‹ Tristan et IsoldeChapitre 19 sur 65 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Faible, lassé,

En mon pouvoir.

Pourquoi ne t'ai-je pas frappé?

Je puis le dire très franchement :

Je t'ai soigné

Pour qu'après ta guérison,

Tu sois frappé

Par un vengeur

Que j'aurais choisi.

Tu peux te dire

Toi-même ton sort :

Puisque tous les hommes s'entendent avec lui,

Qui doit frapper Tristan?

Tristan Cp^'^ et sombre.)

Puisque Morold t'était si cher, Reprends maintenant l'épée, Et guide-la fort bien, Pour ne pas la laisser tomber.

(Il lui tend son épée ) ISOLDE

J'aurais peu de souci

Pour ton maître;

Et que dirait

Marke, ton roi,

Si je lui tuais

Le héros

Qui lui conquit un pays.

Son meilleur serviteur?

Crois-tu que c'est peu

Ce qu'il te doit,

Pour amener Isolde à lui,

Qu'il ne m'en voudrait pas

De tuer l'homme

Qui met dans sa main

Le gage du serment d'oubli ?

Garde l'épée!

Je la brandis un jour

Quand la vengeance

Troubla mon cœur,

Quand ton regard

Déroba pour lui mes traits,

Pour voir si Marke

Pourrait ni'épouser:

L'épée, je la laissai choir;

Donc buvons à la paix!

(Elle fait signe à Brangaine, qui frissonne et chancelle; ses mouvements sont hésitants; Isolde l'excite de gestes de plus en plus \-iolents. Quand Brangaine se décide à préparer le breuvage, on entend la voix des matelots.)

Matelots U" dehors) Ho! Hé! Ha! Hé!

Au rnât de hune Serrez les voiles!

Ho! Hé! Ha! Hé!

Tristan (.sortant en sursaut d'une sombre rêverie.)

Où sommes-nous?

Isolde Près du but !

Tristan, la paix, l'obtiendrai-je?

Et qu'as-tu donc à dire ?

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