MARKE
Pourquoi, Isolde,
de moi douter ?
Quand s'est fait le jour sur ce qui ne m'était connu, combien joyeux j'ai vu l'ami de faute pur !
Au preux si cher
pour te remettre
à pleines voiles
t'ai-je suivi.
Mais la rage
du malheur devança le porteur de paix.
J'accrois la gerbe de mort.
L'erreur double le mal.
BRANGiïiNE
Oh ! Entends-nous I Isolde ! Chère !
Entends ta fidèle ici.
(Isolde regarde sans comprendre, étrangère à ce qui semasse. Elle attache, enfin, ses yeux sur le corps de Tristan, dans une grandtssante exaltation»)
ISOLDE
Doux et calme, quel sourire !
Comme brille l'œil qui sWvre !...
Là, voyez tous,
oh ! Voyez !....
Feu qui monte,
compie il rayonne !
Astre d'or, .
il plane aux cieux !
Là, voyez J.
Comme bat
son cœur si fier î
Quel transport
soulève son sein !
A ses lèvres,
joie suave,
doux et pur
un soufle naît.
Dites ! , . . là !.. . N ^est-ce point ainsi ? Dois-je seule ici l'entendre, l'hymme fort, si doux et calme ?
Joie qui pleure,
Verbe immense,
paix clémente
qu'il me chante,
qui pénètre,
qui m^emporte,
qui résonne, .
monte et vibre ?
Claire harmonie, flots qui m'inondent :
sont-ce là les vagues des brises, des nuages qui embaument ?
Comme ils montent 1
Comme ils roulent !
Est-ce un souffle ?
Est-ce un hymme ?
Enivrée,
submergée, dois-je aux purs parfums me fondre ?
Dans ces vagues pressées, dans ces chants infinis,
dans la vie, souffle immense du Tout,
me perdre,
m'éteindre . . .
sans pensée...
toute joie !
(Isolde tombi doucement^ comme transfigurée , entre les iras de Brangtene sur le cadavre de Tristan. — Profonde émotion et surprise des spectateurs* — Marke bénit les cadavres. — Le rideau s'abaisse sur le dernier accord,)