‹ TristanChapitre 21 sur 55 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

sur ce vers 1769 ; et l'amusant, c'est que cela l'a empêché de voir que le vers immédiatement précédant (Voicy le Cent enter . Eh bien? — La chose est faite) se trouvait, dans toutes les éditions, dépossédé de la rime correspondante.

Un autre vers a arrêté l'attention de M. Girard, qui déplore de n'avoir, cette fois, « pu trouver la. correction indiscntàbU^) (c'est lui qui souligne correction indiscutable). Il s'agit du vers 943 : Ce songe, absolument sont de vaines menaces. Or voici que M. Bernardin ' s'oppose à toute correction. — « Le vers de Tristan, dit-il, est très clair : « D'absolument vaines menaces sont ce songe. » La construction moderne serait : « Ce songe, ce sont de vaines menaces. » Mais des constructions semblables à celle de la phrase de Tristan, c'est-à-dire un substantif singulier servant d'attribut et placé devant un verbe qui s'accorde avec son sujet au pluriel, sans être séparé de l'attribut par le mot : ce, des constructions semblables, on en relèvera jusque dans les écrivains du dix-huitième siècle, dans Montesquieu, par exemple (Esprit des Lois, xx, 6): « L'effet du commerce sont les richesses», ou dans Buifon (JJ Ecureuil) : « Sa nourriture ordinaire sont des fruits. » —

Peut-être objecterait-on cependant que ces deux phrases, retournées (Les richesses sont l'effet du commerce ; les fruits sont sa nourriture ordinaire), ne présentent plus rien que de très naturel. Tel n'est pas le cas du vers de Tristan. On l'a bien vu, lorsque M. Bernardin a commencé sa démonstration en intervertissant de même façon les termes de la proposition, sans réaliser la moindre analogie de sens avec ce qu'on obtient chez Buffon ou Montesquieu. M. Bernardin n'a- t-il pas poussé un peu trop loin l'ingéniosité ? Et ne faut-il pas prendre, pour une fois, le parti de M. Girard, et éviter d'attribuer trop déUbérément au poète toute la responsabilité d'une étrangeté réelle, et qui peut aussi bien n'être qu'un effet de l'incurie des typographes.

I. Postface à l'Édition des Œuvres dramatiques de Tristan UHermite dans les Cahiers d'un Bihliophile, par N.-M. Bernardin, Docteur es Lettres, Lauréat de l'Académie Française. Paris, En la Maison des Poètes, 32, avenue Félix-Faure, 1907, in-i6 de 4 et xlv pages. (Tiré à 100 exemplaires numérotés et hors commerce.)

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