, accompagné du motif (199), pendant lequel apparaît le pâtre, à mi-corps au-dessus du parapet, appelant Kourvenal, sur une phrase de tierces descendantes suivies d'un soupir en point d'orgue : — « Kourvenal! Hé! Dis, Kourvenal! Ecoute donc, ami! n'est-il pas encore éveUlé? - Kurwenal! He! Sag', Kurwenal! Hôr' doch, FreundI Wacht er noch nicht? »
Kourvenal se tourne un peu vers lui, secouant la tête avec tristesse : — « S'il s'éveillait, ce ne serait toujours que pour mourir — Erwachie er, wàr*s doch nur wmfiir immer zu verschciden », répond-il pendant que s'entend à la basse le motif de la fatalité
auquel se joignent les notes de souffrance (5). « A moins que n'apparaisse, auparavant, l'unique guérisseuse qui puisse nous secourir — erschien zuvor die Aerztin nicht, die einz'ge, die uns hiîfl », ajoute-t-il sur cette phrase pleine de langueur, exprimant la détresse de Tristan, qu'on a aussi
nommée thème de la privation d'amour {Thema der LiébesenU hehrung)
et que termine un point d'orgue.
Puis, vient, après une répétition du motif de la fatalité (193), la succession de tierces montantes en dintinuendo
attachée à l'impression d'abandon, de solitude et de désolation qui caractérise cette scène, et accompagnant la demande de Kourvenal au pâtre : « N'as-tu encore rien vu? pas un navire sur la mer? — SaKsi du noch nichts? Kein Schiffnoch aufder Sec? »
Le PATRE. — « Tu aurais alors entendu une autre chanson, la plus joyeuse que je sache. Maintenant, toi aussi, parle-moi franchement, vieil ami : qu'est-il arrivé à notre maître? — Eine and're Weise hortest du dann^ so lustig dis ich sic nur kann, Nun sag* auch ehrlich, alUr Freund : was hafs mit unsrem Herrn? » Et, pendant ces quelques paroles du pâtre, qui se terminent sur des notes rappelant la phrase d'appréhension (139), s'entend à l'orchestre, avec un trémolo, le motif de la tristesse (199).
— « Laisse là cette question; tu ne pourras jamais le savoir. Veille attentivement, et, si tu vois un navire, joue alors un air vif et joyeux ! — Lass die Frage, du kanitsfs doch nie erfahren, Eifrig spàh% uud siehst du ein Schif, so spiele lustig und hclî! » répond Kourvenal avec les motifs, en crescendo^ de la fatalité (2o3) et de la solitude (2o5).
Ce motif de la solitude se répète en dintinuendo, et le pâtre, mettant la main au-dessus de ses yeux, regarde au loin :
— c< Déserte et vide est la mer 1 — OecP und îeer das
Meer! » dit-il, sur le dessin précédent de tierces descendantes, et il s'éloigne pendant que reprennent les motifs de son triste refrain (201, 198 et 199).
Bientôt s'entend de nouveau, à la basse, le motif de la fatalité (2o3).
Alors, Tristan, sans se remuer et d'une voix sourde : « La vieille chanson, que me réveille-t-elle? Où suis-je? — Die altc Wèise, was wecht sie mich ? Wo Un ich ? », et il ouvre les yeux, tournant un peu la tête.
KouRVENAL, tressaillant. — « Ah I cette voix ! Sa voix ! Tristan ! Seigneur ! mon héros ! mon Tristan ! — Ha î Dièse Stimme! Seine SUmme! Tristan! H erre! Mein Heîd! Mein Tristan! »
Tristan, avec effort. — « Qui m'appelle ! — Wer rufl mich? »
KouRVENAL. — « Enfin! enfin! La vie, la douce vie rendue à mon Tristan! — Endlich! endlich! Leben, Leben! Susses Leben, meinem Tristan neu gegeben! »
Et, pendant ces paroles, intervient un motif d'orchestre plein d'animation
exprimant l'agitation joyeuse de Kourvenal.
— « Kourvenal, est-ce toi? Où étais-je? Où suis-je? — Kurvenal^ du? Wo war ich? Wo Un ich? », demande faiblement Tristan.
— « Où tu es ? Libre, en paix et en sécurité ! A Karéol, Seigneur ; ne connais-tu pas le château de tes pères? — Wo du bist? In Frieden, sicher undfrei! Kareoî, Herr; kennst du die Burg der Vâier nicht? » répond Kourvenal sur ce thème, empreint de satisfaction, qu'on a appelé le motit de Karéol (Kareoîmoiiv),
— « Quels sons ai-je entendus?— Was erklang miy?y)^ in-
terroge Tristan pendant que reviennent les premières notes de la mélodie de la tristesse (198).
— « La chanson du berger qui garde tes troupeaux sur la colline — Des Hirten Weise; am Hûgel àb hûiet er deine Heerde », répond Kourvenal sur une gamme descendante rappelant son refrain du premier acte (39).
— « Mes troupeaux? ~ Meine Heerde? », répète Tristan.
— « Certainement, Seigneur! — Herr^ das nteifC ichl » reprend Kourvenal avec le motif de Karéol (207); la maison, le burg, l'enceinte sont à toi ; les vassaux fidèles en ont pris soin, quand leur seigneur aimé « abandonna tout pour se rendre en pays étranger — Ah AUes er verliess, in ^remde Land* zu zieh^n ».
Tristan. — « Dans quel pays? — In welches Land? »
Kourvenal. — « Hé! en Cornouailles, pour savoir quelle fortune et quels honneurs Tristan, mon héros, vaillant et heureux, pourrait glorieusement y conquérir — Heil nach Kornwall; hÛhn und wonnig, was sich da GlûckeSy Glanz und Ehren Tristan, mein Held, hehr ertrotzi » ; et ces paroles sont accompagnées par le refrain de Kourvenal et par le motif de la gloire (41)
Tristan. — « Suis -je en Cornouailles? — Bin ich in Kornwaîlpyy
Kourvenal. — « Mais non, tu es à Karéol! — Nichi doch^ in Karéol! » réponse sur laquelle reparaît le motif de la solitude (2o5).
Kourvenal explique à Tristan comment il l'a amené dans une barque, le portant sur ses épaules.
— « Maintenant, tu es chez toi, dans ton pays, ton vrai pays, au milieu de tes propres champs, sous la lumière du bon soleil; là, tu vas échapper à la mort, guérir de tes blessures et retrouver le bonheur — Nun, hist du daheim^ daheim zu Land, im eckten Land, im Heimatland, auf eig*ner Weid' und Wonne^ im Schein der aîten Sonne, darin von Tod und Wunden du selig soïlst gesunden », ajoute-t-il sur le motif de la joie (206) et sur celui de Karéol (207), élargi d'accords fortement marqués.
Mais, pendant que Kourvenal se presse aôectueusement contre la poitrine de Tristan, ce motif s'afiaisse tout à coup
en âiminuendo et disparaît dans une transformation assombrie qui conduit à ces paroles découragées de Tristan « Tu crois? Je sais, moi, qu'il en est autrement ; mais je ne puis te le dire — Dûnht dich das ? Ich weiss es anderSj doch haUn ich' s dit nicht sagen », sur une phrase dont les dernières notes rappellent le motif de la mélancolie (36).
