CHAPITRE CCXIX
Mon père se décide.
Après que mon père eut ainsi débattu avec ma mère l'histoire des culottes, il consulta Albertus Rubénius; mais ce fut cent fois pis. Quoique Albertus Rubénius ait écrit un in-quarto sur l'habillement des anciens, et que par conséquent mon père dût s'attendre à trouver chez lui tout l'éclaircissement de tous les doutes, on aurait tout aussi facilement extrait d'un capucin les quatre vertus cardinales que d' Albertus Rubénius un seul mot sur les culottes.
Sur toute autre partie de l'habillement des anciens mon père obtint de Rubénius tout ce qu'il voulut. On ne lui cacha rien. On lui dit dans le plus grand détail ce que c'était que la toge ou robe flottante, la chlamyde, l'éphode, la tunique ou manteau court, la synthèse, la pœnula, la lacema avec son capuchon, le paludamentum, la prétexte, le sagum ou jacquette de soldat, la trabaea dont il y avait trois espèces, suivant Suétone.
« Mais quel rapport tout cela a-t-il avec les culottes? » disait mon père.
Rubénius lui fit l'énumération un peu longue de toutes les sortes de souliers qui avaient été à la mode chez les Romains. Il y avait le soulier ouvert, le soulier fermé , le soulier sans quartier, le soulier à semelle de bois, la socque, le brodequin, et le soulier militaire dont parle Juvénal, avec des clous pardessous.
Il y avait les sabots , les patins , les pantoufles , les échasses, les sandales avec leurs courroies.
Il y avait le soulier de feutre, le soulier de toile, le
soulier lacé, le soulier tressé, le calceus incisus, et le calceus rostratus.
Rubénius apprit à mon père comment on les chaussait et de quelle manière on les rattachait; avec quelles pointes, agrafes, boucles, cordons, rubans, courroies.
« Laissez-moi tous ces souliers, disait mon père, et parlons des culottes. »
Mon père trouva encore ([ue les Romains avaient différentes manufactures; qu'ils fabriquaient des étoffes unies, rayées, tissues d'or et d'argent; qu'ils n'avaient commencé à faire un usage commun de la toile que vers la décadence de l'empire, lorsque les Égyptiens vinrent à s'établir parmi eux et à la mettre en vogue.
Il vit que les riches et les nobles se distinguaient par la finesse et la blancheur de leurs habits. Le blanc était, après le pourpre, la couleur la plus recherchée; les Romains la réservaient pour le jour de leur naissance et pour les réjouissances publiques. Le pourpre était affecté aux grandes charges,
« Et les culottes? » disait mon père.
Il paraît, poursuivait Rubénius, il paraît, d'après les meilleurs historiens de ces temps-là, qu'ils envoyaient souvent leurs habits au foulon pour être nettoyés et blanchis. Mais le menu peuple, pour éviter cette dépense, portait communément des étoffes brunes et d'un tissu un peu plus grossier. Ce ne fut que vers le règne d'Auguste que toute distinction dans les habillements fut détruite ; les esclaves s'habillèrent connue les maîtres. Il n'y eut de conservé que le laticlave.
« Et qu'est-ce que le laticlave? » dit mon père.
Oh! c'est ici le point le plus débattu parmi les savants et sur lequel ils sont moins d'accord. Egnatius, Sigonius, Bossius, Ticinenses, Baysius, Budœus, Sahnasius,
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Lipsiiis, Laziiis, Isaac Casaiibon cl Joseph Scaligcr clift'oj'cnt tous les uns des autres ; et All)ertius Rubénius d'eux tous. Les uns l'ont pris pour le bouton, d'autres pour l'habit même, ([uelques-uns pour la couleur de l'habit. Le grand Baysius (dans sa garde-robe des «nc?>?is, chapitre douze) avoue modestement son ignorance. 11 dit qu'il ne sait si c'était un clou à tête, un bouton, une ganse, un crochet, une boucle, ou une agrafe avec son fermoir.
Mon père perdit le cheval, mais non pas la selle.
(( Ce sont des bretelles, » dit-il.
Et il ordonna que mes culottes eussent des bretelles-