VIII ARGUMENT
et la suivante Brangœne, représentent, auprès des deux héros, la haute ei simple fidélité. ^
Acte II. — Trois scènes : r attente d^ /solde, guettant Tristan dans la nuit, tandis que s"* éloigne la chasse du roi; la réunion des deux amants et leur surprise par Marke^ averti par le courtisan Me lot. La première scène est un immense nocturne; la seconde oit se développe philosophiquement et passionnellement Vidée de nilusion dont le couple a été victime quand Tristan rC a pas compris qu*Isolde ne pouvait appartenir qu'à lui. Dans le langage poétique adopté par le maître, le jour caractérise V illusion même et la nuit la pleine absorption de deux êtres choisis et prédestinés en la vie supérieure. Dans la dernière scène, le roi Marke prend Tristan pour un U-aître et Tristan subit un sort fatal. — // est blessé a mort, en duel, par Me lot.
Acte III. — Vécuyer Kurwenal a transporté son maître en Bretagne, au château natal de Tristan. Nous assistons à la longue et poignante agonie du preux, écoutant la mélodie ancienne d^un pâtre, rêvant, se souvenant des deuils d'autrefois et possédé de son immense amour, /solde, appelée par Kurwenal, survient; mais Tristan meurt^ arrachant lui-même les bandages de sa plaie, gagné par tivresse de la mort où /solde va le rejoindre. Le roi Marke, qui a pu pénétrer le secret des choses par la révélation de Terreur du philtre , faite par Brangœne^ arrive trop tard. V œuvre a pour conclusion l hymne (T/sjolde mourant d'extase^ d'amour et de fidélité sur le corps de Tristan .
N. B. — Pour les commentaires sur Tristan et Isolde, voir H. S. Houston Chaxbkrlain : Richard Wagner et le Drame Wagnirien ; Alfred Ernst : Richard Wagner et le Drame comtemporain et V Œuvre de Richard Wagner ; Maurice Kufterath : Tristan et Isolde j etc., etc. — Pour la traduction du drame en dehors des préoccupations musicales, ▼o^ la version en prose libre, due à Challemel-Lacour, dans le volume Quatre poèmes d'opira^ de Richard Wagner.
. TRISTflfl et ISOliDE
{Une tente, drapée de riches tapisseries a l'avant d'un navire. Au début de taction^ les tentures du fond sont abaissées, fermant la tente. D'un côté^ un étroit escalier donnant accès dans l'intérieur du vaisseau, — /solde est étendue sur un lit de repos, la tête soutenue par des coussins. — Brangœne , relevant Un pan de draperie, regarde par dessus bord).
La voix d'un Jeune marin^ chantant au haut du mât.
Vers l'Ouest
vaguent mes yeux.
Vers TEst
fuit la nef.
Frais court le vent
Au sol natal.
Enfant d'Irlande,
Où tardes-tu .?
Tel tes soupirs, le souffle Par qui ma voile s'enfle !
Souffle, souffle, toi, vent :
Souffre, ah ! souffre, mon enfant,
Enfant d'Irlande, O fière et douce enfant.
I SOLDE (avec un tressaillement)
Quel lâche me raille.^
(Elle regarde autour d'elle, comme égarée)
Brangaene, toi?
Dis, où sommes-nous?
BRANG^NK (à l entrée de la tenté)
Tout rayé d'azur(i) le couchant reluit.
Doux et prompt va le vaisseau.
Les flots apaisés avant la vesprée nous portent au but.
' ISOLDE A quel but ?
BRANG^NE Cornouailles, vert pays.
ISOLDE
Non, jamais !
Ce soir, ni oncques !
{Brangœne laisse retomber la tenture et, très émue, s'approche (T Isolée)
BRANG^NE Qu*entends-je ? Dame ! Toi!
ISOLDE {se parlant a elle-même avec emportement)
O race déchue,
honte des ancêtres !
A qui, Mère,
passa ton pouvoir sur tempête et flots en servage ?
O vieux savoir
d^enchantement, aujourd'hui broyeur de vains philtres,
réveille ta force,
Art généreux.
Revis ; sors de l'âme
où tu languis.
(l) Var : Pavoisé cfazur.
Forts sont mes ordres.
Lâches rafales ! (i)
Hardi, combats
et chocs d^ouragans !
A moi la tourmente
ivre de rage !
Hors du sommeil
la mer qui s'endort !
Montent du gouffre
ses folles fureurs !
Là est la proie
que je lui donne.
Brisez ce navire insolent!
Que ses restes soient engloutis !
Et tout ce qu41 tient
qui vit et respire, pour mon merci, Vents, prenez-le !
BRANGi^NE {épouvantée, s empressant auprès d' /solde)
Oh ! las ! Ah ! Ah I Misère que je sentais !
Isolde ! Dame !
Cœur chéri^ Que m'as-tu donc caché ?
Pas une larme en toi pour ton père et ta mère î
Juste un salut à ceux qui restaient là-bas.
Ton foyer tu quittes,
froide, sans voix,
blême, muette.
Sur la mer
tu t'épuises, (2)
sans repos,
roide, amère,
'ï) Var : Vents, qu'on m'écoute/ ^2) Var : A bstinence; — nul repos.
folle, en feu !
Tout m'accable
Ouand tu souffres.
Pour toi n'être rien !
Voir ton cœur fermé !
Oh! révèle
ton tourment.
Parle, parle,
dis ton mal.
Dame Isolde,
Oh ! tant aimée !
Si de toi je suis digne, écoute encor Brangaene.
ISOLDE
De Pair ! De l'air !
Je me sens mourir.
Ouvre ! Ouvre, là — tout !
(Brangœne ouvre précipitamment les tentures du milieu)