Puis reprend, à la basse, le motif de la fatalité (2o3).
Viennent ensuite :
la phrase de douleur et d'affliction (igS), qui accompagnait la même réponse faite par Tristan au roi Marke, dans Tacte précédent : « Je ne saurais te le dire — Das kann ich dir nicht sagen » ;
le motif du destin partagé (196), déjà entendu, à la fin du second acte, quand Tristan invite Iseult à le suivre dans le pays où ne luit pas la lumière du soleil et que précède, à la basse, en pianissimo, la phrase d'amertume (47) « J'étais là, où de tout temps j'ai été, où je retourne pour toujours — Ich war, wo ich von je gewesen, wohin auf je ich' geh'yi\
le motif de l'invocation à la Nuit (171), suivi de l'octave du motif de la mort (26) : « Dans la vaste nuit de l'univers — Im weiten Rcich der Welten Nacht » ;
le motif de la puissance de la Nuit (167) et la phrase d'oubli et d'anéantissement (168) : « Là, une seule conscience survit, le divin, l'éternel, l'originaire oubli 1 — Nur ein Wissen dort uns eigen : gôttlich, ew'ges Urvergessenl »;
les motifs de l'aveu (108), du philtre (80) et de la tendre ivresse (120), sur ces paroles enfiévrées : « Dirai-je le pressant appel qui, de nouveau, m'a attiré vers la lumière du Jour? — Sehnsûchfge Mahnung^ nenn' ich dich, die neu dent Licht des Ta^s mich zugetriehen? n\
le motif de la mort libératrice (177) et cette phrase de Pamour implacable, où se retrouve aussi Toctave du motif de la mort (26), suivi du chromatisme du désir (8) :
— « Ce qui seul m'était resté, une ardente ferveur
d*amour m'a arraché aux délicieuses approches de la mort — Was ôinzig ntir geblieben, ein heiss-indrunstig Lieben^ aus TodeS' Wanne-Grauen jagt miches » ;
et, enfin, sur un crescendOy les motifs de la douleur (42) et du Jour (159) : « Pour me ramener à la lumière qui tVntoure encore, Iseult, de son éclat trompeur I — Das Licht zu schaucn, das trûgcnd hell und golden noch dir, Isolden, scheint! »
Kourvenal est saisi d'effroi devant l'agitation de son maître.
Tristan, se redressant un peu, continue son monologue, pendant que se succèdent ;
les motifs de la mort libératrice (177), de Tamour implacable (208) et du Jour (iSg) et la phrase d'expiation (17) : « Iseult est encore dans l'empire du soleil ! — Isolde noch im Reich dey Sonne! »;
les motifs de passion (3) et d'anxiété (20), avec les traits en triples croches (19) : « Quel ardent désir, quelle anxiété, quelle soif de la voir I — Weîches Sehnen! Weîches Bangen! Sie zu sehen, welcW Verhngen / » ;
les motifs du combat (197) et de la mort (26 et 27) : « J'ai déjà entendu se fermer derrière moi avec fracas la porte de la mort — Krachend horf ich hinter mit schon des Todes Thor sich schliessen » ;
les motifs du Jour (159), de la passion (3) et de l'amour implacable (208) : « Maintenant, elle est de nouveau large ouverte, ce sont les rayons du soleil qui l'ont brisée — Weit uun sieht es wieder offen; der Sonne StrahUn sprengC es
les motifs de la sou£Erance (x6), du désir (8) et de la félicité {180) : « Les yeux ouverts à la lumière, je dois émerger de la nuit; la chercher, la voir, la trouver; en elle seule se fondre et disparaître, tel est le destin de Tristan — Mit heU erschloss'nen Augen muss ich der Nachi enttauchcn^ sic zu suchen, sie zu sehen, sie zufinden, in der einzig zu vergehen, zu entschwindcn Tristan ist vergônnt»;
lès motifs de la fatalité (2o3) et les notes de la souffrance (5) : « Hélas! maintenant s'augmente pour moi la fatale domination des mornes angoisses du Jour — Weh*, nun wàchst, hUich und bang, mit des Tages wilder Drang »;
puis, après un violent chromatisme ascendsoit en crescendot les motifs du Jour (iSg) et de Texpiation (17) : « Jour maudit, avec ta clarté! Eclaireras-tu toujours mes tourments? Brûlera- t-elle éternellement, cette lumière qui, même la nuit, me tenait loin d'elle? — VerfluchUr Tag mit deinem Schein! Wach'st du ewig meiner Pein? Brennt sie âwig, dièse LeuchUj die selhst Nachis von ihr mich sckeuchte?»;
et, enfin, sur un decrescendo, les motifs de l'attente (i3i), de Tombre protectrice (i32), de Texaltation (55), du désir (8), de la tendre ivresse (120), de Tardeur d'amour (i35) et de l'invocation à la nuit (171) : « Ahl Iseult, douce adorée! Quand, enfin, éteindras-tu la torche pour m'annoncer mon bonheur? Cette lumière, quand s'éteindra -t-elle? Quand la Nuit sera-t-elle entrée dans ta demeure ? — Achj I solde! Susse! Holdel Wann endlich, wann,ach wann lôschest du die Zûnde, dass sie mein GlUck mir hûnde ? Das Licht, wann lôschi es aus ? Wann wird es Nacht im Haus? »
Ici, reparaît le motif du rêve (118). Kourvenal, surmontant sa grande émotion et son abattement : — « Celle que j'ai bravée autrefois, par fidélité pour toi, dit-il sur les traits d'exaltation (55), il faut maintenant qu'avec toi j'aie hâte de la voir arriver! Crois à ma parole, tu la verras ici aujourd'hui même! — Der einst ich trots f, aus Treu^ zu dir, mit dir nach ihr nun muss ich mich sehnen! Gîaub' meinem Wort; du soUst sie sehen, hier und heufl »; et, après une reprise rapide du motif d'exaltation (55), « si, toutefois, elle vit encore — ist sie nur selbst noch am Leben », ajoute- t-il.
Tristan, d'une voix épuisée : « La lumière n'est pas encore éteinte. Iseult vit et veille; elle m'a rappelé hors de la Nuit — Noch îosch das Licht nicht aus; I solde lebt und wacht; sie riefmich aus der Nacht n, et, avec ces paroles, sur un trémolo en pianissimo y les motifs de la résignation (100), du Jour (i59), de la douleur (42) et du philtre (80).
