‹ TriviaChapitre 16 sur 106 · LE BLÉ · texte numérisé non relu

LE BLÉ

Le Vicaire, une ou deux fois rencontré dans mes courses à travers champs m'a dit le plaisir que lui causait mon intérêt pour la culture. Toutefois, ajoutait-il, il comprenait mal mon sentiment pour le Blé.

Eh bien, cette tendresse particulière pour le Blé, que je n'ai pu expliquer clairement au Vicaire, n'est chez moi qu'une espèce d'étonnement. En traversant naguère un champ que j'avais vu jaunir derrière les arbres, je fus ébloui par l'éclat de la vaste nappe d'or. Sous l'intensité bleue du ciel, je me baignais dans cette intensité de jaune qui faisait paraître si ternes les chênes et les boqueteaux et tout le fond du paysage anglais. Je n'avais jamais songé à la gloire du Blé, non plus qu'imaginé, dans mes lectures, qu'un pays si éloigné du Soleil pût produire chose aussi riche, aussi prodigue, aussi hardie que cette opulence d'or

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vermeil, jaillie de la terre éclatée comme d'une mer de flammes souterraines. Et je me souvins que, pendant des milliers d'années, le Blé avait été la source de toute richesse, l'opulence thésaurisée dans des Cités fameuses et de glorieux Empires; je revis tous les temps de la culture du Blé: les Bœufs blancs à la charrue, les vastes granges, le grain vanné dans les cours, l'eau éclaboussée par la roue des moulins ou les ailes qui tournent paresseusement au vent; les champs de Blé pendant la moisson, les gerbes et les javelles étalées sous la pourpre du couchant ou la faucille de la lune; toute cette beauté dans le paysage du Nord, cette beauté antique, passionnée et Biblique des pays du Sud.

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