‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 57 sur 197 · CHAPITRE CCLXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXIV

Suite de l'histoire de l'abbesse des Andouillettcs,

(( Ma chère mère, dit enfin la novice revenant un peu à elle, on m'a parlé de deux certains mots qui sont d'une énergie toute-puissante. Par leur vertu, il n'est point de cheval, d'âne ni de mulet, qui, bon gré, mal gré, n'escalade la plus haute montagne. Quelque rétif, quelque

obstiné qu'il soit, à peine les a-t-il entendus qu'il obéit.

— Ce sont des mots maj^iques? s'écria l'abbesse saisie d'horreur.

— Non, dit froidement Marguerite; mais ce sont des mots que l'on ne saurait prononcer sans péché.

— Quels sont-ils? dit l'abbesse en l'interrompant.

— Ils sont criminels au plus haut degré, répondit Marguerite; ce sont des péchés mortels : si nous sommes violées, et que nous mourions sans avoir reçu l'absolution de ces deux vilains mots, c'est fait de nous.

— Mais, dit l'abbesse des Andouillettes, ne pouvezvous me les dire?

— 0 ma chère mère ! dit la novice, il est impossible de les prononcer. Il y aurait de quoi faire monter au visage tout le sang que l'on aurait dans le corps.

— Mais au moins, dit l'abbesse, vous pouvez bien me les glisser dans l'oreille. »

Dieu tout-puissant, n'as-tu pas quelque ange gardien que tu puisses envoyer dans ce cabaret au bas de la montagne?Tous tes esprits généreux, et bienfaisants sont-ils occupés? N'est-il dans la nature aucun agent que tu puisses employer? aucun frisson qui, se glissant le long de l'artère qui le conduirait au cœur, irait réveiller le muletier qui s'oublie au milieu des pots? Nul doux instrument ne lui rappellera-t-il l'idée de l'abbesse, de Marguerite, et de leurs rosaires noirs?

Éveille, éveille-toi, muletier! Mais il est trop tard; les horribles mots sont prononcés.

Jeune et belle lectrice, vous brûlez de les apprendre! Mais connnent oserai-je vous les dire? 0 vous, muse chaste, (pii savez parler de toutes les choses existantes sans souiller vos lèvres, instruisez-moi, secourez-moi!

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