Après quelques mesures du motif du rêve (118), reprend alors, avec animation, le motif de joie (306) de Kourvenal, qui s'écrie :
« — - Puisqu'elle vit, laisse donc l'espérance te sourire ! — Lebt sie denn, so lass die Hoffnung lachenl » — « Comment la guérir, cette mauvaise blessure ? ajoute-t'il. J'ai pensé^ dans
ma simplicité, que celle qui ferma autrefois la blessure de Morold guérirait aisément la plaie faite par l'épée de Melot — Die bôse WundCy wie sie heilen? Mir thôr^gem Manne dûnW es da, wer einsi dir MoroWs Wunde schloss^ der heilte leicht diePlagenvon Meîofs Wehr geschlagen », et, sur ces paroles, reviennent les-motifs de Tristan blessé (44), de la blessure guérie (52) et du chant d'amour (i5o), aboutissant à un fortissimo des notes de passion (7). — « La meilleure guérisseuse, continue Kourvenal sur un dessin d'orchestre en crescendo préparant le motif suivant, je Tai bientôt trouvée, j'ai envoyé en Cornouailles ; un homme fidèle t'amène ici, par mer, Iseult — Die leste Aerztin haîd ich fand; nach Kornwaïl haV ich ausgesandt; ein Treuer Mann wohl ûber's Meer hringt dir Isolden her, »
A ces mots éclate, en fortissimo le thème de jubilation
de Tristan, qui s'écrie, hors de lui: « Iseult arrive! Iseult approche! — Isolde kommt! Isolde nahtl »; puis, viennent, toujours en fortissimo^ les motifs de ravissement (154) et de l'attente (i3i), pendant que Tristan, suffoqué par son émotion, s'efforce de retrouver la voix.
— « O fidélité! Sublime et généreuse fidélité! — O Treue! Hehre^ holde Treuel », dit-il, sur une large phrase rappelant la gamme descendante du refrain de Kourvenal (39); et, pendant que s'élance, à l'orchestre, une forme animée du trait d'exaltation (55), conduisant, par une gamme rapide, à une reprise du motif de jubilation (209), Tristan attire vers lui Kourvenal et le prend dans ses bras : « Mon Kourvenal, toi, l'ami le plus cher ! Toi, le fidèle sans défaillance, comment Tristan pourra-t-il te remercier? — Mein Kurwenaî, du trauter Freundl Du Treuer ohne Wanken^ wie soll dir Tristan danken ? »
Revient ensuite, en fortissimo, le motif de détresse (204) : a Dévoué à moi seul, tu partages mes souffrances — Einzig meiny mit Uidest du^ wenn ich îeide »; et pourtant, ce dont je
— loo —
souffre, tu ne peux le ressentir : « ce terrible désir qui me dévore, cette ardente langueur qui me consume, si je te le disais, si tu pouvais le savoir — dies furchtbare Seknen, da$ mich sehrt; dies schmachUnde Brennetty das mich zehrt, woïlf ick dir*s nennen, kônnUst du' s kennen », ajout e-t-il sur une forme mouvementée du motif de la mort libératrice (177) auquel se mêle le motif du Jour (iSg) ; et, s'animant de plus en plus^ pendant que le motif de détresse, ou de privation d'amour (204) reprend en violent crescendo^ « alors, dit-il à Kourvenal, tu ne t'attarderais pas ici, tu monterais bien vite sur la tour, avec toutes tes pensées et tes désirs tendus au loin, pour épier et fouiller du regard Thorizon où s'enfle la voile, où, sur l'aile des vents, Iseult se dirige vers moi pour venir me retrouver, tout enflammée par Timpulsion de l'amour ! — nicht hier^ wûrdest du weilen ; zur Warie mûsstest du eiUn, mit aUen Sinnen sehnend von hinnen nach dorien trachien und spàhcn, wo ihre Segel sich hlahen, wo vor den Winden, mich zujindeny von der Liehe Dr an g befeuert^ I solde zu mir sfeueril »
« Il s'approche! » s'écrie Tristan, dans la fièvre de son exaltation, sur des phrases rappelant le motif d'impétuosité (34), il s'approche à "toute vitesse I Le navire! le navire! voilà qu'il rase les écueils! — Es naht! Es naht mit muihiger Hast! Das Sckiff, das Schiff! Dort sireicht es am Riff! », et, sur un fortissimo auquel conduit, en crescendo ^ une ascendance chromatique du motif du désir : « Kourvenal, ne le vois tu pas? — Kurweftall Siehst du es nicht? » demande-t»il impétueusement.
Tout à coup s'entend de nouveau, sur un trémolo, le triste chant du berger (201), et alors Kourvenal qui, craignant de s'éloigner de Tristan, hésitait à obéir à son impatience, répond avec abattement : « Aucun navire n'est encore en vue ! — Noch ist hein Schiff zu sehen! »
Tristan écoute et s'apaise peu à peu; mais il reprend bientôt, de plus en plus accablé, son grand monologue^ qu'accompagnent, avec une persistance impressionnante, les diverses phrases de la mélodie de la tristesse, soutenues par des trémolos où se dessine le chromatisme descendant de la souffrance (16).
Cette mélodie du pâtre, interprète inconscient des
— lOI —
regrets du temps passé et du çays natal, avait déjà répandu, au commencement de l'acte, ;sa touchante mélancolie. Elle reparaît ici, reprise par Torchèsti:® avec plus de force et d'intensité, et elle forme, dans toaX le. morceau auquel elle s'incorpore étroitement, la trame sàî{4a.q,uelle viennent se tisser, avec un art merveilleux, les aûti'è's paotifs se rapportant plus spécialement au récit. De même^^sur.un fond de soufifrances, de chagrins et de décevantes asfifalions, s'est déroulée l'existence tourmentée de Tristan, ce «héros de la -douleur ».
Cest un des exemples les plus frappants de la p^^tra" tion réciproque de la musique et de la parole et de l^^lgr . action simultanée dans la manifestation des émotions d\i: drame.
L'assimilation est si complète que cette mélodie, de plus en plus assombrie et, par moments, comme secouée de sanglots, s'identifie avec les souvenirs qu'évoque Tristan et devient pour lui l'expression même des fatalités qu'il a subies et sous lesquelles il succombe.
« Est-ce ainsi que je dois te comprendre, soupire-t-il, vieille et triste mélodie, avec tes sons plaintifs? ~ Muss ich dich so versteh'n, du alte, ernsU Weise, mit deiner Kîage Kîangpy* ; quand mon père m'engendra et mourut, quand ma mère me mit au jour en expirant, tu les opprimais déjà de tes accents de douloureuse anxiété ; « c'est toi qui me demandais autrefois et qui me demandes aujourd'hui quelle est ma destinée? Ma destinée? La vieille mélodie me le répète encore : désirer et mourir I — die einst mick frug, und jetzt mick fràgt : zu welchem Loos erkoren^ ich damais wohî gehoren? Zu welchem Loos ? Die alte Weise sagt mir*s wieder : mich sehnen undsterbeni» et ces paroles, que traversent aussi les phrases de résignation (loo) et d'amertume (47), s'achèvent sur la sombre phrase (202) de la mélodie de la tristesse.
Mais, tout de suite, reprend avec violence le premier motif (198) du thème de la tristesse, auquel viennent se joindre le motif du Jour (iSg), la phrase de l'amour implacable (208), un chromatisme rapide du désir (8) et la phrase du philtre (80), jusqu'à un extrême forUssimo, pendant que Tristan s'écrie : « Non! Ah! non! Ce n'est pas là son sens!
