‹ TristanChapitre 41 sur 55 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Sabine, Néron, Milicvs.

O César ! ô César ! ie pasme, ie frissonne, Fay que soigneusement on garde ta personne : Vne froide sueur me court par tout le corps.

Néron.

Où sont les ennemis, ou dedans, ou dehors ?

Sabine.

91 ) On a fait contre nous vne grande partie.

Dont tout soudainement les Dieux m*ont aduertie.

Néron.

Nos plus grands ennemis feront peu de progrés, Si les Dieux de la sorte éuantent leurs secrets. Mais, dy moy, qu'as-tu sceu, ne me tiens plus en peine.

Sabine.

920 l'estois dans le iardin proche de la fontaine ; Et Tagreable cours de ses flots innocens Auoit par son murmure assoupy tous mes sens : Lors qu'vn songe diuin m'a soudain réueillée.

92^. Nous faisons trois sortes de songes : les vns sont naturels : les autres animaux : les derniers sont par dessus ces deux...

Le dernier genre des songes est par dessus la nature, par dessus tous les sens, & par dessus rentendement humain : ces songes sont ou diuins, ou diaboliques : les diuins viennent de Dieu, qui nous aduertit

Néron.

Quoy ? d'vn songe fâcheux Sabine est trauaillée ?

Sabine.

925 Tu sçauras que ce songe est vne vérité. Comme ie reposois auec tranquilité le voyois, les yeux clos, tous les objets aymables dui s'offrent à la veuë en ces lieux agréables : Quand l'image d'Auguste en auançant la main

930 M'a crié, Von en veut à l'Empereur Romain ; Voicy les Conjure\^ pren garde à luy, Sabine, Et sauue de leurs mains mon fils quon assassine. Lors i'ay tourné les yeux, toute pasle d'effroy. Et i'ay veu le Dieu Mars animé contre toy

935 Qui le fer degaigné, sans ma prompte arriuée.

Pour te fendre en deux parts tenoit la main leuée. Mais Bacus & Cerés émeus de mes clameurs, L'vn couronné d'espics, l'autre de raisins meurs, S'estans soudain iettez sur le Dieu de la guerre,

940 Ont fait en fin tomber son Coutelas à terre. Ainsi plaine d'vn trouble à nul autre pareil, I'ay dégagé mes sens des liens du sommeil.

Néron.

Ce songe, absolument sont de vaines menaces ; Sabine, cependant il faudra rendre grâces

bien souuent de ce qui nous doit arriver, & nous enuoye des reuelations plaines de mystères. Tels ont esté au vieil Testament les songes d'Abraham, lacob, loseph, Salomon, Nabuchodonosor, Pharaon, Daniel, Mardochée : & au nouueau de saint loseph, des trois Roys d'Orient, de saint Paul. Toutes les Œuures de M* André dv Lavrens. Paris, M.DC.XXI. Discours auquel est traicté des Maladies melaticoliques . (Cf. Tristan, La Mariatte, Société des Textes Français Modernes, 1917, pp. 17-18.)

945 A celle dont les dons iaunissent les guerets, Ainsi qu'au bon Bacus deceleur de secrets.

Sabine.

Escoute donc le reste : ainsi toute interdite, Fay veu par le iardin courir Epaphrodite Qui venoit m'auertir de secrets importans 950 Dont il faut s'éclaircir & sans perdre de temps. Milicus est icy, qui te fera parestre Q.u'vn grand dessein s'agite en l'esprit de son Maistre, Sur lequel à toute heure il le void ruminer.

Néron.

N'a-t'il de grands desseins que pour m'assassiner ?

Sabine.

955 II n'est pas accusé sans grande conjecture.

Néron.

Comment ? ce Seuinus qui mes bontez conjure Contre ses Créanciers implorant mon suport, Penseroit-il payer ses debtes par ma mort?

Sabine.

Voicy son afFranchy qui te pourra tout dire.

Néron.

Parlant à vn garde.

960 Appelle Seuinus, & que l'on se retire.

948. Vn affranchy de Néron nommé Hepaphroditus. Ann., XV, 55. — Cf. 999-1076.

Toy, garde d'auancer ce qui ne seroit pas ; Ce seroit iustement auancer ton trespas.

xMlLICVS.

le ne mentiray point ; & toute mon enuie Est d'aider à César à conseruer sa vie.

Néron.

965 Ce dessein mal-heureux est-il fort apparant?

MlLICVS.

l'espere t'en donner vn indice bien grand.

Néron.

Mais accuser ton Maistre ? & sur vn simple indice ?

MlLICVS.

Ouy, César ; pour te rendre vn important seruice ; Pour causer ton salut & celuy de l'Estat.

Néron.

970 C'est possible vn Fantosme au lieu d'vn attentat.

MlLICVS.

Non, non, ce ne sont point des choses chimériques.

Néron.

Passe donc là dedans afin que tu t'expliques. Ce zèle qu'il tesmoigne auecque tant d'ardeur, Est-ce pour mon salut ou bien pour sa grandeur ?

LA MORT DE SENEaVE 75

Sabine.

|- 975 César, ie croy que c'est pour tous les deux ensemble Mais le songe passé fait encor que ie tremble.

Néron.

Sabine, cependant voicy le Sénateur.

Pour me donner du temps, entretiens ce flateur.

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