‹ Tristan & Isolde: drame musical en trois actes. Version française d'AlfredChapitre 10 sur 26 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

• KURWENAL

Hop! Hop! les femmes!

Joie au cœur !

Qu'on s'apprête !

Leste donc^ preste, debout I

A dame Isolde

j'ai à dire

de par Tristan,

mon seigneur :

Au mât l'allègre flamme Qui flotte légère au vent, au roi, dans sa demeure, nous montrç près du port.

Donc veuille Isolde

faire hâte :

Sur terre pour, tout à l'heure, se voir au roi conduite.

(Isfflde, d'abord frisonnante, a repris possession d'elU-même et tarie avec dignité.)

ISOLDE

A Tristan porte

mon salut ! / ,

avec telles paroles :

Dois-je là*bas le suivre pour être au roi présentée ?

Par mon juste honneur'

j'en fais refus qu*il n'ait fait naître en moi Toubli pour son rébelle affront.

Qu41 gagne mon pardon !

{Kurwenaî fait un giste de protestation, /solde continue' avec force,)

ISOLDE

Toi, sache bien

et dis bien haut :

Non, point je ne m'apprête" à terre pour descendre.

(se modérant)

Non, point ne le veux-je suivre pour être au roi présentée

de moi qu'il n'implore .

paix et grâce

selon mon droit

et mon honneur pour son rebelle affront.

C'est là mon dernier mot. (i)

KURWENAL '

Il suffit.

Je vais lui dire.

Attends qu'il sache tout.

(// sort vivement) (Jsolde se jette avec effusion dans les bras de Brangœne,)

ISOLDE

Donc adieu, Brangœne !

Monde, c'est fini?

Las ! mon père ! ma mère !

BRANGŒNE

Qu*as-tu? Quel rêve?.,.

(i) Var : Sinon, point de pardon.

Voudrais-tu fuir ? Où dois-je encor te suivre?

I SOLDE (se ressaisissant)

Qu*as-tu compris?

Je reste.

Tristan vient me rejoindre.

Fidèle, fais

ce que je veux.

Le philtre de paix

Vite à moi !

Tu sais, je t'ai montré..,

BRANG^NE Quel «st-il donc ?

ISOLDE (prenant le flacon dans le coffret)

Tiens, voilà — Et le verse dans la coupe d'or.

Pleins bords, elle tient tout.

BRANGiENE (frappée de terreur en recevant le flacon)

Ai-je mes sens ?

ISOLDE Sois-moi fidèle.

BRANG^NE

Le philtre — pour qui?

ISOLDE

Pour le trompeur.

BRANG.ENE

ISOLDE

Qu'il boive sa peine.

(Brangœne tombe aux pieds d" /solde.)

BRANGi«:NE Angoisse ! Plains ma misère.

ISOLDE (s'ernportant)

Toi, me plains-tu, fille sans foi ?

Uart de ma mère,

qu'en fais-tu ?

Crois-tu qu'habile

à tout prévoir, elle t'ait sans but, si loin, fait suivre ainsi son enfant ?

Pour maux et plaies

Tu tiens son baume.

■ Ses sucs triomphent

des poisons.

Du mal profond,

du mal sans nom sauve son philtre de mort.

La mort lui rende grâces !

BRANGi€NE (comme écrasée)

O mal profond !

ISOLDE Vas-tu m'obéir?

BRANGi€NE ,

O mal sans nom !

ISOLDE Fais ce qu'il faut!

BRANGiENE Le philtre ?

(Kurwenal souVevi la tapiss^rù et annonce :)

KURWENÀL

Sire Tristan.

(Brangœne se lèvi éperdue, Isolde fait un violent effort pour se dominer,)

ISOLDE

Que Tristan entre donc !

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