Désirer! Désirer! Jusque devant la mort désirer, et, par la force même du désir, nç pouvoir mourir! — Nein! Ach nein ! So keisst sic nichiJ^Sehien! Sehttenl Im Sterhen mich zu sehnen^ vor Schnsuchlnlckt- zu sterhen ! » Puis, après s'être arrêté un moment ;-e^€Lcablé, tandis que reparaissent les motifs de tristesse/ ^198 et 199) : « L'éternelle mélodie, invoquant maint'çnant le repos de la mort, appelle au loin celle qui-peÇi< guérir — Dié nie esUrht, sehnend nun ruft um Sterl^ens ^^W sie derfernen Aerziin zu ». Là s'interrompt,, en dimtnaendOy^le motif (198) pour se combiner avec le motif de Tristaji blessé (44) : « Mourant, j'étais couché sans voix \<J^8 la nacelle — SUrbend lag ich stumm im Kahn », et, avec -(à 'phrase d'amertume (47), « le venin de la blessure était près de mon cœur — Der Wunde Gift dem Herzen nah* » . Alors se succèdent :
avec )e chant de tristesse (198) et le motif du Jour (159), le motif de l'amour implacable (208) : « La plaintive mélodie faisait entendre ses accents de langoureux désirs — Séhnsucht klagend hlang die Weise » ;
le motif de Tristan blessé (44), toujours associé avec celui de la tristesse (198) : « Le vent enfla la voile vers la fille d'Irlande — den Segel blàhie der Wind hin zu Irîan^s Kind » ;
puis, de nouveau, après quelques mesures où se combinent encore le chant du pâtre (199) et le motif du Jour (iSg), le motif de Tristan blessé (44) animé, comme dans ses reprises du premier acte, de gammes ascendantes et de triolets en doubles-croches : « La blessure que ses baumes avaient fermée, elle la rouvrit avec Tépée — Die Wunde ^ die sie heilend schloss, riss mit dem Schwert sie wieder ïos » ;
le motif d'amertume (47) : « Mais alors, elle laissa tomber l'épée — Dos Schwert dann aber îiess sie sinken » ;
le motif du breuvage de mort (85) : « Elle me donna à boire le breuvage empoisonné — Den Gitftrank gàb sie mir zu trinken »;
et, enfin, une combinaison des motifs de la douleur (42), de la mort libératrice (177), du philtre (80), de l'amour implacable (208) et des notes d'angoisse (58) : « Au moment où j'espérais guérir tout à fait, elle choisit le philtre le
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plus dévorant pour que je né puisse jamais mourir et que je sois voué à un éternel tourment! — Wie ich da Jioffie ganz zu genesen, da ward der sehrend'ste Zauber erîesen; dass nie ich soUie sterben, mich ew'ger Quai vererben! »
— « Le breuvage! le breuvage! le terrible breuvage! — Der Trank! der Tranh! Der furchibare Tranh! » s*écrie Tristan avec désespoir, sur un impétueux fortissimo que suit le trait du désespoir (109), déjà entendu dans la scène de l'aveu au premier acte et qui s*exalte ici dans des développements violemment mouvementés exprimant la plus extrême angoisse.
« Nul remède à présent, gémit Tristan, nulle douce mort qui puisse jamais m'affranchir de la torture du désir; nulle part, ah! nulle part, je ne trouverai le repos; la Nuit me rejette au Jour pour repaître éternellement de mes souffrances l'œil du soleil — Kein Heil nun kann, hein sûsser Todje mich befreVn von der Sehnsucht Noth; nirgends^ ach nirgends,Jind* ich Ruh'; mich wirft die Nachi dem Tage zu, um ewig an meinen Leiden der Sonne Auge zu weiden », et avec ces paroles désespérées s'exaspèrent et se précipitent le chant de tristesse (198) et le motif du Jour (159) jusqu'à un strident fortissimo, dont le trait descendant vient s'appuyer sur les notes de douleur (42), et après lequel reparaissent les motifs réunis du Jour et de la fatalité (2o3) : « O brûlant, rayon de ce soleil; comme sa cuisante souffrance me brûle le cerveau ! - O dieser Sonne sengender Strahï, wie brennt mir dos Hirn seine gliihende Quai! »
Vient, enfin, après un chromatisme du désir soutenu par un trémolo, en crescendo y un rythme tourmenté de triolets où s'entrelacent impétueusement le motif du philtre (80), les notes d'angoisse (58) et les deux phrases (198 et 201) du chant de la tristesse, conduisant avec un nouveau crescendo sur lequel se place la phrase de l'impétuosité (34), au motif déchirant de la malédiction de l'amour (Liebesfluch)
qui éclate et se poursuit, dans un paroxysme de violence
et sur des rythmes bouleversés, pendant ce déchaînement de désespoir de Tristan, jusqu'au cri de délirante torture et de malédiction qui forme le point culminant du drame : «Ce breuvage terrible qui m*a précipité dans les tourments, c'est moi, c*est moi-même qui Tai brassé I Breuvage qui a été versé pour moi, que j'ai alors goûté avec les délices de la volupté, maudit sois-tu, bretivage effroyable ! Malédiction à qui t'a préparé I — Den furchtharen Trank, der der Quai mich vertraut, ich selbst^ ich sâlbst, ich hah' ihn gébraut! Der mir geflossen, den Wonne-sMûrfend je ich genossen^ verflucht set, fufcMbarer Trank! Verflucht, wer dich gebraut! », et sur ces derniers mots reviennent encore, en fortissimo, le chant de tristesse (198), les notes d'angoisse (58) et, en diminuendo, le motif du Jour {iSg),
Epuisé par cette horrible émotion, Tristan retombe évanoui.
Kourvenal, qui s*était efforcé en vain de Tapaiser, s'écrie, épouvanté, pendant que persiste le motif de la malédiction (210) : « Tristan, mon Seigneur! Effrayante magie I Mensonge, tyrannie de Tamour! Suprême folie humaine! Le voilà maintenant étendu ici, l'homme incomparable qui a aimé comme nul n'aima jamais! — Mein Herrel Tristan! Schrechlicher Zauher! O Minne-Trug! Liébes-Zwang! Der Wett holdester Wahn ! Hier liegt er nun, der wonnige Mann, der wiô Keiner geîieht und geminnt! », et, sur un rythme de triolets syncopés et comme haletants, en pianissimo : « Es-tu mort maintenant? Vis-tu encore? Ta malédiction t'a-t-elle emporté avec elle? — Bist du nun todt? Lebst du noch? Hat dich der Fluch entfuhrt? » ajoute-t-il avec des sanglots dans la voix; mais, tout à coup écoutant la respiration de Tristan : « O bonheur ! s'écrie-t-il. Non ! Il remue, il vit ! Comme ses lèvres s'agitent doucement! — O Wonne! Nein! Er regt sich, er leht! Wie sanft er die Lippen rUhrt! »
Pendant que revient le motif du désir (8) et que continuent les mêmes triolets syncopés, Tristan, à voix basse : « Le navire, ne le vois-tu pas encore? Das Schiff, siehst du*s noch nicht? »
— « Le navire? répond Kourvenal tout tremblant d'émotion, certainement il sera ici aujourd'hui, il ne peut plus
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tarder longtemps — Das Schiff? Gewissj es nakt noch heuf; es hann nicht ïang* mehr sàumen ».
