ACTE PREMIER
Faible, lassé,
En mon pouvoir.
Pourquoi ne t'ai-je pas frappé?
Je puis le dire très franchement :
Je t'ai soigné
Pour qu'après ta guérison,
Tu sois frappé
Par un vengeur
Que j'aurais choisi.
Tu peux te dire
Toi-même ton sort :
Puisque tous les hommes s'entendent avec lui,
Qui doit frapper Tristan?
Tristan Cp^'^ et sombre.)
Puisque Morold t'était si cher, Reprends maintenant l'épée, Et guide-la fort bien, Pour ne pas la laisser tomber.
(Il lui tend son épée ) ISOLDE
J'aurais peu de souci
Pour ton maître;
Et que dirait
Marke, ton roi,
Si je lui tuais
Le héros
Qui lui conquit un pays.
Son meilleur serviteur?
Crois-tu que c'est peu
Ce qu'il te doit,
Pour amener Isolde à lui,
Qu'il ne m'en voudrait pas
De tuer l'homme
Qui met dans sa main
Le gage du serment d'oubli ?
Garde l'épée!
Je la brandis un jour
Quand la vengeance
Troubla mon cœur,
Quand ton regard
Déroba pour lui mes traits,
Pour voir si Marke
Pourrait ni'épouser:
L'épée, je la laissai choir;
Donc buvons à la paix!
(Elle fait signe à Brangaine, qui frissonne et chancelle; ses mouvements sont hésitants; Isolde l'excite de gestes de plus en plus \-iolents. Quand Brangaine se décide à préparer le breuvage, on entend la voix des matelots.)
Matelots U" dehors) Ho! Hé! Ha! Hé!
Au rnât de hune Serrez les voiles!
Ho! Hé! Ha! Hé!
Tristan (.sortant en sursaut d'une sombre rêverie.)
Où sommes-nous?
Isolde Près du but !
Tristan, la paix, l'obtiendrai-je?
Et qu'as-tu donc à dire ?