‹ TristanChapitre 10 sur 55 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

de faire pour Britannicus, on l'a fait ici pour La Mort de Seneque ; et les références en effet tiennent « presque autant de place » que le texte.

Il est curieux de constater à quel point Tristan se conforme à son modèle. Que l'on prenne par exemple la deuxième scène de l'acte premier, où Sénèque, en humeur de prudence, s'efforce d'obtenir que Néron accepte la restitution de ses munificences anciennes, et où Néron se dérobe avec une si inquiétante perfidie; c'est la « traduction » des paragraphes 53-56 du livre XIV des Annales, et une traduaion aussi littérale que cela est possible en vers. Quant à la marche du drame, on se rendra compte aisément qu'il n'est pour ainsi dire pas un détail qui n'ait été dicté au poète par l'historien. Selon une expression lue plus haut, c'est une « adaptation ».

Est-ce à dire qu'il n'y ait aucune part de création ? Loin de là. Dans Tacite, si l'on réserve l'épisode de Volusius Proculus, très développé par Tristan, et le récit de la mort d'Epicaris, qui n'a pas été porté sur la scène du moins effectivement, dans Tacite, le portrait de cette « certaine femme, par l'esprit de qui iamais auparauant le soin des choses honnestes n'auoit passé » (neque illi ante ulla rerum honestarum cura fuerat), tient en quelques lignes, à la vérité suggestives ; Poppée, mais bien avant (au livre XIII), a été peinte de main de maître ; au moment de la grande conjuration, elle ne quitte guère l'arrière-plan. Tristan les fait s'affronter l'une l'autre. Elles sont les deux plus impressionnantes figures de la tragédie.

Mais d'ailleurs, même lorsqu'il ajoute une valeur à un personnage, le poète reste aussi fidèle que possible à son système de respecter avant tout la vérité historique. Il n'introduit rien de son cru ; mais son apport sera de rassembler ce qui s'éparpillait. Au paragraphe 67 du livre XV, c'est le tribun Subrius qui cingle Néron de l'exposé des motifs que l'on a de vouloir sa mort . Tristan attribue à Epicaris cette réplique (vers 1731-1744). Une adaptation de ce genre vaut création, et cette concentration de l'effet est bien d'un maître du tliéâtre.

Il eût peut-être fallu placer au-dessous des vers le texte latin lui-même. Mais Tacite n'est pas toujours de l'eau de roche.

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