Alors, après quelques mesures pendant lesquelles le rythme de triolets soutient, avec une extrême douceur, le motit élargi du désir et sur un retour du motif de la malédiction (210), tout à coup transformé en une phrase empreinte de tendresse, commence la scène de la Vision de Tristan.
Avec une sorte de clarté anticipée que fait naître en lui, dans la fièvre de son attente, l'acuité même de son désir, Tristan croit voir le navire, il le voit arriver I
— « Et sur le navire, Iseull ! Comme elle me fait signe, comme elle boit, gracieuse, à notre réconciliation; la vois-tu? Ne la vois-tu pas encore? — Und drauf Isolde, wie sic winki, wie sie hold mir Sûhnt trinkt; siehst du sie? Siehst du sie noch nicht? » dit-il sut une phrase qui rappelle le motif de la coupe remplie (91) et qu'accompagne le motif du breuvage d'amour (84).
Puis viennent, avec le motif de félicité (180),
le motif de la vision, déjà préparé par la phrase du lien d'amour (184)
« Comme elle traverse heureuse, fière et douce les champs de la mer — Wie sie seîig, hehr und milde wandelt durch des Meer's Gefilde » ;
et cette autre phrase d*adoration à laquelle se mêle encore, avec un élan de tendresse, celle de félicité (180)
V Son sourire me verse la consolation et le doux repos ; elle m'apporte le suprême apaisement. Ah! Iseult! Iseult!
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que tu es belle ! — Su làcheU mit Trost und susse RuW; sùfûhrt mir UtzU Làbung zu. Ach, Isoldel I solde! Wie schôn Ust du! »
Alors, sur un mouvement plus animé et en crescendo^ commence, à la basse, le motif de la Nuit révélatrice (175) auquel se joignent ensuite, d*une manière expressive, les premières notes de la phrase d'adoration (212) : « Et toi, Kour vénal, comment ? ne la vois-tu pas? Monte sur la tour, pauvre aveugle, pour apercevoir ce que, moi, je vois si bien et si distinctement. Ne m'entends-tu pas? Va vite à ton poste, hâte- toi I Y es-tu? Le navire 1 le navire I le navire d'Iseultl Tu dois le voiri II faut que tu le voies! — Und Kurwenal, wie? Du càh'st sie nicht? Hinauf zur Warte, du hîôder Wicht! Was so heîl und îicht ich sehe, dass das dir nicht enigehe ! Hôrst du mich nichi? Zur Warte schneîl! Eiîig zur Warte! Bist du zur Steïï? Das Schiffy das Schiffl Isoldens Schiff! Du muss es sehen! Musst es sehen ! »
« Le navire ? Comment, tu ne le vois pas encore? — Das Schiff? Sieh'st du' s noch nicht? » répète Tristan, dans l'hallucination de son délire, sur les motifs d'adoration (212) et de passion (3), pendant qu'apparaît, en crescendo, cet autre motif de la Vision
auquel se substitue, tout de suite après, en fortissimo^ l'annonce de l'apparition réelle
ZÏA
Kourvenal, qui avait jusque-là résisté aux injonctions de
Tristan, en entendant la chanson joyeuse du pâtre (die frohliche Weise) qui, tout à coup, donne le signal attendu,
tressaille de joie et s*élance sur le rempart : «Ah I le navire I crie-t-il hors d'haleine, je le vois s'approcher, venant du Nord — Haï Das Schiff! Von Norden seh' ich's nahen! »
Tristan, avec une excitation croissante que marque une reprise en crescendo des motifs de la Nuit révélatrice (i75), de l'adoration (212), de la chanson joyeuse (21S) et du rythme de l'apparition réelle (214) : « Ne le savais-je pas? Ne l'avais-je pas dit qu'elle vit encore, qu'elle me rend encore à la vie ? — Wussf ich's nicht? Sagf ich's nicht ? Dass sie noch lebi, noch Leben mir webt? »
« Comment Iseult pourrait-elle être pour moi hors du monde, puisqu'à elle seule elle me le remplit tout entier ? — Die mir I solde einzig enthàlt, wie wàr* I solde mir ausder Weît?» ajoute-t-il sur cette phrase de joie débordante
que termine la forme déjà indiquée du motif d'impétuosité
Eclate alors, sur un trémolo, ce violent dessin d'orchestre annonçant l'arrivée du navire
pendant ces paroles affolées :
KouRVBNAL, du haut du parapet, dans un transport
— io8 —
d^entbousiasme : — « Hourra ! hourra ! Comme il vogue bravement ! Comme sa voile se gonfle avec force! Comme il court, comme il vole! — Hàhei! Hahci! Wic es muthig steueri! Wie stark der Segel sich blàkt! Wie es jagi, wic esfiiegtfyy
Tristan. — Quel pavillon ? quel pavillon ? — Die Flagge? die Flagge? »
KouRVENAL. — « Le pavillon de la joie flotte au mât, clairet joyeux! — Der Freude Flagge am Wintpel iustig und Mil »
— « O joie! Iseult à moi dans la lumière du Jour! Iseult à moi ! — Heiaha der F rende! Hell am Tage zu mir I solde! Isolde eu mir! » s'écrie Tristan avec ivresse, en se dressant sur son lit, pendant que le motif de l'arrivée (317) s'exaspère, sur un. trémolo de la basse, en un violeni fortissimo ; a \2i vois-tu elle-même? — Siehst du sie selbst? » crie-t-il à Kourvenal.
Et tout à coup s'assombrit le, même motif (217) sur ces paroles :
KouRVENAL. — « Maintenant, le navire a disparu derrière le rocher — Jetzt schwand das Schiffhinter dem Fels, »
Tristan, — « Derrière le récif? Est-il en danger? — Minier dem Riff? Bringt es Gefahr? »
A ce mot de danger, intervient, à la basse, en fortissimo et sur un mouvement encore plus animé, cette phrase de défiance et de soupçon,
sorte d'inversion du motif de la Nuit révélatrice (175),
et Tristan reprend : « Là, les brisants font fureur, les navires s'y perdent ! Le gouvernail, qui le tient? -^ Dort wUthet die Brandung, scheitern die Schiffe! Das SUuer, wer fûhrfs? »
KouRVENAL. ^— « Le pilote le plus sûr -- Der sicherste Seemann, »
et, sur un rythme toujours plus violent, agité de triolets :
Tristan. — «Me trahirait-il? Serait-ce un partisan de Melot ? — Verrieth* er mich? Wàr* er Mâlofs Genoss ? »
KouRVENAL. — « Fie-toi à lui comme à moi-même I — Trau' ihm wir miri »
— « Me trahirais-tu aussi ? malheureux I La vois-tu reparaître? — Verrâther auch du? UnseVgerl Siehst du sic wUder ? » dit Tristan fou d'angoisse, pendant que s'exaspèrent les motifs du soupçon {218) et de l'arrivée (217) ;
et sur cette réponse de Kourvenal : « Pas encore — : Ncch nicht »,
— c< Perdue I — Verlorenl » crie Tristan, sur \in fortissimo déchirant.
