‹ Tristan & Isolde: drame musical en trois actes. Version française d'AlfredChapitre 11 sur 26 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

(Kurwenal se retire. Brangœne presque sans force se tourne vers le fond du théâtre. Isolde, appelant à elle toute son énergie, se dirige lentement, majestueusement vers le lit de repos» Elle reste appuyée au chevet et regarde du côté de rentrée.)

{Tristan s'arrête avec respect à P entrée de la tente.)

TRISTAN

Dis-moi, Dame, ton désir? (i)"

ISOLDE

Sais-tu donc pas ce que j'exige . lorsque, craignant de ty soumettre, loin de mes yeux tu fuis ?

TRISTAN

Respect seul m'a tenu.

ISOLDE

Honneurs bien minces eus-je de toi !

Avec dédain tu t'es soustrait aux ordres que je donnai.

(l) Var : Quel est^ Reine, — ton désir t

TRISTAN

L'obéissance loin m*a tenu.

ISOLDE

Devrais-je à ton maître grand merci si, serviteur, tu peux- servir son épouse si mal ?

C'est Pusage Où j'ai vécu :

Qui vers l'époux conduit l'épouse doit de loin veiller.

ISOLDE Pour quel souci ?

TRISTAN Par l'usage.

ISOLDE

Homme d'usage,

sire Tristan,

un autre usage

rappelle-toi :

Désarme la haine

pour qu'amitié te vienne.

TRISTAN ^ais qui me hait ?

ISOLDE

Lis en ta peur !

Un mort

plane entre nous.

L^oubli est fait.

ISOLDE Pas entre nous.

TRISTAN

En libre champs, aux yeux de tous, la paix fut consacrée.

ISOLDE

Non, là, Tantris

ne se cachait, ni Tristan ne m 'échut •

Il s*y dressait

superbe et fort ;

mais son serment

il Va. fait seul :

j'avais appris à me taire.

En la morne chambre,

lui gisant,

glaive en main, muette,

à lui je vins.

Close fut ma lèvre,

lâche fut ma main.

Ma lèvre et ma main

pourtant, ont promis.

Le vœu s'obstine en silence.

Donc soit la promesse tenue.

TRISTAN Qu'as-tu promis ?

ISOLDE Vengeance pour Morold.

TRISTAN

Crois-tu bien ?

ISOLDE (vivement)

Oses-tu riie?

Il m*était fiancé

le noble preux 'd*Erin

et ses armes ai-je béni

pour moi quand il partait.

Dans sa ruine

gît mon honneur.

Ma douleur cruelle

fit tel serment :

« S*il n'obtient de nul vengeance, femme, moi, j'en prends la charge. »

Mais pourquoi,

tenant ton sort,

ne t'ai-je point; là, frappé ?

Tu vas savoir la vérité.

Je t'ai fait vivre pour t 'offrir, robuste, quand viendrait le vengeur

dont Isolde serait le prix.

Ton sort, toi-même

sois-en le juge.

Tous les hommes à toi se rallient ; Qui doit, ô Tristan, t'abattre?

TRISTAN (pâle et sombre)

Si Morold te fut cher.

Eh bien ! reprends ce fer et tiens-le ferme et droit ; qu'il ne puisse encor faillir.

(Il lui tend son épée.) ISOLDE

J'aurais si peu

d'égards ppur ton maître !

Le coup au roi

serait trop rude

de perdre

son meilleur féal qui sceptre et terre

lui conquit,

loyal parmi les forts.

Penses-tu donc

si mal le servir

en lui donnant

la fille d'Irlande

que sans colère

ta mort le laisse

alors qu'il te doit tel gage d'entière paix?

Garde ton fer.

Quand je le pris jadis

Vengeance criait en moi.

Mais, soudain, ton regard

en moi sentit

pour le roi Marke

celle qu'il fallait.

L'épée, lors, est tombée.

Donc, bois l'oubli des haines.

{Elle fait un signe à Brangcene, Celle-ci^ agitée de frissons, chancelle hésite. Isolde répète son ordre a un geste plus nerveux. Tandis que Brangœne va préparer le philtre, on entend au dehors les- cris de P équipage.)

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