‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 151 sur 197 · LE MOINE · texte numérisé non relu

LE MOINE

CALAIS

Mon cœur battit avec force en entendant la porte se fermer, «Eh bien! nargue de l'importun! murmurai-je par trois fois en affectant l'air de l'insouciance : il ne fera rien avec moi. »

Cependant chacune des syllabes discourtoises qui m'étaient échappées se présentait vivement à ma pensée. Je réfléchis que je n'avais sur le malheureux franciscain aucun droit, si ce n'est de lui refuser mes secours ; que le refus pour l'indigent trompé dans son espoir était déjà une peine assez sensible sans l'aggraver encore par un langage disgracieux. Je me rappelais ce reste de cheveux blancs. Il me semblait voir cette figure prévenante entrer de nouveau, et me demander avec douceur : Quelle injure vous ai-je faite? Pourquoi en user ainsi avec moi? J'aurais donné vingt louis pour trouver un panégyriste! Oh! j'en ai bien mal agi, je l'avoue, me dis-je secrètement à moi-même. Mais je suis à peine au commencement de mon voyage, -j'apprendrai sans doute à me conduire mieux à mesure que j'avancerai.

VOYACE SENTIMENTAL 275

LA DÉSOBLIGEANTIî.

CALAIS

Un homme mécontent de lui-même a du moins cet avantage de se trouver fort traitable, et disposé à conclure promptement un marché. L'étiquette et l'usage veulent qu'un voyageur en France et en Italie se munisse d'une chaise de voyage, et la nature toujours propice à nous offrir nos convenances me fit parcourir de l'œil la cour de l'auberge dans l'intention de louer ou même d'acheter quelque meuble de cette espèce et

• convenable à mes projets.

Une vieille Désobligeante, délaissée dans un coin de cette cour, captiva ma pensée à la première vue. Je m'acheminai vers elle, je me blottis dedans au moment même, et la trouvant passablement en harmonie avec mes goûts et mes besoins, je priai le garçon d'appeler

• M. Dessein , le maître de l'auberge. J'appris que M. Dessein était en ce moment aux vêpres, et me souciant fort peu de me rencontrer avec le franciscain que j'aperçus de l'autre côté de la cour s' entretenant avec une dame qui venait d'arriver à l'auberge, je tirai entre lui et moi le rideau de taffetas, déterminé que j'étais à écrire mon voyage. Je pris ma plume et mon encre, j'en écrivis la préface dans la Désobligeante.

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