‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 177 sur 197 · LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE

Oui, et alors... 0 têtes pétries d'argile et de glace! 0 cœurs attiédis qui trouvez le moyen de déguiser les passions et même de raisonner avec elles ! Dites-moi, où est donc le crime de riioimne dont elles fascinent l'esprit? Le père même des esprits peut-il le rendre

responsable de l'empire qu'elles exercent sur sa (;on- (liiitc ?

Si parmi les fils de simple amitié, dont la nature compose son tissu, il se s'Usse (juclques trames d'amour et de désirs, faut-il donc pour les arracher mettre son ouvrage en lambeaux ? « Oh ! fustige-moi ces stoïques pédants, suprême Régulateur de la nature, me dis-je intérieurement ; à quelque épreuve que ta providence expose ma vertu, quels que soient les dangers que tu me réserves, les situations où tu me jettes, laisse-moi savourer quelques moments les émotions qui en émanent, et qui m'appartiennent, puisque je suis homme; et si je viens à en régler le cours, comme peut le faire un mortel sensible, je m'en rapporterai pour les suites aux décrets de ta justice; car enfin nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, et c'est toi qui nous as créés. »

En finissant cette humble apostrophe, je tendis la main à la belle fille de chambre, pour lui aider à se lever. Je sortis avec elle de l'appartement.

J'avais fermé la porte ; j'avais mis la clef dans ma poche. La jeune fille était encore à mes côtés, et alors... Oh! alors la victoire n'était plus douteuse; elle l'avait été jusque-là. Je pressai mes lèvres sur sa joue, et la prenant par la main, je la conduisis moi-même, sans encombre, à la porte de l'hôtel.

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