‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 37 sur 197 · CHAPITRE CCLXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXIII

Klles sont trois.

De Calais à Paris, il y a trois routes différentes; et rien n'est plus fâcheux pour un homme qui est pressé.

Il faut écouter tant de choses en faveur de cha(}ue route, de la part des députés des différentes villes (pi i s'y rencontrent, qu'un voyageur perd communément une demi-journée pour se décider par oii il passera.

La première de ces routes est par Lille et Arras ; c'est la plus longue, mais la plus intéressante et la plus instructive.

La seconde est par Amiens ; c'est celle qu'il faut prendre si l'on veut voir Chantilly.

Et la troisième est par Beauvais ; on la prend si l'on veut.

C'est ce qui fait que beaucoup de gens la préfèrent.

TRISTUAM SHANDY. 71

GllAPlTUE CCXLIV.

J'accepte le doli.

« Avant de quitter Calais, dirait un voyageur ckTivain, il ne sera pas mal à propos de donner quelques détails sur cette ville. » Et moi je pense que ce serait très-mal à propos. Ne peut-on traverser paisiblement une ville, et la laisser comme on l'a prise, quand on n'a rien à démêler avec elle? A quoi sert d'en visiter toutes les rues, et de tirer sa plume à chaque ruisseau que Pon saute (uniquement, à mon avis, pour le plaisir de la tirer)? En effet, si nous pouvons en juger d'après tout ce qui a été écrit dans ce genre par tous ceux qui ont écrit et puis galopé, ou qui ont galopé et puis écrit, ce qui est encore différent, ou qui, comme je fais en ce moment, ont écrit en galopant, depuis le grand Addison, qui fit ce métier avec ses livres d'école sous le bras, jus([u'à ceux qui le foiit encore sans avoir jamais été à l'école, nous trouverons qu'il n'y a pas un galopeur d'entre nous qui n'eût mieux fait de se promener au pas autour de son champ (en supposant qu'il eût un champ) et d'écrire à pied sec ce qu'il avait à écrire, plutôt que de courir les mers pour n'écrire que les mêmes choses.

Quant à moi, comme le ciel est mon juge (et c'est toujours à lui ({ue je porte mon dernier appel), excepté le peu que mori barbier m'en a dit en repassant mes rasoirs, je ne coiniais non plus Calais que le grand Caire. 11 était nuit close ([uand j'y arrivai, et il n'était pas jour quand j'en repartis.

Cependant, avec le peu que j'en sais, avec ce que je ramasserai de droite et de gauche, et que je coudrai ensemble, je gage dix contre un que je m'en vais écrire

sur Calais un chapitre; aussi long (|ue mou bras , et que j'eu ferai uu détail telleuieut circonstancié et satisfaisant, sans omettre une seule particularité digne de la curiosité d'un voyageur, que l'on me prendra pour un clerc de ville de Calais. Et où serait la merveille, monsieur? Démocrite, qui riait dix fois plus que je n'ose faire, n'était-il pas clerc de ville d'Abdère? Et cet autre dont j'ai oublié le nom, et qui était plus sage que Démocrite et que moi, n'était-il pas clerc de ville d'Éphèse?

Et de plus, monsieur, ce que je dirai de Calais aura tant de bon sens, d'érudition, de vérité et de précision...

Mais je vois à votre air que vous ne m'en croyez pas. Eh bien ! monsieur, lisez pour votre peine le chapitre suivant.

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