ACTE PREMIER
J'usai du baume
Qu'elle me donna ;
Je bois dans ce bocal,
Et c'est pour guérir tout à fait!
Écoute
Le serment juré
En reconnaissance envers toi :
Mon honneur est
Ma fidélité,
Ma misère est
Mon orgueil
Erreur du cœur;
Rêve accompli;
Consolation
Du chagrin,
Breuvage d'oubli si doux.
Sans crainte je te bois!
(Il porte la coupe à ses lèvres et boit.)
Imposture ici?
La moitié!
(Elle lui arrache la coupe.)
O traître, je le bois à toi!
(Elle boit et puis elle jette la coupe Tous deux, saisis de frissons, se regardent fixement dans les yeux, en se tenant immobiles; ils paraissent surexcités ; dans leurs yeux l'expression du défi de la mort le cède bientôt à l'ardenr de l'amour. Ils sont saisis de tressaillements. Ils portent la main convulsivement à leur cœur et la posent de nouveau sur leur front. Puis ils se cherchent encore du regard, baissent leurs yeux troublés et se fixent de nouveau avec une ardeur croissante.)
ISOLDE (d'une voix tremblante.)
Tristan !
Tristan (exuitam.) Isolde!
ISOLDE (tombant dans ses bras.)
Infidèle ami!
Tristan (l'étreignant éperdament.)
Femme divine !
(Ils restent muets et enlacés.) (De loin, on entend des trompettes et des trombones, et, dehors sur le navire le cri des hommes.)
Les hommes
O roi Marke,
Salut!
O roi Marke,
Salut!
Brangaine
(qui s'était penchée par-dessus bord détournant son visage, pleine de trouble et d'horreur, tourne maintenant le regard vers le couple plongé dans une étreinte d'amour et se précipite en avant, en se tordant les mains, pleine de désespoir.)
Oh! malheur!
O fatale
Peine
Au lieu d'un prompt trépas!
L'œuvre trompeuse
De la fidélité
S'épanouit dans la douleur!
(Tristan et Isolde se dégagent troublés de leur enlacement.)
Tristan Qu'ai-je rêvé De l'honneur de Tristan?