Mais, tout de suite, pendant que reviennent, toujours en Jbriissimo,
le motif de la joie (2i5),
Kourvenal. — « Hourra! hourra ! Passé ! passé! Heureusement passé ! — HeihalHeiha! Vorhei! Vorhei! Glûcklich vorhei! »
et le motif d'adoration (212)
Tristan, exultant, et comme secoué d'un rire de joie — «Hahahahal Kourvenal, ami le plus fidèle! Tout mon avoir, tous mes biens, je te les lègue aujourd'hui même — Heihahàha! Kurwenal^ tremster Ffcund! AW mein Hàb' und Gui vererli' ich noch heute, »
— « Ils volent vers nous — Sic nàhen im Flug », dit Kourvenal, sur ces phrases pleines de mouvement
— « La vois-tu enfin? Vois -tu Iseult? — Siehst du sic ^ndîich? Siehst du I solde} » interroge Tristan, et alors, pendant que la transformation en forme ascendante de la phrase du soupçon (218) marque la confiance revenue et que se poursuit en crescendo, avec une animation croissante^ le motif de larrivée (217) :
— « Cest elle! crie Kourvenal, elle fait des signes! — Sic isfs! Sic winktî »
Tristan. — « O femme adorée! — O Sdigstes WeibI »
— IIO —
KouRVENAL. — « Le navire est dans le port ! — Im Hafefp der Kielî »
et, sur un exixévae fortissimo ^ suivi de l'ascendance chromatique du désir : « Iseult, ah I d'un saut, du bord elle s'élance à terre — I solde, ha! MU einemSprung springt sie vom Bord zum Strand, »
— « Descends vite, badaud, fainéant! lui crie Tristan haletant, sur les notes de passion et sur des accords précipités. En bas! en bas, sur le rivage I Aide-la I aide-la I — Heràb von der Warie, mûssiger Gaffer! Hinab! Hinab an den Sir and! HUf ihr! Hilf meiner Frau! »
— « Je vais la porter jusqu'ici; fie-toi à mes brasi Mais toi, Tristan, ne bouge pas de ton litl -- Sie trag' ich herauf; trau' meinen Armen! Doch du, Tristan^ hleib* mir freulich am Bett! » répond Kourvenal sur le motif de l'impétuosité (34).
SCÈNE' II. — Kourvenal est sorti en courant; Tristan^ ne pouvant se contenir, cherche à se soulever sur sa couche. Vient alors la grande scène de son agonie.
Après quelques mesures d'orchestre où, dans un rythme mouvementé, apparaît une forme syncopée du motif de la Nuit révélatrice (175)
que traversent les notes de souffrance (5) :
— « Oce soleil I O ce jour! O ce jour de radieuses délicesf — Ha, dièse Sonne! Ha, dieser Tag! Ha, dieser Wonne sonnigsUr Tag! » s'écrie-til, sur le motif du chant d'amour (i5o).
Puis, viennent successivement, toujours de plus en plus tourmentés et enfiévrés, le motif de délivrance (83^ : « Battements du sang, transports de l'âme, désirs sans mesure , délire de joie, enchaîné sur cette couche, comment vous supporter ! — Jagendes Blut, jauchzender Muih ! Lust ohne
MaassâH, freudiges Rasenî Auf des Lagers Bavn, wie sie-^ ertragmj»;
le motif de félicité {i8o), qui s'exaspère sur wn fortissimo^ de triolets et de rythmes violemment alternés : <c Debout donc, allons là où battent les cœurs! — Wohîaufund daran, wo die Herzen schhgen! »;
l'ascendance syncopée (320) : « Avec ma blessure 0U7 verte, je combattis autrefois Morold — Mit blutender Wunde lekàmpft ich einst Morolden » ;
la phrase d'adoration (212): « Avec ma blessure ouverte, je vais aujourd'hui à la conquête d'Iseult ! — Mit blutender Wunde erjag ich mir heuf Isolden! » ;
et, sur une ardente reprise, en fortissimo^ du motif de . félicité (180), Tristan, en proie à la- plus extrême agitation, se dresse sur sa couche : « Allons, mon sang! coule maintenant joyeusement ! —if ^w/ Mein Blut! Lustig nun fliesse! » s'écrie-t-il, dans l'ivresse de sa souffrance et de sa joie, en arrachant le bandage de sa plaie ; et il se lève en chancelant : « Celle qui doit pour toujours fermer ma blessure s'avance triomphante, m'apportant le salut! Périsse le monde, de la hâte de ma joie! — Die mir die Wunde auf ewig schliesse^ sie nakt wie ein Held, sie naht mir zum Heû! Vergeh* die Welt meiner jauchzenden EiP! »
Tout à coup, après un véhément crescendo et, sur un retour en fortissimo du motif de l'attente (i3i) et de l'ombre protectrice (i32), s'entend au dehors, éclatante, la voix d'Iseult : « Tristan! Bien-aimé! — Tristan! Geliebter!» sur les notes de passion (7).
Tristan, comme égaré : « Quoi! Entends-je la lumière ? Le flambeau, ah ! le flambeau s'éteint ! A elle ! A elle ! — Wie, kdr ich das Licht? Die Leuchte, ha! die Leuchte verîisehtl Zu ihr! Zu ihr! »
Iseult arrive, hors d'haleine, sur une reprise fortissimo du motif de l'attente (i3i).
Par un suprême effort, Tristan s'élance vers Iseult, qui le reçoit dans ses bras, pendant que s'entendent à l'orchestre, en /or^wsiwo, le motif de la mort (26), la phrase de pressentiment (179), les motifs de l'aveu (108) et du philtre (80), et il s'affaisse lentement à ses pieds
-:- « Tristai^ I » s'écrie-t-elle sur les notes de passion (7) et, à Torchestre, se continue le motif du philtre (80), suivi, dans un decrescendo ralenti, des syncopes de la tendre ivresse (lao) et de la phrase de la passion révélée (m). . Puis, avec les motifs du regard (48) et de la peine d'amour (49), Tristan, mourant, les yeux fixés sur Iseult, prononce une dernière fois le nom bien-aiméj sur les notes d'amour (11 3) et il expire, pendant que revient, en pianissimo et entre des points d'orgue, la phrase de l'élan passionné (114), qui tout à coup s*arrête, inachevée.
— « Ah! » soupire Iseult, en s'agenouillant toute frémissante auprès de lui, « C*est moi, c'est moi, mon doux ami I Une fois encore entends ma voix I — Ich bin's^ içh Un* s, siissester FreundI Aufy noch einmal hôr* meinen Ruf! » dit-elle sur des notes entrecoupées rappelant le motif d'impétuosité (34).
