INTRODUCTION XVII
Puisqu'une traduction s'imposait, il n'y avait pas apparence d'en aller choisir une, si excellente fût-elle, parmi celles que l'on a données de nos jours : les formes modernes eussent fait disparate, de façon fâcheuse, soit avec les vers, soit, surtout, avec les citations voisines, de Mascaron, ou de Caussin. On a cru devoir prendre un Tacite en français' publié à la date la plus rapprochée de celle de l'impression de la pièce, sans vouloir aucunement inférer que cette version soit précisément celle que Tristan a pu avoir entre les mains au moment où il composait son œuvre. Et au fond il importe assez peu qu'il s'en faille peut-être de quelques mois. L'essentiel est qu'elle ait paru presque exactement au même moment ; il ne faudrait pas non plus qu'elle fût de trop d'années plus ancienne. Parfois il sonne bizarrement à nos oreilles que le poète parle de la Garde Allemande dont Néron aimait à s'entourer, ou qu'il fasse de Procule un Chef de Squadre (d'escadre) et de Rufus un Colonnel (praefectus, disait Tacite). Il sied que la traduction vienne nous rappeler que c'est le langage du temps.
Au rebours de Tacite, Suétone * n'a à peu près rien fourni à Tristan. Peut-être, et tout au plus, et non pas seul, l'idée des « fureurs » de Néron, rappel des « fureurs » d'Hérode.
Mais Mascaron avait donné à Tristan, non sans doute qu'il fût besoin qu'on le mît sur la voie, une judicieuse indication en mentionnant le secours qu'offraient « les écrits » de Sénèque lui-même J.
1. Les Œuures de Corneille Tacite. Traduites de latin en français par Messire Acbilles de Harlay, sieur de Chanuallon^ Marquis de Breual, conseiller du Roy en ses Conseils d" Estât & Pritié. A Paris, Chez la Veuve Jean Camuzat & Pierre Le Petit, rue S. lacques, à la Toison d'or. M.DC.XXXXIIII. Auec Priuilege du Roy. In-folio.
2. C. Suétone Tranquille. De la vie des douie Césars. Nouuellement traduit en français & illustré d'annotations (par /. Baudoin). A Paris, Chez lean Richer, rue S . lean de Latran, à l'arbre verdoyant : Et en sa boutique au Palais sous le Perron Royal. M.DC.XI. Auec Priutlege du Roy. In-4°.
3. Les Œuvres de Luc. Ann. Setieque, mises en français par Matthieu de Chaluet, Conseiller du Roy en son Conseil d'Estat & Président es Enquestes du Parlement de Tholose, augmentées en cette édition de plusieurs Traicte:{ non encore veus & fidèlement traduits sur le Manuscrit par I. Baudoin. — A Paris, Chez Pierre Rocolet. Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, au Palais en la Galerie des Prisonniers, aux Armes du Roy & de la Ville. M.DC.XXXVIII. In-folio. II
XVIIl INTRODUCTION
En effet, dans les diverses Consolations, les Questions Naturelles, principalement les Epistres à Lucilius, Tristan trouvait aisément ce que ne pouvaient lui fournir les Annales de Tacite, c'est-àdire les éléments de reconstitution des « dernières paroles w, y compris le beau monologue lyrique qui ouvre si magnifiquement le cinquième acte.
Il y trouvait même (puisqu'il faisait sienne la thèse du R. P. Caussin) des traces de Christianisme, ou, pour plus de précision, de ce Spiritualisme qui depuis bien longtemps déjà avait envahi les esprits, à Rome autant que dans le reste du monde.