‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 45 sur 197 · CHAPITRE CGLIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CGLIIl

• Prédiction de David.

Rendez-leSy mon DieUy semblables à une roue. C'est un sarcasme amer que David, par un esprit prophétique, lançait contre ceux qui entreprennent le grand tour, et contre cet esprit turbulent qui les y porte; cet esprit qui, suivant la prédiction de ce même David, doit accompagner les enfants des hommesjusqu'à la consommation des siècles.

Aussi, suivant l'opinion du célèbre évêque Hall, « c'est une des plus célèbres imprécations que le saint roi ait jamais proférées contre les ennemis du Seigneur. C'est comme s'il eût dit : Je désire qiCils tournent éter^ nellement. »

(( Un mouvement si violent, continue le saint évêque, qui était d'une grosse corpulence, un mouvement si violent est l'image de l'enfer, de même que le repos est l'image du paradis. »

Moi qui suis d'une corpulence chétive, je pense tout

ditféremment ; et je trouve au rebours que le mouvement est l'âme de la vie, et que l'inaction et la lenteur sont le partage de la mort.

« Holà! oh! ils sont tous endormis! attelez les chevaux ; graissez les roues ; attelez la malle ; remettez ce clou qui manque : je ne veux pas perdre une minute. »

Or, la roue dont nous parlons, dans laquelle et non pas sur laquelle (car c'eût été en taire la roue d'Ixion), dans laquelle, dis-je, David maudissait ses ennemis, devait (dans l'opinion de l'évêque Hall, et vu sa conformation) être une roue de chaise de poste; soit qu'il y eût des chaises de poste en Palestine ou non. Et, d'après ma façon de penser, ce devrait être une roue de charrette mal graissée, criant à chaque pas et gravissant lentement les montagnes dont ce pays était rempli. Si jamais je deviens commentateur, je rapporterai les preuves de cette opinion.

J'aime les pythagoriciens beaucoup plus que je n'ai jamais osé en convenir avec ma chère Jenny. J'aime leur Xwpiajj.bv' aiib tou aiopLaicç, sic' xb y.aXoç çtXcjoç^s'.v. Commencez par vous séparer de ce corps terrestre, si vous voulez apprendre à raisonner.

C'est notre corps en effet qui nuit à notre raison. Nous sommes dominés par les humeurs qui nous composent ; entraînés d'un côté ou de l'autre, comme nous lavons été, l'évêque Hall et moi, en raison de notre libre trop lâche ou trop tendue. Nos sens partagent l'empire avec la raison. La mesure du ciel même n'est que la mesure de nos appétits; et nous nous créons un pamdis d'après la grossièreté de nos désirs.

(' Mais, en cette occasion, qui de l'évêque ou de moi pensez-vous qui ait tort?

— Vous, ccrtaiiieiiiciit, dit-elle, d'aller déranger toute une maison à l'heure qu'il est. »

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