Alors commence sa douloureuse et pathétique lamentation, où se succèdent, accompagnant ce sappels désespérés :
le motif de l'appel
« Iseult t'appelle, Iseult est venue — I solde rujt Isolde kam » ; le motif de la mort partagée
« pour mourir^ fidèle, avec Tristan I — Mit Tristan tren zu sterhen! » suivi de cette phrase
jfriîiTiTîT I
rappelant les motifs de la peine d'amour [ydt) et de la mort d'Iseult (37);
— ii3 —
les motifs de ]a passion (3) et de la douleur (42) : « £s-tu muet pour moi ? Reste vivant un moment encore, un seul moment ! — BUihst du mir siumm? Nur eine Siunde, nur Hne Siunde bkihe mir wach / » ;
le motif de la détresse d'amour (204) : « J'ai passé tant de jours d'angoisse et de désirs pour être encore une heure avec toi — So lange Tag$ wachU sie sehnend, um eine Stunde mit dit noch zu wachen » ;
les motifs de la mort libératrice (177), de la mort partagée (222) et de la peine d'amour (78) : « Tristan va-t-il lui ravir cet unique et dernier instant d'éternel, et suprême bonheur? — Beiriigt sie Tristan um dièses einzige, ewigktiru, Utzte WeltenglOck ? » ;
le chant de mort (i85),le motif de Tristan blessé (44) et la phrase de l'union éternelle (188) : « La blessure, où est-elle? Laisse-moi la guérir, afin que nous partagions les suprêmes délices de la- Nuit I — Die Wunde, wo ? Lass* sie mich keiïen, dass wonnig und hekr die Nacht wir iheilen » ;
le motif du breuvage d*amour (84) associé à celui du breuvage de mort (85) : « Que pour nous deux réunis s'éteigne en même temps la lumière de la vie I — Uns Beiden vereint erîôsche des LebensUcMl »;
les motifs de la mort partagée (222) et de la peine d'amour (78) : « Ton regard est éteint I Ton cœur est sans mouvement I Ton haleine ne donne plus aucun souffle — Gebrochen der Blich! Siill das Herz! Nickt eines A thèmes muhfges Weh'nl»;
les motifs, en fortissimo et sous une forme véhémente, de l'exaltation (55) et de l'union éternelle (188) : « Doit-elle donc rester devant toi gémissante, celle qui, heureuse de s'unir à toi, traversa courageusement la mer? — Muss sie nun jammernd vor dir steh'n, die sich wonnig dir zu vermàhkn muthig kam ûher Meer? »
et, toujours en fortissimo, les motifs de la mort partagée (222) et de la peine d'amour (78) : « Trop tard ! Trop tardi Cœur obstiné! Est-ce ainsi que tu me condamnes au plus dur exil! Seras-tu sans pitié pour mes fautes et mes souf&rances? Ne pouirai-je te confier mes peines? — Zu s^àt! Zu s^àtl Trotziger Mann Strafst du mich so mit
hàrUsUm Bann? Gam ohne Huld meiner Leidens Schuîd? Nicht meine Kîagen darfich dir sagen? »;
ensuite, revient, ralenti en diminuendo, le motif de Tappel (221), et d'un accent suppliant ; « Une fois seulement; ah! rien qu'une fois encore I — Nur einmal, ack! nur einmal noch! »
« Tristan!» s'écrie Iseult sur les notes d'amour (11 3) et sur le motif de la mort partagée (222), dont la dernière note se prolonge en une tenue syncopée ; puis, dans une sorte de vision subite et fugitive : « Ah ! écoutez I II s'éveille! —Ha! Horch! Er wachtf »
et, avec cette dernière parole : « Bien-aimél — GeliebUrl» qu'elle exhale en un soupir suprême, sur une phrase mélodique d'une si poignante intensité d'expression que toute l'émotion du drame semble y être concentrée, Iseult tombe évanouie sur le corps de Tristan, pendant que reprend, sur un trémolo pianissimo, le saisissant chant de mort (i85), auquel se joignent les notes de souffrance et de douleur, au milieu d'impressionnantes harmonies.
V SCÈNE III. — Tout à coup, sur un mouvement agité, s'entend à l'orchestre, en crescendo, le motif du pâtre (201), en même temps que vient, du fond de la scène, une sourde rumeur et un bruit d'armes.
Le pâtre, franchissant le parapet, s'approche vivement de Kourvenal qui, revenu derrière Iseult, a assisté à toute cette scène dans une affreuse anxiété :
— « Kourvenal! Ecoute! Un second navire — Kurwenal! Hôr*I Ein zweiies Schiffyy, lui dit-il à voix basse.
Sur le motif de l'exaltation (55), qui s'élance en fortissimOy Kourvenal, tressaillant, regarde au-dessus du parapet, et alors, éclatant de fureur ; « Mort et enfer! Venez tous! J'ai reconnu Marke et Melot. Des armes et des pierres ! A l'aide! Défendons la porte! — Tod und Hôîîel Marke und Melot haf ich erhannt, Waffen und Sieine! Hilf mir! Ans Thor! »
Le pilote, entrant précipitamment : « Marke arrive avec ses matelots et ses guerriers, la défense est inutile, nous
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sommes accablés ! — Marke mir nach mit Mann und Volh vergéb'ne Wehr ! Bewàliigt sind wir. »
KoûRVENAL. — ce Reste et aide-notis ! Tant que je vivrai, nul n'entrera ici ! — SieW dich, und hilf! So lang' ick Uhe^ lugt ■mir Keiner kerein ! » et, sur ces mots, le motif de rancune (56).
Pendant ce temps, reviennent à Torchestre, par fragments et comme violentés dans une sorte de rage, les motifs de Karéol (207), de la jubilation (209) et de la tristesse (201).
Brangaine, appelant d'en bas : « Iseult ! Maîtresse I -, Isolde! Herrin! » sur les notes de passion {7).
kouRVENAL, qui a reconnu sa voix : « Que cherches-tu ici? Toi aussi tu trahis? Malheur à toi, infâme! — Was sucKst du hier? VerràihWin auch du? Weh' dir, Verruchtef » sur les notes de passion (7) et sur des accords, frappés en forte, rappelant le motif de la mort d'Iseult (27).
Melot, criant du dehors : « Arrière, insensé I Ne résiste pas I — Zurûck, du Thor / SiemnC dich dort nicht / »
Puis, sur une reprise en fortissimo du motif de jubilation (209) et avec un rire terrible : « Hourra! pour le jour où je te rencontre! — HeiakahaJ dem Tag an dem ich dich ireffe! » s'écrie Kourvenal; et au moment où Melot paraît sur le seuil, suivi de son escorte, il fond sur lui et Tétend à terre.
Malgré les adjurations de Brangaihe, qui lui crie : <c Ecoute, furieux! tu te trompes ! — Wûihender ! Hôr\ du heirùgst dich ! » Kourvenal, affolé, entraîne ses hommes au combat, pendant qu'éclate avec emportement le motif de la joie (206).
Marke, encore du dehors : « Arrête-toi, enragé ! Es-tu fou ? — Halte y RasânderJ Bist du von Sinnen ? »
— « Ici, la mort est déchaînée! Ici, Roi, il n'y a rien autre chose à trouver; si tu la cherches, viens! — Hier wûthet der Todl Nichts aruTres, Kônig, ist hier zu hoîen; willst du ihn kiesen, so komm! » répond Kourvenal sur le motif, de la malédiction (210), en s'avançant sur lui.
— « Arrière, insensé ! — Zurûck, Wahnsinniger ! » lui crie Marke.
