Mélodie de la joie. {Die frôhliche Weise
etc.
A la deuxième scène, lorsque Tristan resté seul, entraîné par une violente impatience et après des efforts désespérés pour se lever de sa couche, arrache, dans les transports de son
attente fébrile, les bandages de ses blessures, son chant de joie, empreint d'une mortelle extase est accompagné par le motif du sommeil qui, revenant à sa forme première du défi à la mort, systématiquement transformé dans une mesure à trois temps, devient le thème principal et éclate dans une extrême exaltation, comme chant triomphal de la mort. Au point culminant de ce paroxysme de passion, retentit le cri d'Iseult, dans le fortissimo du motif de l'appel d'amour ; et, quand Tristan, sous les sons soutenus du motif du désir, s'affaisse lentement dans ses bras, alors, le regard du mourant sur la bien-aimée retrouvée, avec son dernier soupir «Iseult!» profondément émouvant, est accompagné pour la dernière fois du motif du regard dont la continuation, à peine commencée dans la mélodie du prélude, s'éteint bientôt avec Tristan, en pianissimo.
La deuxième partie de la scène, les lamentations d'Iseult, auprès du corps de Tristan, est remplie par un nouveau motif dans lequel le défi à la mort en face de la réalité de la mort elle-même, paraît se résoudre en une sorte d'interrogation anxieuse, cherchant à découvrir un dernier souffle de vie pendant que revient une réminiscence plaintive du thème du héros en mode mineur.
32. Motif de l'interrogation à la mort. {Motiv der Todesfrage.)
{Heldenthema.) Thème du héros
Le chant de mort, cette souveraine mélodie de la fin de la tragédie, se fait entendre ici de nouveau, une première fois : « Que délicieusement nous partagions la sublime nuit — dass wonnig und hehr die Nacht wir theilen-» et ensuite lorsqu'à la fin de la scène Iseult, avec le soupir «Bien-aimé — Geliebtery> tombe inanimée sur le corps de Tristan *.
La troisième scène commence par l'impétueux combat et la résistance désespérée de
1 Cette lamentation d'Iseult devant le corps inanimé de Tristan est d'une beauté incomparable ; la phrase mélodique sur laquelle s'exhale le dernier soupir d'Iseult: «Bien-aimé! — Geliebtertn, est d'une harmonie si pénétrante et d'une si suprême intensité d'expression que toute l'émotion du drame semble y être concentrée. Jamais l'art lyrique n'avait atteint une telle hauteur d'inspiration poétique et musicale.
(Note du traducteur.)
Kourvenal contre la suite de Marke forçant l'entrée, avec ses trois motifs : le motif de Kareol la figure en triolets et le thème de la jubilation qui donne à la musique le caractère de la plus vive énergie. Sur le fidèle serviteur, tombé mourant, s'élève avec une sombre harmonie, et comme un émouvant chant funèbre, son chant de Karéol. La suite de la scène est occupée par le chant d'affliction de Marke, divisé en deux parties par l'interruption des explications de Brangaine sur le philtre (motif du désir) qui semble le reflet transfiguré de son grand chant du deuxième acte, et qui est accompagné, dans la première partie, par son propre motif d'affliction et, dans la seconde, par la mélodie d'amour du chant insinuant de Brangaine du i^"" acte, où le charme d'amour, maintenant révélé, apporte alors une expression de mélancolique réconciliation '.
^ Ici, vers la fin du drame, notre public d'opéra a l'habitude de ne pas prêter grande attention aux beautés de ce chant qu'il considère plutôt comme un accessoire retardant la fin; il vaudrait la peine cependant d'écouter avec recueillement ce chant de Marke d'une grandeur si émouvante. On remarquera, d'ailleurs, combien ces explications sur la catastrophe du drame rappellent les conclusions des tragédies de Shakespeare dans lesquelles, pourtant, le récit des événements ôte à
De tous ces chants, Iseult n'entend aucun son; rien n'y répond, si ce n'est la courte phrase du chant de mort qui revient dans la musique avec une insistance croissante, puis, à la dernière question de Brangaine ', recommence « doucement et tendrement» {mild und leise), comme chant d'apothéose d'Iseult, la grande scène d'amour du deuxième acte. Alors, de nouveau, s'entrelacent le chant de mort et le motif de l'apothéose, s'alternant entre le chant et l'orchestre, comme des voix qui se répondent, se développant et s'épanouissant en quatre répétitions toujours plus élargies, plus puissantes et plus grandiosement exaltées, dans un suprême éclat, jusqu'à l'entrée triomphale du thème de la félicité qui, aux derniers accents extasiés et radieux du chant de l'apothéose, s'élève victorieusement sur des
la réalité toute illusion, tandis que le drame musical trouve sa sublime fin dans le chant de l'apothéose d'Iseult et transporte, par la puissance de la musique, les auditeurs au-dessus du monde dans les régions éternelles.
^ Quelle tendresse, aussi, et quelle émotion dans cette phrase de Brangaine: «Ne nous entends-tu pas? Iseult, bien-aimée, n'entends-tu pas ta servante fidèle? — Hôrst du uns nicht? Isolde! Traute! Vernimmst du die Treue nicht? n précédant le chant d'extase d'Iseult: «Comme il sourit doucement — Mild und leise wie er làchelt ». (Note du traducteur.)
ondes éblouissantes au-dessus du monde et transporte, dans les régions éthérées de l'univers, l'âme des amants délivrés, pour redescendre et s'apaiser ensuite graduellement, en un souffle doucement expirant, traversé, une dernière fois, au milieu d'harmonieux sons de harpe, par le principal motif du drame où semblent se fondre et se résoudre tous les désirs terrestres dans la paix éternelle.
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Strasbourg, typ. G. Fischbach. — 557.
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