A ce moment, et pendant que continuent, ayec une viô-
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lence forcenée, les motifs précédents, Marke forçant le passage, est entré avec sa suite ; Kourvenal, mortellement blessé, recule devant lui et tombe auprès de Tristan; Brangaine, qui est parvenue à franchir le parapet, se précipite vers Iseult.
Alors reviennent, sur un fortissimo , les motifs de la mort partagée (222), de la peine d'amour (223) et de la mort (27)^ accompagnant ces paroles :
Brangaine. — « Iseult ! Maîtresse ! C'est le salut, le bonheur! Que vois-jel Ahl Es-tu vivante? Iseult! — Isoîde! Herrinî Gîûck und Heilî Was seh* ich! Ha! Lebsi du? I solde! »
Marke. — « O fatale erreur! Tristan, où es-tu? — Trug und Wahn! Tristan^ wo hist du? tu
— « Là, gisant, où je suis moi-même — Da liegt er hier^ da hier y wo ich îiege » répond Kourvenal, sur la phrase (223) complétant celle de la mort partagée (222).
— «Tristan! Tristan! Iseult! Malheur! — Weh! 'y\ s'écrie Marke avec désespoir.
Kourvenal, prenant la main de Tristan : « Tristan ! cher aimé! Ne te courrouce pas de ce que ton fidèle t'accompagne aussi! — Tristan! Trauter! Schilt mich nicht, dass der Treue auch mit komntt! » et il meurt, pendant que reprend en j>iamssimo un écho assombri du motif de Karéol (207),
— « Ainsi, tout est mort! Tout est mort! — Todt denn Allés! Ailes Todt! » continue Marke, éploré, sur les motifs de la mort partagée (222) et de la consternation (193) : « Mon héros! Mon Tristan! Mon ami le plus cher, faut-il donc qu'aujourd'hui encore tu trahisses ton ami, aujourd'hui qu'il vient te témoigner sa fidélité suprême? Eveille-toi! Eveilletoi! Eveille- toi à mes lamentations, toi infidèle et si fidèle ami! — Mein Heldî Mein Tristan! Trautester Freund! Auch heuie noch musst du den Freund verrathen? Heut\ wo er kommt dir hôchste Treue zu hewàhren? ErwacK ! Erwach'! Erwache meinem Jammer, du treulos treu'ster Freund! » et il se baisse sur le corps en sanglotant, pendant qu'un decrescendo conduit au chant de mort (i85), soutenu par un trémolo pianissimo»
Brangaine, qui a relevé Iseult entre ses bras, croyant qu'elle se ranime et qu'elle l'entend : « Elle respire!
EUe vit! Iseultl Ecoute-moi, entends mon aveu! J'ai dit le secret du breuvage au Roi qui, plein de sollicitude, a traversé la mer pour venir te trouver, pour te rendre ta parole, pour te donner à ton ami — Sie wachtl Sic khtf I solde f Hor' mich, vernimen meine Suhnel Des Trankes Geheimnis entr deckf ich dem Kônig : mit sorgender EU' stach er in See^ dich zu erreichen, dir zu entsagen^ dich zu zufûhren den Freund », et, sur ces paroles d'anxieuse tendresse s'entendent les motifs de l'aveu (io8), du philtre (80), de la peine d'amour (78) et de l'amertume (47), suivis du chant de mort (i85).
Et Marke, accablé de douleur, reprend, sur le motif de magnanimité (76) déjà entendu au premier acte ; « Pourquoi, Iseult, pourquoi tout cela? Dès que m'a été dévoilé ce qu'auparavant je ne pouvais comprendre, avec quel bonheur j'ai reconnu l'innocence d'un ami! Pour te donner comme époux ce héros fidèle, je t'ai suivie à pleines voiles. — Warum^ I solde ^ warum mir das? Da hell mir ward enthûUt, was zuvor ich nichi fassen konnf, wie selig, dass den Freund ich fret von Schuïd dafand! Dem holden Mann dich zu vermàhlen, mit voUen Segeîn flog ich dir nach, » « Mais le malheur impétueux ne devance-t-il pas celui qui apporte la paix? — Doch Unglûckes Ungestûm, wie erreicht es^ wer Frieden hringt? » ajoute-til sur un accord fortissimo que suivent les motifs de passion (3), d'impétuosité (34) et d'amertume (47) : « Je n'ai fait que grossir la moisson de là mort; l'erreur est venue accumuler les douleurs! — die Aernte mehrf ich dem Tody der Wahn hàufte dit Noihl »
De nouveau s'entend, comme un refrain solennel, le chant de mort (i85); puis, avec ces dernières paroles de Brangaine, et sur une phrase empreinte d'un suprême élan de tendresse : « Ne nous entends-tu pas, Iseult bien-aimée? N'entends- tu pas ta servante fidèle ? — I:ïôrst du uns nicht? Isûlde! Tr autel Vernimmst du die Treue niçht? >y, vient une suite d'accords qui se prolongent en pianissimo au milieu du silence et de l'émotion des assistants.
Iseult, qui était restée immobile et comme étrangère à toute cette scène, ouvre les yeux et les tourne vers Tristan dans une sorte de contemplation extatique.
Alors commence, sur un trémolo pianissimo, le chant final
— ii8 —
4'Iseult pendant lequel se succèdent et S'épanouissent, sur des développements harmoniques d'une richesse extrême, exprimant une exaltation croissante,
le chant de mort (i85) et le motif de fervente croyance (i86) : « Comme il sourit doucement, comme il s'élève radieux; amis, ne le voyez- vous pas? — Miîd und Uise me er làcheli, wie er îeuchiet, hoch sich hebt; Freunde,sàhi ihr's nicht? »;
les motifs de mort (i85), de douce ivresse (187), d'ardeur d'amour (i35) de suprêmes délices (189), d'extase et d'union étemelle (188) ; « Comme se gonfle son cœur généreux; comme est délicieux, suave et doux le souflBle qui s'échappe de ses lèvres; amis, ne le sentez- vous, ne le voyez-vous pas? Suis-je donc seule à entendre cette merveilleuse mélodie qui me pénètre de ses doux accei^ts? — Wie das Herz ihm muthig schwiïït, wie den Lippen wonnig mild sûsser Athem sanft entwehi; Freunde, fûhli und seht ihr^s nicht? Hôre ich nur dièse Weise, die so wundervoll und leise, Wonne klagend in mick dringt?»;
le motif de l'ardeur d'amour (i35), qui, repris sous une forme toujours plus élargie et plus puissante, atteint un suprême fortissimo et s'apaise ensuite progressivement, accompagnant le motif de Tanéantissement (168) suivi de l'octave ascendante de l'espérance, sur ces dernières paroles : « Dans Je souffle de l'immense univers, se perdre, s'anéantir, sans conscience, suprême volupté! — In des Welt'Athems wehendem Alî^ ertrinken, verfinken, unbewusst, hôchste Lust! »
Iseult, comme transfigurée, s'aflFaisse doucement entre les bras de Brangaine, sur le corps de Tristan.
Une émotion profonde a saisi les assistants; Marke étend la main comme pour bénir les cadavres.
Le motif d'amour s'éteint dans un pianissimo où reparaît encore la phrase du désir, terminée par une tenue d'accords prolongés sur lesquels la toile tombe.